Divorce à l'anglaise - Margaret Kennedy
"Dans ce tiroir gisait la preuve que cette enfant de dix ans pouvait également être épouse, mère, grand-mère, arbitre de la vie d'autrui, et faire croire au monde qu'elle était une adulte de soixante-huit ans riche d'expériences."
Les Editions de la Table Ronde nous gâtent pour la deuxième année consécutive avec un roman de Margaret Kennedy, autrice anglaise oubliée (admirez cette couverture ! ).
Cette fois, tout commence lorsque Betsy et Alec Canning décident de se séparer après une vingtaine d'années de mariage. Rien de grave, simplement deux individus qui se sont mépris l'un sur l'autre. Si Alec est du genre à se contenter de laisser traîner les choses en séduisant d'autres femmes en cas de besoin, Betsy sent pour sa part qu'elle passe à côté de sa vie. Cependant, les belles-mères ne sont pas de cet avis. Leurs trois enfants aussi vont voir leur vie bouleversée. Quant à leurs amis, oubliant toute prudence, ils ne tardent pas à prendre parti.
J'avais beaucoup aimé Le Festin, j'ai passé un moment délicieux avec ce roman que j'ai trouvé plus profond et attachant. Même le style, entre humour et descriptions poétiques m'a davantage interpelée que lors de ma précédente lecture.
Divorce à l'anglaise réunit tout ce que j'aime dans les romans anglais vintage : vieilles demeures, amitiés de jeunesse, amours complexes et personnages excessifs. Ce beau monde a eu des idéaux, des coups de folie. Des regrets peuvent se faire ressentir, mais la vie adulte oblige parfois à assumer ses choix et à faire des compromis.
Si la relation entre Betsy et Alec occupe évidemment une place non négligeable dans ce livre, leur progéniture n'est pas oubliée, donnant au récit des airs de roman d'apprentissage. Et ce qui angoisse la jeunesse, c'est l'avenir ; la guerre qui s'annonce ou encore l'éducation (à croire que les personnages de Margaret Kennedy ont lu Virginia Woolf, j'aime quand mes lectures se répondent).
"Nous a-t-on appris quelque chose qui puisse nous servir à vivre ? A réfléchir ? Et à quoi nous mènent ces réflexions ? A un point où nous comprenons qu'il est absurde d'entreprendre quoi que ce soit, puisque toute action est illogique au plus haut point."
Le divorce n'est pas qu'une séparation, surtout en 1930. Il oblige chacune des personnes concernées à rebattre les cartes de sa vie, à tester ses liens et à s'interroger sur le temps qui passe.
Une parfaite lecture printanière.
La Table Ronde. 396 pages.
Traduit par Adrienne Terrier, revu par Anne-Sylvie Homassel.
1936 pour l'édition originale.
