41CP1HW85ZLFolio ; 147 pages.
4,60 euros

J'étais partie pour vous parler de Michel Tremblay, et puis je suis tombée sur ce petit livre que j'ai beaucoup aimé. Shan Sa est un auteur que l'on a pu voir sur de nombreux blogs ces derniers temps, pourtant j'avoue que ses romans ne m'intéressaient pas tellement. Vous l'avez sans doute constaté, je lis surtout des romans anglophones et francophones. Alors, quand je vois un billet sur un auteur ne correspondant pas à cette zone géographique, je m'y intéresse moins (à tort, sans doute).
J'avais quand même acheté Impératrice il y a quelques mois, mais essentiellement parce qu'il coûtait un euro et qu'une LCA ne peut pas résister à un livre à 1 euro. Je sens que ma vie vous passionne, alors je continue. En fait, je suis tombée sur ce livre vraiment par hasard, alors que je cherchais un livre beaucoup moins alléchant. Et le résumé, qui ne me tentait pas du tout il y a peu m'a semblé d'un seul coup irrésistible (en même temps, étant donné les autres perspectives que j'avais, je pense que même Flaubert aurait pu me tenter à ce moment là).

Pour ceux qui ne se sont pas encore endormis, voici le résumé de l'histoire. Elle commence dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, lorsque les chars chinois entrent sur la place Tian An Men, occupée depuis plusieurs semaines par des étudiants.  Ayamei a été l'une des meneuses du mouvement nprotestataire. Tirée loin de la place par un ancien camarade, elle échappe à la tuerie. Dès lors, elle doit fuir l'armée, et surtout un jeune soldat, Zhao, qui la poursuit sans relâche.

Si le contexte de 1989 est très bien présenté, ce n'est pas vraiment l'intérêt principal de ce livre. Ayamei est déjà hors de la place Tian An Men quand débute le livre. Elle n'apprend ce qui s'est passé que par des témoins. Et lorsque l'armée remet les choses en ordre au sein de la capitale, Ayamei s'est déjà réfugiée à la campagne. Ce que Shan Sa essaie de nous faire comprendre, c'est comment on a pu en arriver là, comment une telle incompréhension a pu se construire entre le pouvoir communiste et une partie de la population chinoise. Elle le fait à l'aide de deux personnages du même âge, mais aux parcours bien différents.

Ayamei d'abord, est une jeune fille qui n'a cessé de se poser des questions depuis son plus jeune âge. Elle a huit ans lorsque Mao décède, et ne comprend pas pourquoi elle doit pleurer ce personnage qu'elle ne connait même pas. La seule chose qu'elle sait, c'est qu'elle doit avoir peur que quelqu'un découvre qu'elle n'est pas triste. Plus tard, c'est encore par l'intimidation qu'on la prive de Min, son meilleur ami. Elle essaie de résister, mais c'est là qu'elle comprend que la seule façon qu'elle a de refuser la vie et les principes qu'on lui impose, c'est en se suicidant. C'est d'ailleurs bien pour mourir qu'elle veut retourner sur la place Tian An Men alors que l'armée a commencé à tirer.
Zhao, quant à lui, est un véritable soldat-robot, qui est convaincu de la bonté du gouvernement communiste. Fils de paysans miséreux et illétrés, il s'est engagé dans l'armée pour les soulager financièrement. A vingt et un an, il est désigné pour retrouver la criminelle Ayamei, qui a osé défier le pouvoir communiste.
Entre ces deux personnages va naître une relation très particulière, que l'une ignore d'ailleurs, et qui va les pousser à faire le choix de la vie. C'est là que l'on retrouve tout le charme de la littérature chinoise. Ayamei est poussée dans un temple au milieu de la nature. Là, elle apprend à se découvrir, à admirer le monde et à trouver la sérénité. Zhao pénètre dans l'univers d'Ayamei par le biais de son journal d'abord, puis par son enquête. Et lui aussi se met à regarder le monde avec des yeux neufs, et à considérer que la liberté a un sens.

C'est très poétique, très doux, sans pour autant donner une impression de lenteur qui rend parfois l'atmosphère de certains romans chinois pesante. Il se passe beaucoup de choses en très peu de pages. Je n'ai absolument pas eu un sentiment de remplissage, les phrases de Shan Sa tombent toutes très justes.

" Une fois sortie de la ville, une fois rendue à la nature, elle déploiera ses ailes et prendra son essor. Hélas, jamais elle ne reviendra. "

Vraiment un petit bijou qui, je trouve, mérite bien son Prix Goncourt du Premier Roman 1998.

Les avis de Clarabel (trouvé sur Amazon, d'ailleurs je m'aperçois qu'on a écrit quasiment la même chose) et de BMR et MAM. Marie a moins aimé.