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lilly et ses livres
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16 avril 2007

Soupir ; René-François Sully Prudhomme

A sea spell ; Dante Gabriel Rossetti

Soupir

Ne jamais la voir ni l'entendre,
Ne jamais tout haut la nommer,
Mais, fidèle, toujours l'attendre,
Toujours l'aimer.

Ouvrir les bras et, las d'attendre,
Sur le néant les refermer,
Mais encor, toujours les lui tendre,
Toujours l'aimer.

Ah ! Ne pouvoir que les lui tendre,
Et dans les pleurs se consumer,
Mais ces pleurs toujours les répandre,
Toujours l'aimer.

Ne jamais la voir ni l'entendre,
Ne jamais tout haut la nommer,
Mais d'un amour toujours plus tendre
Toujours l'aimer.

René-François Sully Prudhomme

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1 juin 2007

L'appel du passé ; Elizabeth Goudge

166511_0Édition Le Livre de Poche ; 379 pages.

Lettre "G" Challenge ABC 2007 :

" Judy Cameron s'apprête à passer comme de coutume l'été au bord de la mer avec ses parents et son fiancé Charles quand une peinture représentant un paysage d'Ecosse la captive au point qu'elle décide aussitôt de s'y rendre pour peu qu'elle découvre une maison dans un site semblable à celui du tableau.
Contrairement aux prédictions - et à l'espoir - des siens, l'annonce qu'elle met dans les journaux lui attire une réponse. Voilà pourquoi, malgré un temps abominable, Judy arrive dans la vallée solitaire des Highlands où est située Glen Suilag, la demeure de Ian Macdonald louée par les Cameron.
Dès l'abord, Judy se sent en proie à l'étrange impression d'être en pays familier, auprès de gens connus. Où aurait-elle rencontré Ian et son maître d'hôtel, le vieil Angus ? La raison lui dit : nulle part, mais elle n'en continue pas moins à éprouver une sensation curieuse qui va s'accentuant. La maison est-elle hantée et ses hôtes invisibles font-ils pression sur elle ? Non, il s'agit d'autre chose et Judy qui le devine s'attache avec patience, avec passion, à découvrir le secret de Glen Suilag. Aventure du coeur et de l'esprit qui nous mène des temps modernes à l'époque des Stuart dans le climat poétique particulier à Elizabeth Goudge. "

Même si je connais très peu Elizabeth Goudge, je saute depuis quelques temps sur tous les romans d'elle que je trouve. Maintenant que j'ai terminé L'appel du passé, je m'en félicite.

Alors, oui, on peut trouver certains passages un peu nunuches dans ce livre. Il n'empêche que cette histoire se tient très bien, et même davantage. Elle nous prend aux tripes et nous embarque complètement. Car ce roman nous raconte bien plus qu'une magnifique histoire d'amour.

L'ambiance créée par Elizabeth Goudge est vraiment particulière. D'un côté, elle est lourde, inquiétante, douloureuse même parfois. Les descriptions de la vallée isolée des MacDonald, du vent que l'on entend souffler dans la maison, du grand lit, ou encore de la "fenêtre du milieu", nous font ressentir la peur et la détresse mêlées d'exaltation de Judy Cameron.
Mais cette atmosphère pesante, presque gothique, est rendue plus légère, plus romantique, grâce à l'écriture douce et poétique d'Elizabeth Goudge. L'auteur utilise également certains des éléments qui lui servent à susciter l'anxiété de son lecteur pour créer une impression de lieu idéal et de bonheur possible.  De ce fait, on croirait presque, par moments, que l'on se trouve dans un lieu enchanté, et l'on comprend l'attirance de Judy pour cet endroit.

Page 77 : " Comme cette vallée était aimable avec ses petites fermes, ses cottages blancs. On eût dit un paysage enchanté, si loin de tout et si caché que seuls ceux qui l'aimaient pouvaient le découvrir. Elle comprit ce que Ian avait voulu dire quand il avait parlé de créer de la beauté dans la solitude. La beauté, à coup sûr, serait en sécurité dans un lieu aussi secret ; le rempart des montagnes protègerait l'Utopie contre la Foire aux Vanités. "

Le romantisme passe également par l'amour, qui (re)naît entre Ian McDonald et Judy Cameron. Cette dernière est une jeune fille qui voit toutes ses certitudes d'enfant du grand monde s'ébranler à la vue d'un tableau. Ses initiatives nécessitent un égoïsme de sa part qui m'a un peu agacée au tout début, mais que l'on comprend rapidement. Son amour pour Ian, ses réflexions, la rendent peu à peu très attachante, et c'est tout naturellement que l'on se glisse dans sa peau.
Quant à Ian, jeune écossais à la fois rude et rêveur, il devient vite évident qu'il est lié à Judy par une histoire douloureuse. C'est ici qu'apparaît le thème central du livre, dont je ne peux pas vous dévoiler le nom, mais qui est une réflexion sur la vie, la mort et leur signification.

Page 377 : " Un homme qui vit est comme un homme qui écrit un livre. Il peut s'arrêter  après quelques chapitres, mais il revient à son travail, encore et encore, jusqu'à ce que le livre soit achevé. "

L'amour entre Ian et Judy ne peut alors se construire qu'en surmontant le passé, en l'intégrant même, et là est un autre intérêt de ce livre. Il nous fait en effet remonter dans le temps, en 1745. Avec Judy, nous découvrons un petit bout de l'histoire de l'Ecosse. Nous voyageons également avec Ian, dans les îles, lieux si chers à Elizabeth Goudge, dont la proximité semble être nécessaire à la compréhension de la vie.

J'ai lu les deux cents dernières pages à toute allure, complètement passionnée par cette histoire, qui aurait pu être simplement banale. Mais Elizabeth Goudge sait jouer avec les mots et avec son lecteur, ce qui fait de cette lecture un véritable délice.


21 mai 2007

La fontaine de sang ; Charles Baudelaire

Nymphes_1_
John William Waterhouse ; Hylas et les nymphes.

La fontaine de sang

Il me semble parfois que mon sang coule à flots,
Ainsi qu'une fontaine aux rythmiques sanglots.
Je l'entends bien qui coule avec un long murmure,
Mais je me tâte en vain pour trouver la blessure.

À travers la cité, comme dans un champ clos,
Il s'en va, transformant les pavés en îlots,
Désaltérant la soif de chaque créature,
Et partout colorant en rouge la nature.

J'ai demandé souvent à des vins captieux
D'endormir pour un jour la terreur qui me mine ;
Le vin rend œil plus clair et l'oreille plus fine !

J'ai cherché dans l'amour un sommeil oublieux ;
Mais l'amour n'est pour moi qu'un matelas d'aiguilles
Fait pour donner à boire à ces cruelles filles !

Charles Baudelaire

21 juin 2007

Deux laissés pour compte...

Possession ; A.S Byatt

9782253933366_G_1_Edition Le Livre de Poche ; 668 pages.
9,50 euros.

" Un poète maudit de l’ère victorienne, Randolph Henry Ash, déchaîne les rivalités entre universitaires. Tous les coups sont permis pour mettre la main sur un manuscrit inédit, s’attribuer le bénéfice d’une information. Aussi, lorsque Roland Michell, jeune chercheur, découvre deux lettres du Maître, adressées à une inconnue, il met tout en œuvre sans tarder pour percer ce mystère biographique.
Avec lui nous pénétrons dans les arcanes du romantisme anglais – manoirs anciens, spiritisme, légende d’Ys et de Mélusine – et dans des mystères amoureux qui conduiront Roland et la sévère Maud, de l’université de Lincoln (Etats-Unis), plus loin qu’ils l’auraient cru…
Enquête policière, roman d’amour, pastiche littéraire, satire d’un milieu avec ses jargons et ses petitesses : on a pu évoquer les chefs-d’œuvre d’Umberto Eco à propos de ce roman total, couronné par le Booker Prize 1990 et traduit dans de nombreux pays. "

C'est un avis un peu étrange que je m'apprête à vous donner. Je ne suis pas parvenue à apprécier ce livre, mais c'est parce qu'A.S. Byatt l'a trop travaillé, l'a trop créé pour elle même (je suis encore d'une clarté remarquable, je le sens...).

Je ne me souviens pas d'un livre dont j'ai atteint la page 100 avec autant de soulagement. J'ai trouvé le début de ce roman d'un plat indescriptible (d'ailleurs, le rythme n'augmente pas franchement par la suite). En fait, j'ai eu l'impression d'avoir été projetée dans un monde où l'ambiance correspond à celle qui, j'imagine, règne au cinquième sous-sol des archives départementales... Il y a des passages horriblement long, les personnages sont l'anti-thèse de ce qu'on voudrait être, et dès les premières pages, j'ai vraiment peiné à lire ce roman.

Pourtant, je ne peux pas dire que du mal de ce livre. Honnêtement, on sent que A.S Byatt a travaillé ce livre. Il a un fond très riche, une construction plutôt originale, avec une alternance entre les époques, les lieux, les types de narrations... A.S. Byatt a également créé de façon assez crédible les oeuvres des deux poètes sortis de son imagination, et on sent de ce fait qu'elle les connaît très bien. Elle les insère parmi les grands auteurs de leur époque, tisse des liens de connaissance entre ces dernier et Ash et LaMotte, crée leurs oeuvres et leur vie à l'aide d'inombrables références (dont la plupart ont dû m'échapper d'ailleurs), et leur donne véritablement vie. Rien que pour cela, je ne peut pas dire que ce livre est mauvais. D'ailleurs, j'aurais bien aimé le terminer ce livre...
Mais vraiment, c'est indigeste, beaucoup trop dense. Ca peut paraître étrange, je râle tout le temps que les romans actuels manquent cruellement de fond. C'est d'ailleurs pour cela que je ne peut pas dire de Possession qu'il est dépourvu d'intérêt, et que je ne comprends pas comment on peut entrer dans ce livre. C'est tout le contraire, on s'y perd (pendant des mois dans mon cas !! ).

Les chapitres en vers, les lettres échangées entre Christabel (prénom qui me plaît beaucoup par ailleurs) et Randolph Ash dont le contenu est hautement intellectuel (la drague au XIXe, au secours...), les délires de Roland et de Maud Bailey, me sont passés complètement au-dessus de la tête. Comme relire quatre fois chaque phrase a fini par me lasser, j'ai fini par lire en diagonales (du coup, j'ai lu trois cents cinquante pages en deux jours, alors qu'il m'avait fallu plus de deux mois pour arriver à la page cent...).
Ce livre aurait énormément gagné à être épuré. J'aimerais bien que ceux qui l'ont lu et aimé me disent s'ils ont réussi à en savourer chaque mot. J'ai beaucoup aimé certains passages, comme le conte des trois dames, mais de là à faire des chapitres entiers en vers...

D'autant plus que ces vers ne sont pas non plus des merveilles. Certes, j'ai trouvé que les oeuvres d'Ash et de Christabel étaient bien constituées. Les écrits en prose, quoique assez basiques (sans aucun mépris), sont agréables à lire et crédibles. Les poèmes également correspondent bien à l'idée que je me fais des personnages et de leur époque. Ils m'ont en fait rappelé un poème d'Anne Brontë que j'ai lu récemment, et que j'ai trouvé plutôt médiocre à première vue. Mais lire des pages et des pages de ce genre de choses, j'en suis incapable.

Ajoutez à cela une intrigue vraiment très mince, des personnages ennuyeux, un rythme qui s'accélère à peine vers la page deux cents, avant de retomber cent pages plus loin, et vous avez la recette pour m'achever.

J'ai voulu terminer ce livre parce que l'adaptation me tente beaucoup, mais j'ai craqué aux deux tiers du livre. J'ai failli le faire bien avant, mais imaginer Jeremy Northam en Randolph Ash et Jenifer Ehle en Christabel LaMotte, ça motive. Pas suffisamment, malheureusement...
Je vais quand même chercher le film, car même si je n'ai pas réussi à achever ce livre, je pense qu'une version cinématographique peut donner ce qui a manqué au roman selon moi, un peu de légèreté et d'espace.

Les avis élogieux de Gachucha et de Lamousmé, et celui de Thom, qui vous dira mieux que moi ce que j'ai pensé du livre.

Adam et Cassandra ; Barbara Pym

51DJANG5S2LEdition Rivages ; 235 pages.
7,95 euros.

Lettre "P" Challenge ABC 2007 :

" A Up Callow, petit village du Shropshire, l'arrivée d'un mystérieux Hongrois bouleverse la vie quotidienne des jeunes filles, des vieilles filles et même des femmes mariées. Cassandra, l'épouse dévouée du romancier Adam Marsh-Gibbon, cédera-t-elle à l'entreprenant Mr Tilos qui s'assied toujours derrière elle à l'église et qui lui décoche des coups de chapeau tziganes ? Partira-t-elle pour Budapest, la cité de l'amour ? Ou préférera-t-elle " d'un Hymen fortuné les gages précieux " ? "

Barbara Pym m'a attirée parce qu'elle est considérée comme une héritière de Jane Austen (même si j'ai de plus en plus l'impression que ce label est donné à tort et à travers...).
Effectivement, il y a certaines similitudes entre les deux auteurs. Le milieu étudié est un peu le même (avec plus d'un siècle d'écart quand même), et j'ai trouvé qu'il y avait une façon de décrire les choses un peu semblable.
Mais j'ai trouvé ça d'un barbant ! Ce livre fait à peine plus de deux cents pages. J'en suis à la moitié, mais je rends mon tablier. Il paraît que c'est drôle, charmant, élégant. En fait, j'ai le sentiment d'assister à une réunion de mamies qui prennent le thé en se racontant les derniers potins. Je n'ai rien contre les mamies (j'adore les miennes), mais tous ces papotages sur le voisinage m'ennuient profondément. Ce livre a trop vieilli à mon goût, sans que je puisse dire exactement pourquoi.
Les personnages sont antipathiques, à un point tel que même leur côté ridicule ne m'arrache pas un sourire. Je vois parfaitement qu'il y a une critique de ce petit monde, mais je m'en moque éperdument. Les tentatives de tous ces braves gens pour échapper à l'ennui d'une vie oisive m'exaspère, je suis incapable d'apprécier cette lecture. 

Désolée pour les admiratrices (oui, je fais du sexisme aujourd'hui)...

23 avril 2007

Le pont Mirabeau ; Guillaume Apollinaire

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La Seine à Champrosay ; Pierre-Auguste Renoir.

Le pont Mirabeau

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
            Et nos amours
       Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine

     Vienne la nuit sonne l'heure
     Les jours s'en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
            Tandis que sous
       Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse

     Vienne la nuit sonne l'heure
     Les jours s'en vont je demeure

L'amour s'en va comme cette eau courante
            L'amour s'en va
       Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente

     Vienne la nuit sonne l'heure
     Les jours s'en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
            Ni temps passé
       Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

     Vienne la nuit sonne l'heure
     Les jours s'en vont je demeure

Guillaume Apollinaire

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28 mars 2007

Premier Amour ; Ivan Tourgeniev

2290345717Édition J'ai Lu (Collection Librio) ; 96 pages.
2 euros.

" Quelle fille excitante que Zinaïda ! " écrit Flaubert à Tourgueniev à propos de son roman.
" C'est une de vos qualités de savoir inventer les femmes. Elles sont idéales et réelles. Elles ont l'attraction et l'auréole. " Irrésistible du haut de ses vingt et un printemps, la capricieuse et attirante Zinaïda fait chavirer le cœur du jeune Vladimir Petrovitch, seize ans à peine. Premier amour et premiers tourments d'un enfant épris de la jolie princesse pour l'avoir vue par-dessus la palissade de son domaine...
Mais lorsque Zinaïda devient froide et mystérieuse, d'étranges soupçons envahissent l'esprit de Vladimir. Quel est donc ce rival secret qui l'éloigne de lui ? "

Si j'ai peur de lire des romans russes c'est parce que ça finit toujours très mal... Mais quand j'ai vu le titre de ce livre chez Tamara, j'ai décidé de tenter le coup. Bon, ça ne se finit pas de façon très joyeuse. Mais lorsque l'on regarde bien l'histoire, ça se finit le moins mal possible.

Vladimir Petrovich est un garçon attachant, naïf, innocent. Et comme toute personne qui découvre l'amour, il est à la merci de toutes les désillusions amoureuses. En tombant amoureux d'une jeune fille comme Zinaïda, il ne peut que souffrir. Elle a besoin qu'on l'admire, mais elle ne donne rien en retour, méprisant d'ailleurs ceux qui se jettent à ses pieds au lieu de la dompter comme elle le voudrait. Elle manipule Vladimir, lui tord le coeur. Lui, éperdument amoureux, ne peut que l'aimer davantage. Quand un coeur à vif rencontre une jeune fille cruelle, il ne s'en remet pas. Mais pour Vladimir, il y a plus. Il y a le fait qu'elle lui a préféré un autre homme, et pas n'importe lequel.

Lorsqu'il raconte cette histoire plus de vingt ans après, il est facile de voir que ses blessures ne sont pas refermées. Mais lui s'en est sorti à moindres frais. Tourgeniev nous plonge au milieu de la petite société qui entoure Zinaïda. En peu de pages, il parvient à nous décrire l'éveil des sentiments et les tourments de l'amour chez ses personnages. Une lecture très agréable.

Les avis de Cécile et de Tamara.

30 avril 2007

Une charogne ; Charles Baudelaire

Chacun sa manière de dire "Je t'aime"...

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Camille Monet sur son lit de mort ; Claude Monet.

Une Charogne

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d'été si doux:
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Le ventre en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande Nature
Tout ce qu'ensemble elle avait joint;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s'épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l'herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D'où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague
Ou s'élançait en pétillant
On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l'eau courante et le vent,
Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
Une ébauche lente à venir
Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d'un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu'elle avait lâché.

- Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion!

Oui! telle vous serez, ô la reine des grâces,
Apres les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
De mes amours décomposés!

Charles Baudelaire

20 mars 2008

Sans te dire adieu ; Maryam Sachs

413di3JDnuLLe Passage ; 166 pages.

Je suis terriblement en retard dans mes notes de lecture, désolée pour ces longs silences...

L'histoire : Roxane, Iranienne en exil de trente cinq ans vit à Paris avec celui qui est son mari depuis quinze ans, Kamran. Il est éditeur, elle libraire. Tous deux mènent une vie paisible, malgré l'absence d'enfant et la douleur de l'exil. Un jour que Kamran est en voyage d'affaires, Roxane sort manger dans une brasserie avec un couple d'amis. Là-bas, elle croise le regard bleu d'un jeune homme. A la fin de la soirée, Roxane décide de suivre cet inconnu. S'en suit un petit jeu entre elle et l'inconnu, qui s'achève lorsque le jeune homme se fait renverser par une voiture qui ne s'arrête pas.
Après l'avoir accompagné à l'hôpital, Roxane confie son inconnu au chauffeur de taxi qui les y a conduits. Mais elle ne peut s'empêcher d'aller le voir chaque jour, mentant à tous ceux qu'elle aime avec une facilité qui la déconcerte.

Mon avis : Je suis un peu mitigée suite à la lecture de ce livre. Je l'ai trouvé agréable à lire, plutôt bien écrit, malgré quelques lourdeurs et quelques phrases assez clichées. Les idées de départ sont intéressantes. On en apprend un peu sur l'Iran, sur le poids de l'exil sur la relation de couple, et j'aurais vraiment aimé que le livre en parle davantage.
Car au final, je n'ai pas vraiment compris l'intérêt de parler de cette relation entre Roxane et Sergueï, qui fait prendre au livre un chemin complètement différent de celui que j'imaginais au début de ma lecture. On croit d'abord que ces deux personnages sont liés par une blessure commune, mais Sergueï n'est pas vraiment un exilé. Roxane et lui ne sont pas dans la même situation, et leur relation tient davantage à l'imagination débordante de Roxane qu'à une complicité réelle. L'incapacité de Roxane à avoir une relation physique, et donc concrète, avec Sergueï, ainsi que son refus de dire la vérité à Sergueï montrent bien que Roxane fantasme davantage qu'elle ne vit cette relation. Il est certain que cela n'est pas surprenant venant de Roxane. Dès le début, elle nous dit qu'elle est dans la lune, que les gens doivent l'appeler plusieurs fois par son prénom avant qu'elle ne réagisse. Mais du coup, le bouleversement qu'est censée incarner la rencontre avec Sergueï n'en est pas un. Avec lui, Roxane continue d'être celle qu'elle a toujours été, de façon un peu plus dangereuse peut-être, mais rien de transcendant non plus. Ceci d'autant plus que les personnages sont assez peu développés (en 166 pages, c'est compréhensible, mais ça empêche le lecteur de s'intéresser de près à l'histoire).   
La fin également m'a déçue. Je l'ai vue arriver à des kilomètres. En fait, ce livre au début prometteur se transforme peu à peu en roman racontant une histoire banale. Dommage...

L'avis de Clarabel.   

7 avril 2007

La rose et la bague ; William Makepeace Thackeray

2842301188Édition Hoëbeke ; 179 pages.
14,94 euros.

" La Rose et la Bague, le meilleur des contes de Noël de William M. Thackeray, écrit en 1854, met en scène rois usurpateurs et mesquins, princesse stupide et imbue d'elle-même, affrontements entre royaumes voisins. Manipulés à distance par la fée Réglisse, personnage capital du récit, tous les interprètes de cette pantomime opèrent de brusques et grotesques palinodies sous l'emprise de deux objets magiques : une rose et une bague. Dans cette fable sur l'exercice du pouvoir, W. M. Thackeray use de tous les ressorts du conte de fées (apparitions, métamorphoses, destinées et amours contrariées) pour dépeindre avec humour et dérision un univers où tout est possible, où l'imagination et l'inventivité peuvent se débrider avec allégresse. "

Depuis que j'ai lu La foire aux vanités, je voulais lire un autre roman de William Makepeace Thackeray. Je suis tombée sur ce conte, qui possède une couverture toute mignonne et est édité dans la collection "Bibliothèque elfique". C'est futile, je sais, il n'empêche que j'ai été bien inspirée.

Cette histoire pourrait être une de celles que l'on lit aux enfants avant qu'ils ne s'endorment. Une petite femme de chambre, enfant trouvée, qui tombe amoureuse d'un prince privé de son trône par son oncle, amour qui ne tarde pas à devenir réciproque. Ajoutez à cela une fée appelée Réglisse, une bague et une rose servant de filtres d'amour, ainsi que des méchants vraiment méchants, et vous aurez en effet tous les ingrédients pour faire un conte de fées.
Sauf qu'il y a derrière tous ces clichés, la patte de William Makepeace Thackeray. Avec un ton sarcastique, délicieusement méchant même, l'auteur ridiculise l'importance accordée à l'apparence, au pouvoir, à la beauté, au détriment de l'instruction et de la sincérité.
Ce que j'aime chez Thackeray, c'est cette habitude qu'il a de se moquer de ses propres héros, d'en faire des gens possédant des faiblesses qu'il se permet de ridiculiser. Il se moque par exemple de Giglio et de son ignorance. Mais lorsque celui-ci a comblé les lacunes de son instruction, il le fait prononcer un discours qui dure trois jours, durant lesquels il se rafraîchit en suçant des oranges...   

Pour faire court, ce livre est un petit bijou, drôle et charmant, dont la cruauté de ton peut, par moments, rappeler un certain Oscar Wilde...

14 avril 2007

Les mystères d'Udolphe ; Anne Radcliffe

2070403777Édition Folio ; 905 pages.
11,50 euros.

" Ann Radcliffe publie en 1794 The Mysteries of Udolpho. Les romantiques anglais, et les Victoriens, lui ont voué un culte. En France, Balzac, Hugo, Nodier, Féval, Sue, se souvinrent d'elle. On ignore ce qui a pu pousser cette petite bourgeoise à la vie ordinaire à raconter des histoires terrifiantes, qu'on appelle « gothiques » en Angleterre et « noires » en France parce qu'elles cherchent à provoquer la crainte chez les lecteurs.

Émilie explore le château mystérieux, chandelle à la main, à minuit. La menace (surnaturelle ?) est partout présente. Les séquestrations, les tortures ne sont pas loin. Quel est le dessein du maître des lieux? Quels sentiments éprouve la jeune fille pour son tuteur et geôlier? Qui épousera-t-elle, après cette quête de soi à travers les corridors du château, qui ressemblent à ceux de l'inconscient? Ce n'est pas pour rien qu'un chapitre porte en épigraphe ces mots de Shakespeare: « Je pourrais te dire une histoire dont le moindre mot te déchirerait le coeur. » "

Dans Northanger Abbey, Jane Austen parle beaucoup de ce roman, en le parodiant par le biais de sa naïve héroïne, Catherine Morland. C'est donc tout naturellement que je me suis intéressée à ce livre, qui a fait couler beaucoup d'encre lors de sa publication en 1794. Il paraît que les gens s'imaginaient qu'Ann Radcliffe mangeait des tranches de boeuf crues pour se donner des cauchemars...

Je m'attendais à un style difficile, à une histoire assez ennuyeuse, à une héroïne exaspérante qui s'évanouit toutes les dix secondes. J'ai bien mis cent pages à me plonger dans cette histoire. Emilie m'agaçait prodigieusement à pleurnicher en permanence, et le rythme est plutôt lent au début du livre.
De plus, pour nous, personnes du XXIème siècle, il est difficile de comprendre que les passages dans les bois à la tombée de la nuit sont angoissants, et les malaises d'Emilie à chaque occasion sont au premier abord plus exaspérants qu'autre chose.

Toutefois, on se laisse prendre par cette histoire qui se passe à la fin du XVIe siècle, sous le règne de Henri III. Je me suis rapidement mise à avaler les chapitres, surtout à partir de l'arrivée au château d'Udolphe.
Je pensais ne pas pouvoir lire ce livre avec sérieux, l'apprécier pour lui même, j'avais tort. L'écriture d'abord est magnifique. Ann Radcliffe possède un style poétique, délicat, et nous fait de longues descriptions de paysages qui laissent rêveur. Ce n'est absolument pas un roman d'épouvante pour nous, mais l'histoire est vraiment intrigante. C'est avec délice que j'ai suivi Emilie dans les couloirs sombres d'Udolphe, la nuit.
Les personnages sont assez caricaturaux, c'est vrai. Surtout les femmes, qui pleurent, gémissent et s'évanouissent très souvent. Mais on passe rapidement outre cela, parce que l'on veut vraiment savoir quels sont les secrets que renferment Udolphe et les autres lieux "hantés" que nous traversons. Et puis, je l'avoue, je voulais savoir si Emilie et Valancourt se retrouveraient...

J'ai été surprise par l'audace de ce livre. Emilie et Valancourt, nos deux amoureux, se serrent dans les bras l'un de l'autre, s'embrassent les mains, choses que Jane Austen n'a jamais fait faire à ses héros. Quant aux crimes passionels et aux adultères supposés, aux enlèvements d'Emilie projetés par ses prétendants, ils ont dû choquer les lecteurs du XVIIIe. Quand on sait que Jane Austen était fille de pasteur, on se demande comment elle est parvenue à se procurer ce livre.

Ann Radcliffe parvient à nous plonger dans une atmosphère gothique que l'on ressent même plus de deux cents ans après, et dont les soeurs Brontë se sont inspirées pour écrire leurs romans. C'est un livre qui possède des qualités indéniables et qui se lit avec délice. Je vais essayer de relire sous peu Northanger Abbey, afin de saisir tous les clins d'oeil faits au roman d'Ann Radcliffe qui s'y trouvent.

2 janvier 2008

L'empreinte de l'ange ; Nancy Huston

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J'ai Lu ; 219 pages.

J'ai découvert Nancy Huston en juin dernier avec Lignes de faille, qui est mon plus gros coup de coeur de l'année 2007. J'ai décidé de lire L'empreinte de l'ange pour approfondir ma connaissance de cet auteur, et tout ce que je peux dire, c'est que je n'étais pas au bout de mes surprises.

En 1957, à Paris, Raphaël, un jeune musicien, laisse une annonce pour trouver un bonne qui s'occupera de son appartement parisien. Lorsque Saffie, une jeune allemande apathique sonne à sa porte, il ne met que quelques instants à en tomber follement amoureux. Il la met dans son lit et l'épouse très rapidement, tout en espérant qu'elle finira par l'aimer. Leur fils, Emil(e), naît quelques mois plus tard, magré les tentatives d'avortement de Saffie. C'est lors d'une simple course pour Raphaël, en compagnie d'Emil(e), que Saffie trouve enfin le goût de la vie en la personne d'Andràs, un jeune Hongrois. 

C'est un livre d'une efficacité redoutable que Nancy Huston nous offre avec L'empreinte de l'ange. Ce roman m'a poussée jusqu'à la nausée, m'a donné envie de le jeter à l'autre bout de la pièce, mais c'était trop tard. Je me suis retrouvée emprisonnée dans le récit que fait cette voix intraitable, qui se moque presque des émotions qu'elle provoque en nous et que j'ai haïe autant qu'elle m'a envoûtée.
Les personnages de ce livre ne sont pas particulièrement attachants. Saffie m'a laissée de marbre au début. A un moment, j'ai pensé, comme Raphaël, que son passé expliquait son attitude. Mais contrairement à lui, qui est naïf comme nous, tout en ne disposant pas des informations de la narratrice, j'ai peu à peu réalisé que le contexte historique, dissimulé en simple décor avant de prendre beaucoup plus d'importance, n'excusait pas tout non plus. Car Nancy Huston nous raconte l'histoire de quatre personnes lors de la guerre d'Algérie autant que la guerre d'Algérie et les marques de la Seconde Guerre mondiale avec quatre personnages comme prétexte. Forcément, les deux sont liés. Saffie et Andràs sont unis par le passé. Toutefois, leur relation ainsi que le trio amoureux qu'ils forment avec Raphaël, sont aussi et surtout des histoires assez banales.

En fait, comme dans Lignes de faille, Nancy Huston démontre qu'elle maîtrise parfaitement ce qu'elle écrit. Mais cette fois, je suis incapable de vous dire si j'ai aimé ou non. Je mettrais autant un zéro pointé à cette histoire qui m'a vraiment remuée qu'un 10/10. Si j'avais commencé à lire Nancy Huston avec ce livre, je n'aurais probablement pas continué à la lire. Mais j'ai également envie d'applaudir. A vos risques et périls donc...

L'avis de Lily.

21 octobre 2007

Michel Tremblay ; Les belles-soeurs

41SJ4MH4PML__AA240_Après ce que j'ai dit sur Jacques Poulin, je voulais me réconcilier avec la littérature québécoise (et puis éviter que Allie m'en veuille trop de n'avoir pas aimé un livre qu'elle m'avait conseillé très gentiment...). J'ai donc décidé de me tourner vers un auteur dont j'avais déjà adoré deux livres, Michel Tremblay.

Cette fois, c'est une pièce de théâtre que j'ai choisi de lire. Ce que je peux déjà vous dire, c'est que je suis moins emballée que les fois précédentes, même si je relirai Tremblay.

L'histoire: " Germaine Lauzon, ménagère de Montréal, a gagné un million de timbres-primes. Une bonne occasion pour inviter parentes et amies à une soirée de “collage de timbres”. Mais les 15 femmes entassées dans la cuisine n’en restent pas longtemps aux civilités : jalousies, vengeances et haines personnelles éclatent, venant gâcher la fête. Dans ce huis clos parfait, difficile de ne pas se sentir un peu voyeur. Voyeur comblé par la densité d’un texte qui crache les petites misères de ces femmes sans histoire et sans avenir, mais montre aussi leur lucidité et leur esprit, leur grande expérience de l’âme humaine. "

Michel Tremblay a un don incroyable pour nous faire vivre ses histoires. On entend les personnages parler, avec cet accent si étrange pour un Français qu'est l'accent québécois. Les scènes sont tellement ordinaires que l'on n'a aucun mal à se les imaginer, et l'on rit des personnages qui pourraient être des gens que nous connaissons, et que nous affectuons malgré leurs petits défauts. D'habitude, à ces scènes plutôt banales, Michel Tremblay rajoute une touche de magie qui me fait savourer ses livres. Cette fois, ça n'a pas vraiment marché...

Les premières pages m'ont amusées, mais je me suis sentie très rapidement en décalage avec cette pièce. En fait, je trouve qu'elle a pris un coup de vieux. Michel Tremblay nous fait découvrir des personnages d'une autre époque, avec des valeurs qui appartiennent (au moins en grande partie) à une autre époque. Je n'ai rien contre les histoires qui ne se passent pas de nos jours, je pense que ce blog le démontre assez clairement. Mais dans cette pièce, je me suis sentie complètement en dehors de la scène, un peu comme quand un ami vous invite à une soirée où vous ne connaissez personne et où vous passez votre temps à sourire pour la forme à des conversations auxquelles vous ne comprenez rien, à vous ennuyer appuyé(e) contre un mur, en espérant que le temps va s'accélérer d'un seul coup afin d'atteindre l'heure de partir. Vous me direz que cette fois je n'avais qu'à fermer le livre. Oui, mais si les règles de politesse ne me contraignaient absolument pas à lire ce livre de bout en bout, l'espoir de retrouver ce qui m'a tant charmée chez Michel Tremblay dans les deux livres que j'avais déjà lus de cet auteur m'a amenée à le faire.
Finalement, j'ai été déçue. Pendant tout le premier acte, il ne se passe rien. Le deuxième acte intervient beaucoup trop tard à mon goût et ne retient pas suffisamment l'attention du lecteur pour sauver la pièce. Et quand j'ai passé un temps qui m'a paru interminable à lire un livre dont je ne comprends que la surface, je le referme en me disant que cette lecture m'a été complètement inutile.

22 janvier 2007

Il pleure dans mon coeur... ; Paul Verlaine

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Le boulevard sous la pluie
; Gustave Caillebotte (1877)

Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville.
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un coeur qui s'ennuie,
Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s'écoeure.
Quoi ! nulle trahison ?
Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi,
Sans amour et sans haine,
Mon coeur a tant de peine !

PAUL VERLAINE

31 août 2007

Les sorcières de Spence Tome 1 : L'oeil du destin ; Libba Bray

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Editions du Rocher ; 354 pages.
14,90 euros.

Vous avez du le remarquer, je lis beaucoup de romans jeunesse ces derniers temps. En fait, j'attends avec beaucoup d'impatience la sortie d'Eclipse de Stephenie Meyer, et Gladys*** m'avait conseillé ce roman en attendant. D'ailleurs, je tiens beaucoup à la remercier pour cette belle découverte.

L'histoire : Gemma Doyle vit en Inde où elle s'ennuie à mourir. Le jour de ses seize ans, elle est furieuse contre sa mère qui refuse de l'envoyer à Londres faire ses débuts dans le monde et se trouver un mari. La jeune fille, qui déplore la dégradation de ses relations avec sa mère depuis son entrée dans l'adolescence, est terrifiée à l'idée de finir vieille fille si elle reste en Inde.
En allant chez une amie, elles se disputent. Puis, elles croisent un homme étrange, dont les paroles dénuées de sens provoquent une attitude étrange de Mrs Doyle. Cette dernière donne son collier à Gemma et lui ordonne de rentrer immédiatement. Vexée, Gemma jette des méchancetés à la figure de sa mère et tourne les talons. Tout se passe alors très vite. Gemma a une vision de sa mère, poursuivie par une ombre, qui s'enfonce un poignard dans la poitrine.
Après la mort de sa mère, la jeune fille part pour l'Angleterre, où son frère la confie à Spence, un établissement pour jeunes filles. Elle y rencontre des amies et découvre avec elles qui elle est réellement.

Ce livre n'est absolument pas le banal roman pour adolescentes que j'imaginais. Il est, je pense, difficile d'accès en dessous de treize-quatorze ans, sauf pour les très bons lecteur. Et je suis la preuve que l'on peut être très agréablement surpris par ce roman même lorsque l'on n'est plus tout à fait adolescent^^.

J'ai trouvé l'écriture de Libba Bray vraiment mature, dense, bien que la traduction soit assez pénible pendant les dialogues. Les "marmonné-je", "grogné-je" et compagnie rendent très mal en français. Et j'ai également noté plusieurs fautes d'orthographe assez énormes. Mais Libba Bray n'est pas responsable de cela, et hormis ces petits détails, son style est étonnament maîtrisé. Le rythme est rapide, et le suspens présent très tôt dans le récit.

Quant au fond, je l'ai trouvé très bien construit. L'histoire débute en Inde à la fin du XIXe, lieu entouré de mystères dans notre imaginaire, et se déroule ensuite dans une école assez étrange bien que réservée aux jeunes filles convenables. Si certaines choses peuvent sembler ne pas correspondre à une reconstitution historique exacte, Libba Bray nous donne des repères temporels et spatiaux tout à fait suffisants pour se mettre dans l'ambiance de l'époque tout en ouvrant son histoire au monde de la sorcellerie. Ce dernier est intrigant, ceci d'autant plus que Libba Bray ne nous donne les explications qu'au compte-gouttes et le crée de toutes pièces à partir de personnages mythologiques.
Les personnages de Libba Bray ne sont pas lisses. Chacune des filles a ses (gros) défauts, et l'amitié qui les lie est pour le moins surprenante. Un peu comme dans la vraie vie en fait. A seize ans, elles sont totalement inexpérimentées (sans être des oies blanches non plus), et recherchent de nouvelles sensations qu'elles vont parvenir à trouver. Les personnages secondaires, pour leur part, ne servent pas à faire tapisserie. Tous ont un côté étrange, des secrets enfouis, qui contribuent à créer des interrogations chez le lecteur.

A la fois conte, roman à suspens et roman sur l'adolescence, ce livre mêle tous ces genres de façon parfaitement cohérente et m'a tenue en haleine de bout en bout. J'ai vraiment hâte d'en connaître la suite.   

25 mars 2007

Métaphysique des tubes ; Amélie Nothomb

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Édition Le Livre de Poche ; 156 pages.
4,50 euros.

Lettre "N" Challenge ABC 2007 : 

"Il existe des êtres qui ne subissent pas la loi de l'évolution. Ce sont les légumes cliniques", ou des tubes par où circule seule la nourriture. Ces tubes ne sont pas pour autant sans cervelle puisqu'il arrive que celle-ci, suite à un "accident fatal", se réveille soudain, et déclenche la vie. C'est exactement ce qu'a vécu la (très) jeune narratrice de Métaphysique des tubes durant les deux premières années de sa vie qui furent muettes, immobiles, végétatives, bref divines. Au sens propre, car ce singulier bébé n'ignore pas qu'il est Dieu lui-même, méditant sur ce monde qu'il hésite à rejoindre. Sous forme de monologues intérieurs, considérations philosophico-drolatiques, on déguste le récit de ces trois premières années d'une vie française au Japon, pays merveilleux où de la naissance à la maternelle, l'enfant est un dieu. "

N'ayant pas réussi à mettre la main sur Hygiène de l'assassin, je choisis de le remplacer par cet autre titre pour mon challenge 2007. Amélie Nothomb n'est pas une découverte pour moi, j'ai déjà lu plusieurs romans de cet auteur. En revanche, jusque là, je n'avais pas touché à ses romans "autobiographiques".
J'ai vraiment aimé ce livre. Je réalise que c'est bien supérieur à Acide Sulfurique que j'avais pourtant beaucoup apprécié. Le ton est moins cynique, mais cette humanité rend vraiment le livre touchant, on se sent vraiment concerné par l'histoire.
Amélie Nothomb se décrit comme une petite fille extrêmement intelligente, souvent calculatrice. Mais elle est aussi une enfant comme les autres quelque part, avec son imagination, ses découvertes, ses peurs, sa naïveté parfois.
L'auteur se met vraiment dans la peau d'un tout-petit qui voit le monde qui l'entoure, et l'apprivoise à son rythme, selon son envie, pour se préparer peu à peu à l'affronter. C'est beaucoup fantasmé, mais il y a un part de réalisme malgré tout.
Le début est un peu effrayant, je ne savais pas trop de quoi il s'agissait, mais une fois que l'on est entré dans l'histoire, il n'est plus possible de s'en détacher. Je fais partie de ceux qui apprécient les livres d'Amélie Nothomb, ce roman n'a pas fait exception.

Les avis de Caroline et de Majanissa.

15 novembre 2007

His Dark Materials : The Subtle Knife ; Philip Pullman

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Scholastic Press ; 1024 pages.
V.F. : La Tour des anges.

Je vous préviens, ça fait trois semaines que j'essaie d'écrire ce billet, et comme j'en ai marre de ne pas y arriver mais que je veux quand même vous parler de ce livre, je poste !

Après avoir dévoré le tome 1 de A la croisée des mondes, je me suis donc ruée sur le second opus. Je n'ai pas vraiment été déçue, même si je suis moins sous le charme que lors de ma lecture du premier volet (le fait que ma lecture ait été très éparpillée y est sans doute pour quelque chose).

L'histoire : Nous retrouvons Lyra, toujours en compagnie de son daemon Pantalaimon. A la fin du premier volet, ils venaient d'emprunter le pont entre plusieurs mondes construit par Lord Asriel. Cela les a conduits dans un monde où il ne semble y avoir personne. Les maisons sont vides, et certaines choses (comme les frigos) sont totalement inconnues de Lyra.
Finalement, elle recontre Will, un jeune garçon venant également d'un autre monde (le nôtre je suppose) et qui recherche son père. Ensemble, ils vont tenter d'en apprendre plus sur la destinée de Will, tandis que dans les autres mondes, les adultes recherchent Lyra, et se préparent à un grand bouleversement.

Il y a une chose que j'ai aimée en particulier dans ce livre, c'est la multitude des points de vue. Ils nous permettent d'envisager l'intrigue à travers les yeux de différents personnages pas toujours au même endroit. Grâce aux informations récoltées, on peut commencer à reconstituer avant même Lyra et les autres, quelques éléments du puzzle créé par Philip Pullman.
En fait, ce tome est une vraie transition entre le premier et le troisième tome. Il s'y passe relativement peu de choses, à part sur la fin, mais on sent que des choses importantes se préparent. Des anges en très grand nombre traversent le ciel, les gens commencent à choisir leur camp... Surtout, ça ne rigole plus du tout. Autant certaines choses étaient plutôt amusantes dans le premier volet, autant cette fois-ci les personnages n'ont plus la tête à plaisanter. En même temps, on peut comprendre que quand on essaie de comprendre l'organisation de l'univers (surtout celui du livre, avec plusieurs dimensions et des créatures fantastiques dans tous les coins), il est difficile de penser à autre chose... De plus, Lyra et Will mènent une vie dangereuse qui les isole du reste des enfants qu'ils peuvent rencontrer. Philip Pullman continue en effet à ne pas être tendre avec ses personnages, ni avec la nature humaine.
Malgré cela, on passe quand même un bon moment de lecture. J'ai eu un peu de mal au début du livre, car Philip Pullman va assez lentement et est beaucoup plus dans la théorie que dans le tome précédent. En plus, ni mon cher Lord Asriel (au passage, je n'arrive pas à imaginer Daniel Craig dans le rôle de ce type censé incarner l'élégance anglaise... et je ne vous parle même pas de Nicole Kidman en Mme Coulter...) ni Iorek Byrnison n'apparaissent dans ce tome.  Heureusement, l'intérêt revient au galop quand on se met à suivre le parcours des sorcières ou de Lee Scoresby, et quand l'action reprend.

Il ne me reste plus qu'à lire le dernier tome...

29 août 2007

Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire : Tome 1 ; Lemony Snicket

51T02JRPS8LNathan ; 176 pages.
6,50 euros.

Je suis plutôt perplexe après ma lecture du premier tome de cette série qui a rencontré un succès énorme. J'ai beau aimer la littérature jeunesse, adorer les Harry Potter et les histoires un peu farfelues, j'ai passé un très mauvais moment avec ce livre.

Il s'agit du début de l'histoire de trois enfants qui se retrouvent orphelins. Après les avoir gardés quelques temps chez lui, l'éxécuteur testamentaire de leurs parents les confie à leur oncle qui se révèle froid et dénué de scrupules.

Je pense que c'est censé être drôle par moments, mais cette parodie des contes d'enfants ne m'a pas du tout amusée. Ca commence mal, ça se passe mal au milieu, et ça finit assez mal. D'accord, mais quel est le but de l'auteur ? Aucune idée.
Le style est vraiment trop enfantin (les explications de mot, bof), les personnages sont peu attachants, l'histoire est plate (je n'ai pas trouvé les rebondissements promis)... En résumé, je me suis vraiment ennuyée alors que j'aime assez les contes en général.
La seule morale qu'on peut en tirer c'est que ce n'est pas toujours génial d'être des orphelins...

Les avis de Majanissa et d'Allie.

29 septembre 2007

A la croisée des mondes, Tome 1 : Les royaumes du Nord ; Philip Pullman

51QWQVF2H7LFolio SF ; 533 pages.
6,60 euros.

Pour me faire pardonner cette longue absence, je reviens avec un très bon roman à vous conseiller. Je l'ai acheté lors d'une de mes flâneries à la librairie. Il me semblait avoir lu des billets dessus il y a déjà un certain temps, et le résumé me tentait bien.
Les avis de Papillon et de Thom m'ont poussée à le lire tout de suite, et bien m'en a pris.

L'histoire : Elle se déroule dans un monde qui pourrait être le nôtre, mais ce n'est ni tout à fait notre époque, ni tout à fait la réalité. Le siège de l'Église dominante n'est pas à Rome mais en Suisse, les Tartares sèment la terreur dans l'imaginaire collectif, et chaque être humain possède un "daemon", qui prend la forme d'un animal de sexe opposé au sien. Tant qu'une personne est enfant, son "daemon" peut changer de forme à sa guise, un peu comme un jeune humain fait des choix variés avant de devenir la personne qu'il veut être.  Une fois l'humain adulte, son daemon ne peut plus se transformer, et garde la forme d'une créature qui reflète une part de sa personnalité.
Lyra est l'une des enfants de l'univers créé par Philip Pullman. Curieuse, têtue et effrontée, elle vit à Jordan College au milieu des Érudits, jusqu'au jour où une envoûtante jeune femme vient la chercher. Ce même jour, Roger, le meilleur ami de Lyra, est enlevé par les Enfourneurs, qui capturent des enfants sans que personne ne sache vraiment ce qu'il advient d'eux.
Peu après, Lyra décide de partir à la recherche de son ami Roger. Cela la mène dans le Nord, où vivent également des ours guerriers terrifiants, qui détiennent Lord Asriel, l'oncle de Lyra. 

Mon avis : En ce moment, j'ai besoin d'évasion dans mes lectures. En cela, Les royaumes du Nord est tombé à merveille. Philip Pullman mêle les légendes et les époques avec une habileté remarquable. L'univers qu'il construit est parfaitement crédible, et lui permet à la fois de nous faire voyager dans un monde passionnant et de critiquer habilement la fragilité des institutions et des esprits humains quand ils sont manipulés par une personne habile.
Car si cette histoire est parsemée de touches d'humour et de merveilleux qui la rende très agréable à lire, le sujet en lui même n'a rien de léger. D'ailleurs, je trouve étrange que l'édition jeunesse soit "à partir de 10 ans". Certains éléments abordés dans ce livre me semblent plutôt difficile à comprendre pour des enfants. Sans parler de ce qu'il advient des plus jeunes dans ce roman... Au début de ma lecture, j'ai pensé aux Chroniques de Narnia, mais ce sentiment s'est très vite estompé. Pour en revenir au livre, j'ai trouvé que Philip Pullman allait beaucoup plus loin que je ne le pensais au premier abord. Comme je l'ai déjà dit, il utilise le merveilleux pour introduire des questions très sérieuses et toujours d'actualité comme des autorités fermant les yeux sur des drames touchant des gens considérés comme en marge de la société, ou sur les activités de certaines personnes très puissantes.
Toutefois, il ne nie pas la complexité de ces choses. Quand le Maître de Jordan College verse du poison dans le vin de Lord Asriel au tout début du livre, qui est le vrai méchant ? Ce genre de mystère permet par ailleurs de rendre le récit captivant et de créer un rythme très soutenu. En effet, chaque personnage est un mystère en lui même, et tient le lecteur curieux en haleine. Qui est gentil et qui est méchant sont des questions auxquelles Philip Pullman se garde d'ailleurs bien de répondre à la fin du tome 1. Au contraire, il s'amuse même à brouiller les pistes. Si un tel est méchant, pourquoi refuse t-il de prendre ce que Lyra lui tend ?

A peine avais-je refermé ce livre que les personnages me manquaient déjà. Trop de questions restent en suspens, du coup j'ai couru acheter la suite de cette trilogie !

L'avis de Chrestomanci.

21 mars 2007

Le mystère de Callander Square ; Anne Perry

2264035242Édition 10/18 ; 7,30 euros.
382 pages.

En creusant dans Callender Square, deux jardiniers découvrent un cadavre de bébé. Alerté, l'inspecteur Thomas Pitt se rend sur les lieux, où il découvre un second corps. Il entreprend dès lors une enquête dans ce lieu habité par la grande bourgeoisie, qui n'apprécie pas beaucoup de voir ses secrets mis à jour. Pour l'aider dans sa tâche, l'inspecteur Pitt peut compter (d'ailleurs, elles ne lui laissent pas le choix) sur son épouse, Charlotte, ainsi que sur la soeur de celle-ci, Emily.

Si ça continue, je vais me faire toute la série en un rien de temps... C'est avec un plaisir immense que j'ai retrouvé les personnages de L'étrangleur de Cater Street. Je quitte souvent des personnages que j'ai aimés avec un peu de tristesse, aussi me suis-je régalée de savoir ce que Charlotte, Thomas, Emily, et même George étaient devenus.
Cette enquête est différente de la première. Tout le roman est centré autour de Callender Square, les personnages principaux ayant déjà été présentés. De ce fait, l'histoire est plus dynamique, et j'ai eu un mal fou à m'empêcher de lire la dernière page.
J'aime beaucoup la description de cette société faite d'apparences, où tout le monde sait tout sur tout le monde, mais où chacun fait semblant d'ignorer les potins. Comme le résume bien Charlotte, une épouse trompée ne se considère blessée que si le scandale éclate. Aucun de ces bourgeois ne doute un seul instant que les corps des nouveaux nés sont le fruit des amours illégitimes d'une servante aux moeurs douteuses avec un homme, quel qu'il soit (même si c'est un gentleman, peu importe, rien de plus normal que de coucher avec sa femme de chambre).
Encore une fois, Anne Perry brouille bien les pistes. Elle nous familiarise avec les habitants de Callender Square, les rend très attachants même. Cet auteur sait très bien manier le suspens, avec une tension qui va crescendo (à la fin, je rageais de devoir tourner encore quelques pages pour connaître la vérité).
Quant à la solution, elle m'a une fois de plus surprise (il est vraiment trop fort cet inspecteur Pitt), mais il faut admettre qu'elle est remarquablement trouvée.
Je vais peut-être faire une petite pause avec Anne Perry, pour ne pas me lasser, mais je compte bien y revenir rapidement.

28 juin 2007

Et je repars en vadrouille...

P1050040...pour une petite semaine. J'aime l'été, car j'ai tendance à partir un peu partout sans réfléchir.
En plus, les voyages en train sont l'idéal pour lire en étant bien installé^^
Cette fois-ci, Diane Setterfield, Colette, Balzac et sans doute quelques autres seront du voyage.

Je rentre jeudi prochain, mais je vous ai quand même concocté quelques petits billets. Bonne semaine à tous !

11 septembre 2007

Eclipse ; Stephenie Meyer

41RXZZRtuXLLittle ; 640 pages.

Je sais, je suis peu présente sur mon blog depuis un certain temps. J'ai pas mal de boulot, donc ça risque de durer encore un moment. Mais j'attendais ce livre avec tellement d'impatience (et je sais que je ne suis pas la seule) que je ne pouvais pas ne pas venir vous en parler. Attention, ce billet contient des spoilers, ne lisez que le premier paragraphe de mon avis si vous ne voulez rien savoir !

L'histoire : Pour ceux qui ne connaissent pas encore, il s'agit du Tome 3 de la série Twillight de Stephenie Meyer.
Dans ce tome, la fin de l'année scolaire et du lycée approche pour Bella et Edward. Bella est toujours confinée chez elle par son père pour avoir utilisé une moto et disparu trois jours. Afin d'obliger sa fille à voir d'autres gens que son petit-ami qu'il déteste ouvertement, Charlie lève la punition à la condition que Bella voit ses amies, ainsi que Jacob (qui refuse pourtant de lui adresser la parole).
Tout ceci alors qu'un vampire s'amuse à tuer des gens à Seattle...

Je l'ai dévoré en deux jours. L'histoire est prenante, il se passe beaucoup de choses dans ce tome, à la fois pour les vampires, pour les loups-garous et pour Bella. On passe du temps avec la famille Cullen dans ce livre, ce qui est extrêmement plaisant. Emmett est particulièrement drôle, tout comme l'enthousiasme un peu trop prononcé d'Alice en ce qui concerne les soirées ou autres à organiser. Cet humour, présent tout au long du livre, lui donne une ambiance plutôt conviviale (dans l'ensemble) et le rend extrêmement agréable à lire.
Rosalie et Jasper, pour leur part, racontent à Bella leur histoire, ce qui lui permet de peser davantage le pour et le contre de sa décision de devenir un membre de la famille d'Edward.
Les loups-garous ont également un grand rôle à jouer. On en apprend davantage sur les "frères" de Jacob, leur origine, et le pourquoi de certaines choses.

Mais j'avoue que ce livre m'a beaucoup contrariée quand même pour une chose. Comme les tomes précédents, Eclipse est basé sur un livre très connu que Bella lit et apprécie. D'habitude, c'est l'un des points positifs du livre. Ici, Stephenie Meyer a choisi d'intégrer certaines choses de Wuthering Heigts à son histoire (de façon légère et remaniée naturellement). J'ai beau adorer le roman d'Emily Brontë, je trouve qu'il passe mal dans Eclipse. L'héroïne de Wuthering Heights est capricieuse, égoïste et même détestable par moments.
Cela se répercute sur le caractère de Bella dans Eclipse, et ça ne la rend pas du tout attachante. Bien que son histoire avec Edward gagne en intensité dans ce tome, jouer à nouveau le coup du triangle amoureux Jacob-Bella-Edward avec en plus des histoires d'âmes soeurs et compagnie, m'a donné envie de gifler Bella un certain nombre de fois. Jusque là, je n'avais aucun problème pour m'identifier à elle, son histoire avec Edward était de celles qui font rêver toutes les petites filles. Dans ce tome, tout le monde souffre, alors c'est tout le contraire.

Certes, c'est plus subtil quand on lit l'explication de Stephenie Meyer. Selon elle, cela permet de montrer à quelle point l'amour de Bella pour Edward est fort. Contrairement à Cathy Earnshaw, elle ne choisit pas la voie de la facilité (qui pourrait pourtant la rendre heureuse dans une certaine mesure), mais celle qui lui fera tout abandonner de sa vie humaine pour une seule personne. Ce choix est naturellement difficile pour elle, il n'empêche que pour le lecteur, c'est difficile de comprendre certaines actions de Bella dans Eclipse

Malgré cela, j'ai dévoré ce livre et j'attends déjà avec impatience la sortie de Breaking Dawn, le dernier tome de la série qui sortira dans un peu moins d'un an.

27 juin 2007

Le journal d'Aurore : Jamais contente ; Marie Desplechin

Desplechin___jamais_contente_1_L'école des loisirs ; 180 pages.
9,50 euros.

" 12 février. On peut ruiner sa vie en moins de dix secondes. Je le sais. Je viens de le faire. Là, juste à l'instant. J'arrive à la porte de l'immeuble, une modeste baguette dans la main et la modeste monnaie dans l'autre, quand Merveille-Sans-Nom surgit devant moi. Inopinément. A moins de cinq centimètres (il est en train de sortir et je m'apprête à entrer, pour un peu on s'explose le crâne, front contre front). Il pose sereinement sur moi ses yeux
sublimes. Je baisse les miens illico, autant dire que je les jette quasiment sous terre, bien profond, entre la conduite d'égout et le tuyau du gaz. Sa voix amicale résonne dans l'air du soir :
- Tiens ! Aurore ! Tu vas bien ?
Je reste la bouche ouverte pendant environ deux
millions de secondes, avant de me décider et de lui hurler à la figure :
- Voua ! Merdi ! "

Moins délirant que les aventures de Georgia Nicolson, Le journal d'Aurore est quand même une lecture très divertissante.

Aurore, c'est une adolescente de quatorze ans, qui aime se vautrer dans les miettes de galette quand elle regarde la télé, ses copines Lola et Samira de temps en temps (surtout leurs frères en fait...), mais qui déteste le collège, ses camarades de classe, et se trouve mal aimée et incomprise (je sais, j'ai déjà dit que c'était une ado...). Comme tous les jeunes de son âge (à part les chanceux), elle est en conflit avec ses parents, s'interroge sur sa sexualité, et déteste ses soeurs.

J'ai beaucoup aimé ce journal parce qu'il m'a fait sourire à toutes les pages, et un peu rire. Même si c'était jaune : les impressions d'Aurore suite à son premier baiser m'ont fortement rappelé quelqu'un, tout comme ses relations conflictuelles avec ses parents...
C'est d'ailleurs ça qui m'a beaucoup plu dans ce livre, il est assez crédible. Aucun miracle pour Aurore sur le plan scolaire, un premier petit copain plutôt "juste pour voir" , des copines qui ne comprennent pas toujours tout, des parents complètement largués, une grande soeur exaspérante, une petite soeur lèche-bottes... Même si on a forcément eu une adolescence différente, nos préoccupations étaient assez semblables. Et j'ai beau ne pas garder un excellent souvenir des ces années là (pas si lointaines d'ailleurs), j'ai beaucoup apprécié le fait de les regarder sous autre angle. Je suis vache, mais ça m'a bien fait rire de voir Aurore engluée dans des soucis que je considère moins capitales aujourd'hui.

2 juillet 2007

Well, some may hate and smoe may scorn / Certains peuvent haïr d'autres avoir du dédain ; Emily Jane Brontë

En le recopiant, je réalise que je me suis trompée de poème, mais j'avoue que j'ai la flemme de recommencer. Je vous mettrais plus tard celui que j'avais prévu...

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C.D. Friedrich ; Le rêve.

Well, Some may hate, and Some may scorn

" Well some may hate and some may scorn,               " Certains peuvent haïr, d'autres avoir du dédain,
And some may quite forget thy name,                       Et d'autres oublier jusqu'à ton souvenir, 
But my sad heart must ever mourn                           Mais mon triste coeur, lui, doit toujours lamenter
Thy ruined hopes, thy blighted fame. "                      Tes espoirs ruinés, ta renommée flétrie. "

" Twas thus I thought an hour ago,                          Ainsi pensais-je, tout au moins, voici une heure,
Even weeping in wretched woe.                               Emue par le destin cruel du misérable.
One word turned back my gushing tears,                   Un mot a refoulé mes larmes jaillissantes,
And lit my altered eye with sneers. "                         Allumé dans mes yeux changés par la moquerie.

" Then bless the friendly dust, " I said,                      " Bénie soit la poussière amicale " ai-je dit,
" That hides thy late lamented head.                         Qui couvre ta tête impleurée.
Vain as thou wert, and weak as vain,                        Vain comme tu l'étais, et faible autant que vain,
The slave of falsehood, pride and pain,                      Jouet de la douleur, de l'orgueil, du mensonge,
My heart has nought akin to thine-                            Il n'est rien dans mon coeur qui s'apparente au tien,
Thy soul is powerless over mine. "                             Rien dans ton âme qui ait barre sur la mienne. "


But these were thoughts that vanished too-               Mais, à leur tour, ces pensées là s'évanouirent,
Unwise, unholy, and untrue-                                    Injustes, fausses et impies qu'elles étaient.
Do I despise the timid deer                                      Méprisé-je le daim timide dont les membres
Because his limbs are fleet with fear ?                       Se précipitent dans la fuite de terreur,

Or would I mock the wolf's death-howl                       Ou rirai-je du loup quand il hurle à la mort
Because his form is gaunt and foul ?                           Parce que sa forme efflanquée est repoussante,
Or hear with joy, the leveret's cry                             Ou m'irai-je réjouir du cri du lapereau
Because it cannot bravely die ?                                 Sous prétexte qu'il ne sait pas mourir en brave ?

No! Then above his memory                                      Non ! Alors, que sur sa mémoire
Let Pity's heart as tender be :                                   Le coeur de la Pitié mêmement s'attendrisse,
Say, " Earth lie lightly on that breast,                         Disant : " La Terre soit légère à sa poitrine
And, kind Heaven, grant that spirit rest ! "                   Et qu'il repose en paix par la grâce du Ciel ! "

Emily Jane Brontë
(traduction Pierre Leyris)

25 août 2007

Tentation ; Stephenie Meyer

41KGKK92EYLHachette ; 570 pages.
18 euros.

Après avoir lu Fascination, j'ai dû lutter pour ne pas me ruer sur ce livre, le second tome des aventures de Bella, l'héroïne de Stephenie Meyer. Comme le tome 3 sort dans quelques jours sur Amazon et que j'allais à la mer, j'ai décidé que je pouvais cesser d'être raisonnable.

Dans ce tome, Bella doit faire face au brusque départ d'Edward, qui a décidé de ne plus revenir à Forks. Après des mois d'apathie, elle reprend goût à la vie aux côtés de son ami Jacob, et son habitude à s'attirer des ennuis lui fait découvrir de nouvelles choses sur le monde de son ancien petit ami.

Je n'ai pas du tout été déçue par ce livre, même si je l'ai trouvé un peu en dessous de Fascination. Bizarrement, alors que Edward n'est que très peu présent, il imprègne complètement l'histoire. Je pense que c'est voulu, mais cela allourdit un peu le récit par moments et lui donne un aspect un peu nunuche qu'il n'y avait pas du tout (selon moi) dans le tome 1. La "plaie béante" de Bella est un peu trop évoquée à mon goût, même si je comprends qu'elle souffre.
A part ça, je n'ai rien à redire. On en apprend davantage sur les vampires, de nouvelles créatures fantastiques apparaissent, les personnages sont toujours aussi sympathiques, "humains", c'est bourré d'humour, percutant. Bref, on ne s'ennuie pas une seconde. Autre élément que j'adore, les nombreuses références littéraires que contiennent les romans de Stephenie Meyer. Dans celui-ci, Roméo et Juliette est beaucoup évoqué, et le choix de l'Italie pour le dénouement de l'action est sans doute un écho à ce livre.
Au final, Stephenie Meyer est parvenue à créer un univers qui tient parfaitement la route et duquel on n'a pas envie de ressortir.

L'avis d'Allie (dont je partage l'avis, également en ce qui concerne les nombreuses coquilles présentes dans ce livre).

11 août 2007

Petit coucou éclair... (et clin d'oeil à Margoulette notamment)

411cNNPkYALJe suis toujours en vacances, et je suis désolée de délaisser ce blog... Mais je reviens avec un petit cadeau pour les fans de Stephenie Meyer : voici le premier chapitre de Eclipse, le troisième tome des aventures de Bella et d'Edward, pris sur le site de l'auteur. C'est en anglais, mais ça me semble plutôt compréhensible.

Merci pour tous vos commentaires, j'y répondrais très bientôt, c'est promis !

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