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lilly et ses livres
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12 février 2009

La pomme rouge ; Francis Garnung

41FKDKW256LPhébus ; 155 pages.
1956.

Avant la Lolita de Nabokov, il y a eu La Pomme rouge de Francis Garnung. Je me suis toujours demandé comment un roman mettant en scène un amour entre un homme et une enfant pouvait ne pas sembler malsain. Cette interrogation m'a poursuivie au cours de ma lecture, et je ne pense pas pouvoir totalement la dépasser, même maintenant, mais ce livre est paradoxalement très délicat. Ne vous attendez pas à lire un vrai billet sur ce livre. J'ai su l'aimer, mais je ne crois pas être réellement capable d'en parler. Il s'agit d'un roman dont le contenu me dépasse de beaucoup.

Quelques mots sur l'histoire pour commencer : François est un homme de trente ans, qui tombe amoureux de sa voisine, Guillemette, douze ans. Il lui écrit des lettres dont on ne voit jamais les réponses, et qui, "à peine lues", "doivent disparaître"

Ce livre est un magnifique texte sur l'enfance et sur ce que signifie grandir. Le style est d'une incroyable douceur. C'est presque un conte que l'on croit entendre. Le narrateur n'est jamais un ami. Son affection pour Guillemette répulse.

" J'ai découvert la légende de sainte Guillemette, et je vous la confie pour votre édification personnelle. Ça ressemble au Petit Chaperon rouge, direz-vous ? Parce qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil, et les loups guettent toujours les petites filles."   

Peut-on vraiment rester accroché à son enfance comme François le fait ? La première lettre qu'il envoie à Guillemette est celle d'un gosse. Elle l'attire, elle le vexe, il lui dit qu'elle est repoussante. Six fois à la suite, il emploie le mot "laide" pour la qualifier. Avant de la tutoyer, de l'appeler par des mots d'amour. Il est envieux de sa jeunesse. La mère de Guillemette tente de le séduire, mais il n'a d'yeux que pour l'enfant, en qui il croit retrouver la fillette qu'il a aimée quand il était petit garçon, et qu'il n'a jamais oubliée.Elle est odieuse cette mère d'ailleurs, prête à encourager le loup qui frappe à sa porte.
Tout va de travers dans ce livre. Les adultes sont à la recherche de leur jeunesse qui s'envole, et l'enfant appelle l'âge adulte adulte, porte les sous-vêtements de sa mère en espérant être ainsi plus désirable aux yeux de François.

" Quand toi tu aimes à te déguiser en femme (ne le nie pas, je t'ai vue de ma fenêtre...), ta mère se déguise en minette, avec socquettes et minijupe. A quand des couettes avec des rubans roses ? "

Mais voilà, François et la mère de Guillemette ne peuvent rien contre les années. Là où François se contente de s'interroger,

"Suis-je arrivé trop tôt dans ta vie ? Es-tu venue trop tard dans la mienne ? "

Guillemette parvient à percevoir le loup qui l'habite et qu'il ne peut dissimuler. La réponse qu'elle apporte est évidente aux yeux de tous, sauf aux yeux de ceux qui aimeraient croire en cette relation, qui leur donne le sentiment de retrouver ce qu'ils ont perdu. On les blâme ces deux êtres, ce sont eux les vrais adultes après tout, et Guillemette, bien que provocante, n'agit pas moins en enfant, quelque soit le rôle et la responsabilité que François tente de lui attribuer. Il sait se déguiser en agneau, en victime presque, mais il ne trompe personne, et surtout pas lui même. Il le dit lui même, "toute grande personne ternit tout ce qu'elle touche si elle ne redevient pas enfant."   

Lily a écrit un merveilleux billet sur ce livre.   

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10 février 2009

Les vies d'Emily Pearl ; Cécile Ladjali

resize_3_Actes Sud ; 191 pages.
2008.

Il y a des livres qui vous semblent plein d'espoir, qu'il vous faut absolument, mais que vous méprisez quand même un peu, puisque leurs ambitions ont l'air ridiculement grandes. Quand je lis des romans dits "d'inspiration victorienne", il s'agit essentiellement pour moi de trouver des clins d'oeil aux oeuvres des maîtres de l'époque. Cette fois, ce but n'a pas été atteint, mais c'est parce que Cécile Ladjali a accompli quelque chose de beaucoup plus grand.   

Emily Pearl est une pauvre fille de la campagne à l'extrême fin du XIXe siècle anglais. Dans un cahier, elle inscrit sa vie, vécue ou rêvée, peu importe. Elle parle des lettres de sa soeur Virginia, qui a fuit une existence misérable pour une autre existence misérable, mais choisie celle-là, de son rôle de perceptrice auprès de Terrence, le fils malade de Lord Auskin, de sa relation avec ce dernier, de la vie à Green Worps, d'elle même en fait.

Moi qui aime si peu les auteurs français contemporains, j'ai complètement succombé à la poésie, à la fantaisie et à la tristesse de ce petit livre. A côté de Rachel, Lucy, Kath ou Angel, se trouvera Emily Pearl désormais. Je pourrais vous dire qu'on perçoit les ombres de Jane Eyre et Virginia Woolf en lisant ce livre, mais cela n'a aucune importance en fin de compte. J'ai été totalement éblouie par l'héroïne de Cécile Ladjali. Elle est bourrée de défauts, et certaines de ses actions peuvent rebuter nombre de personnes, mais j'ai toujours eu un faible pour les héroïnes à l'imagination débordante, qui cherchent dans l'écriture un sens à leur vie. Elles sont finalement avant tout des prisonnières, même lorsque, comme Emily, elles ont conscience des conséquences de leurs actes :

" Virginia et son époux luttent pour la vérité et la liberté. Alors que moi, je fais enfermer les innocentes. Qu'est-ce qu'il y a donc de pourri en moi ? Qu'est-ce qui me fait, dans le banal petit jour du matin, haïr à ce point l'humanité ? "

En fait, paradoxalement, Emily est la seule à percevoir la réalité des choses. Elle veut être libre, être heureuse, mais elle a quand même conscience de la médiocrité de son existence et de celle des autres, quand ces derniers se voilent la face, par refus du chagrin ou par vanité :

" J'enviai alors cet homme et sa capacité à sélectionner les détails de la vie susceptibles de ne lui apporter que du bonheur et à jeter dans les douves de l'amnésie ceux qui auraient pu le conduire au désespoir. Je n'avais pas cette force. "

"Ce vieil homme connaît aujourd'hui ce qu'il n'aurait jamais pensé pouvoir vivre : une apothéose sociale ! Il ne réalise pas que la moitié de l'assistance est composée des plus grands marginaux du pays, de toute la fratrie artiste et homosexuelle du Nord de l'Angleterre. Non, cela il ne le voit pas. Il ne retient de cette faune bizarre que ce qu'en retiendrait un parvenu : le velours des redingotes, la cherté des toilettes, la lourdeur des parfums coûteux qui empoisonnent l'air, le fait que trois prêtres, dix enfants de choeur et cinq choristes soient convoqués pour le mariage de sa cadette. Je suis certaine aussi qu'il n'a pas manqué de considérer, à l'entrée de la chapelle, les trente superbes bêtes, harnachées à de profondes calèches couvertes d'armoiries ducales. Mon père n'a d'yeux que pour ces spectacles. En revanche, il reste aveugle à celui de ma détresse, il ne devine même pas le ventre de Pitch qui déborde de son habit, il ne voit pas non plus sa femme, secouée par les sanglots de bonheur, et que compresse une abominable robe d'apparat vert canard. "

Emily sait aussi aimer, même si elle se répète sans cesse le contraire. Fuir ses sentiments, ce n'est pas ne pas les éprouver. Terrence, ce gamin difforme, encore un genre de personnages que j'aime inévitablement, Emily est prête à tout pour le soulager, et elle le fera.

On ne sait pas ce qui est exact, qui existe vraiment, ce qui est écrit, ce qui est réellement dit. Cécile Ladjali ne signale pas les dialogues par une ponctuation spécifique. Ce livre est un tout, parfaitement harmonieux, une longue réflexion sur ce que l'on fait de sa vie, sur ce que l'on n'ose pas et sur les peines inévitables auxquelles il faut faire face. C'est enchanteur malgré la tristesse qui se dégage de l'histoire. Un bijou !

Malice et Lou ont adoré.
Emjy est plus mitigée. 

25 septembre 2008

Twist ; Delphine Bertholon

9782709629942_G_1_JC Lattès ; 428 pages.

Je déteste les romans basés sur des faits divers, alors ma première réaction en lisant le résumé de ce livre qui avait attiré mon attention a été : surtout pas. Puis, j'ai vu une vidéo dans laquelle l'auteur évoque son roman. Les avis de Clarabel et Solène étaient dithyrambiques, alors je me suis laissée convaincre.

Madison est encore une petite fille lorsqu'elle se fait enlever par R., un homme étrange au volant de sa Volvo noire. Elle restera enfermée pendant cinq ans dans une pièce de neuf mètres carrés, à tuer le temps en noircissant des cahiers d'écriture, et à chercher un moyen d'échapper à son ravisseur. Dehors, le temps s'est arrêté pour les parents de Madison. Quant à Stanislas, son professeur de tennis pour lequel elle avait le béguin, il mène une existence triste à Paris.

C'est en effet un roman à trois voix solidement construit que nous propose Delphine Bertholon. Madison, la petite fille enlevée. Stanislas, le garçon pommé. Et la mère, dévastée par la disparition de son enfant.
Cela permet au livre de ne pas se centrer sur le thème de l'enfant séquestré. Aucun détail glauque dans ce roman. Même dans les deux récits qui ne concernent pas directement Madi, la sexualité n'est pas évoquée de façon prolongée, et je pense que c'est volontaire de la part de l'auteur. Le voyeurisme est totalement rejeté. Delphine Bertholon avait un autre objectif avec ce livre, celui de nous parler d'enfermement. Pour Madi, c'est une évidence, la cage qui l'entoure est bien réelle. Sa mère, elle, s'est murée dans son chagrin, et Stanislas, lui, est prisonnier d'une relation qui le détruit mais de laquelle il ne parvient pas à se sortir.
Tous ces personnages deviennent attachants et familiers au cours du récit. Même R., dans une certaine mesure. Car, de la même façon qu'il ne s'agit pas de raconter de la manière la plus croustillante possible le calvaire vécu par Madison, Delphine Bertholon n'a pas écrit sur un monstre. Il ne s'agit pas de raconter que l'on se trouve au pays des bisounours, que cela soit clair. R. reste quelqu'un de distant, et Madison ne le considère jamais autrement que comme un pommé pouvant perdre son sang-froid à tout moment. Mais la personnalité de R. est intéressante dans la mesure où il semble parfois que c'est Madi qui a le contrôle. Elle écrit, et ça la libère, elle le gronde quand il ment, elle l'aide à réorganiser son espace intérieur. Et puis, elle est pleine de vie, dynamique, entreprenante, drôle. Au bout du compte, on a l'impression que celle qui est enfermée est la seule qui cherche la vie.
C'est aussi la seule qui ne souffre pas de son amour. C'est pour Stanislas qu'elle écrit ses cahiers, quand ce dernier se vautre de chagrin après que "Moi-même" soit encore partie sans lui.

Enfin bref, vraiment un roman sympa, à mon tour de vous le recommander !

21 septembre 2008

Son absence ; Justine Augier

9782234061644_G_1_Stock ; 169 pages.

J'avais repéré très tôt ce titre de la rentrée littéraire, parce qu'il était chaudement recommandé par ma librairie. Je l'ai donc ouvert avec enthousiasme, même si l'avis de Clarabel m'avait intriguée.

Aria a disparu depuis de longs mois, alors sa mère fait appel à un écrivain public, le narrateur de l'histoire, afin qu'il reconstitue le passé de sa fille.

Je dois dire que ce livre est une déception pour moi. La première chose que l'on remarque est l'écriture de Justine Augier. Elle est très travaillée, de façon à la rendre chantante pour qu'elle accompagne le récit en le dynamisant et en créant une atmosphère de délicatesse.
Le gros souci est qu'il n'y a pas grand chose à accompagner. L'écrivain public chargé de raconter l'histoire d'Aria nous livre un récit complètement superficiel. Soit il nous parle d'Aria comme si nous la connaissions depuis des années quand ce n'est naturellement pas le cas, et elle nous paraît de ce fait très lointaine. Soit il nous livre des anecdotes inintéressantes, qui la laissent également dans le brouillard. Je n'ai rien contre les personnages énigmatiques, mais Aria n'a rien de quelqu'un de fascinant, et l'obsession qu'elle provoque chez l'écrivain à qui sa mère a fait appel est difficile à comprendre.
D'ailleurs, cet homme antipathique ne sert pas à grand chose en fin de compte. Je pensais qu'il devrait faire des recherches, mais il se contente de nous livrer son travail final.
J'ai lu ce livre jusqu'à la dernière page, mais le ton employé n'a pas changé. Ce n'est pas chargé d'émotion comme Justine Augier l'avait manifestement prévu, mais monotone, lassant, et alors que livre s'achève sur la déception d'un personnage que nous n'avons pas appris à connaître, impossible d'être touché. Même Aria ne m'intéressait plus à ce stade. Avec ce livre, j'ai eu l'impression de lire des pages vides, que j'oubliais au fur et à mesure que je les tournais. Tant pis. 

Merci à Clarabel pour le prêt.

16 septembre 2008

Paradis conjugal ; Alice Ferney

41WMr2FiYcLAlbin Michel ; 355 pages.

C'est le soir. Et comme presque tous les soirs depuis que son mari lui a offert le DVD de Chaînes conjugales, Elsa est devant ce film. Il raconte l'histoire de trois amies, qui reçoivent une lettre d'une quatrième femme leur annonçant qu'elle s'enfuit avec le mari de l'une d'entre elles, sans préciser lequel. La journée s'écoule et chacune tente de savoir pourquoi son mari pourrait être celui qui est parti. Elsa tente de faire la même chose de son côté, car son mari lui a annoncé la veille qu'il ne rentrerait pas. Elle n'a pas voulu le croire, tout comme les trois amies du film pensent à une mauvaise blague au premier abord, mais plus la soirée avance, et plus les questions fusent dans sa tête, sans qu'Alexandre ne passe le seuil de sa maison.

Je ne connais Alice Ferney qu'avec Les Autres, qui m'avait beaucoup plu. J'ai acheté Paradis conjugal parce que je voulais savoir si le mari rentrait, et aussi parce que sans être cinéphile le moins du monde, j'aime découvrir cet art dans les romans. Sur ce dernier, point, Alice Ferney m'a enchantée, et j'ai adoré regarder le film avec son héroïne, lire une vision du film que je n'aurais jamais pu faire toute seule, m'attacher à des personnages que d'ordinaire je trouve lointains (je n'apprécie que rarement les vieux films). Gambadou et une autre (mais qui ?), ont reproché à ce livre de trop décortiquer le film. J'ai moi aussi trouvé qu'il y avait des longueurs dans la première partie de l'histoire, qu'Elsa Platte n'était finalement pas si présente, et je pense que quelqu'un qui a déjà vu le film risquerait d'en dénoter encore davantage, voire même de trouver qu'Alice Ferney ne s'est pas beaucoup embêtée. De plus, n'étant ni épouse ni mère, j'ai un peu eu le sentiment au début que ce livre ne s'adressait pas à moi. Toutefois, j'ai fini par me laisser complètement happer par cette histoire, à m'inquiéter pour tous les personnages, à m'intéresser à leurs dialogues, leurs pensées, qui sont tous présentés ensemble, comme s'il s'agissait finalement d'une réflexion collective.

Je me suis également procuré le film pendant ma lecture, et j'en ai visionné une partie. Je pense que je préfère ce que j'en ai lu, même si je suis tombée amoureuse de Kirk Douglas.

EDIT : j'ai finalement vu le film en entier, et je retire ce que j'ai dit. C'est une merveille !

Voir les avis divergents de Praline, Essel et Clochette

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13 septembre 2008

Pourquoi pas le silence ; Blanche de Richemont

41uZF38t7MLRobert Laffont ; 132 pages.

D'ordinaire, la rentrée littéraire, je n'y prête pas la moindre attention. Pourtant, cette année, folie bloguesque oblige, plusieurs titres ont attiré mon attention. J'avais repéré Pourquoi pas le silence sur le site d'une librairie que j'aime beaucoup, et Clarabel a beaucoup aimé. Pour la première fois depuis sa naissance, ce blog va donc être à la mode (et ce n'est pas fini, puisque je me suis lâchée au rayon nouveautés cet après-midi).

Paul a quinze ans, et à la mort de son cousin Max, il décide de vivre. C'est un solitaire, éternel insatisfait de lui même, qui fréquente quelques personnes et fait des bêtises davantage pour paraître normal que par conformité avec ce qu'il est.

Dès la première page, je me suis dit que ce livre était pour moi. Le narrateur raconte qu'il est arrivé à son école en camion poubelle, et j'ai trouvé cela absolument formidable. Je vous rassure, ça ne m'est jamais arrivé, et je n'ai jamais vu quelqu'un le faire. Mais ça m'a quand même rappelé des souvenirs. Car même si personne n'a jamais accepté, les éboueurs qui passaient dans la rue de mon ancien lycée nous proposait parfois de nous déposer... (ma glamouritudeglamouritude vient de prendre un sacré coup, je le sens) Du coup, j'ai naturellement beaucoup ri en lisant que Paul avait non seulement fait ce que jamais je n'aurais accepté, mais en plus qu'il en tirait une satisfaction personnelle, et que ça impressionnait les filles !
Rassurez-vous encore une fois, vous n'avez pas besoin d'avoir eu une vie lycéenne aussi palpitante que la mienne pour apprécier l'humour de ce livre. Certaines situations sont terriblement grotesques, mais drôles et attendrissantes.
En ce qui concerne le style, ce livre a été une très bonne surprise. Blanche de Richemont écrit vraiment très bien. C'est dynamique, elle joue sur plusieurs registres pour donner de la crédibilité au roman, qui devient ainsi poétique tout en restant adolescent et moderne.
Car il s'agit dans ce livre de parler du mal-être adolescent. Paul veut être comme les autres, mais ne peut s'empêcher d'être lui et de se détester. J'ai même pensé pendant la première moitié du roman que c'était un livre parfais pour les ados. Il a des humeurs, des avis contradictoires, des moments où il veut croire que tout va bien, et puis de longues période de larmes.
La situation des parents et de la soeur est également très bien décrite. Le père qui veut façonner son fils sur son modèle, lui rajoutant des objectifs trop lourds à porter, et la mère qui pense que l'amour permet tout. Les personnages qui gravitent autour de Paul se contentent de l'effleurer, lui qui n'aime pas être touché, mais ils deviennent très vite attachants.
Tout était en place pour un roman bien ficelé, malgré quelques situations un peu invraisemblables que mon coeur de midinette a bien voulu pardonner avec bonheur.
J'ai quand même été déçue par la fin, que j'ai trouvée un peu facile. Dans les dernières pages, le roman s'emballe, l'ambiance se radicalise, mais pas comme si l'auteur savait ce qu'elle voulait faire. Non, plutôt comme si son histoire lui avait échappé, et que pour l'achever, seule une solution irréversible était possible.

Cela dit, Pourquoi pas le silence reste une bonne surprise et un beau roman, et je vous conseille de lui donner sa chance. 

10 septembre 2008

L'amant inachevé ; Gaëlle Guernalec-Levy

9782234061347_G_1_Stock ; 144 pages.

C'est en cherchant des titres de la rentrée littéraire susceptibles de me plaire que je suis tombée sur ce premier roman publié en avril. J'aime bien les couvertures roses de Stock, la photo est ravissante, et puis le résumé de l'éditeur promettait une très jolie histoire.

Claire a trente-trois ans. Elle vit depuis dix ans une vie paisible auprès d'un homme aimant qui lui a donné deux enfants. Un soir, alors que les deux époux se rendent dans une boîte échangiste, elle revoit D., le garçon de son adolescence avec lequel elle l'a "presque fait", qu'elle n'a jamais oublié, et dont elle nous parle avec nostalgie.

Ce premier roman un peu bancal nous livre une histoire de désir et d'amour. Claire nous parle de son histoire avec D. en prenant garde de ne pas le désigner comme son premier amour. Pour elle, il doit être celui qui l'a éveillée à la sexualité, même si son obsession laisse vite deviner que ce n'est pas seulement de cela qu'il s'agit.
J'avoue que je n'ai pas aimé une bonne partie de ce roman. L'auteur parvient à nous surprendre à plusieurs moments du livre, mais cela se fait au prix de longueurs assez importantes dans les deux premiers tiers du roman. On ne comprend qu'au bout de quatre-vingt-dix pages l'utilité d'évoquer l'échangisme irrégulier du couple formé par Claire et son mari.
C'est dommage, parce que Claire devient un personnage touchant à partir du moment où l'on comprend ce qu'elle fait. Sa culpabilité qui se traduit dans ses fantasmes, son refus de mettre les mots sur des émotions, tout cela donne finalement une force à cette histoire qui n'est pas assez exploitée, ou trop maladroitement.

J'ai trouvé la dernière page très belle, astucieuse, et pleine de sens. J'ai donc refermé ce livre avec le sourire, après m'être demandé si ça valait vraiment la peine que je le termine.

Assez mitigée donc, même si je ne regrette pas complètement d'avoir choisi ce livre plutôt qu'un autre.

22 mars 2008

Genitrix ; François Mauriac

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Le Livre de Poche ; 160 pages.

Je vous préviens tout de suite, je ne connais absolument rien à la littérature française de la première moitié du XXe. Ça fait d'ailleurs plus de deux semaines que j'ai terminé ce livre, et j'ai vraiment du mal à écrire dessus.

Génitrix est l'histoire d'une relation mère-fils qui déraille. A cinquante ans, Fernand a en effet décidé d'épouser Mathilde, une jeune femme. Deux mois après ses noces, Fernand réintègre sa chambre d'enfant près de celle de Félicité, sa mère, qui jubile. Félicité pense que son triomphe va être total lorsque sa belle-fille décède, seule, quelques jours après avoir fait une fausse-couche. Cependant, en la contemplant sur son lit de mort, Fernand est pris d'une culpabilité soudaine, et commence à en vouloir à sa mère.

François Mauriac est un auteur qui m'a surprise par son habileté à développer son sujet. Genitrix est l'histoire d'une relation mère-fils, et Mauriac n'en dérive pas, sans tomber dans la facilité.
Ses personnages secondaires auraient tout simplement pu être inconsistants afin que l'intérêt du lecteur ne soit pas détourné, mais l'auteur a fait un choix beaucoup plus intéressant. Il a fait de Mathilde et même de Marie de Lados des personnes auxquelles le lecteur s'intéresse, parce qu'elles ont un rôle important dans le récit, tout en s'assurant qu’elles ne soient envisagées qu'en tant que partie intégrante de la relation entre Fernand et sa mère. Dans ce roman, il ne s'agit pas de pleurer la morte, donc Mathilde est un personnage peu attachant, sur lequel il est difficile de réellement s'apitoyer. Elle disparaît d'ailleurs très vite, dès que le lecteur en sait suffisamment pour comprendre la suite des événements entre Fernand et Félicité. Quant à Marie de Lados, c'est également un personnage auquel le lecteur a du mal à s'identifier mais qui est juste assez présente pour que l'on comprenne la place qu'elle occupe pour Fernand.

Une autre chose que j'ai aimée, le fait que Mauriac me mène en bateau. J'aime beaucoup cela quand je lis un livre, parce que ça prouve que le roman est maîtrisé, que l'auteur a amené son lecteur là où il le souhaitait. A la page 134, on comprend que l'on s'est fait avoir, comme tout le monde d'ailleurs, et que Fernand n'est qu'un sale gosse.

"Voici que l'incendie est éteint, _ce brasier, qui le rendait furieux, soudain le laisse grelottant au milieu de cendres. Il existe des hommes qui ne sont capables d'aimer que contre quelqu'un. Ce qui les fouette en avant vers une autre, c'est le gémissement de celle qu'ils délaissent."

Génitrix est donc un roman basé sur une idée relativement simple, mais Mauriac la développe avec brio en trois parties qui permettent de comprendre le lien inconscient qui unit Fernand à sa mère. Je mentirais en disant que j'ai été subjuguée par ce roman. Je le trouve quand même un peu daté, même si cela tient peut-être également au fait que je n'ai pu m'empêcher de penser à deux personnes que j'ai connues qui se trouvaient dans cette situation. Par ailleurs, j'ai lu un livre qui parle également d'une relation mère-fils immédiatement après ma lecture de Génitrix. Cela m'a permis de voir certaines qualités dans le livre de Mauriac que je n'avais pas vraiment relevées (par exemple, la fin, qui montre que Mauriac avait quelque chose à démontrer dès le début). Cela dit, j'ai vraiment apprécié ce roman, et je pense qu'il est de ceux qui méritent plusieurs lectures. 

22 février 2008

Sirène ; Marie Nimier

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Folio ; 204 pages.

J'avais acheté ce livre suite à un billet d'Emjy qui nous disait qu'elle l'avait sur sa PAL. Je suis encore une petite fille qui rêve quand elle entend le mot "sirène", encore plus quand elle en voit une peinte par Waterhouse, comme sur la couverture de ce roman. Je n’ai pas hésité, et j’ai acheté ce roman.

L’histoire : Marine Kerbay a vingt ans, et elle s’apprête a se suicider. Pour l’occasion, elle nettoie son appartement, revêt une tenue très élégante, et ingurgite soixante-quatre cachets avant de s’engouffrer dans le taxi qui doit la conduire au bord de la Seine. Car Marine est une sirène, une fille de la mer, et toute autre mort semblerait inappropriée pour cette jeune fille.
Mais elle échoue. Repêchée, elle subit les réactions blessantes des gens. Elle les laisse croire ce qu’ils veulent. Bruno est soulagé de croire qu’elle ne l’aime plus. Le psychiatre qui pense bien faire son métier en lui affirmant : “Vous ne savez pas pourquoi vous avez essayé de vous tuer, et surtout je pense que vous ne voulez pas le savoir”, elle ne le contredit pas.
Toutefois, ce n’est pas parce que Marine est la “Reine du silence” pour les autres qu’elle l’est vraiment. Après tout, ces gens qui croient la comprendre mieux qu’elle même ne méritent pas tellement qu’elle leur raconte tout.

Mon avis : Il semblerait que Marie Nimier parle un peu d’elle même dans ce livre, de sa propre tentative de suicide. Heureusement, elle n’a pas oublie qu’elle écrivait un roman. Ce livre n’est pas sa propre vie, et Marine est un personnage de fiction, dans lequel il n’est pas difficile de se retrouver. Je craignais que ce livre soit une autofiction totalement inintéressante après avoir découvert le propos réel de ce livre, mais là je suis complètement sous le charme.
Il y a bien quelques longueurs au début, quand Marine n'est encore qu'une jeune fille qui agit bizarrement, qu'une jeune sirène qui comme tant d'autres a succombé au charme d'un dragon. Mais c'est parce que Marine est une jeune fille qui réfléchit beaucoup plus qu'elle ne parle. Au fur et a mesure que l'histoire avance, son personnage se dévoile et s'étoffe. De la jeune fille froide, statique et pitoyable elle devient une rêveuse touchante, intelligente et curieuse.
L'ambiance du livre aussi change. On débute dans un Paris déprimant, puis on se rend en Bretagne, dans les années soixante également. On est un peu nostalgique, ce n’est pas vraiment une histoire joyeuse, mais je m’y suis sentie vraiment bien, un peu comme si les souvenirs de Marine m’étaient familiers.
L’écriture de Marie Nimier est très belle. J’ai même relu certains passages au cours de ma lecture pour les apprécier encore plus. La quête du père disparu, les interrogations de Marine sont celles d’une jeune fille qui semble trop réfléchir. Mais elle joue tellement bien avec les mots, elle suit une logique tellement parfaite qu’il est difficile de ne pas se prendre au jeu de Marine.

“Père, paire, perd, le mot se répétant prenait des proportions monstrueuses. Il s’insinuait dans le moindre repli de son être, tissant au fil de ses pensées une toile gluante, tout s’embrouillait…” (page 154)

“Marine se demanda si elle changerait son beau sourire contre un papa, un vrai. Elle pensa a la petite sirène qui n’avait pas hésite a sacrifier sa langue afin d’être acceptée sur la terre des hommes. Et pourtant, se dit-elle, le Prince ne s’était pas marié avec elle.” (page 157)

Comment en vient-on au suicide ? Faut-il vraiment détester la vie pour la quitter, ou peut-il y avoir d’autres raisons ? Marine cherche ses propres réponses, raconte ses propres mensonges, ceux des autres, tout ce qui peut lui permettre de découvrir pourquoi elle se sent déchirée entre Marine et Céline, ces deux prénoms qui lui appartiennent mais qui n'ont pas la même origine.
Je pense que présenté comme cela, ce livre a l'air plutôt barbant, prise de tête. Mais en fait, c'est un livre sans prétention qui nous raconte d'une très belle façon l'histoire d'une jeune fille blessée, le tout mêlé a des récits de sirène et de dragon. Les cent dernières pages de ce livres sont vraiment très très belles, encore plus que le début, vraiment une très jolie découverte.

Comment appelez-vous cela, déjà... De l'écume ?
Bruno s'adressait a la sirène. Marine, de sa voix la plus suave, répondit a sa place que l'écume était l'âme des matelots qui étaient morts en mer. Elle dit aussi que de nombreux navigateurs que l'on croyait perdus avaient trouve au fond de l'eau une demeure éternelle.
        "Berces par les vagues, reprit-il.
        - Inondes de volupté...
        - Êtes vous sirène ?
(page 68)

L'avis d'Emjy.

14 février 2008

Les autres ; Alice Ferney

41fKDgjj2kLBabel ; 438 pages.

Voilà un livre qui n'a pas fait l'unanimité, et que du coup je n'avais pas l'intention de lire jusqu'à ce que le hasard ne me le mette entre les mains. Et là, coup de foudre.

C'est l'anniversaire de Théo. Pour ses vingt ans, il a invité ceux auxquels il tient le plus. Estelle, sa fiancée, Marina, son amie d'enfance, son frère Niels, ainsi que Claude et Fleur. Pour l'occasion, Niels a choisi d'offrir un jeu très spécial à son cadet. Il s'agit de découvrir par le biais de questions souvent délicates ce que les joueurs pensent les uns des autres.

J'ai trouvé la construction de ce livre remarquable. Alice Ferney met la forme au service du fond de façon extrêmement ingénieuse. Ce livre cherche à définir la vérité, la réalité. Avec trois versions des faits Alice Ferney nous montre à quel point les choses sont subjectives. Elle est même perverse, puisqu'en fait, elle nous montre que toutes les réalités sont fausses puisque ce n'est que quand le lecteur a fini ce livre qu'il sait ce qui s'est réellement passé. D'un autre côté, toutes les réalités sont vraies, puisque personne ne peut jamais avoir les trois, et que le lecteur, qui ne peut tout retenir, crée une quatrième réalité qui lui est propre. 
L'intérêt de tout cela ? Montrer l'incompréhension qui règne inévitablement entre les gens. D'ailleurs, ce n'est pas parce qu'ils ne sont pas dans la tête des autres que les personnages ne se comprennent pas. En fait, ils ne s'écoutent pas. Niels n'entend pas les plaintes de sa mère, Claude n'écoute pas les silences de sa fiancée.

" Mais qui écoutait qui dans cette soirée ? Et qui disait la vérité ? Il eût fallu pour cela être aidé par un interlocuteur bienveillant et attentif. La vérité de soi, ou d'un moment de la vie que l'on traverse, on ne la donne qu'à la demande. Il faut un geste d'écoute, si infime soit-il. Un regard attentionné de Niels aurait libéré le torrent des pensées de Moussia. Mais il ne l'eut pas. Il y avait dans ce salon beaucoup de bienveillance mais peu d'attention. " (page 407)

Ça peut sembler un peu prise de tête, mais en fait j'ai trouvé ce livre assez drôle, attachant. L'atmosphère rendue est intrigante, mais pas oppressante. Alice Fernet est parvenue à créer une histoire réaliste sans tomber dans le glauque, alors que le sujet s'y prêtait extrêmement bien. En effet, étrangement, même si c'est trois fois le récit de la même soirée, on ne se sent pas pris au piège. Ou du moins, pas dans celui que l'on pensait, puisque finalement, on reste parce que l'on se sent bien au milieu des personnages. Par ailleurs, je n'ai absolument pas trouvé ce roman répétitif, au contraire, chaque partie à ses propres révélations à nous offrir. En appuyant sur le poids des mots et leurs limites, ce roman nous offre belles réflexions sur la famille, la maternité, la féminité, l'amour et aussi l'amitié.

A la fin de cette soirée, on a l'impression que nos personnages viennent de vivre inconsciemment un moment capital de leur existence. Malgré tout, on peut aussi constater que seuls ceux qui voulaient vraiment tirer quelque chose de ce jeu ne repartent pas bredouille, même si ce n'est pas toujours avec ce qu'ils espéraient.

Les avis assez partagés de Clarabel, Clochette, Tamara, Laure, Anne, Papillon.

J'ai noté La conversation amoureuse du même auteur, si vous en avez d'autres à me conseiller...

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