41PNMV07M5LFolio ; 435 pages.
4,60 euros.

Je vous préviens, il risque d'y avoir pas mal de Balzac cet été, ma PAL lui consacre une large place et plus ça va, plus j'aime.

Pour en revenir à Le lys dans la vallée, j'avoue que j'ai quelques scrupules. Je vous le dis tout de suite, j'ai adoré ce roman, et je voudrais qu'il en soit de même pour vous. Mais je sais très bien que beaucoup risquent de s'y enliser et d'y rester parfaitement insensible.

Déjà, l'histoire n'est a priori pas très attirante. Pour être honnête, il ne se passe rien dans ce livre. Enfin si, il se passe un jeune homme qui découvre l'amour auprès d'une femme mariée à un homme sujet à des crises de démence, et qui refuse d'avoir un amour physique avec lui. De ce fait, pendant plus de quatre cents pages, Felix de Vandenesse nous livre ses pensées, l'histoire de son amour platonique avec son "lys" de la vallée de l'Indre. Tout ceci sur un fond historique très bien exploité, celui des deux restaurations sous Louis XVIII.
Dit comme cela, ça me fait penser à L'éducation sentimentale de Gustave Flaubert, que je ne suis jamais parvenue à finir. D'ailleurs, j'ai buté sur quelques passages très ennuyeux dans ce livre. Quand Balzac s'emballe trop, j'ai beaucoup de mal.

Sauf que, Balzac c'est quand même Balzac, et que Balzac est capable de me bouleverser avec une histoire a priori sans aucun intérêt. C'est ce qu'il a fait avec Le lys dans la vallée. Je me suis laissée transporter avec bonheur dans la vallée de l'Indre, qui est en parfaite harmonie avec la naïveté et la profondeur de l'amour qui unit Félix à son Henriette, ces deux êtres encore enfants qui se reconnaissent dans leur besoin d'amour.
Lorsque Balzac sort son style poétique le plus juste, il est imbattable. J'ai lu ce livre avec le sentiment d'être entourée de magnifiques couchers de soleil et de nuits étoilées. A plusieurs reprises, j'ai eu envie de pleurer. Et quand je lis des passages comme celui-ci, j'oublie tous mes reproches et je les savoure avec un plaisir rare :

page 92 : " Un soir, je la trouvai religieusement pensive devant un coucher de soleil qui rougissait si voluptueusement les cimes en laissant voir la vallée comme un lit, qu'il était impossible de ne pas écouter la voix de cet éternel Cantique des Cantiques par lequel la nature convie ses créatures à l'amour. La jeune fille reprenait-elle des illusions envolées ? La jeune femme souffrait-elle de quelque comparaison secrète ? "

A ce bonheur pur, simple et discret, qui ne peut s'épanouir que dans un paysage aussi naturel que la vallée qui entoure Clochegourde, viendront s'opposer les vices humains, les séductions égoïstes des vaniteuses citadines.
Henriette enveloppe ses sentiments véritables avec de la vertu, fait confiance à Félix après l'avoir mis en garde contre les défauts de l'homme. Elle en meure. Lady Audley étale sa passion qui n'est qu'une éphémère distraction, fait mine de renoncer à sa vertu. Elle n'en retire que des avantages.
Félix est touchant par sa soif d'amour, son attachement désintéressé, sa sincérité. Pourtant, tout ceci le rend également exaspérant, et la fin (abrupte et ironique, comme souvent chez Balzac, et qui m'a beaucoup amusée, parce qu'elle est surprenante et vraie) laisse penser que pour parvenir à construire sa vie, il devra renoncer à son côté enfant qu'aimait tant son premier amour, même avec celle qu'il aimera. Comme si la vie ne servait qu'à duper les gens, et donc à devenir vaniteux dès lors que l'on n'a plus son premier amour pour nous démasquer et nous faire aimer et éprouver de l'intérêt pour autre chose que nous même.

page 146 : "Oui, plus tard nous aimons la femme dans une femme ; tandis que de la première femme aimée, nous aimons tout : ses enfants sont les nôtres, ses intérêts sont nos intérêts, son malheur est notre plus grand malheur ; nous aimons sa robe et ses meubles ; nous sommes plus fâchés de voir ses blés versés que de savoir notre argent perdu ; nous sommes prêts à gronder le visiteur qui dérange nos curiosités sur la cheminée. Ce saint amour nous fait vivre dans un autre, tandis que plus tard, hélas ! nous attirons une autre vie en nous même, en demandant à la femme d'enrichir de ses jeunes sentiments nos facultés appauvries. "

L'avis d'Ermengarde.