Édition Le Livre de Poche ; 151 pages.

" 1789. Marine, jeune fille de quinze ans du Paris populaire, découvre l'amour en la personne de François-Régis de Sénanque. Attirée par l'homme, elle se sent pourtant repoussée par ses manières aristocratiques. Fidèle à ses convictions révolutionnaires, pure, mais sans fanatisme, elle préfère épouser un homme qu'elle n'aime pas, issu du peuple, comme elle.
Quand sonnera l'heure de la Grande Terreur, c'est pourtant François-Régis, l'aristocrate, qui sauvera la tête de Marine. Au long de ces jours amères faits de luttes contradictoires, de douleurs, de reniements, d'intolérance, les deux héros inconciliables découvrent peu à peu la seule cause qui vaille d'être défendue : l'amour. "

Parmi mes lectures d'enfants, j'ai retrouvé ce petit livre, que j'ai dévoré ce matin pour la je-ne-sais-combientième fois. Et à nouveau, je suis tombée sous le charme de ce marquis de Sénanque, qui tombe amoureux fou de cette miséreuse aux yeux violet, Marine, dans le contexte troublé de la Révolution. Un amour qui symbolise les changements de la société, la chute des barrières sociales espérés. Si la Révolution n'apporte pas ce que tout le monde attendait, et s'achève par un retour en arrière très rapide, Marine et François-Régis auront eu le temps de faire leur propre révolution et de s'aimer.
Si le suspens n'est pas très grand en ce qui concerne la relation entre nos deux héros (pourtant je marche à chaque fois...), je trouve que Jacqueline Mirande a très bien su utiliser cet amour pour nous parler de la Révolution. Nous pénétrons dans le monde du petit peuple, de la Noblesse qui n'avait plus que ses titres et qui se retrouve ruinée et souvent obligée de fuir, mais aussi de la société très instable des années 1792/1794. La guerre avec les monarchies étrangères, la guerre civile, la Terreur, les rivalités entre les députés sont abordés, sans donner détails sanguinolents (c'est un livre pour 11 ans et plus...), mais sans non plus cacher les atrocités commises (viols, guillotine qui marchent en permanence, corruption...).
En seulement 151 pages, Jacqueline Mirande nous dresse le constat des abus de la Révolution, de ses contradictions. Dans les prisons révolutionnaires se mêlent anciens nobles, nouveaux bourgeois, députés déchus, gens du peuple, et même généraux révolutionnaires triomphants, symbolisant ainsi les dérives et l'échec de la Révolution. Si celle-ci a permis la naissance de nouvelles idées qui devront désormais être prises en compte, à la fin du livre, la République est déjà instable et prête pour un coup d'Etat...