Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
lilly et ses livres
Publicité
Newsletter
Derniers commentaires
14 mai 2007

Cette fois, c'est la femme... Arthur Rimbaud

Je n'aime pas beaucoup la prose d'ordinaire, mais ce poème est magnifique, notamment le dernier paragraphe.

the_20star_1_
L'étoile ; Edgar Degas

Cette fois, c'est la Femme...

Cette fois, c'est la Femme que j'ai vue dans la ville, et à qui j'ai parlé et qui me parle. J'étais dans une chambre sans lumière. On vint me dire qu'elle était chez moi : et je la vis dans mon lit, toute à moi, sans lumière ! Je fus très ému, et beaucoup parce que c'était la maison de famille : aussi une détresse me prit ! j'étais en haillons, moi, et elle, mondaine, qui se donnait ; il lui fallait s'en aller ! Une détresse sans nom, je la pris, et la laissai tomber hors du lit, presque nue ; et dans ma faiblesse indicible, je tombai sur elle et me traînai avec elle parmi les tapis sans lumière. La lampe de la famille rougissait l'une après l'autre les chambres voisines. Alors la femme disparut. Je versai plus de larmes que Dieu n'en a pu jamais demander.

Je sortis dans la ville sans fin. Ô Fatigue ! Noyé dans la nuit sourde et dans la fuite du bonheur. C'était comme une nuit d'hiver, avec une neige pour étouffer le monde décidément. Les amis auxquels je criais : où reste-t-elle, répondaient faussement. Je fus devant les vitrages de là où elle va tous les soirs : je courais dans un jardin enseveli. On m'a repoussé. Je pleurais énormément, à tout cela. Enfin je suis descendu dans un lieu plein de poussière, et assis sur des charpentes, j'ai laissé finir toutes les larmes de mon corps avec cette nuit. - Et mon épuisement me revenait pourtant toujours.

J'ai compris qu'elle était à sa vie de tous les jours ; et que le tour de bonté serait plus long à se reproduire qu'une étoile. Elle n'est pas revenue, et ne reviendra jamais, l'Adorable qui s'était rendue chez moi, - ce que je n'aurais jamais présumé. - Vrai, cette fois, j'ai pleuré plus que tous les enfants du monde.

Arthur Rimbaud

Publicité
Commentaires
L
J'admire réellement Rimbaud.<br /> Je porte une affection toute particulière pour le poème "on n'est pas sérieux quand on a 17 ans" (pas sûre du titre!). En effet j'ai eu un mal fou à l'apprendre pour un cours de français au collège. Mais quelle magie!!<br /> <br /> "On n'est pas sérieux quand on a dix-sept ans<br /> Un beau soir, foin des bocks et de la limonade<br /> Des cafés tapageurs aux lustres éclatants,<br /> On va sous les tilleuls verts de la promenade..."
Répondre
L
Gambadou, Caroline, Choupynette, Well, Emeraude et Florinette : je suis contente que ça vous plaise ;) <br /> <br /> Fashion Victim : Etant la pro des commentaires constructifs, je te pardonne :P<br /> <br /> Céline : Là, comme ça, euh... personne :S En fait, c'est vraiment des poèmes par-ci par là, mais à part celui-ci, aucun ne m'a vraiment marquée. Je ne connais pas Aloysius Bertrant, je regarderai ;)
Répondre
C
J'aime vraiment beaucoup les poèmes en prose de Rimbaud! J'adore aussi Aloysius Bertrand, Baudelaire, et d'autres encore... Qui trouve grâce à tes yeux dans la prose?
Répondre
F
Je ne connais pas du tout les poèmes d'Arthur Rimbaud et je trouve ça très bien de les découvrir grâce à toi et aux autres blogs dans lesquels j'éprouve beaucoup de plaisir de lire d'aussi belles poésies ! Merci Lilly !
Répondre
E
Très beau texte en effet!
Répondre
Publicité