19 juillet 2008

La Chartreuse de Parme ; Stendhal

51SD59A6VHLFolio ; 750 pages.

J'ai envie que Fashion m'aime ces derniers temps*. Du coup, j'écris des billets sur ses livres préférés. Bon, j'avoue aussi que ça fait plus d'un an que la couverture de ce livre est sur mon blog et que ça commence à me culpabiliser.
Si je n'ai pas fait de billet plus tôt, c'est parce que je me suis retrouvée dans une situation un peu étrange avec ce roman. Je l'ai adoré (vraiment), pourtant j'ai eu un mal fou à le terminer. Des livres que je trouve objectivement bien mais personnellement gonflants, j'en ai déjà lus. Par contre, un livre à la fois captivant et lassant, c'était une première.

La Chartreuse de Parme débute en 1796, lorsque Napoléon, encore général, entre dans Milan. C'est durant les deux années de présence française que naît Fabrice, le fils cadet du marquis Del Dongo, un ferme partisan de l'Autriche et de sa jeune épouse, qui épouse pour sa part la cause française. En grandissant, grâce à l'amour de sa mère et surtout de sa tante, Fabrice commence à développer un besoin de suivre ses instincts. Il part d'abord à Waterloo, rejoignant ainsi Napoléon pour son ultime défaite. De retour en Italie, méprisé par son père et son frère, il reste sous la protection de sa tante, devenue la duchesse Sanseverina, et de l'amant de celle-ci, le comte Mosca. A partir de là, il va connaître les intrigues, les maîtresses, la prison, et finalement l'amour.

La première chose que j'ai noté avec ce livre est l'humour dont Stendhal fait preuve. Céline disait qu'il fallait atteindre la page cent-cinquante pour trouver La Chartreuse de Parme drôle, mais pour ma part j'ai commencé à rire lorsque Stendhal décrit avec quel courage le marquis Del Dongo a fait face à l'arrivée des Français dans Milan : " Huit jours après, continuait Robert, quand il fut bien avéré que les Français ne guillotinaient personne, le marquis del Dongo revint de son château de Grianta, sur le lac de Côme, où bravement il s'était réfugié à l'approche de l'armée, abandonnant aux hasards de la guerre sa jeune femme si belle et sa soeur. " (page 53)  Dans ce livre, tout le monde en prend pour son grade, les héros, les princes, et même l'Eglise. Il est difficile de se souvenir que Fabrice est un ecclésiastique quand on voit son comportement...
Ce jeune garçon est d'une naïveté incroyable. C'est un véritable désastre à lui tout seul en fait. Complètement déconnecté de la réalité, il ne commence à agir avec perspicacité que très tardivement dans le livre, après avoir été l'appât idéal pour ses ennemis. Il m'a un peu rappelé le héros que j'ai le plus détesté en cours de français, Candide. Heureusement, Voltaire et moi ne nous sommes pas recroisés depuis, et puis Fabrice est quand même très attachant grâce à sa tante, toujours là pour réparer les dégâts. Cette dernière est l'autre personnage principal de La Chartreuse de Parme. D'abord comtesse Pietranera, puis duchesse Sanseverina, elle possède tout le bon sens et l'instinct de survie dont son neveu est dépourvu. Elle aussi a des rêves. Elle n'a pas hésité un seul instant à épouser un homme sans argent et à se déshonorer aux yeux de son frère, tout ça par amour. Et puis, elle aime son neveu avec une passion déconcertante, parfois gênante même. Mais cela prouve aussi que c'est une femme qui sait ce qu'elle veut, et qui n'en déroge jamais. Car elle a de la prestance cette Gina, et à chaque fois que Stendhal écrit son nom on s'imagine qu'une personne majestueuse vient de faire son apparition. Ces deux personnages sont très égoïstes en fait, et n'hésitent pas à faire du mal à ceux qui les aiment. Toutefois, ils agissent avec tellement d'amour qu'à défaut de pouvoir véritablement s'identifier à eux, ils nous inspirent de l'indulgence. 
C'est comme Clélia. Elle est comme certaines personnes du club des théières par certains côtés. Au hasard, prenons sa mauvaise fois. Son serment de ne jamais revoir Fabrice, et son inaction sont exaspérants (je ne parle plus des théières là), mais ses négociations avec sa conscience sont à hurler de rire.
Je dois aussi vous parler de ce cher comte Mosca, l'amant de la duchesse et ministre du prince de Parme. Il a beau être jaloux de Fabrice, que la duchesse lui préfère pendant très longtemps, il est prêt à tout pour celle qu'il aime. Sa bonté lui permet aussi d'apprécier ce "rival".
On a un peu tout dans ce livre. Le héros, le duel, la jolie jeune fille, la prison, les vilains intrigants, la marraine la fée, le poison. Sauf que le tout est mélangé avec bonheur par un auteur qui, en y ajoutant ses remarques personnelles, nous offre une histoire vivante et pleine de bonne humeur.
Alors pourquoi un billet si long à venir ? C'est vraiment le bordel, trop parfois. J'ai trouvé ce livre long à lire en fait. Même si j'ai lu ce roman avec beaucoup de plaisir, j'avais à chaque fois le sentiment d'avoir beaucoup lu plus de pages que dans la réalité, et c'était un peu frustrant (et inexplicable). Beaucoup de scènes se ressemblent énormément, et certaines auraient peut-être gagné à être raccourcies ou même supprimées.

Cela dit, ce fut une très jolie pause italienne, et je suis ravie d'avoir pu constater moi même que Stendhal ne mérite pas son étiquette d'auteur ennuyeux.

Pour finir, argument de choc : si vous voulez tout savoir sur le blog de Fashion, vous devez lire ce livre.

Les avis de Fashion, Céline, et Chiffonette.

* Et qu'elle me dispense de tag. C'est d'accord, n'est-ce pas ?

Posté par lillounette à 22:30 - - Commentaires [22] - Permalien [#]


Commentaires sur La Chartreuse de Parme ; Stendhal

    club des théières?

    c'est un private joke?
    j'ai lu ce roman il y a une dizaine d'années, il m'a laissé une forte impression. si je me souviens bien, Fabrice est en fait le fils d'un officier français qui avait séduit sa mère? ce serait la raison souterraine de sa mésentente avec son père et son frère Ascagne. Mais je crois avoir lu ça dans un bouquin d'un commentateur.

    Posté par Schlabaya, 20 juillet 2008 à 00:51 | | Répondre
  • Schlabaya : Les théières sont des blogueuses parisiennes. Sinon, j'ai moi aussi lu que Fabrice était le fils de l'officier français installé chez les Del Dongo, mais je n'ai pas compris cela au cours de ma lecture donc je n'en parle pas.

    Posté par Lilly, 20 juillet 2008 à 08:05 | | Répondre
  • "C'est vraiment le bordel, trop parfois. J'ai trouvé ce livre long à lire en fait. Même si j'ai lu ce roman avec beaucoup de plaisir, j'avais à chaque fois le sentiment d'avoir beaucoup plus de pages que dans la réalité, et c'était un peu frustrant (et inexplicable). Beaucoup de scènes se ressemblent énormément, et certaines auraient peut-être gagné à être raccourcies ou même supprimées. "
    Je pleure, là tu sais ? J'ai dévoré ce roman en 2 jours et j'aurais aimé qu'il contienne 1000 pages supplémentaires. Le côté "bordélique" (qui à mon avis est faussement bordélique) s'explique par la rapidité d'écriture de Stendhal et le bonheur jaillissant qu'il a eu à créer cette histoire.
    Mais bon, va, je ne t'en veux pas puisqu'au final tu as quand même aimé. (et je te dispense de tag, of course)
    Mais bon, je pleure un peu quand même...
    )

    Posté par fashion, 20 juillet 2008 à 09:07 | | Répondre
  • Sinon, pour ce que dit Schlabaya, on peut le penser effectivement mais ce n'est jamais verbalisé dans le roman.

    Posté par fashion, 20 juillet 2008 à 09:08 | | Répondre
  • Ca va me manquer de ne plus voir la petite image stendhalienne dans ta colonne de droite...
    Je n'ai lu que quelques phrases de ton billet, juste pour saisir ton impression générale, je vais lire ce roman cet été, et je suis fort curieuse de voir ce que ça va donner...

    Posté par erzébeth, 20 juillet 2008 à 09:42 | | Répondre
  • J'ai un très mauvais souvenir de Stendhal (être obligé de lire le Rouge et le noir en 3ème est le meilleur moyen de dégoûter d'un auteur). J'en garde le souvenir de descriptions interminables et ennuyeuses. J'essaierai quand-même de lire La Chartreuse de Parme, on n'est jamais à l'abri d'une bonne surprise )

    Posté par Isil, 20 juillet 2008 à 10:47 | | Répondre
  • Fashion : oh nooon, ne pleure pas !!! Je te promets même de relire ce livre un jour (par contre, je n'aurais jamais pu lire 1000 pages de plus). Pour le père de Fabrice, j'ai relu attentivement le premier chapitre du livre hier soir pour rechercher si quelque chose m'avait échappé. Merci de me confirmer que non ;o)

    Erzébeth : à moi aussi, je l'aime bien maintenant... ;o)

    Isil : "Le rouge et le noir" ne me tente pas du tout, et je me souviens d'avoir prié pour l'âme d'une amie qui devait le lire en seconde...

    Posté par Lilly, 20 juillet 2008 à 12:37 | | Répondre
  • il est dur mon étagère, dans une édition datant probablement du début du siècle dernier...mais Stendhal, j'ai vraiment du mal!

    Posté par choupynette, 20 juillet 2008 à 16:17 | | Répondre
  • Il était sur la PAL de ton arrière-arrière-grand-mère qui l'a fait transmettre de génération en génération pour qu'il finisse par être ouvert par un membre de sa famille ? ;oP

    Posté par Lilly, 21 juillet 2008 à 16:16 | | Répondre
  • J'ai gardé un bon souvenir moi aussi de la lecture de ce livre
    Tu en as lu d'autres de lui ? J'avais buté sur "Le rouge et le noir" et je me promets depuis de m'y remettre ...

    Posté par Marie, 22 juillet 2008 à 01:39 | | Répondre
  • 1 an ! Je suis épatée. J'aurais perdu le fil et l'intérêt avec. Apparemment ce livre fait partie de ceux qui laissent des traces.

    Posté par La liseuse, 22 juillet 2008 à 18:04 | | Répondre
  • Marie : non, c'était mon premier Stendhal.

    La liseuse : Je ne l'ai pas lu sur un an ! j'ai simplement mis un temps fou à écrire un billet. Et comme je ne me souvenais pas de tout, j'ai dû en relire une bonne partie...

    Posté par Lilly, 22 juillet 2008 à 19:10 | | Répondre
  • Moi, j'ai dévoré le plus de Stendhal que j'ai pu pendant mon collège lycée, j'adorais !
    Et c'est très vilain de parler ainsi de la mauvaise foi des copines

    Posté par praline, 22 juillet 2008 à 22:15 | | Répondre
  • Miracles de l'été

    Les miracles de l'été : va-t-on redécouvrir Stendhal ? Merci d'y avoir contribué.

    Posté par Georges F., 24 juillet 2008 à 18:10 | | Répondre
  • En me forçant un peu j'avais lu "Le Rouge et le Noir" l'été suivant mon année de prepa. J'ai finalement eu une bonne surprise, j'avais passé un bon moment.

    Posté par Lou, 24 juillet 2008 à 21:31 | | Répondre
  • Praline : désolée, mais vous m'avez beaucoup fait rire ;o)
    Tu as toute mon admiration sinon. Je crois que je n'aurais pas survécu à Stendhal quand j'étais au lycée. Cependant, si tu as quelques conseils...

    Georges F. : La meilleure ambassadrice de Stendhal reste Fashion. Plusieurs blogueuses ont lu ce livre suite à ses conseils.

    Lou : celui-ci ne me tente pas du tout par contre, je ne sais pas pourquoi (enfin si : le personnage principal a l'air horriblement ennuyeux).

    Posté par Lilly, 26 juillet 2008 à 14:22 | | Répondre
  • Je ne sais pas quoi te conseiller. La Charteuse est un super souvenir. Le rouge et le noir aussi. Ensuite, il y a ses nouvelles si tu préfères les genres courts. Je me souviens mal d'Armance... Euh, son essai sur l'amour avait beaucoup plu à la jeune adolescente que j'étais alors. Seuls les souvenirs de ce cher Henri Brulard m'avaient un peu lassée...

    Posté par praline, 26 juillet 2008 à 21:26 | | Répondre
  • Je plussoie à ce que dit Praline : "De l'amour" est fort bon!

    Posté par fashion, 26 juillet 2008 à 21:31 | | Répondre
  • Praline et Fashion : dans ce cas, je le note. Merci les filles !

    Posté par Lilly, 27 juillet 2008 à 11:33 | | Répondre
  • Je suis justement en train de le lire et j'aime vraiment beaucoup! J'aime le ton de Stendhal, qui n'a vraiment rien de poussiéreux!
    J'angoisse : je pars mardi matin, il me reste 400 pages à lire et j'ai des tas de choses à faire d'ici là... finirai-je mon livre à temps ou devrai-je emporter cette brique dans mon sac?? Les problèmes existentiels de l'été

    Posté par kali, 01 août 2008 à 03:39 | | Répondre
  • Vive Stendhal !

    Bon, un peu après la bataille, je me permets de conseiller vivement "Le Rouge et le Noir", meilleur que "La chartreuse de Parme". Pour l'avoir "lu" en seconde et détesté alors, j'ai adoré quelques années après. Stendhal c'est une écriture unique, absolument pas ennuyeuse car, au contraire de Balzac, il se moque des descriptions. Il faut aussi lire "Armance", plus court mais très bien, "Lamiel", inachevé et bien sûr "Lucien Leuwen" qui est un chef d'œuvre. Bref, ne pas passer à côté de ce génie littéraire !

    Posté par Jude, 18 novembre 2009 à 13:26 | | Répondre
  • Jude : j'adooore les descriptions de Balzac !! Mais je te pardonne, et note tes conseils ;o)

    Posté par Lilly, 24 novembre 2009 à 11:20 | | Répondre
Nouveau commentaire