08 juin 2022

L'Amant de Lady Chatterley - David Herbert Lawrence

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Lorsqu'il revient de la guerre auprès de Constance, sa jeune épouse, l'héritier des Chatterley est devenu impuissant. Résigné, il ne souffre pas de sa condition et remplit consciencieusement ses devoirs de propriétaire terrien. Alors que le couple envisage d'avoir un héritier engendré par un autre homme, Lady Chatterley s'éprend de Mellors, le garde-chasse.

Passez votre chemin si vous espérez être émoustillé par autre chose qu'une course nus dans les bois sous une pluie battante ou par quelques scènes de sexe hautement intellectualisées par Constance Chatterley. Bien que peu attachante (une appréciation valable pour l'ensemble des personnages du livre), elle fait preuve d'une volonté de maîtriser sa vie et d'une clairvoyance sur son époque qui la rendent fascinante. Ce n'est pas une jeune fille naïve qui a découvert l'intimité sexuelle lors de ses noces. Ce n'est pas non plus, malgré sa bonne éduction, une femme prête à sacrifier son bien-être pour soigner son mari, qu'elle finit par contraindre à engager une infirmière. Politiquement, elle est partagée entre sa sympathie pour les ouvriers et le mépris qu'ils lui inspirent naturellement.

L'Amant de Lady Chatterley est un roman se questionnant sur la nature humaine et dont la dimension sociale est très forte. L'industrialisation puis la guerre ont redistribué les cartes. L'aristocratie est sur le déclin, il n'est plus possible d'endiguer la montée du capitalisme.
Même l'intrigue amoureuse ne peut être détachée du contexte historique dans lequel Lawrence ancre son roman. Au contraire, ces deux sujets se répondent dans un habile effet de miroir. On voit la lutte des classes aussi bien dans les descriptions du paysage anglais, modifié par l'industrialisation et la fin des grandes lignées que dans la relation entre Constance et Mellors. Si une liaison avec un homme du monde est acceptable, avec un homme du peuple c'est inevisageable.
La question des rapports entre les sexes est également omniprésente. Du côté des hommes, on est complètement misogyne. Les aristocrates apprécient d'étaler leur libéralisme en matière de moeurs uniquement lorsqu'il s'agit de parler d'hommes désirant avoir plusieurs partenaires. Pour les femmes, elles doivent se montrer discrètes ou subir le courroux d'une société demeurant très puritaine à leur égard. Mellors lui-même est l'auteur de répliques parfaitement odieuses. Lawrence crée chez ses personnages féminins une intelligence et une malice que ces personnages masculins ne soupçonnent pas un instant.

Pour être tout à fait honnête, la fin me semble peu crédible et je me suis dit que D.H. Lawrence ne devait pas être particulièrement doué pour les galipettes tant il considère le sexe masculin comme le centre du plaisir sexuel. L'Amant de Lady Chatterley est néanmoins un roman bien plus intéressant que ce que sa simple réputation sulfureuse laisse imaginer.

Folio. 542 pages.
Traduit par F. Roger-Cornaz.
1931 pour l'édition originale.

Source: Externe


17 janvier 2022

Une histoire érotique de la psychanalyse - Sarah Chiche

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"Le drame que nous expérimentons tous, en amour, c'est de ne jamais pouvoir faire totalement un avec l'objet de notre amour. Il y a toujours malentendu et ratage, pour la simple et bonne raison que dans le face à face amoureux, nous sommes deux personnes qui parlent et nous ne parlons jamais exactement de la même chose avec les mêmes mots - même quand nous croyons le faire."

Avec de courts chapitres, Sarah Chiche nous raconte l'histoire de la psychanalyse, discipline dont la réputation a été très variable au fil du temps. Son fil conducteur est l'amour, puisque la sexualité est au coeur de la psychanalyse.

Si vous êtes très frileux en ce qui concerne la psychanalyse, mais curieux tout de même de la connaître davantage, alors ce livre est fait pour vous. Sarah Chiche a beau être elle-même psychanalyste, elle ne fait aucunement de son livre un plaidoyer pour la réhabilitation de sa discipline. Mieux encore, si elle dénonce certains des faux procès fait à la méthode et casse certaines idées générales préconçues, elle n'hésite pas non plus à remettre en cause très sévèrement certaines des ses dérives et erreurs : le sexisme de ses théoriciens, les rapports sexuels ou amoureux entre analystes et analysantes, les errements de Freud, la position de la psychanalyse sur l'homosexualité et le genre...

"ça n'est jamais pour lui-même qu'un patient tombe sous le charme de son analyste, mais bien parce que l'analyste l'aide soudainement à se sentir aimable."

A travers ce livre, nous croisons les milieux où les psychanalystes ont évolué, depuis la fin du XIXe siècle à Vienne, jusqu'en en France, en Angleterre ou aux Etats-Unis dans les années 1970. On croise les maîtres, Freud, Jung et Lacan, mais aussi Lou Andreas-Salomé, Melanie Klein ou Anna Freud. On voit la psychanalyse, d'abord issue des sciences dures, glisser vers les arts. Anaïs Nin, le Cercle de Bloosmbury, Marguerite Duras, Dora Maar, Hollywood et bien d'autres cercles seront approchés d'une façon ou une autre par elle.

Je ne suis pas davantage convaincue par la psychanalyse qu'en ouvrant ce livre, mais je rejoins Sarah Chiche sur un point. Malgré la révolution sexuelle, malgré toutes les connaissances que nous avons à notre portée, l'être humain rencontre toujours autant de difficultés dans ses relations à autrui et rien n'empêchera jamais les traumatismes profonds.
Par ailleurs, ce livre fourmille d'exemples de livres ou de films que j'ai désormais envie de découvrir ou de revoir.

Payot. 339 pages.
2018 pour l'édition originale.

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13 janvier 2022

Henry et June, les carnets secrets - Anaïs Nin

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"Devant une lettre ou devant mon journal, j'ai le désir d'être honnête, mais peut-être qu'au bout du compte je suis la plus grande menteuse de tous, plus que June, plus qu'Albertine, à cause de cette apparence de sincérité."

Premier tome du journal qu’Anaïs Nin a tenu toute sa vie, nous y découvrons la vie de cette autrice à la réputation sulfureuse au début des années 1930. Mariée à Hugh Guiler, un homme gentil mais terne, elle croise la route d’Henry Miller et de sa femme. C’est aussi à cette époque qu’elle débute la psychanalyse et étudie sa vie, son travail d’écrivaine et surtout sa sexualité à travers ce prisme.

Je me demande ce que Beauvoir et Barthes auraient pensé d’Anaïs Nin. La première aurait sans doute étudié son cas dans le deuxième tome du Deuxième Sexe et Barthes aurait peut-être préféré Anaïs Nin à Werther pour son langage amoureux. Tout ce journal, dont on devine aisément (à la fois dans la manière dont il est rédigé et dans les réflexions de l'autrice) qu'il mêle réalité et fiction, met en scène une femme obsédée par son rapport aux hommes.
N'imaginez pas pour autant qu'Anaïs Nin n'est qu'une écervelée superficielle ou une femme qui cherche à provoquer son lecteur par des propos très crus. Elle est au contraire très consciente des questions que soulève son comportement. Ce livre est avant tout le journal d'une femme qui se cherche, qui essaie de définir sa façon d'aimer et de désirer.

Assaillie en permanence par des flots de pensées, elle tente d'en démêler les fils. Elle est fascinée par Dostoïevski, autre grand amateur de psychologie, et c'est ce qui la pousse vers des êtres comme Henry Miller et June. Avec le premier, elle vit une histoire d'amour passionnée (elle a aussi d'autres amants et lui ne cesse pas de fréquenter les prostituées) et la découverte de son tempérament maniaque et de son caractère attentionné envers elle la perturbent. Elle n'envisage la passion que dans les tourbillons. Cette liaison l'amène aussi à s'interroger sur le plaisir sexuel féminin, une thématique peu abordée dans les années 1930.

"En ce moment, je déteste Henry - profondément. Je déteste les hommes qui ont peur de la force des femmes. Sans doute June aimait-elle cette force, ce pouvoir destructeur. Car June est destruction."

June aussi est l'objet d'une passion de la part d'Anaïs. C'est à la fois son reflet et son pendant torturé.

"Elle ne vit que des reflets d'elle-même dans les yeux des autres. Elle n'ose pas être elle-même. Il n'y a pas de June Mansfield. Elle le sait. Plus elle est aimée, plus elle le sait."

Cette double relation fait prendre conscience à l'autrice des rapports de domination qui existent entre les sexes. Elle sait qu'elle aime les hommes parce qu'ils veulent la dominer, mais elle ne peut s'en empêcher.

En tant qu'écrivaine, Anaïs parle beaucoup de son travail. Elle admire Miller, qui surpasse Joyce selon elle. De son côté, c'est surtout sa façon de dire l'intime qui la passionne. Elle écrit secrètement, mais partage aussi des lettres de ses amants, fait lire son journal à ces derniers et à son psychanalyste (qui rejoindra la liste de ses conquêtes après avoir conclu à sa frigidité partielle...). Malgré tout, elle a conscience des limites de toute entreprise de dire la vérité. Parce qu'on ne se connaît jamais entièrement (on ne le veut pas), et parce qu'on n'est jamais qu'une partie de nous-mêmes avec les autres.

"L'autre soir, nous avons évoqué le piège de la littérature, qui élimine tout ce qui n'est pas essentiel, pour nous donner une sorte de concentré de vie. Je me suis écriée, presque indignée : "C'est une tromperie et c'est à l'origine de bien des déceptions. On lit des livres et on s'attend à ce que la vie soit tout aussi pleine d'intérêt et d'intensité. Et, naturellement, elle ne l'est pas." "

C'est puissant, c'est juste et c'est beau. Un indispensable.

Stock. 329 pages.
Traduit par Béatrice Commengé.
1986.

 

26 avril 2020

Portnoy et son complexe - Philip Roth

rothAlexander Portnoy, trente-trois ans, est un brillant conseiller à la mairie de New York. Faisant des allées et venues entre le temps présent et sa jeunesse auprès de ses parents, des Juifs installés dans le New Jersey, il confie au Docteur Spielvogel ses réflexions sur sa famille, sa sexualité et sa religion.

Après mes lectures de John Steinbeck et de Jack London, j'avais envie de rire un peu. Mon visionnage de la série Unorthodox sur Netflix m'a aussi donné envie de lire des livres dans lesquels il est question du judaïsme (le cerveau fait parfois de curieux liens). N'ayant aucun livre d'Isaac Bashevish Singer sous la main, je me suis penchée sur le livre qui est probablement le plus célèbre de Philip Roth (qui aurait détesté mon raisonnement si j'en crois ce que j'ai lu à son sujet).

Portnoy et son complexe peut désarçonner à plus d'un titre. Par son style tout d'abord. Il s'agit d'un monologue faussement décousu, avec moults changements d'époque et de ton. C'est un livre à lire d'une traite ou presque, pour ne pas prendre le risque d'en perdre le fil et/ou la saveur.

Ensuite, je ne m'attendais pas à rire autant et encore moins à rire aussi franchement. Il s'agit d'un classique de la littérature américaine et il faut bien admettre que l'on ne se bidonne que très rarement en lisant les classiques, en tout cas ceux que j'ai l'habitude de lire. L'humour y est cinglant, froid, occasionnellement amical, mais je n'ai jamais recraché mon thé par les narines en lisant Austen ou Dostoïevski. Les scènes entre le narrateur et sa mère sont souvent hilarantes. Alexander Portnoy est un mauvais fils. Il ne croit pas en Dieu, refuse de se marier, mange des hamburgers et des frites à l'extérieur et court après les filles.

" Oh, Amérique ! Amérique ! Peut-être représentait-elle des rues pavées d'or pour mes grands-parents, peut-être représentait-elle le poulet rôti dans chaque foyer pour mon père et ma mère, mais pour moi, un enfant dont les plus lointains souvenirs de cinéma sont ceux d'Ann Rutherford et Alice Faye, l'Amérique est une Shikse, pelotonnée au creux de votre bras et murmurant, « Amour, amour, amour, amour, amour ! » "

Les anecdotes relatant les expériences sexuelles d'Alexander Portnoy sont tout aussi drôles. J'ai presque honte de l'avouer, mais j'ai pensé aux comédies qui faisaient fureur lorsque j'étais adolescente (American Pie, Mary à tout prix...) en lisant les exploits du jeune Alex.

" Et voilà. Maintenant vous connaissez la pire action que j'aie jamais commise. J'ai baisé le dîner de ma propre famille. "

Pourtant, malgré tous ses efforts, le héros de Philip Roth (qui ressemble au moins partiellement à l'auteur en personne) rend un hommage touchant à ses parents et à son héritage.

" Si vaste que fût ma confusion, si profond que semble m'apparaître rétrospectivement mon tourment intérieur, je ne me souviens pas avoir été de ces gosses qui passaient leur temps à souhaiter vivre sous un autre toit, avec d'autres gens, quelles qu'aient pu être mes aspirations inconscientes en ce sens. Après tout, où pourrais-je trouver ailleurs un public comme ces deux-là pour mes  imitations ? Je les faisais tordre en général au cours des repas — une fois, ma mère a effectivement mouillé sa culotte, Docteur, et prise d'un fou rire hystérique elle a dû courir à la salle de bains sous l'effet de mon pastiche de Mister Kitzel dans le « Jack Benny Show ». Quoi d'autre ? Des promenades, des promenades avec mon père dans Weequahic Park le dimanche, que je n'ai pas encore oubliées. Voyez-vous, je ne peux pas aller faire un tour à la campagne et trouver un gland par terre sans penser à lui et à ces promenades. Et ce n'est pas rien, près de trente ans après. "

Lors d'un voyage final en Israël, il réalise à quel point il est, bien malgré lui, marqué par sa culture.

Un livre provocant, hilarant et tendre à la fois. Ce n'est pas donné à tout le monde de réussir un tel cocktail.

Folio. 373 pages.
Traduit par Henri Robillot.
1969.

25 avril 2018

Mémoire de fille - Annie Ernaux

ernauxJe n'en parle pas beaucoup ici, mais depuis ma lecture de Regarde les lumières mon amour, Annie Ernaux est devenue l'un des auteurs que je lis le plus.

Dans Mémoire de fille, elle convoque la jeune fille de dix-huit ans qu'elle était en 1958, alors que la Guerre d'Algérie n'est encore connue que sous le nom "d'événements".
Annie Duchesne, cloîtrée dans des institutions scolaires religieuses et surveillée étroitement par ses parents, se rend dans un centre où elle a été engagée comme monitrice d'une colonie de vacances durant l'été. Là-bas, elle va connaître ses premières expériences sexuelles et rencontrer son premier amour.

Annie Ernaux s'est toujours mise en scène dans ses livres, non par besoin de se montrer, mais afin de créer des romans universels. Certaines de ses thématiques sont douloureuses et d'autres honteuses, ce qui est le cas ici.

Avant même les premières lignes du roman, dès la citation de Poussière de Rosamond Lehmann, relatant l'embarras ressenti par l'héroïne d'avoir exposé ses sentiments, Annie Ernaux annonce la couleur. Elle n'est pas fière de la jeune fille de 1958, et elle n'admet leur lien de parenté que difficilement. Le portrait que l'auteur brosse d'elle-même est tout sauf flatteur : on découvre une jeune fille immature, inexpérimentée et transparente, fascinée par les icônes de ces années-là, qui n'a aucune conscience que tous se moquent d'elle et en abusent.

Outre la gêne que ressent l'auteur vis-à-vis de celle qu'elle était il y a un demi-siècle, elle explique qu'elle n'est évidemment plus la même, et qu'il lui est très difficile de reconstituer la personne qu'elle était alors, de deviner ses ressentis, sans être polluée par des expériences ultérieures. Annie Ernaux mène une véritable réflexion sur l'écriture autobiographique, soulevant des questions que je n'avais jamais lues aussi clairement dans un récit autobiographique.

Plus je fixe la fille de la photo, plus il me semble que c’est elle qui me regarde. Est-ce qu’elle est moi, cette fille ? Suis-je elle ? Pour que je sois elle, il faudrait que
je sois capable de résoudre un problème de physique et une équation du second degré
je lise le roman complet inséré dans les pages des Bonnes soirées toutes les semaines
je rêve d’aller enfin en "sur-pat"
je sois pour le maintien de l’Algérie française
je sente les yeux gris de ma mère me suivre partout
je n’aie lu ni Beauvoir ni Proust ni Virginia Woolf ni etc.
je m’appelle Annie Duchesne.

L'entreprise d'Annie Ernaux est une réussite absolue. Elle décortique les faits, les gestes et les émotions du premier amour (premier gros béguin) avec un réalisme saisissant. Elle analyse avec brio ce que même l'^tere le lus indifférent permet à celle qui l'aime de découvrir sur elle-même, même des mois plus tard.

Paradoxalement, si j'ai admiré le talent de l'auteur, ce livre ne sera pas mon préféré d'elle. En effet, l'Annie Duchesne que l'on découvre n'est pas très attachante (ni même intéressante). Ce n'est pas de sa faute, elle ressemble à la plupart des adolescentes de son âge. Mais, la vieille peau que je suis (en fait, pas tellement, mais l'adolescence commence à remonter pas mal) a largement dépassé le stade de ces tergiversations typiques des premières amours. C'est un pari osé de créer sciemment une héroïne si peu intéressante afin de respecter son engagement initial, mais Ernaux s'y tient sans complexe.

Outre la reconstitution de la jeune fille du titre, on retrouve les thématiques qui hantent l'oeuvre d'Annie Ernaux : la réussite scolaire, toujours couplée à la honte du milieu d'origine, les relations compliquées avec les parents, et la place de la femme. J'ai presque cinquante ans de moins que l'auteur, mais ce qu'elle raconte de sa jeunesse est universel. Même, malheureusement, pour les filles pour le coup nettement plus jeunes que moi, certaines réflexions  qu'Annie Duchesne a entendues dix ans avant Mai 68, sont toujours d'actualité. 

Un roman sur un autre maillon de la vie d'Annie Ernaux et ses conséquences, et peut-être celui où elle se montre le moins sûre de son entreprise, à la fois obsédée et terrifiée par la réalité de ce qu'elle retranscrit.

"Il me semble que j'ai désincarcéré la fille de 58, cassé le sortilège qui la retenait prisonnière depuis plus de cinquante ans dans cette vieille bâtisse majestueuse longée par l'Orne, pleine d'enfants qui chantaient C'est nous la bande des enfants de l'été.
Je peux dire : elle est moi et je suis elle."

Les avis de Sylire et de Lou.

Je remercie les éditions Folio pour cette lecture.

Folio. 164 pages.
2016 pour l'édition originale.

 

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21 juillet 2017

Le choeur des femmes - Martin Winckler

product_9782072722677_195x320Jean [Djinn] Atwood est un prodige de la médecine. Lorsqu'on est major de sa promotion, que les représentants des groupes pharmaceutiques nous courtisent et que la chirurgie gynécologique nous tend les bras, difficile de se sentir concerné par les "histoires de bonnes femmes". Pour valider son internat, le docteur Atwood va cependant devoir effectuer un stage de six mois avec le docteur Karma. Un cauchemar, car ce médecin pratique son métier de façon peu conventionnelle.

C'est un énorme malentendu qui m'a conduite vers ce livre. J'avais le souvenir que la regrettée Erzébeth avait adoré cette lecture. En retournant voir son billet après avoir acheté ce roman, j'ai eu la surprise de lire qu'elle l'avait en fait détesté.
Que les choses soient claires, c'est mauvais. C'est même très mauvais. Et surtout, c'est de pire en pire. Mais, il y a certains passages intéressants.
Pour ceux qui ne connaissent pas Martin Winckler, il s'agit d'un (ancien) médecin qui, via son site internet, lutte contre les idées fausses concernant la sexualité, la contraception, le désir d'enfant... Il dénonce également l'attitude d'une grande partie du corps médical, qui se montre infantilisant vis-à-vis des patients. J'ai beau ne pas avoir une grande expérience du corps médical, j'ai quand même été confrontée à des médecins pas toujours ouverts à certaines demandes et à de l'agacement quand je posais trop de questions à leur goût. Et si j'en crois les demandes de noms "bons" médecins dans mon entourage, mon cas est loin d'être isolé. Attention, je connais des médecins dévoués, patients et bienveillants. Je suis aussi persuadée que l'on agit aussi souvent par mimétisme, comme le faisait telle ou telle personne, sans forcément réaliser que ce n'est pas l'idéal. Mais il est aussi normal qu'on dise que ces comportements sont inadaptés voire destructeurs. J'ai apprécié de lire que la médecine n'avait pas réponse à tout, et que les patientes remettant en cause certaines vérités (comme la pilule efficace à 100% si elle est prise correctement) ne sont pas forcément des menteuses. A travers le personnage du docteur Karma, Martin Winckler rappelle également que le rôle du médecin n'est pas de juger ses patientes, et encore moins de les punir.
Nombre des patientes que les deux médecins reçoivent, mais aussi celles qui leur écrivent, ont droit à la parole dans ce livre, et l'effet choral est en effet plutôt bien réussi. On sent toute la frustration, la colère, la douleur des ces femmes qui ne sont pas toujours bien traitées, que ce soit chez elles ou en dehors.

Cependant, si l'aspect documentaire et les idées de départ sont plutôt louables, Martin Winckler n'est pas du tout convaincant lorsqu'il prend la casquette de romancier. Ses personnages sont extrêmement caricaturaux. Karma n'est même pas attachant, sa bienveillance est tellement poussée à l'extrême qu'elle sonne faux et qu'il en devient insupportable. Le docteur Atwood est encore pire en passant d'interne butée et formatée à médecin encore plus fabuleux que Karma... Inutile de chercher des nuances chez les personnages secondaires, il n'y en a pas non plus.
Si la lecture est fluide, il y a beaucoup de redites, de passages inutiles et mal écrits (les chansons/poèmes en particulier).
Impossible également de ne pas évoquer les énormes ficelles. Les rebondissements de la fin sont ridicules, et Winckler n'hésite pas à en ajouter encore et encore pour nous caser toutes les thématiques possibles : secrets de famille, perversion, transsexualité, gros complexe d'Oedipe, mutilations, euthanasie...  le tout enrobé d'une dose supplémentaire de bons sentiments ! Difficile de desservir davantage ces questions complexes et donc de mieux rater son roman. Quant à la façon dont l'auteur boucle la boucle... je préfère ne pas en parler.

Une lecture catastrophique pour commencer le challenge Pavé de l'été de Brize.

L'avis d'Erzébeth. Yue Yin a été enchantée.

Folio. 682 pages.
2009 pour l'édition originale.

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