L'inespérée ; Christian Bobin
Éditions Folio ; 115 pages.
3,50 euros.
"Je suis fou de pureté. Je suis fou de cette pureté qui n'a rien à voir avec une morale, qui est la vie dans son atome élémentaire, le fait simple et pauvre d'être pour chacun au bord des eaux de sa mort noire et d'y attendre seul, infiniment seul, éternellement seul. La pureté est la matière la plus répandue sur la terre. Elle est comme un chien. Chaque fois que nous ne nous reposons sur rien que sur notre coeur vide, elle revient s'asseoir à nos pieds, nous tenir compagnie. "
Le monde dans lequel nous vivons est "affreusement noir en dessus". Christian Bobin nous le démontre en évoquant un fait divers. Pendant la guerre en Yougoslavie, un homme et sa famille ont été décapités par les Serbes. Ils étaient considérés indignes de vivre, car musulmans... Après ce crime, une table dressée par l'homme assassiné a été découverte. Il voulait accueillir les soldats serbes avec hospitalité...
"Rien ne nous est dû dans cette vie, pas même l'innocence d'un ciel bleu." Parce qu'il est facile de voir la vie en noir, Christian Bobin nous tend la main et nous démontre que le bonheur est facile à trouver. Il est dans l'amour naturellement, mais aussi dans une parole, dans un geste, dans une séance de repassage, dans une abbaye, ou même parfois, dans la souffrance et dans la mort. La beauté également est partout. Dans la pureté, la sainteté, l'évasion. Ces choses sont faciles à atteindre, il faut seulement un peu de sincérité et de volonté. Enfin, pour conserver ces instants de bonheur, il suffit de les fixer dans une lettre, une rose desséchée depuis des mois, sur des visages inconnus, ou encore dans un arbre.
Ces récits ne sont que des impressions comme nous en avons tous chaque jour. Cependant, nous n'avons pas toujours conscience de ce que ces impressions peuvent/pourraient représenter. Christian Bobin nous ouvre donc les yeux en nous parlant de nous et de notre monde "miraculeusement pur en dessous", avec une écriture pleine de poésie. Cette philosophie selon laquelle "il faut profiter de chaque instant" est vieille comme le monde. Mais parce qu'il parle d'aspects courants du quotidien, Christian Bobin parvient à nous toucher (bon d'accord, ses lettres sont des lettres d'amour comme toute femme aimerait en recevoir, et ça aussi ça fait mouche. Parce que Christian Bobin, c'est un homme qui comprend les termes "galanterie" et "délicatesse". Il a bien raison quand il dit que rien ne vaut une lettre d'amour dans le style "XIIe siècle". Ah là là, le "Allez va, va petit bateau chahuté par les vagues, va délivrer ta cargaison de lumières"... Mais juré, il y a bien plus que ça ! ).
Bref, savourez-le !
Les avis de Florinette et de Caro[line].
Commentaires sur L'inespérée ; Christian Bobin
- Clarabel : quand tu auras lu la dernière lettre (et la première aussi), tu comprendras ce que je veux dire...
Anne : et oui, incroyable mais vrai. Parce que pendant que Monsieur se prend pour un mâle dans toute sa splendeur en voyant Bobonne repasser sa chemise, Bobonne en question peut en fait avoir le pouvoir (d'un certain point de vue)... - Une pépite, enfin...Qui n'a pas encore lu "souveraineté du vide, lettres d'or" ? Quelle bonne surprise de retrouver Christian Bobin dans ce fatras de médiocrités, d'arrogances littéraires et de vanités de ploucs arrivistes, au sens étymologique bien sûr ! Christian Bobin est un poète et un sage. Son nom restera gravé dans l'histoire de la littérature française. Si vous lisez Christian Bobin, vous deviendrez meilleur(es), parce que vous toucherez à la bordure des mots...
- Starplouf : Ce blog n'a pas d'autre objectif que donner mon avis sur les livres que je lis et discuter avec des personnes partageant avec moi le goût de la lecture.
Que vous pensiez du mal de mon blog est votre droit, mais je n'accepte pas les insultes et les grands mots pompeux ayant pour but de démontrer que vous m'êtes supérieur et que de ce fait vous avez le droit de vous exprimer davantage que moi.
J'appartiens à ceux qui n'ont jamais lu "Souveraineté du vide, lettres d'or", et je n'aurais peut-être jamais découvert Christian Bobin si je n'avais pas fréquenté les blogs littéraires. Quant à savoir si lire cet auteur rend meilleur, c'est une question à laquelle je me garderais bien de répondre. Si je pense que certaines lectures touchent profondément, je crois également fermement qu'il y a un gouffre entre les paroles, les intentions et les actes. Vous dites vous même que vous aimez Christian Bobin. Dans "L'inespérée", il nous dit que chaque chose peut nous rendre heureux, et qu'il faut respecter ça. Mon blog me permet de partager ma passion pour la lecture, et ça me procure une certaine joie. Ecoutez Christian Bobin et respectez-la. Merci.










