La poursuite de l'amour ; Nancy Mitford
Fanny a grandit avec sa tante, Emily, après la séparation de ses parents. Sa mère, surnommée la Trotteuse par sa famille, court l'Europe avec ses maris et amants successifs, tandis que son père, un lord, se désintéresse d'elle au profit d'épouses plus âgées.
Mais Fanny n'est pas malheureuse. Elle se rend régulièrement à AlconleighAlconleigh, chez sa Tante Sadie et son Oncle Matthew. Elle y retrouve ses cousins, et surtout Linda, sa préférée. Ensemble, ils complotent dans le placard des Honorables, ou se livrent à des opérations de libération d'animaux pris dans les pièges du garde-chasse.
En grandissant, Linda et Fanny commencent à rêver d'amour. Si Fanny se voit bien épouser un vieux fermier, Linda elle ne veut pas moins que le prince de Galles pour époux. C'est la vie amoureuse de cette rêveuse dans une société encore engoncée dans ses principes que sa cousine nous raconte dans ce livre, tout cela sur fond de montée du nazisme et de guerres.
Nancy Mitford est l'aînée des célèbres soeurs Mitford, qui ont presque toutes mené des vies sulfureuses. Ce livre a pas mal fait parler de lui sur les blogs l'an passé, car 10/18 venait de le rééditer. Je pense aussi que le nom de Jane Austen, qui figure sur la quatrième de couverture, a été un critère d'achat important pour nos blogueuses alors en pleine fièvre austenienne. Pour les anti-Austen (suivez mon regard vers Erzébeth), n'ayez aucune crainte : cette allusion me paraît encore une fois complètement réductrice et non pertinente. De toute façon, il suffit qu'une histoire écrite par une romancière anglaise mette en scène la moyenne ou la haute société anglaise pour que le nom de Jane Austen soit utilisé. La poursuite de l'amour a en plus le malheur de contenir beaucoup d'humour.
Très franchement, je pense que Jane Austen n'aurait jamais fait d'une femme qui ne pense qu'à courir de mari en amant son héroïne. Linda passe son temps à rêver sa vie plutôt qu'à la vivre, et ne se soucie pas de faire des traits d'esprit. Cela dit, c'est une jeune femme qui finit par devenir vraiment attachante, et que l'on prend plaisir à suivre depuis Londres jusqu'à Paris, en passant par le sud de la France. Les personnages sont nombreux, chacun représentant un tempérament caractéristique de l'époque à laquelle il vit.
L'ambiance est particulièrement agréable. Nancy Mitford nous parle de politique, de société, de mode, tout cela avec subtilité et humour.
On sent que parfois, l'auteur elle-même se prend à croire à ce qu'elle écrit. Elle donne à son héroïne des choses qu'elles n'auraient sûrement pas eu dans la vraie vie. Cependant, le rêve ne dure pas éternellement, et le réalisme revient très vite reprendre ses droits. Les personnes comme Linda ne seront jamais la majorité, et l'amour, si on le considère avec froideur, ne présage pas que du bon. Tout au long de ce livre, l'auteur semble chercher une définition de l'amour, et les réponses esquissées ne sont pas vraiment celles qu'on voudrait. J'ai beaucoup aimé la dernière phrase du livre (rassurez-vous, aucune révélation qui ruinerait votre lecture). Elle est sans doute très juste, même si je préfère y voir une marque de cynisme pour l'instant (je tiens à conserver mes illusions encore quelques temps) :
" - Oh ! mon chou, fit ma mère avec tristesse. On le croit toujours ! Chaque fois qu'on aime, on croit que c'est le grand amour ! "
Un bon livre donc, même si j'avoue avoir trouvé quelques petites longueurs sur la fin. Une suite existe, L'amour dans un climat froid. Je pense que je retrouverai Nancy Mitford avec ce livre.
Pour finir, une remarque de Lord Merlin, personnage que j'aurais aimé voir un peu plus développé, car certaines de ses intentions restent un peu trop floues à mon goût :
" L'amour, dit-il, c'est pour les grandes personnes, comme vous le découvrirez un jour. Vous découvrirez aussi qu'il n'a rien à voir avec le mariage. Je suis tout à fait partisan de vous marier dans un an ou deux, mais, pour l'amour du ciel, n'épousez pas un raseur comme Tony Kroesig ! " (page 105)
Anne, Papillon et [Caro]line ont également lu ce roman.
Commentaires sur La poursuite de l'amour ; Nancy Mitford
- Je m'esclaffe... La première fois que tu évoques J. Austen, j'étais à deux doigts d'apprendre par cœur les références du livre (ce qui n'est pas bien difficile) pour ne surtout pas l'acheter
)
Enfin, ça a l'air intéressant sans être transcendant non plus. Et je compatis pour la dernière phrase du livre, oui, on croit toujours qu'on vit enfin le grand amour, mais dans un sens, c'est plutôt positif, ça prouve qu'on est toujours capable d'aimer, et d'aimer plus encore que la fois précédente...
(comme tout le monde peut le remarquer, je suis très nulle en positive-attitude) - Lamousmé : ton enthousiasme fait du bien à mon ego ;o))
Lou : C'est une lecture très agréable, je pense que tu aimeras sans problème.
Anne : oui, et en plus gratos, que demander de plus ?
Erzébeth : je ne sais pas si tu aimerais, de toute façon je n'ose plus rien te conseiller ;o)
Sinon, pour la dernière phrase du livre, peut-être qu'elle veut simplement dire qu'on peut aimer plusieurs fois, mais qu'on oublie qu'on a déjà ressenti ça... Mon dieu ! ta négative attitude est contagieuse ! Hors de mon blog ! ;o)) - Oh non, il ne faut pas avoir peur de me conseiller ! Quand je vois ton index d'auteurs, je peux te dire qu'une paire de tes lectures peut me plaire !
(et je n'ai pas "détesté" Austen, voyons, positivons, j'ai lu son roman en entier !) (je dirai même : je regarderai "Raison et sentiments" ce week-end...
) )
(je suis moins négative, là, non ?
)
- Tant que tu n'embrasses pas Hugh Grant, je transmets toutes les bises que tu veux !
Et je te ferai volontiers plaisir en lisant "Maurice", parce que c'est un roman que j'aimerais beaucoup lire (en fait, je ne connais toujours pas Forster, alors qu'il me tente énormément). Là, je nage un peu avec mes différents prêts, mais dès que je respire, promis, je me lance ! - Très bon billet
J'ai adoré pour ma part (c'est exactement le type de littérature qui me plaît). Je l'ai lu il y a déjà quelques semaines mais ce n'est qu'aujourd'hui que je me suis décidée à lui consacrer un billet sur mon blog.
J'ai très envie de lire "Love in a cold climate" et de me documenter sur Nancy et ses soeurs (certaines d'entre elles sont assez peu recommandables d'ailleurs
)
- les soeurs mitfordpour en savoir plus sur les soeurs Mitford on peut lire la bio "les soeurs mitford" qui évoquent Nancy et son grand amour Gaston Palewski, Félicity et sesengagements nazis, Jessica et son militantisme de gauche aux USA etc..
On retrouve l'humour Mitford dans le livre de la plus jeune Deborah , duchesse de Devonshire "les humeurs d'une châtelaine anglaise" (payot).
Enfin, j'ai aimé le 3ème livre de Nancy avec le personnage Fanny épouse d'ambassadeur qui doit gérer sa famille en assumant son rôle officiel "pas un mot à l'ambassadeur"(10-1
, et enfin les chroniques de Nancy dans les années 50," une anglaise à Paris (payot)















