2246670314Éditions Grasset ; 283 pages.
17,90 euros.

(édition poche qui sort chez Le Livre de Poche le 1er mars 2007)

" Ni Dieu ni Diable, Moïra, dans la mythologie grecque, représente la destinée. Amoureuse de l'existence terrestre qu'elle ne connaîtra jamais, elle s'attache à faire advenir l'improbable chez ses protégés en brouillant les cartes quand elle les juge mal distribuées. Ainsi Marion, qui s'est mariée en espérant former un couple moderne, respectueux de la liberté de l'autre, découvrira qu'on souffre comme au temps de Racine même si on a signé le contrat de Sartre et Beauvoir. Mais Moïra lui fera vivre, en marge, une liaison passionnée avec un Irlandais un peu fou, un peu poète, comme les Celtes le sont si souvent. Sa mère Alice, 80 ans, journaliste féministe de choc, grand-mère indigne et pourtant tendre, s'est juré de ne pas se laisser déborder par la vieillesse. Un défi osé que Moïra, invisible et présente, l'aidera à relever avec panache. Alice affrontera son âge avec une lucidité impitoyable et un humour décapant, dans un monde où " vieillir est un délit ". La touche étoile est une leçon des Ténèbres dite sur le ton de l'allégresse. Le roman émouvant et drôle de plusieurs générations de femmes. "

Avec une couverture et un titre pareils, difficile pour la fleur bleue que je suis de ne pas succomber. J'étais quand même un peu sceptique, ayant appris que l'auteur était une féministe et que le thème du livre était la vieillesse (ben oui, je suis une de ces jeunes écervelées décrites dans le livre, pour qui la vieillesse c'est barbant. Et puis surtout, ça fait peur). J'ai adoré ce livre en fait. Impossible d'imaginer que derrière la photo de la "mamie-gâteau" sur la couverture, se cache une plume pleine d'humour, d'auto-dérision. Benoîte Groult, avec ce livre, c'est un peu une bonne leçon pour les jeunes (affectueuse la leçon). Elle nous dit tout ce qu'on pense des "vieux", tout ce que l'on n'osera jamais admettre. C'est un peu : "Arrêtez de nous prendre pour des gâteux, on sait bien que pour vous on est des "vieux", on a toujours été des "vieux" et on sera toujours des "vieux"." Elle nous parle aussi des "pas encore vieux" mais "plus tout à fait jeunes", qui refusent de plus en plus de vieillir. Et puis, elle nous parle de la vieillesse, et elle nous montre que ce n'est pas si nul que ça. Certes, ce n'est pas toujours drôle, mais chaque âge a son charme.
L'une des héroïnes, Alice, féministe et femme qui se veut moderne m'a beaucoup plu. Aucune gêne pour prononcer certains mots que moi même j'hésite à dire (en particulier devant ma grand-mère). On a l'image des "vieux" choqués par les "jeunes d'aujourd'hui", qui n'ont "aucune éducation". Et bien avec ce livre, c'est la septuagénaire qui scandalise les "jeunes" par son ouverture d'esprit...
Ils essaient bien de l'humilier, les "jeunes", quand elle décide de faire "entrer Belzébuth chez elle", c'est à dire un ordinateur. On rigole bien en la voyant déchiffrer la notice, acheter son exemplaire de L'informatique pour les Nuls, on a pitié d'elle lorsqu'elle nous avoue que décider de descendre des escaliers est important (nous, on s'en rend à peine compte).

Sauf qu'Alice, elle, elle sait que nous aussi on va mourir. Elle sait que Marion, sa fille, va souffrir de sa décision de former un "couple moderne" avec Maurice. D'accord, elle vit un amour passionné avec Brian. Mais quand c'est Maurice qui va voir ailleurs, ce n'est plus vraiment le même refrain. Mais elle la laisse choisir sa vie. Alice a déjà fait la sienne. Elle n'est pas parvenue à obtenir tout ce qu'elle voulait, mais sa fille et ses petites-filles ont des hommes qui font le repassage. Même si en fin de compte, je trouve qu'elles ont toujours autant besoin des hommes (et tant mieux).

Surtout, ce que veut Alice, quand vient la fin, c'est ne pas voir sa déchéance dans les yeux de ceux qu'elle aime. Pour cela, il y a Moïra, la Destinée. Elle a permis à Brian et à Marion de se rencontrer, elle veut également offrir à Alice la possibilité d'appuyer sur la touche étoile, quand celle-ci aura décidé de mourir.

Benoîte Groult n'hésite pas à appeler les choses par leur nom. Et grâce à cela ce livre nous réconcilie avec la vieillesse, et puis surtout, avec la vie.

Les avis de Gambadou et de Bill (qui n'ont pas aimé), de Véro et de Tamara (qui sont d'accord avec moi).