Sous la verte feuillée - Thomas Hardy
A Mellstock, la chorale occupe une place importante dans la vie de la communauté. Elle fait la tournée des maisons le soir de Noël et joue à l'église pendant l'office dominical. La famille Dewy est très impliquée dans ce choeur. Lorsque le jeune Dick Dewy aperçoit la nouvelle institutrice, Miss Fancy Day, il en tombe amoureux. Mais d'autres hommes plus fortunés et bien nés que lui sont également sensibles aux charmes de la jeune fille, et cette dernière a des apparences de frivolité.
Je craignais un peu cette lecture tant j'ai pu lire qu'il s'agit d'un roman mineur de Thomas Hardy que j'apprécie davantage à chaque lecture. Il est certain que la minceur de l'intrigue et quelques maladresses inhabituelles chez l'auteur expliquent le plaisir nuancé de beaucoup d'adeptes de l'écrivain. Sous la verte feuillée fait pâle figure face au roman qu'il annonce, Les Forestiers, et qui est à ce jour mon favori.
Pourtant, dès les premières lignes, le charme opère avec la plume de Thomas Hardy décrivant la nature de façon somptueuse. Il nous plonge dans son univers à la fois imaginaire et très réaliste, avec pour une fois une dose de merveilleux l'emportant sur le tragique (les illusions de la jeunesse probablement). Je me suis régalée avec les scènes de drague à l'époque victorienne basée sur le fait de toucher un objet précédemment frôlé par l'être aimé et par les périphrases de l'auteur dissimulant des baisers.
"La chance favorisa les amours de Dick pendant le repas. Il se trouva assis à côté de Fancy et eut le bonheur inouï de boire dans un verre dont elle s’était tout d’abord servie par erreur. Sa semelle touchait l’ourlet de sa jupe. Et, pour ajouter à son ivresse, un chat, demeuré plusieurs minutes en cachette sur les genoux de la jeune fille, passa sur ses genoux à lui et il frôla la fourrure que sa main, à elle, caressait quelques instants auparavant."
Autre force de l'auteur qui ne fait pas exception ici, l'imperfection des personnages et l'absence de jugement définitif. Fancy Day s'inscrit dans la lignée des héroïnes de Thomas Hardy. Sa coquetterie et son indécision la rendent frivole, mais l'absence de perspectives pour les femmes dans l'Angleterre victorienne et les renoncements qu'exige le mariage rendent son choix de fiancé plus complexe qu'il n'y paraît.
Archipoche. 245 pages.
Traduit par Eve Paul-Marguerite.
1872 pour l'édition originale.
