21 octobre 2007

Michel Tremblay ; Les belles-soeurs

41SJ4MH4PML__AA240_Après ce que j'ai dit sur Jacques Poulin, je voulais me réconcilier avec la littérature québécoise (et puis éviter que Allie m'en veuille trop de n'avoir pas aimé un livre qu'elle m'avait conseillé très gentiment...). J'ai donc décidé de me tourner vers un auteur dont j'avais déjà adoré deux livres, Michel Tremblay.

Cette fois, c'est une pièce de théâtre que j'ai choisi de lire. Ce que je peux déjà vous dire, c'est que je suis moins emballée que les fois précédentes, même si je relirai Tremblay.

L'histoire: " Germaine Lauzon, ménagère de Montréal, a gagné un million de timbres-primes. Une bonne occasion pour inviter parentes et amies à une soirée de “collage de timbres”. Mais les 15 femmes entassées dans la cuisine n’en restent pas longtemps aux civilités : jalousies, vengeances et haines personnelles éclatent, venant gâcher la fête. Dans ce huis clos parfait, difficile de ne pas se sentir un peu voyeur. Voyeur comblé par la densité d’un texte qui crache les petites misères de ces femmes sans histoire et sans avenir, mais montre aussi leur lucidité et leur esprit, leur grande expérience de l’âme humaine. "

Michel Tremblay a un don incroyable pour nous faire vivre ses histoires. On entend les personnages parler, avec cet accent si étrange pour un Français qu'est l'accent québécois. Les scènes sont tellement ordinaires que l'on n'a aucun mal à se les imaginer, et l'on rit des personnages qui pourraient être des gens que nous connaissons, et que nous affectuons malgré leurs petits défauts. D'habitude, à ces scènes plutôt banales, Michel Tremblay rajoute une touche de magie qui me fait savourer ses livres. Cette fois, ça n'a pas vraiment marché...

Les premières pages m'ont amusées, mais je me suis sentie très rapidement en décalage avec cette pièce. En fait, je trouve qu'elle a pris un coup de vieux. Michel Tremblay nous fait découvrir des personnages d'une autre époque, avec des valeurs qui appartiennent (au moins en grande partie) à une autre époque. Je n'ai rien contre les histoires qui ne se passent pas de nos jours, je pense que ce blog le démontre assez clairement. Mais dans cette pièce, je me suis sentie complètement en dehors de la scène, un peu comme quand un ami vous invite à une soirée où vous ne connaissez personne et où vous passez votre temps à sourire pour la forme à des conversations auxquelles vous ne comprenez rien, à vous ennuyer appuyé(e) contre un mur, en espérant que le temps va s'accélérer d'un seul coup afin d'atteindre l'heure de partir. Vous me direz que cette fois je n'avais qu'à fermer le livre. Oui, mais si les règles de politesse ne me contraignaient absolument pas à lire ce livre de bout en bout, l'espoir de retrouver ce qui m'a tant charmée chez Michel Tremblay dans les deux livres que j'avais déjà lus de cet auteur m'a amenée à le faire.
Finalement, j'ai été déçue. Pendant tout le premier acte, il ne se passe rien. Le deuxième acte intervient beaucoup trop tard à mon goût et ne retient pas suffisamment l'attention du lecteur pour sauver la pièce. Et quand j'ai passé un temps qui m'a paru interminable à lire un livre dont je ne comprends que la surface, je le referme en me disant que cette lecture m'a été complètement inutile.

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19 mars 2007

Extrait de Bérénice ; Jean Racine

DelacroixMer_1_
La mer à Dieppe ; Eugène Delacroix

Bérénice

" Je n'écoute plus rien, et pour jamais, adieu.
Pour jamais ! Ah ! Seigneur, songez-vous en vous-même
Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ?
Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,
Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?
Que le jour recommence et que le jour finisse
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,
Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ?
Mais quelle est mon erreur, et que de soins perdus !
L'ingrat, de mon départ consolé par avance,
Daignera-t-il compter les jours de mon absence ?
Ces jours si longs pour moi lui sembleront trop courts. "

Bérénice (Acte IV, scène 5) ; Jean Racine

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06 octobre 2006

Les combustibles ; Amélie Nothomb

les_combustibles"La ville est assiégée. Dans l'appartement du Professeur, où se sont réfugiés son assistant et Marina, l'étudiante, un seul combustible permet de lutter contre le froid : les livres...

Tout le monde a répondu une fois dans sa vie à la question : quel livre emporteriez vous sur une île déserte ? Dans ce huit clos cerné par les bombes et les tirs de snipers, l'étincelante romancière du Sabotage amoureux pose à ses personnages une question perverse : quel livre, quelle phrase de quel livre vaut qu'on lui sacrifie un instant, un seul instant de chaleur physique ? "

Lorsque l'on apprécie beaucoup la littérature, on ne peut que se jeter sur un livre qui se résume ainsi. Très vite, on entre dans le jeu de l'auteur, en se demandant quel serait le premier de nos livres que l'on offrirait aux flammes. Ce livre est extrêmement court, si bien qu'il donne une impression de bâclage, notamment sur la fin. Cependant, j'ai bien aimé cette lecture, comme tous les autres Nothomb que j'ai lus. On y retrouve son humour plein de cynisme, ses héros, une nouvelle fois terriblement humains...

Après ma lecture, j'ai parcouru les rayons de ma bibliothèque, et j'ai choisi que Nietzsche serait la première de mes victimes, si une situation extrême se présentait. Je n'ai jamais compris la moindre ligne de cet auteur, ainsi me serait-il sans doute beaucoup plus utile comme combustible... Et vous ?

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