02 janvier 2013

La garde blanche - Mikhaïl Boulgakov

la-garde-blanche-4363-250-400"Simplement, la neige fondra, la verte herbe ukrainienne sortira et flottera comme une chevelure sur la terre... les épis splendides mûriront... l'air brûlant vibrera sur les champs, et toute trace de sang aura disparu. Le sang ne coûte pas cher sur les terres rouges, et personne ne le rachètera.
Personne."

Nous sommes à Kiev, en décembre 1918. De nombreuses familles russes issues des classes favorisées ont fuit la Russie bolchevik en 1917 pour se réfugier dans la capitale ukrainienne. Cependant, c'est la débandade lorsque le roman commence, puisque les Allemands, qui viennent de perdre la Première Guerre mondiale, abandonnent le navire. Le champs est donc libre pour le général Petlioura, opposant au régime, qui s'aprête à prendre la ville.
Les enfants Tourbine, trois frères et une soeur, enterrent leur mère. Les frères sont des soldats chargés de défendre la ville ou de soigner les blessés. Avec leur soeur Elena et plusieurs de leurs amis soldats, ils vont être les témoins du tumulte dans lequel Kiev va être plongée.

Si ce livre n'est pas aussi flamboyant que Le Maître et Marguerite, il reste un beau roman. En fait, ce qui me plaît le plus chez Boulgakov, c'est son écriture merveilleuse, qui le rend tour à tour peintre, conteur et dénonciateur. Durant tout le livre, on voyage ainsi entre monde réel et fantastique.
Les descriptions de Boulgakov font penser à des tableaux vivants et emprunts de surnaturel. On est également à la lisière du fantastique grâce à la place donnée aux rêves des personnages qui font revivre les grands hommes de l'époque tsariste.
L'histoire en elle-même ne m'a pas beaucoup intéressée. Un peu plus d'un mois après ma lecture, je n'en garde déjà plus beaucoup de souvenirs. Les personnages restant distants, ce sont vraiment les événements et la façon dont ils sont décrits qui ont retenu mon attention et provoqué mon admiration.
La ville de Kiev, centrale, apparaît comme un personnage du roman. Sa population semble à la fois faite de milliers de voix et d'une seule clameur. On sent tour à tour son calme, sa peur, son agitation et son incertitude, à mesure que l'attente devient insupportable, que les coups de feu retentissent ou que les rumeurs se répandent. Boulgakov ne nous épargne pas les horreurs de la guerre, et si certaines de ses descriptions nous font oublier le monde réel, d'autres se chargent de nous ramener là où les humains pleurent et cherchent leurs morts et là où l'on empile les cadavres.

Une lecture à faire donc, notamment pour ceux qui, comme moi, connaissent très mal l'histoire de l'Europe Centrale. C'est un belle occasion de l'aborder.

"Oh, seul celui qui a déjà été vaincu sait ce que signifie ce mot ! Il ressemble à une soirée hiver-russe1à la maison, quand il y a une panne de lumière. Il ressemble à une chambre dont le papier est mangé par la moisissure verte, pleine d'une vie morbide. Il ressemble à du beurre rance, à un petit monstre rachitique, à des injures obscènes lancées par des voix de femmes dans l'obscurité. En un mot, il ressemble à la mort."

Pocket. 317 pages.
Traduit par Claude Ligny.
1926 pour la version originale.

 


13 octobre 2009

Le Maître et Marguerite ; Mikhaïl Boulgakov

9782266134378_1_Pocket ; 581 pages.
Traduit par Claude Ligny.
1940
.

Cela fait des années que je me dis qu'il faut que je lise un roman russe. J'ai bien lu quelques textes, mais toujours très courts, trop pour m'ôter la peur que j'éprouve quand on prononce devant moi les noms de Tolstoï, Dostoiëvski, Gogol etc.
C'est Praline qui m'a décidée à sortir ce roman de ma minuscule PAL, sans même savoir de quoi il s'agissait.

Je serais bien en peine de vous faire un résumé de ce texte d'ailleurs, tellement il mêle les destins, les lieux, les époques et les genres.
Tout commence à Moscou, alors que Berlioz, "rédacteur en chef d'une épaisse revue littéraire" et le poète Biezdomny se promènent en discutant de religion. Ils sont accostés par un étrange personnage qui affirme avoir assisté à la mort du Christ, et prédit que Berlioz va mourir décapité.
Cela ne manque pas d'arriver, et le poète Biezdomny se retrouve à courir dans les rues de la capitale russe à la poursuite du mystérieux devin, désormais accompagné d'un autre homme ainsi que d'un gros chat.

Autant le dire tout de suite, j'ai été complètement déboussolée en lisant les premiers chapitres de ce livre. Je m'attendais à trouver un texte de facture classique, et je me suis retrouvée dans une comédie burlesque où les choses partent dans tous les sens, et avec des diables (dont, je le répète, un gros chat) et Ponce Pilate comme personnages principaux...
Boulgakov ne pouvait ouvertement critiquer le régime stalinien, alors il lui a substitué des éléments magiques, des références littéraires, historiques et religieuses pour le symboliser (à noter que cela n'a malgré tout pas empêché le texte d'être amputé d'un bon morceau lors de sa parution). La terreur ambiante des rues de Moscou, avec les arrestations arbitraires, les gens corrompus, la pensée unique, et surtout la place de l'artiste empreintent le texte. La littérature d'Etat est raillée, tout comme les critiques vendus et incultes.
Je sais que certains n'aiment pas forcément les textes laissant la part belle à la politique (promis Erzébeth, je ne te dénoncerai pas), mais ils ne doivent pas fuir ce texte pour autant. Certes, le Maître et la Marguerite du titre sont plutôt aux abonnés absents (Marguerite n'apparaît pas avant la page 300, et l'on voit encore moins le Maître...), mais les thèmes abordés par ce livre vont bien au-delà. Notamment à partir de la deuxième partie et dans les chapitres consacrés à Pilate, certaines scènes sont incroyablement belles. Boulgakov est un maître de l'ironie, mais il sait aussi mettre en place des moments enchanteurs. Je pense à Marguerite, nue et hilare, à cheval sur un balai et à travers les rues de Moscou, au bal des damnés, avec une Marguerite toujours nue mais couverte de sang cette fois, et surtout à la chevauchée au cours de laquelle nos diables, le Maître et Marguerite quittent Moscou, et laissent enfin tomber les masques. 

Je n'ai pas eu un coup de coeur absolu pour ce roman, mais il s'agit d'un très grand livre, qui ne m'a pas fait regretter un seul instant l'histoire que je pensais trouver en l'ouvrant.

"Le poète avait dépensé sa nuit en pure perte, pendant que d'autres festoyaient, et il comprenait qu'il lui était impossible de la recommencer. Il suffisait, au lieu de regarder la lampe, de lever les yeux vers le ciel pour se rendre compte que la nuit était partie sans retour. Les garçons se hâtaient de débarasser les tables et d'ôter les nappes. Les chats qui furetaient aux alentours de la tonnelle avaient un air matinal. Irrésistiblement, le jour investissait le poète."

Papillon aussi a lu ce roman.

Posté par lillounette à 15:47 - - Commentaires [37] - Permalien [#]
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