15 septembre 2021

La formule préférée du professeur - Yôko Ogawa

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Saviez-vous que les nombres pouvaient être amis ?

Lorsqu'elle est engagée en tant qu'aide-ménagère d'un professeur de mathématiques, la narratrice s'attend à accomplir un travail pénible. Ses collègues n'ont pas supporté cette mission. Pourtant, un lien étrange va se nouer entre cette jeune mère célibataire, son fils (surnommé Root par le professeur) et ce prodige dont la mémoire immédiate est réduite à quatre-vingt minutes depuis un accident de voiture.

Il en faut beaucoup pour m'intéresser aux mathématiques (j'ai fait une allergie sévère il y a longtemps) et encore plus pour ne pas me donner l'impression d'être une idiote. Yôko Ogawa a pourtant réussi cet exploit. Mieux encore, elle nous initie à la beauté des mathématiques, présents partout, sincères et obsédants.

Créant une ambiance à la frontière entre le fantastique et le réel, l'autrice nous offre un professeur exprimant à merveille cette ambivalence. Cet homme à la mémoire cassée, remplacée par les nombreuses étiquettes accrochées à sa veste, incarne à la fois le savoir et la vulnérabilité, l'autorité de la vieillesse et l'insouciance de l'enfance. Il enseigne une discipline qui nous paraît tout à coup ludique et humaine.

Malgré ces qualités indéniables et le fait que je commence à percevoir des constantes dans l'univers de Yôko Ogawa, je déplore une certaine froideur dans ses romans qui m'empêche de les apprécier de façon globale. J'en savoure le début avant de me lasser de ne pas parvenir à ressentir toute la violence des drames qu'elle évoque.

Cette lecture a été faite dans le cadre d'un événement partagé entre blogueurs pour saluer notre compère Goran, co-organisateur de qualité des Mois de l'Europe de l'Est et de l'Amérique latine, disparu brutalement il y a quelques mois. Le titre choisi était Le Petit joueur d'échecs, mais mon cerveau m'a joué des tours. J'espère que ça l'aurait fait sourire.

Actes Sud. 246 pages.
Traduit par Rose-Marie Makino-Fayolle.
2005 pour l'édition originale.


02 avril 2021

Instantanés d'Ambre - Yôko Ogawa

ogawaSuite à la mort de la plus jeune de ses quatre enfants, une femme décide de se retirer du monde avec ceux qu'il lui reste. Rebaptisés Opale, Ambre et Agate, les trois petits êtres grandissent entre les murs d'une vieille demeure entourée d'un jardin aux hauts murs et dans la peur du "chien maléfique" qui a enlevé leur benjamine.

Parmi mes résolutions de l'année, il y avait mon envie d'élargir mes horizons littéraires. J'ai vogué un petit mois en Amérique Latine et fait quelques escales en Europe de l'Est (même si la Russie n'est plus depuis quelques années une destination complètement inconnue). Il est temps de se tourner vers l'Asie.

De Yôko Ogawa, j'ai lu il y a des années La Petite pièce hexagonale qui m'avait laissée perplexe. Cette autrice semble flirter avec le surnaturel et le fantastique pour dévoiler les failles de la nature humaine, ce qui n'était pas ce à quoi je m'attendais alors. Cette nouvelle approche a été bien plus satisfaisante.

L'autrice utilise la capacité qu'ont les enfants à se créer un monde pour nous faire naviguer entre un imaginaire merveilleux et une réalité cauchemardesque. Instantanées d'Ambre est donc un livre dérangeant qui berce le lecteur avec un style poétique tout en lui contant une histoire de maltraitance.
Agate, Opale et Ambre peuvent avoir un bonhomme dans l'oreille ou une petite soeur disparue dans l'oeil. Ils intègrent aussi à leur imaginaire des vêtements trop petits et des maladies mal soignées.
Je disais récemment combien j'adhérais aux propos d'Alberto Manguel sur les usuels. J'ignorais que le hasard me ferait découvrir une histoire où les encyclopédies exercent tout leur pouvoir. Elles inspirent d'inombrables jeux à la fratrie, les abreuve de savoirs variés, et permet à Ambre, encouragé par la folie de sa mère, de ressusciter sa benjamine avec les fameux instantanés du titre.
Bien que non perçue de façon consciente, cette enfance terrible continue de hanter Ambre alors qu'il est dans une maison de retraite des décennies plus tard.

Encore plus qu'Ambre, le personnage de la mère m'a fascinée. Elle est à la fois une mère que l'on ne peut que comprendre, abandonnée par celui qui lui a fait quatre enfants et brisée par la perte de sa benjamine. Et en même temps, c'est une mère terrifiante, qui enferme ses enfants dans une maison de plus en plus délabrée, leur retire leur nom, leur voix? et les enferme dans l'enfance. Une personne tellement neutre qu'elle s'intègre sans difficulté aux pages d'une encyclopédie et en même temps dotée d'un narcissisme perverti.

Il m'a fallu un peu de temps pour m'imprégner de l'ambiance de ce livre, mais je pense qu'il me restera longtemps en mémoire.

L'avis de Lili.

Babel. 301 pages.
Traduit par Rose-Marie Makino-Fayolle.
2015 pour l'édition originale.

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Posté par lillylivres à 06:00 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
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