2070403777Édition Folio ; 905 pages.
11,50 euros.

" Ann Radcliffe publie en 1794 The Mysteries of Udolpho. Les romantiques anglais, et les Victoriens, lui ont voué un culte. En France, Balzac, Hugo, Nodier, Féval, Sue, se souvinrent d'elle. On ignore ce qui a pu pousser cette petite bourgeoise à la vie ordinaire à raconter des histoires terrifiantes, qu'on appelle « gothiques » en Angleterre et « noires » en France parce qu'elles cherchent à provoquer la crainte chez les lecteurs.

Émilie explore le château mystérieux, chandelle à la main, à minuit. La menace (surnaturelle ?) est partout présente. Les séquestrations, les tortures ne sont pas loin. Quel est le dessein du maître des lieux? Quels sentiments éprouve la jeune fille pour son tuteur et geôlier? Qui épousera-t-elle, après cette quête de soi à travers les corridors du château, qui ressemblent à ceux de l'inconscient? Ce n'est pas pour rien qu'un chapitre porte en épigraphe ces mots de Shakespeare: « Je pourrais te dire une histoire dont le moindre mot te déchirerait le coeur. » "

Dans Northanger Abbey, Jane Austen parle beaucoup de ce roman, en le parodiant par le biais de sa naïve héroïne, Catherine Morland. C'est donc tout naturellement que je me suis intéressée à ce livre, qui a fait couler beaucoup d'encre lors de sa publication en 1794. Il paraît que les gens s'imaginaient qu'Ann Radcliffe mangeait des tranches de boeuf crues pour se donner des cauchemars...

Je m'attendais à un style difficile, à une histoire assez ennuyeuse, à une héroïne exaspérante qui s'évanouit toutes les dix secondes. J'ai bien mis cent pages à me plonger dans cette histoire. Emilie m'agaçait prodigieusement à pleurnicher en permanence, et le rythme est plutôt lent au début du livre.
De plus, pour nous, personnes du XXIème siècle, il est difficile de comprendre que les passages dans les bois à la tombée de la nuit sont angoissants, et les malaises d'Emilie à chaque occasion sont au premier abord plus exaspérants qu'autre chose.

Toutefois, on se laisse prendre par cette histoire qui se passe à la fin du XVIe siècle, sous le règne de Henri III. Je me suis rapidement mise à avaler les chapitres, surtout à partir de l'arrivée au château d'Udolphe.
Je pensais ne pas pouvoir lire ce livre avec sérieux, l'apprécier pour lui même, j'avais tort. L'écriture d'abord est magnifique. Ann Radcliffe possède un style poétique, délicat, et nous fait de longues descriptions de paysages qui laissent rêveur. Ce n'est absolument pas un roman d'épouvante pour nous, mais l'histoire est vraiment intrigante. C'est avec délice que j'ai suivi Emilie dans les couloirs sombres d'Udolphe, la nuit.
Les personnages sont assez caricaturaux, c'est vrai. Surtout les femmes, qui pleurent, gémissent et s'évanouissent très souvent. Mais on passe rapidement outre cela, parce que l'on veut vraiment savoir quels sont les secrets que renferment Udolphe et les autres lieux "hantés" que nous traversons. Et puis, je l'avoue, je voulais savoir si Emilie et Valancourt se retrouveraient...

J'ai été surprise par l'audace de ce livre. Emilie et Valancourt, nos deux amoureux, se serrent dans les bras l'un de l'autre, s'embrassent les mains, choses que Jane Austen n'a jamais fait faire à ses héros. Quant aux crimes passionels et aux adultères supposés, aux enlèvements d'Emilie projetés par ses prétendants, ils ont dû choquer les lecteurs du XVIIIe. Quand on sait que Jane Austen était fille de pasteur, on se demande comment elle est parvenue à se procurer ce livre.

Ann Radcliffe parvient à nous plonger dans une atmosphère gothique que l'on ressent même plus de deux cents ans après, et dont les soeurs Brontë se sont inspirées pour écrire leurs romans. C'est un livre qui possède des qualités indéniables et qui se lit avec délice. Je vais essayer de relire sous peu Northanger Abbey, afin de saisir tous les clins d'oeil faits au roman d'Ann Radcliffe qui s'y trouvent.