13 septembre 2009

La Maison aux sept pignons ; Nathaniel Hawthorne

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Gallimard ; 348 pages.
Traduit par Claude Imbert et Marie Elven.
The House of the Seven Gables. 1851
.

Voilà un livre qui occupait ma bibliothèque depuis ma découverte de Nathaniel Hawthorne l'année dernière. C'est suite à ma lecture de Malpertuis de Jean Ray (dont je vous parle bientôt) que j'ai eu envie de me replonger dans cet auteur qui me semble de plus en plus fascinant.

La Maison aux sept pignons débute en Nouvelle-Angleterre, au XVIIe siècle. Le colonel Pyncheon est alors l'un des personnages les plus influents de la région, et sa volonté d'établir une dynastie portant son nom ne supporte aucune contradiction. Ainsi, lorsqu'il jette son dévolu sur la terre de Matthew Maule, un homme modeste qui a dégagé un coin de forêt pour s'établir, il est persuadé d'obtenir ce qu'il veut. Le bras de fer s'achève sur l'échafaud, où Maule doit être exécuté après avoir été reconnu coupable de sorcellerie. Ses dernières paroles sont pour le colonel Pyncheon, qui a orchestré la fin de son rival. Maule lui promet de façon solennelle qu'il périra en buvant du sang.
L'orgueilleux homme n'en tient aucun compte, et demande au fils de sa victime de lui bâtir une demeure somptueuse à l'emplacement même où se trouvait la terre des Maule. C'est ainsi qu'est bâtie la maison aux sept pignons, qui ne tarde pas à révéler que la malédiction des Maule la hante. Le jour où le colonel décide de convier tous les habitants de la région pour parader devant eux dans sa nouvelle demeure, il est retrouvé mort dans son fauteuil, du sang lui coulant de la bouche.
Les générations qui suivent seront également poursuivies par le mauvais sort. La source de Maule, qui coule dans leur jardin, est empoisonnée, la maison tombe en désuétude, et les Pyncheon perdent peu à peu de leur grandeur, sous le regard du portrait sévère du colonel trônant dans la demeure qu'il n'a pas eu le temps d'occuper.
Au XIXe siècle, il n'y a plus qu'un fantôme qui hante la vieille bâtisse : la vieille Hepzibah, si myope que son visage est parcouru en permanence d'une horrible grimace qui la rend encore plus laide qu'elle n'est. Son seul ami est un jeune photographe, Holgrave, qui habite l'un des pignons de la maison. Dépourvue de tout argent, Hepzibah est contrainte, alors que débute le livre, à ouvrir une épicerie dans le sein de sa maison. Il y a bien son oncle, le juge Pyncheon, l'image vivante de son cruel ancêtre, qui voudrait lui offrir de l'argent pour tenir son rang, mais Hepzibah refuse toute aide de sa part. Dans les jours qui suivent, Phoebé, une jeune cousine d'Hepzibah, arrive chez la vieille dame. Elle est imitée très vite par Clifford, le frère d'Hepzibah, qui vient d'être libéré après trente années passées en prison pour le meurtre de son oncle.

Dans une langue somptueuse*, qui décrit aussi bien les merveilles de la nature que la misère des âmes,250px_Nathaniel_Hawthorne_1_ Nathaniel Hawthorne étudie l'héritage que l'on reçoit nécessairement de ses ancêtres, le fil qui relie "un passé lointain au présent qui déjà s'éloigne de nous", et qu'il aimerait bien pouvoir rompre. Il utilise ici une famille, mais l'on ne peut que songer à faire un parallèle avec la jeune Amérique qui possède déjà un lourd passé empreint de puritanisme et d'immuable à l'époque d'Hawthorne. En effet, La Maison aux sept pignons, bien que plus fantaisiste et ensoleillé que La Lettre écarlate, est un roman très engagé. La critique du puritanisme, de son hypocrisie, et de l'idée de classes supérieures, est grinçante. C'est l'auteur lui même qui se charge de narrer son histoire, ce qui donne un caractère à la fois désinvolte et assumé au livre. La Chasse aux sorcières dont a été victime Matthew Maule est l'occasion d'une vive critique des autorités religieuses et laïques. "Ce fut l'un des martyrs de cette terrible illusion qui devrait nous montrer, entre autres leçons, que les classes influentes et ceux qui prennent la tête du peuple sont capables des mêmes erreurs et des mêmes passions que les foules les plus frénétiques. Prêtres, juges, hommes d'Etat - les plus sages, les plus calmes, les plus saints personnages du temps - aux meilleures places devant les potences, furent les premiers à applaudir à cette oeuvre sanguinaire, et les derniers à reconnaître leur misérable erreur."
La conséquence de toute cette folie est un gâchis immense. La vieille Hepzibah, qui a un nom et une personnalité qui m'ont un peu fait penser à Dickens, est murée dans sa demeure délabrée, et ne parvient plus à en franchir le seuil, quand son aïeul imaginait un destin de seigneur pour les siens. La culpabilité est trop grande. "Ils ne pouvaient pas s'enfuir : le geôlier avait bien pu laisser la porte entrouverte, et se cacher pour les voir fuir, au seuil ils avaient senti sa poigne ! Car il n'est de pire cachot que son propre coeur, ni de plus inexorable geôlier que soi-même !" 
Il y a eu d'autres drames avant celui d'Hepzibah. Celui d'Alice tout d'abord, qui un jour a jeté des graines entre deux pignons, donnant ainsi naissance au "bouquet d'Alice", avant d'être victime de la haine entre les Maule et les Pyncheon. Quant à Clifford, le frère d'Hepzibah, c'est brisé qu'il rentre chez lui après sa libération. Amoureux du beau et de la lumière, c'est en Phoebé qu'il retrouve la force de vivre.
On oscille entre ombre et lumière dans ce roman. Les très nombreuses descriptions pleine de poésie et souvent d'humour m'ont donné le sentiment d'être dans une maison magique inoffensive. Les premiers pas d'Hepzibah en tant que marchande sont touchants, tout comme l'apétit pantagruélique du jeune Ned Higgins. Mais la cruauté et les sarcasmes ne sont jamais loin (le chapitre XVIII est à la fois abominable et jouissif) et donnent des accents gothiques à ce roman, rappelant ainsi au lecteur la malédiction qui pèse sur la maison aux sept pignons.

Alors bien sûr, La Maison aux sept pignons n'a pas la puissance de La Lettre écarlate. J'aurais aimé une fin plus tragique, et ne pas deviner tous les secrets de cette demeure avant qu'ils ne soient expliqués. Cela ne m'a pas cependant empêché d'en savourer chaque ligne.

* en VF en tout cas, je n'ai malheureusement pas osé tenter la version anglaise.