05 novembre 2022

Le Côté de Guermantes - Marcel Proust

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Alors qu'il déménage avec ses parents, le narrateur se prend d'admiration pour la duchesse de Guermantes. Une admiration sincère, bien qu'éphémère et non exclusive. Cela lui permet toutefois, aidé de son ami Robert de Saint-Loup, de pénétrer dans l'intimité de cette grande famille.

Le Côté de Guermantes est une chronique mondaine très détaillée (au point, je dois l'admettre, d'être assez assommante par moments). On retrouve heureusement ici l'humour du narrateur qui m'avait séduite et surprise dans le premier tome et qui était moins présent dans le deuxième. Cela donne une saveur exquise aux interminables conversations auxquelles nous sommes associés. Chacun joue un rôle. L'Affaire Dreyfus, qui traverse tout le livre, est le prétexte idéal pour que chacun réaffirme une solidarité familiale, un basculement dans l'ordre des choses ou même une prise de distance.

Autour de ces mondains gravitent des milieux leur offrant du divertissement et du ravissement pour leurs yeux, leurs oreilles. Revoyant la Berma, le narrateur est ébranlé dans ses précédentes conclusions. Plus tard, le médecin de sa grand-mère tient involontairement un discours valant le détour.

L'esprit acéré du narrateur n'épargne personne, y compris lui-même. Proust exprime merveilleusement bien le tiraillement de la vie des l'homme entre la permanence et la fugacité des choses. On a beau prendre des résolutions, changer n'est pas chose aisée. Par ailleurs, bien que l'on sache en théorie combien les moments précieux et les gens qu'on aime ne sont pas éternels, on ne peut s'empêcher d'agir comme si c'était le cas.

Des retrouvailles réussies avec Proust dans le cadre des Classiques c'est fantastique. Je poursuis avec Sodome et Gomorrhe.

Le Livre de Poche. 733 pages.
1920-1921 pour l'édition originale.

Source: Externe

 

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29 juillet 2022

A l'ombre des jeunes filles en fleurs - Marcel Proust

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« Théoriquement, on sait que la terre tourne, mais en fait on ne s’en aperçoit pas, le sol sur lequel on marche semble ne pas bouger et on vit tranquille. Il en est ainsi du Temps de la vie. »

Devenu jeune homme, notre narrateur évolue dans un premier temps dans le sillage de Madame Swann dont il aime la fille, Odette. Il fréquente un écrivain à succès, assiste à une représentation de la Berma et aspire au métier d’écrivain. Il se rend aussi à Balbec, au bord de la mer, avec sa grand-mère. Il y noue des amitiés et fait la connaissance d’une certaine Albertine.

Ce livre est celui de l’éveil amoureux, de la première déception et de cette envie que l’on a de découvrir ce sentiment si prisé. Proust évoque à merveille l’indécision de son narrateur face aux différentes jeunes filles qui l’entourent. Toutes incarnent son désir, plus théorique que réel, surtout dans un premier temps.

Toujours attentif aux détails de l’existence, notre narrateur prend conscience qu’il projetait alors avant tout ses fantasmes sur les êtres qu’il côtoyait, et qu’en chaque individu est contenu un passé, un présent et un futur. Les faux-semblants, les non-dits ou tout simplement les inévitables incompréhensions entre deux êtres distincts l’un de l’autre occupent une grande part du récit.

En toile de fond, Proust évoque aussi un monde qui évolue, et où l’art et l’esprit visent tellement haut que la confrontation au réel est parfois cruelle.

La lecture du premier volet m’avait enchantée. Ce second livre m’a replongée dans une ambiance confortable tant le milieu du narrateur est une carte postale de l’ancien monde, mais qui exprime en même temps toute la complexité des êtres et des événements.

Le Livre de Poche. 667 pages.
1919 pour l'édition originale.

Quatrième participation au challenge Pavé de l'été de Brize !

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11 août 2014

Du côté de chez Swann - Marcel Proust

9782253059097-TDevenu adulte, notre narrateur nous raconte ses vacances d'autrefois chez ses grands-parents, à Combray. Il nous confie ses peurs d'enfant, son amour pour sa mère, le bonheur des promenades, la vie avec ses grandes-tantes, la servante Françoise et le fameux Charles Swann au nom si doux.

Je pensais que le jour où je viendrais enfin vous parler de ma découverte de Marcel Proust, la fierté d'avoir accompli un immense exploit serait la plus forte, mais je suis en fait éblouie.
Lire ce livre nécessite assurément d'être disponible, car chaque phrase se savoure. Mais ce n'est ni lent, ni ennuyeux, ni triste. Au bout d'une cinquantaine de pages, j'ai réalisé que cet auteur allait rejoindre la liste des auteurs qui me touchent le plus. Lire Proust, c'est vraiment regarder dans un miroir. Il capte les émotions et les décrit comme personne, à tel point qu'on a l'impression que c'est de nous en particulier dont il est question.
En lisant ces longues phrases et en percevant cette obsession pour le temps et les émotions, on ne peut que penser à Virginia Woolf, même si cette dernière peint quand Proust exprime (je suis encore super claire...). En d'autres termes et pour le dire de façon grossière, là où Woolf utilise les éléments qui l'entourent pour décrire les tourments intérieurs, Proust est beaucoup moins abstrait. J'étais surtout curieuse de connaître notre Marcel national pour le comparer à la romancière anglaise, et finalement je les sens à la fois proches et très différents l'un de l'autre.

La construction du livre en lui-même est aussi habile que surprenante. La première partie, Combray, restitue les souvenirs d'enfance du narrateur. C'est sublime, drôle, plein d'anecdotes qui nous rappellent notre propre enfance. La seconde partie, Un amour de Swann, contient le récit de la relation entre Swann et Odette de Crécy. On se croirait presque dans un roman de Zola ou de Balzac lorsqu'on assiste aux réceptions chez les horribles Verdurin et que l'on voit Odette mener Swann par le bout du nez. Enfin, Noms de pays : le nom clôture le livre en une quarantaine de pages. Cette fois, notre narrateur redevient le personnage principal. Il semble avoir grandit depuis Combray, et tombe sous le charme de Gilberte Swann.
A première vue, les trois parties ne semblent pas interdépendantes. Je me souviens qu'il y a quelques années les élèves de classes préparatoires scientifiques devaient d'ailleurs lire la deuxième partie uniquement. En effet, l'époque n'est pas la même, les personnages sont différents. Pourtant, Swann est au moins un fantôme dans chacun des textes. Sa position, ses fréquentations que l'on nous présente dans la seconde partie, il en est question dès le début, lorsque la grande-tante du narrateur évoque son horreur des gens qui se lient à des personnes appartenant à une classe sociale distincte de la leur. Et l'on comprend tout à la fin que malgré la savoureuse dernière phrase de la seconde partie, Swann n'est pas parvenu à se tirer d'embarras. En fait, quand on tourne la dernière page, on n'a pas l'impression d'avoir lu trois livres, mais plutôt d'en avoir raté un gros morceau (d'où les six autres livres je pense).

Si je peux maintenant affirmer que Proust a beaucoup d'humour, il y a tout autant de nostalgie dans ce livre. A la fin bien sûr, lorsque le narrateur réalise que l'époque a changé, que les tenues de Mme Swann n'existeront plus jamais. Mais aussi dans la première partie, à chaque fois qu'un élément rappelle au narrateur son enfance, que ce soit par le biais de la fameuse madeleine ou d'autre chose :

" ce parfum d'aubépine qui butine le long de la haie où les églantiers le remplaceront bientôt, un bruit de pas sans écho sur le gravier d'une allée, une bulle formée contre une plante aquatique par l'eau de la rivière et qui crève aussitôt, mon exaltation les a portés et a réussi à leur faire traverser tant d’années successives, tandis qu’alentour les chemins se sont effacés et que sont morts ceux qui les foulèrent et le souvenir de ceux qui les foulèrent. "

Après tout, quand il est question de "temps perdu", c'est assez normal d'être partagé entre le bonheur de ses souvenirs d'enfant et la tristesse d'avoir grandi.

Comme toujours lorsque j'évoque un livre de cette ampleur, je trouve mon billet minable tout en ayant besoin d'en garder une trace sur mon blog.
Alors pour fait un résumé très court, Du côté de chez Swann, c'est très très bien.

Les billets éclairés de Romanza et Titine.

Le livre de poche. 478 pages.
1913.

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