11 avril 2018

Autoportrait de l'auteur en coureur de fond - Haruki Murakami

muraDepuis Hawaï où il passe l'été et prépare activement le Marathon de New York de 2005, Murakami nous parle de son rapport à la course à pied, prétexte qu'il prend aussi pour nous raconter sa vie.
Nous découvrons alors que cet écrivain japonais a commencé sa vie professionnelle en tenant un bar et que c'est un match de baseball qui lui a donné l'envie d'écrire, assez tardivement.

"Je n’ai jamais eu la moindre ambition d’être romancier. J’ai juste eu le désir ardent d’écrire un roman. Je n’avais pas d’image concrète de ce que je voulais écrire, simplement la certitude que, si je me mettais à écrire sur-le-champ, j’irais jusqu’au bout et que je parviendrais à quelque chose de réussi. Rentré chez moi, je me suis installé à ma table et j’ai constaté que je n’avais même pas de stylo à plume correct."

Contrairement à ce que j'imaginais, Murakami a beaucoup vécu à l'étranger, en Italie, à Boston (où il a enseigné dans les plus prestigieuses universités) et à Hawaï, son lieu favori pour la période estivale.

Ses premiers pas en course à pied conïncident avec le début de sa vie d'écrivain.

"je dirai que je suis le genre d'homme qui ne trouve pas pénible d'être seul. Je n'estime pas difficile ni ennuyeux de passer chaque jour, une heure ou deux à courir seul, sans parler à personne, pas plus que d'être installé seul à ma table quatre ou cinq heures durant."

Murakami fait un parallèle entre les qualités nécessaires à un athlète et celles qu'un écrivain doit travailler. Convaincu que très peu d'écrivains correspondent au mythe de l'auteur tellement talentueux qu'il n'a besoin de presque rien pour travailler, il considère la concentration et la persévérance comme ses deux meilleures alliées pour pratiquer ses deux passions. 
Toutefois, il utilise la course pour contrebalancer le côté malsain nécessaire et présent selon lui chez tout romancier. Cette activité lui permet de diriger les émotions négatives lorsqu'elles le surprennent et d'avoir une hygiène de vie irréprochable. J'avoue être sceptique et ne pas adhérer à l'image de l'artiste forcément décadent (même si cela se limite, comme chez Murakami, à la pratique de son art) et au stéréotype selon lequel ces personnes vivraient des choses qu'ils sont les seuls à expérimenter, mais soit. C'est son essai après tout.

C'est le troisième ouvrage que je lis de Murakami, et s'il ne m'a jamais totalement convaincue, ce n'est pas Autoportrait de l'auteur en coureur de fond qui me fera changer d'avis. Si on est un peu sportif, on ne peut que se reconnaître dans le portrait que l'auteur fait de lui (en ce qui me concerne, je lui laisse la palme du champion, ma mauvaise foi ne va pas jusque là...). Cependant, Murakami a du mal à sortir des observations qu'on peut lire dans à peu près n'importe quel article parlant de course à pied (peur de l'échec, addiction aux endorphines, hantise de la blessure, dépassement et connaissance de soi...) et son style est des plus basiques. Certaines phrases sont d'une banalité qui ne m'avait pas frappée lors de mes précédentes lectures de l'auteur.

J'attendais de ce livre une ode à la course à pied et une réflexion originale sur le métier d'écrivain et de traducteur (ce dernier aspect est seulement survolé). Il ne s'agit pas d'un texte désagréable, mais ce n'est clairement pas un indispensable. Je vous conseille de vous tourner vers d'autres titres de l'auteur, c'est ce que je vais faire.

Hélène est bien plus enthousiaste.

Une lecture effectuée dans le cadre du Mois au Japon de Lou et Hilde.

Thélème. 5h30.
Traduit par Hélène Morita.
Lu par Pierre Tissot.

Source: Externe

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27 septembre 2017

Les vies de papier - Rabih Alameddine

ob_4781e2_les-vies-de-papier"Pourquoi aurais-je voulu être stupide comme tout le monde ? Puis-je admettre qu’être différente des gens normaux était ce que je recherchais désespérément ? Je voulais être spéciale."

Alors que la nouvelle année approche, Aaliya se demande quelle sera sa prochaine traduction. Cette septuagénaire répudiée depuis plus d'un demi-siècle vit au mileu de ses livres, dans un immeuble abritant également "les trois sorcières", ses voisines, Fadia, Joumana et Marie-Thérèse, surnommées ainsi en raison de leur goût pour les pauses café et les commérages sous les fenêtres d'Aaliya.

Dès les premières lignes, en lisant l'effarement d'Aaliya, découvrant qu'elle s'est involontairement teint les cheveux en bleu, j'ai su que ce roman allait me plaire.
Cette femme est une héroïne inhabituelle, vivant dans un cadre inconfortable pour une personne de son sexe et de son âge. Pourtant, elle a toujours réussi à garder les maigres avantages que la vie lui a donné. De son mariage aussi bref que malheureux, elle a obtenu un appartement qu'elle a férocement conservé, n'hésitant pas à se fâcher avec sa mère et ses frères qui voulaient le lui prendre. Devenue libraire un peu par hasard, son maigre salaire lui a permis de conserver son indépendance et les livres ont été pour elle des amis après la disparition des deux êtres qui ont été là pour elle. Si ce livre est loin d'être complètement optimiste, j'ai apprécié de lire le récit de cette existence simple mais finalement pas plus malheureuse qu'une autre qui correspondrait pourtant davantage aux standards du bonheur (selon la société).  
J'ai aussi aimé cette évocation d'une ville que l'on ne connaît souvent que par les reportages sur les conflits au Proche-Orient. Aaliya habite Beyrouth depuis toujours, et on sent son amour pour cette ville à l'histoire récente mouvementée et partagée entre vétusté et modernité. Elle nous raconte son quotidien dans cette ville souvent en guerre, avec des détails parfois très drôles. Elle aime la taquiner :

"Vivrai-je assez longtemps pour voir un feu tricolore fonctionnant parfaitement à Beyrouth ? "

Mais ce qui m'a le plus attirée dans ce livre, c'est évidemment la place qu'y tiennent les livres. Ils ont toujours eu une grande importance dans la vie d'Aaliya. Elle a ses auteurs préférés, ceux qui l'ont enchantée, ceux qui lui ont permis d'avancer et de réfléchir au monde qui l'entourait. Les passages sur la traduction sont ceux que j'ai préférés. Depuis que j'ai eu des cours à l'université, c'est un sujet que je trouve passionnant (même si j'étais franchement mauvaise, passer des heures à essayer de ressentir un texte pour le retranscrire est une expérience fabuleuse). Qu'est-ce qu'une bonne traduction ? Quelles évolutions dans ce domaine depuis le XIXe siècle ?

"Recourir à la prose edwardienne pour Dostoïevski, c'est comme ajouter du lait à un bon thé. Tfeh ! Les Anglais aiment ce genre de chose."

Etrangement, j'ai trouvé ce livre parfois plombant. Aaliya est une femme intelligente et indépendante, mais c'est aussi une personne très seule. Du fait de son âge et de son histoire, elle n'a pas vraiment foi en l'avenir et ne fait pas toujours confiance au passé, les souvenirs étant des constructions a posteriori. Heureusement qu'elle croise certaines personnes sur sa route, comme cette petite-nièce un peu curieuse. Heureusement aussi que les canalisations de son immeuble ne sont pas neuves.

Ce livre n'est pas un coup de coeur, je me suis ennuyée par moments, mais c'est assurément un beau roman.

Les billets de Violette et de Titine.

Les escales. 329 pages.
Traduit par Nicolas Richard.
2013 pour l'édition originale.

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