06 juillet 2007

Le lys dans la vallée ; Honoré de Balzac

41PNMV07M5LFolio ; 435 pages.
4,60 euros.

Je vous préviens, il risque d'y avoir pas mal de Balzac cet été, ma PAL lui consacre une large place et plus ça va, plus j'aime.

Pour en revenir à Le lys dans la vallée, j'avoue que j'ai quelques scrupules. Je vous le dis tout de suite, j'ai adoré ce roman, et je voudrais qu'il en soit de même pour vous. Mais je sais très bien que beaucoup risquent de s'y enliser et d'y rester parfaitement insensible.

Déjà, l'histoire n'est a priori pas très attirante. Pour être honnête, il ne se passe rien dans ce livre. Enfin si, il se passe un jeune homme qui découvre l'amour auprès d'une femme mariée à un homme sujet à des crises de démence, et qui refuse d'avoir un amour physique avec lui. De ce fait, pendant plus de quatre cents pages, Felix de Vandenesse nous livre ses pensées, l'histoire de son amour platonique avec son "lys" de la vallée de l'Indre. Tout ceci sur un fond historique très bien exploité, celui des deux restaurations sous Louis XVIII.
Dit comme cela, ça me fait penser à L'éducation sentimentale de Gustave Flaubert, que je ne suis jamais parvenue à finir. D'ailleurs, j'ai buté sur quelques passages très ennuyeux dans ce livre. Quand Balzac s'emballe trop, j'ai beaucoup de mal.

Sauf que, Balzac c'est quand même Balzac, et que Balzac est capable de me bouleverser avec une histoire a priori sans aucun intérêt. C'est ce qu'il a fait avec Le lys dans la vallée. Je me suis laissée transporter avec bonheur dans la vallée de l'Indre, qui est en parfaite harmonie avec la naïveté et la profondeur de l'amour qui unit Félix à son Henriette, ces deux êtres encore enfants qui se reconnaissent dans leur besoin d'amour.
Lorsque Balzac sort son style poétique le plus juste, il est imbattable. J'ai lu ce livre avec le sentiment d'être entourée de magnifiques couchers de soleil et de nuits étoilées. A plusieurs reprises, j'ai eu envie de pleurer. Et quand je lis des passages comme celui-ci, j'oublie tous mes reproches et je les savoure avec un plaisir rare :

page 92 : " Un soir, je la trouvai religieusement pensive devant un coucher de soleil qui rougissait si voluptueusement les cimes en laissant voir la vallée comme un lit, qu'il était impossible de ne pas écouter la voix de cet éternel Cantique des Cantiques par lequel la nature convie ses créatures à l'amour. La jeune fille reprenait-elle des illusions envolées ? La jeune femme souffrait-elle de quelque comparaison secrète ? "

A ce bonheur pur, simple et discret, qui ne peut s'épanouir que dans un paysage aussi naturel que la vallée qui entoure Clochegourde, viendront s'opposer les vices humains, les séductions égoïstes des vaniteuses citadines.
Henriette enveloppe ses sentiments véritables avec de la vertu, fait confiance à Félix après l'avoir mis en garde contre les défauts de l'homme. Elle en meure. Lady Audley étale sa passion qui n'est qu'une éphémère distraction, fait mine de renoncer à sa vertu. Elle n'en retire que des avantages.
Félix est touchant par sa soif d'amour, son attachement désintéressé, sa sincérité. Pourtant, tout ceci le rend également exaspérant, et la fin (abrupte et ironique, comme souvent chez Balzac, et qui m'a beaucoup amusée, parce qu'elle est surprenante et vraie) laisse penser que pour parvenir à construire sa vie, il devra renoncer à son côté enfant qu'aimait tant son premier amour, même avec celle qu'il aimera. Comme si la vie ne servait qu'à duper les gens, et donc à devenir vaniteux dès lors que l'on n'a plus son premier amour pour nous démasquer et nous faire aimer et éprouver de l'intérêt pour autre chose que nous même.

page 146 : "Oui, plus tard nous aimons la femme dans une femme ; tandis que de la première femme aimée, nous aimons tout : ses enfants sont les nôtres, ses intérêts sont nos intérêts, son malheur est notre plus grand malheur ; nous aimons sa robe et ses meubles ; nous sommes plus fâchés de voir ses blés versés que de savoir notre argent perdu ; nous sommes prêts à gronder le visiteur qui dérange nos curiosités sur la cheminée. Ce saint amour nous fait vivre dans un autre, tandis que plus tard, hélas ! nous attirons une autre vie en nous même, en demandant à la femme d'enrichir de ses jeunes sentiments nos facultés appauvries. "

L'avis d'Ermengarde.

Posté par lillounette à 06:00 - - Commentaires [24] - Permalien [#]
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Commentaires sur Le lys dans la vallée ; Honoré de Balzac

    Enilabis : et bien, que d'enthousiasme Personnellement, je ne connais pas encore beaucoup Balzac, mais j'ai bien l'intention de suivre vos conseils !

    Posté par Lilly, 10 novembre 2007 à 00:11 | | Répondre
  • C'est Lady Dudley, pas Audley ...
    Et puis bien sûr Balzac manie comme personne la langue française et nous fait chavirer le coeur avec la poésie de ses descriptions, mais il ne faudrait tout de meme pas oublier qu'il n'est pas tout blanc le Félix! Pour être capable de parler comme ça de Madame de Mortsauf à sa copine Nathalie de Mannerville, il faut déja pas être très net. Et puis il savait qu'Henriette mourrait de chagrin en apprenant sa relation avec Lady Dudley, sa mauvaise foi et sa fausse innocence m'écoeurent.
    Un livre magnifique ceci dit, parmi tous les chefs d'oeuvres de Balzac ...

    Posté par claire, 11 novembre 2007 à 20:57 | | Répondre
  • Claire : j'ai dû penser au livre de M.E. Braddon en écrivant mon billet...
    Sinon, c'est certain que chez Balzac, la sincérité de l'amour est souvent un peu ambigüe. Il n'empêche que je pense que Félix est sincère. D'ailleurs, le fait qu'il pense toujours à elle en courtisant une autre femme le prouve, non ? Et je ne pense pas que cela démontre que Félix n'est pas net : beaucoup d'hommes ont tendance à parler de leur amour perdu avec d'autres femmes. C'est certain que ça ne peut pas les servir, mais je crois que c'est quand même une réalité qui peut se comprendre...

    Posté par Lilly, 18 novembre 2007 à 20:27 | | Répondre
  • L'un de mes romans préférés... Une tragédie sublime, une histoire d'amour impossible, toute en frémissement, en douceur, en exaltations silentieuse... Une passion telle que je l'ais -hélas- vécue (hélas car c'est toujours tragique)... Il est devenu ma référence...

    J'ai particulièrement retenu cette citation:
    p 104 : " Tant que l'amour recule devant un crime, il nous semble avoir des bornes, et l'amour doit être infini."

    Posté par Aline, 28 janvier 2008 à 19:10 | | Répondre
  • Aline : j'adore cette citation. Je garde un excellent souvenir de cette lecture, je pense d'ailleurs que je relirai "Le lys dans la vallée".

    Posté par Lilly, 29 janvier 2008 à 01:23 | | Répondre
  • La lettre finale d'"Henriette" m'a émue aux larmes ...
    Je te conseille "Eugénie Grandet" de Balzac ... Un bijou!

    Posté par Romanza, 30 mars 2008 à 12:42 | | Répondre
  • Romanza : "Eugénie Grandet", le cauchemar des lycéens ? J'en ai encore pas mal de Balzac, mais je note ;o)

    Posté par Lilly, 03 avril 2008 à 19:06 | | Répondre
  • Enfin Balzac ! Et un beau commentaire!
    J'ai l'intention cet été de lire les "courts" (La femme abandonnée, Une fille d'Eve, La muse du département...) en fait, tous des portraits de femmes, comme le "Lys"!
    Poursuis ton voyage, et viens en parler !

    Posté par marie, 06 juillet 2007 à 07:12 | | Répondre
  • Bon, pour l'instant Balzac et moi ne sommes pas trop copains...
    Et malgré ton superbe article, les simples extraits que tu nous livres me montrent que je ne suis pas encore prête à l'attaquer!

    Posté par Emeraude, 06 juillet 2007 à 11:18 | | Répondre
  • Marie : je suis rentrée pour quelques jours là ;o)
    J'espère que tu nous donneras vite tes avis sur ceux que tu liras, il y en a tellement...

    Emeraude : je comprends vraiment qu'on puisse ne pas aimer, j'espère que ça viendra...

    Posté par Lilly, 06 juillet 2007 à 11:39 | | Répondre
  • C'est le premier Balzac que j'ai lu ! Il y a fort longtemps donc je ne me souviens que d'une chose : j'avais beaucoup aimé ! Depuis, je n'ai lu que la Peau de Chagrin... J'ai hâte de lire tes autres critiques durant l'été

    Posté par Tamara, 06 juillet 2007 à 12:54 | | Répondre
  • Tu pourrais me dire si la première image en haut de page est "Avec vue sur l'arnaud" et que c'est Helena bonham Carter?

    Posté par Solène, 06 juillet 2007 à 15:49 | | Répondre
  • J'ai lu quelques Balzac "autrefois" avec beaucoup de plaisir. Mais peu à peu j'ai délaissé les "classiques": c'est vrai qu'il pourrait être bon d'en relire un de temps en temps...

    Posté par Anne, 06 juillet 2007 à 16:56 | | Répondre
  • J'ai lu quelques romans de ce cher Honoré et même si à chaque fois, ça se passe plutôt bien entre nous (ni cris, ni colère, ni portes qui claquent), je n'ai jamais envie d'en ouvir un nouveau. C'est très étonnant. Il faudrait peut-être que je m'allonge... )

    Posté par fashion victim, 06 juillet 2007 à 20:10 | | Répondre
  • J'ai un balzac qui m'attend mais j'avoue que j'ai du mal à me lancer. Il paraît qu'il y a beaucoup de descriptions.
    Je me souviens pourtant avoir apprécié Eugénie Grandet, lu il y a très longtemps.

    Posté par Isil, 07 juillet 2007 à 11:40 | | Répondre
  • Tamara : moi aussi j'ai lu "La peau de chagrin", mais je ne m'en souviens pas du tout...

    Solène : tout juste^^

    Anne : si l'envie te prend^^

    Fashion Victim : dis toi que comme ça, tu auras du Balzac jusqu'à la fin de tes jours

    Isil : Je ne suis pas experte en Balzac. C'est vrai que des fois il délire un peu. Mais en général ça passe plutôt bien, je trouve...

    Posté par Lilly, 07 juillet 2007 à 14:52 | | Répondre
  • Que de souvenirs! Je l'ai lu il y a très, très longtemps, j'avais bien aimé!

    Posté par Grominou2, 08 juillet 2007 à 09:46 | | Répondre
  • Grominou2 : finalement, il plaît plus que je ne le pensais, je n'avais eu que des échos défavorables avant ça... Tant mieux^^

    Posté par Lilly, 08 juillet 2007 à 10:59 | | Répondre
  • Lu aussi il y a quelques années à la fac..il faudrait que je les relise c'est toujours aussi beau une deuxième ou une troisième fois.

    Posté par beatrix, 09 juillet 2007 à 08:54 | | Répondre
  • Beatrix : j'ai moi aussi l'intention de relire ceux que j'ai déjà lus ;o)

    Posté par Lilly, 09 juillet 2007 à 10:01 | | Répondre
  • Balzac j'ai toujours eu un peu de mal... Je sais, je loupe plein de trucs, il FAUT que je m'y mette vraiment. Et puis tu viens de me convaincre de lire Le lys dans la vallee.

    Posté par celine, 09 juillet 2007 à 11:39 | | Répondre
  • Céline : Si tu as surmonté ta peur de "La Chartreuse de Parme", tu arriveras à lire ce livre ;o)

    Posté par Lilly, 11 juillet 2007 à 10:38 | | Répondre
  • Je viens de me remettre à la lecture de Balzac dont j' ai déjà lu quelques oeuvres. J' aime beaucoup.

    Posté par Alicia, 27 août 2007 à 14:21 | | Répondre
  • Alicia : je suis comme toi

    Posté par Lilly, 27 août 2007 à 19:44 | | Répondre
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