21 février 2013

La fiancée de Lammermoor - Walter Scott

7877504_4034968"Le jour qu'en son château de Ravenswood rentrera,
Morte il trouvera sa douce fiancée ;
Son cheval au Kelpy tout droit il mènera,
Et sera lors sa race à jamais effacée."

Roman sans doute imparfait, dont l'intrigue est plutôt mince et le récit entrecoupé de parenthèses qui permettent davantage à l'auteur de se faire plaisir qu'à faire avancer l'histoire, La fiancée de Lammermoor n'en est pas moins mon premier coup de coeur de l'année.

Nous sommes à la fin du XVIIe siècle, au bord des côtes écossaises. Après avoir été chassé de ses terres par l'habile Sir William Ashton, le vieux Maître de Ravenswood s'éteint, transmettant à son fils le devoir de venger leur nom. Désormais seul et ruiné, reclus dans la tour miteuse de Wolf's Crag, le jeune Edgar a pour projet de rejoindre la cour des Stuarts à Saint-Germain. Alors qu'il fait ses adieux à ses terres ancestrales, il sauve un homme et sa fille de la folie meurtrière d'un taureau. Le coup de foudre est immédiat entre les jeunes gens, et la tragédie est lancée, car la jeune fille n'est évidemment autre que Lucy Ashton, la fille du pire ennemi de Ravenswood.

Ce qui m'a emportée dans ce roman, c'est son ambiance passionnée, sombre. On sent un vent glacial souffler dans la tour où vit le dernier des Ravenswood. On pense au Général du Roi de Daphné du Maurier pour l'époque, au Maître de Ballantrae de Stevenson pour l'Ecosse et la haine qui anime les coeurs, et évidemment à Roméo et Juliette de Shakespeare pour la relation entre le Maître de Ravenswood et Lucy Ashton. La noirceur de l'âme humaine est montrée dans toute sa laideur à travers plusieurs personages. Lady Ashton évidemment, la grande responsable de tous les malheurs des deux familles en jeu, en est un exemple frappant. Mariée à un homme qu'elle sait de rang inférieur au sien, elle se réjouit qu'il ait usé de ses ruses pour s'approprier le domaine d'une ancienne grande famille. Incapable de se soucier de quiconque, et encore moins de reconnaître que son mari peut avoir raison (bien qu'il ne soit pas beaucoup plus sympathique qu'elle), elle sacrifie sa propre fille au nom de son orgueil en s'alliant à un être aussi vil et revanchard qu'elle.
L'histoire d'amour entre Lucy et Edgar n'est pas la seule chose qui nous occupe. En fait, durant plus de la moitié du livre, la pauvreté de Ravenswood et les intrigues des uns et des autres accaparent davantage le devant de la scène que les deux amants. L'issue fatale de l'union des jeunes gens est toutefois un fil conducteur, puisque la sorcellerie et la fatalité, qui prédisent leur fin rapide, sont omniprésentes.
Loin d'être totalement plombant, ce livre nous offre énormément d'éléments comique. Le serviteur de Ravenswood, menteur, manipulateur, mais surtout très dévoué à son maître, est prêt à tout pour lui permettre de garder la face devant les autres. Il va jusqu'à feindre un incendie pour dissimuler la misère à laquelle Ravenswood est réduit. Le style de Walter Scott également est plein de touches d'humour, jusque dans les dernières phrases, qui clôturent pourtant une fin désastreuse.

Après ma lecture, j'ai lu la préface qui nous apprend que l'histoire de Lucy de Lammermoor est en fait basée sur une histoire vraie. Je ne peux pas vous la raconter afin de ne pas gâcher votre lecture (car je sais que vous allez forcément vous jeter sur ce livre très rapidement), mais je comprends qu'une telle histoire ait interpellé Walter Scott, et qu'il ait vu en elle de quoi alimenter un roman.

C'était ma première rencontre avec Walter Scott, et je suis désormais impatiente de découvrir le reste de ses romans.

Karine a moins aimé que moi

Phébus. 379 pages.
Traduit par Louis Labat.
1819 pour l'édition originale.


13 avril 2009

L'ensorcelée ; Jules Barbey d'Aurevilly

51WD01N0VJLFolio ; 309 pages.
1854.

Madame Bovary ne me séduisant pas vraiment (mais promis, je le lirai), j'ai décidé de me plonger dans ce livre acheté il y a deux ans et dont j'avais déjà lu le début (je lis parfois le début d'un livre avant de le reposer, même s'il me plaît, j'ignore pourquoi). 
Si vous ouvrez ce livre, ne lisez surtout pas la quatrième de couverture. Il raconte toute la fin...

Nous sommes dans l'ouest normand, au milieu du XIXe siècle. Le narrateur revient de Coutances, où il a passé quelques jours pour affaires, et s'apprête à traverser la lande de Lessay, sur laquelle circule toutes sortes de rumeurs de sorcellerie et de brigandage. Alors que la nuit va tomber, notre narrateur fait une halte au cabaret du Taureau rouge, où la patronne lui donne pour compagnon de voyage maître Tainnebouy, un fermier qui se rend dans la même direction que lui. A mi-chemin, alors que la pénombre est de plus en plus forte, la jument de maître Tainnebouy se blesse, contraignant les deux hommes à s'arrêter. Le fermier confie alors au narrateur sa crainte d'être victime d'un sortilège lancé par l'un des pâtres errants qui hantent la lande.
A minuit, le son d'une cloche se fait entendre, annonçant une messe injustifiée dans l'abbaye de Blanchelande. Maître Tainnebouy explique à notre narrateur que l'église est hantée. En effet, celui qui tente de dire la messe est mort depuis bien longtemps.
Commence alors le récit d'une histoire qui a marqué la presqu'île du Contentin pendant la Révolution. Après avoir chouanné, Jéhoël de la Croix-Jugan, un prêtre autrefois aussi beau que Saint-Michel, a tenté de se suicider par balles, anéanti par la défaite. Il ne sera que défiguré et, bien que suspendu provisoirement de l'Église, il doit assister aux offices dominicaux qui se tiennent à Blanchelande. Ainsi, il rencontre Jeanne Le Hardouey, fille d'une ancienne famille noble décimée, et épouse pour sa honte d'un fermier certes riche, mais qui a acquis son bien honteusement. Dès sa première rencontre avec l'abbé de la Croix-Jugan, Jeanne est ensorcelée par cet homme. L'amour qui naît en elle, dans un contexte aussi tendu que la Révolution, la plongera, ainsi que toute la contrée, dans des tourments dramatiques.

Voilà un roman pour le moins troublant ! Il ravira à coup sûr les amateurs de romans à l'ambiance gothique, car la lande est isolée, désolée, hantée, témoin de faits terribles et inexplicables. Je disais dernièrement que Maupassant écrivait merveilleusement bien, Barbey d'Aurevilly n'a pas non plus à rougir de ce côté là. Son style donne davantage une impression de vieilli, mais il est tout aussi poétique, et s'adapte parfaitement à l'histoire racontée ici.   
L'atmosphère tourmentée qui ressort s'explique par la situation de la région de Blanchelande. La défiance hante toujours les esprits, puisque les Chouans et les Bleus s'y sont affrontés durement, et que les vestiges de ces combats, symbolisés par des individus, sont toujours emplis de violence et de haine. L'envoûtement dont est victime Jeanne Le Hardouey constitue un prétexte pour régler les comptes qui ne l'ont pas été durant la Révolution, et permet des scènes absolument abominables. Les superstitions et l'amour des rumeurs des gens de Blanchelande exacerbent aussi les craintes et permettent aux individus de dérouler une cruauté et un côté bestial effrayants. Les romans empruntant au genre gothique que j'ai lus jusque là m'avaient fait sourire. Cette fois, j'ai vraiment frissonné. Tout est vraiment sens dessus dessous dans cette histoire. Les anciens chouans ne sont étrangement pas de grands catholiques. Il faut attendre le drame pour que la Clotte, ancienne courtisane, éprouve le besoin "brûlant et affamé d'une prière".
Je ne pense pas que j'aurais apprécié l'homme chez Jules Barbey d'Aurevilly. Du peu que j'en sais, il ne partageait pas vraiment les mêmes idéaux que moi. L'évolution de la société française est critiquée dans ce livre et je suis une athée convaincue. Mais ici, cela permet de créer une distance extrême entre les groupes d'individus, et donc d'expliquer la tension décrite. Et si le progrès avait atteint les landes, ce livre ne serait pas aussi puissant.
Le pire est qu'au final, L'ensorcelée se révêle être un roman frustrant, qui n'offre aucune réponse au lecteur. Au lieu d'une explication, nous avons droit à des révélations supplémentaires, qui achèvent de nous briser le coeur. 

Un livre que j'ai donc trouvé fascinant et assez difficile. J'ai du mal à le rattacher à des lectures précédentes, ce qui me pertube encore plus, tout en me donnant très envie de persévérer avec cet auteur.   

29 décembre 2008

Une étude en rouge ; Sir Arthur Conan Doyle

resize_2_Librio ; 126 pages.
Traduction de Lucien Maricourt.
Titre original : A Study in Scarlet. 1887.

Je rentre de vacances, et j'ai 186 billets non lus dans mon Google Reader, 186 ! (je voulais juste me plaindre...)

Sir Arthur Conan Doyle est encore un auteur que je voulais découvrir depuis très longtemps. Je ne suis pas du tout une connaisseuse en matière de romans policiers, et je crois qu'à part une obscure BD inspirée du Chien des Baskerville, je n'avais jamais eu aucun contact avec cet auteur. Comme tout le monde, je connaissais le nom de Sherlock Holmes, et son fameux "Elémentaire, mon cher Watson ! " (qui n'est d'ailleurs pas une invention de Doyle d'ailleurs) J'espère bien profiter de 2009 (année des classiques) pour faire plus ample connaissance avec les deux associés.

Une fois n'est pas coutume, j'ai décidé de faire preuve de logique en choisissant le titre de ce livre. Il s'agit tout simplement de la première apparition de Sherlock Holmes, et de sa rencontre avec le Docteur Watson, fraîchement rentré en Angleterre. Les deux hommes sont à la recherche d'un logement confortable, et la colocation leur apparaît comme une nécessité financière. Un ami les met en relation, et voilà Watson qui se retrouve devant un individu peu avenant (je commence d'ailleurs à croire qu'être très prétentieux est la condition sine qua none pour être un grand détective de la littérature), qui joue merveilleusement du violon, et qui exerce une profession un peu étrange, puisqu'il est amené à aider la police dans ses enquêtes.
Très vite, Sherlock Holmes démontre qu'il est difficile de lui dissimuler quoi que ce soit, et le meurtre pour lequel il est amené à s'associer à la police nécessite bien un tel talent. En effet, un homme a été retrouvé mort dans une maison vide. Rien sur le corps ne laisse soupçonner que le décès n'était pas dû à une cause naturelle, excepté le mot Rache (violence en allemand) écrit avec des lettres de sang sur le mur.

Cette rencontre avec Sherlock Holmes a été une vraie réussite ! Ce qui m'a le plus bluffée est le changement total (désolée d'être si vague, mais c'est pour ne pas vous gâcher la découverte de cette enquête) qui intervient au moment où Sherlock Holmes annonce le nom du tueur. C'est à ce moment que j'ai compris que j'avais affaire à un grand auteur, qui était capable de rompre le rythme de son histoire, et de nous embarquer dans un endroit totalement différent que l'on n'aurait jamais soupçonné, et qui s'est révélé être captivant. J'entends beaucoup parler des mormons ces derniers temps, et je n'aurais jamais pensé qu'un auteur de la fin du XIXe pouvait envisager ce mouvement avec autant de recul.
A part cela, l'ambiance est délicieuse, mais je crois que je ne me lasserais jamais de Londres et du XIXe siècle. J'ai déjà dit deux mots sur les personnages, mais je vais quand même en rajouter un peu. En fait, on comprend très vite que ces deux personnages ne sont pas parfaits, qu'ils n'ont pas grand chose en commun, mais il me semble que l'auteur n'a pas totalement levé le voile sur leur identité, ce qui me donne encore plus envie de lire le reste des aventures de Sherlock Holmes et du Docteur Watson. Je ne suis pas une connaisseuse en matière de romans policiers (c'est peu de le dire), mais il me semble que certains des éléments que je viens d'évoquer pour vous parler des deux personnages principaux se retrouvent dans beaucoup d'enquêtes publiées par la suite.

Je ne sais pas quoi vous dire de plus. Ce livre m'a vraiment enchantée, et j'ai déjà commencé à acquérir d'autres ouvrages de Sir Arthur Conan Doyle. Comme nous sommes bientôt en période de voeux, et qu'il faut garder espoir, on va dire que je vous en reparle très vite !