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lilly et ses livres
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27 février 2009

Expiation ; Ian McEwan

untitledFolio ; 487 pages.
Traduction de Guillemette Belleteste.
V.O. : Atonement. 2001.

Attention : Le dernier paragraphe de mon billet peut gâcher la surprise.

J'avais déjà lu ce livre il y a deux ans, mais pour une raison quelconque, je n'avais pas écrit de billet dessus. Ce sont des remarques lues sur les blogs ces derniers jours à propos du film (que j'ai bien aimé sans plus, mais qui me semble très inférieur au texte original*) qui m'ont amenée à relire le roman.

Angleterre, 1935. Briony Tallis est une jeune fille de treize ans à l'imagination débordante. C'est l'été, il fait une chaleur étouffante, et la maison est envahie par les cousins des Tallis. Leon, le grand-frère, doit rentrer pour la soirée, accompagné de son ami Paul Marshall. Robbie Turner, le fils de la femme de ménage est là également, tout comme la grande soeur de Briony, Cécilia.
La journée se déroule lentement. Briony est témoin de plusieurs scènes qu'elle ne comprend pas, et que personne ne prend la peine de lui expliquer. Dans la soirée, la jeune fille commet un acte irréparable, et passera sa vie à tenter d'expier ce crime.

Expiation n'est pas un livre qui raconte une tragique histoire d'amour. Ce livre est bien l'histoire d'un gâchis, qui résonne dans chaque phrase, dans chaque thème exploré, mais qui est avant tout celui de Briony Tallis. Peut-être même seulement le sien. 
Il peut sembler naturel que Briony se châtie elle-même, et que les coupables et les innocents considère cela comme un moindre mal, mais elle est la moins responsable de tous. Son imagination est débordante, certes. Mais la critique de Ian McEwan se concentre en fait sur la société anglaise, dont la famille Tallis est un parfait exemple. On s'y attache à ne surtout pas parler des choses qui fâchent ou qui mettent mal à l'aise. Le sexe en est l'une des premières. Un viol est commis, mais on ne met pas de mot sur cet acte. On prend le premier coupable qui se présente, et on étouffe l'affaire. Emily Tallis, l'adulte, la mère, qui pense elle même que Lola est dangereuse, rejette toutes ses suspicions quelques instants plus tard. Alors que Briony est infirmière pendant la Seconde Guerre mondiale, elle est poursuivie par ces protocoles et principes. Donner son prénom à un patient est le pire des crimes, parce qu'il crée une intimité. Dans ce contexte, la réaction de la petite fille paraît naturelle, ceci d'autant plus que Ian McEwan décrit la journée au bout de laquelle tout bascule en multipliant les points de vue, avec une précision extrême, afin d'expliquer comment on a pu en arriver là.   
L'entreprise d'expiation de Briony est incroyablement bien construite. Le pouvoir de la fiction sur la réalité est un thème central du roman. McEwan est lui même très conscient de ses possibilités en tant qu'écrivain. Je me souviens que j'avais eu l'occasion d'admirer cela dans Amsterdam. Cette fois, c'est encore plus évident, car McEwan connaît aussi ses limites, et par conséquent le drame de son héroïne :

" Comment un écrivain peut-il se racheter, alors que, doué du pouvoir absolu de décider de la fin, il est également Dieu ? Il n'a personne, ni entité ni forme supérieure à qui en appeler, avec qui se réconcilier ou qui puisse lui pardonner. Il n'existe rien en dehors de lui. En imagination, il a fixé les limites et les termes. Pas d'expiation pour Dieu ni pour les écrivains, même s'ils sont athées. "

L'auteur m'a bien eue avec ce livre la première fois que je l'ai découvert. Cette fois, connaissant le dénouement, j'ai pu interpréter ce que je lisais avec des yeux nouveaux par rapport à ma première lecture. J'ai vu ce qui m'avait échappé il y a deux ans, occupée que j'étais à savoir si les personnages s'en étaient sortis. Le livre est rempli de références à la fiction, la fameuse bibliothèque, le thème des lettres échangées par Cecilia et Robbie, le titre des parties, qui change brusquement à la fin, tout est très clair. Et ce "reviens" répété sans cesse (ce qui m'exaspère au plus haut point dans le film) par Robbie, dont on ne comprend la signification que dans les dernières pages...

Expiation est un roman extrêmement bien construit et bouleversant. Un chef d'oeuvre comme tous les livres de McEwan que j'ai lus. Il est également plus abordable que d'autres romans de l'auteur pour ceux qui ne le connaissent pas je pense.

* Je trouve particulièrement que les trois Briony font un travail remarquable, avec le peu de place qui leur est accordé.   

Emjy a écrit un billet magnifique sur ce roman. Allie, Fashion et Carolyne Grey ont aussi lu ce livre.

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Commentaires
L
Julie : à la première lecture, on ne voit pas les indices, c'est normal ;o)
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L
lilisand : attends un peu d'avoir digéré le roman avant de voir le film. <br /> Pour ma part, je crois que l'adaptation a ruiné mon appréciation de ce livre. J'adore McEwan, mais "Expiation" est désormais très loin derrière les autres, je n'arrive pas à me détacher du film et à l'ennervement qu'il a provoqué...
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J
Whoua...<br /> <br /> Merci Lilly pour tes explications! Il va vite falloir que je retourne voir le livre, afin de me remettre dans le contexte (notamment le titre des 4 parties)<br /> J'ai un peu honte d'être ainsi passée à côté de ça... Ca m'apprendra à enchainer trop vite les livres!
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L
J'ai aimé dans la 1ère partie être dans les pensées intimes des différents personnages, la 3ème partie où Briony est infirmière et puis j'ai trouvé la fin bouleversante, ça m'a remuée, provoqué une profonde tristesse. Par contre, je n'ai pas aimé la partie sur la guerre que j'ai trouvé trop longue et inutile (à part les moments où on est dans les pensées de Robbie). Je pensais aussi qu'on en saurait plus sur Lola, j'ai été un peu frustrée...C'est un très beau roman, j'ai eu un réel plaisir à le lire. J'attends maintenant de voir le film.
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L
Julie : tu ne te rappelles pas de la manipulation ?<br /> <br /> SPOILERS : <br /> <br /> Les trois premières parties sont en fait un roman, écrit par Briony (c'est pour ça que la quatrième partie a un titre différent). Cecilia et Robbie ne se sont jamais revus, ils sont tous les deux morts très jeunes. Et tous ces "reviens", qui à la base sont adressés à Briony par Cecilia, avant d'être destinés à Robbie, ne sont que des appels de Briony, qui aimerait changer les choses. On ne sait même pas si les passages écrits du point de vue de Cecilia et Robbie sont exacts, puisqu'ils sont dans le roman. Ce livre n'est en fait que le parcours de Briony pour expier ce qu'elle a fait.
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