51SD59A6VHLFolio ; 750 pages.

J'ai envie que Fashion m'aime ces derniers temps*. Du coup, j'écris des billets sur ses livres préférés. Bon, j'avoue aussi que ça fait plus d'un an que la couverture de ce livre est sur mon blog et que ça commence à me culpabiliser.
Si je n'ai pas fait de billet plus tôt, c'est parce que je me suis retrouvée dans une situation un peu étrange avec ce roman. Je l'ai adoré (vraiment), pourtant j'ai eu un mal fou à le terminer. Des livres que je trouve objectivement bien mais personnellement gonflants, j'en ai déjà lus. Par contre, un livre à la fois captivant et lassant, c'était une première.

La Chartreuse de Parme débute en 1796, lorsque Napoléon, encore général, entre dans Milan. C'est durant les deux années de présence française que naît Fabrice, le fils cadet du marquis Del Dongo, un ferme partisan de l'Autriche et de sa jeune épouse, qui épouse pour sa part la cause française. En grandissant, grâce à l'amour de sa mère et surtout de sa tante, Fabrice commence à développer un besoin de suivre ses instincts. Il part d'abord à Waterloo, rejoignant ainsi Napoléon pour son ultime défaite. De retour en Italie, méprisé par son père et son frère, il reste sous la protection de sa tante, devenue la duchesse Sanseverina, et de l'amant de celle-ci, le comte Mosca. A partir de là, il va connaître les intrigues, les maîtresses, la prison, et finalement l'amour.

La première chose que j'ai noté avec ce livre est l'humour dont Stendhal fait preuve. Céline disait qu'il fallait atteindre la page cent-cinquante pour trouver La Chartreuse de Parme drôle, mais pour ma part j'ai commencé à rire lorsque Stendhal décrit avec quel courage le marquis Del Dongo a fait face à l'arrivée des Français dans Milan : " Huit jours après, continuait Robert, quand il fut bien avéré que les Français ne guillotinaient personne, le marquis del Dongo revint de son château de Grianta, sur le lac de Côme, où bravement il s'était réfugié à l'approche de l'armée, abandonnant aux hasards de la guerre sa jeune femme si belle et sa soeur. " (page 53)  Dans ce livre, tout le monde en prend pour son grade, les héros, les princes, et même l'Eglise. Il est difficile de se souvenir que Fabrice est un ecclésiastique quand on voit son comportement...
Ce jeune garçon est d'une naïveté incroyable. C'est un véritable désastre à lui tout seul en fait. Complètement déconnecté de la réalité, il ne commence à agir avec perspicacité que très tardivement dans le livre, après avoir été l'appât idéal pour ses ennemis. Il m'a un peu rappelé le héros que j'ai le plus détesté en cours de français, Candide. Heureusement, Voltaire et moi ne nous sommes pas recroisés depuis, et puis Fabrice est quand même très attachant grâce à sa tante, toujours là pour réparer les dégâts. Cette dernière est l'autre personnage principal de La Chartreuse de Parme. D'abord comtesse Pietranera, puis duchesse Sanseverina, elle possède tout le bon sens et l'instinct de survie dont son neveu est dépourvu. Elle aussi a des rêves. Elle n'a pas hésité un seul instant à épouser un homme sans argent et à se déshonorer aux yeux de son frère, tout ça par amour. Et puis, elle aime son neveu avec une passion déconcertante, parfois gênante même. Mais cela prouve aussi que c'est une femme qui sait ce qu'elle veut, et qui n'en déroge jamais. Car elle a de la prestance cette Gina, et à chaque fois que Stendhal écrit son nom on s'imagine qu'une personne majestueuse vient de faire son apparition. Ces deux personnages sont très égoïstes en fait, et n'hésitent pas à faire du mal à ceux qui les aiment. Toutefois, ils agissent avec tellement d'amour qu'à défaut de pouvoir véritablement s'identifier à eux, ils nous inspirent de l'indulgence. 
C'est comme Clélia. Elle est comme certaines personnes du club des théières par certains côtés. Au hasard, prenons sa mauvaise fois. Son serment de ne jamais revoir Fabrice, et son inaction sont exaspérants (je ne parle plus des théières là), mais ses négociations avec sa conscience sont à hurler de rire.
Je dois aussi vous parler de ce cher comte Mosca, l'amant de la duchesse et ministre du prince de Parme. Il a beau être jaloux de Fabrice, que la duchesse lui préfère pendant très longtemps, il est prêt à tout pour celle qu'il aime. Sa bonté lui permet aussi d'apprécier ce "rival".
On a un peu tout dans ce livre. Le héros, le duel, la jolie jeune fille, la prison, les vilains intrigants, la marraine la fée, le poison. Sauf que le tout est mélangé avec bonheur par un auteur qui, en y ajoutant ses remarques personnelles, nous offre une histoire vivante et pleine de bonne humeur.
Alors pourquoi un billet si long à venir ? C'est vraiment le bordel, trop parfois. J'ai trouvé ce livre long à lire en fait. Même si j'ai lu ce roman avec beaucoup de plaisir, j'avais à chaque fois le sentiment d'avoir beaucoup lu plus de pages que dans la réalité, et c'était un peu frustrant (et inexplicable). Beaucoup de scènes se ressemblent énormément, et certaines auraient peut-être gagné à être raccourcies ou même supprimées.

Cela dit, ce fut une très jolie pause italienne, et je suis ravie d'avoir pu constater moi même que Stendhal ne mérite pas son étiquette d'auteur ennuyeux.

Pour finir, argument de choc : si vous voulez tout savoir sur le blog de Fashion, vous devez lire ce livre.

Les avis de Fashion, Céline, et Chiffonette.

* Et qu'elle me dispense de tag. C'est d'accord, n'est-ce pas ?