26 janvier 2023

Washington Square - Henry James

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" C'était trop grave ; toute ma vie en a été bouleversée. "

Médecin réputé, Austin Sloper n'a cependant pas pu empêcher le décès de son fils ni la perte de sa brillante épouse, dont la mort en couches l'a laissé seul avec une fille médiocre, Catherine. En grandissant, cette dernière confirme sa faiblesse d'esprit et de caractère. Lorsque Morris Townsend, un jeune homme ayant dilapidé son peu de fortune, commence à courtiser la jeune fille, cette dernière tombe sous son charme, encouragée par sa tante. Le Docteur Sloper ne partage pas l'opinion des deux femmes et est bien décidé à empêcher le mariage, quitte à léser cruellement Catherine. 

Voilà un roman que j'ai dévoré avec une avidité rare, profitant de chaque minute disponible pour le retrouver. Henry James s'y montre d'une ironie qui rappelle une certaine Jane Austen, même si l'héroïne ne bénéficie pas de la présence opportune d'un prétendant mieux ajusté. C'est donc le cynisme habituel de James qui l'emporte, pour mon plus grand plaisir, je dois le reconnaître, tant la psychologie des personnages est finement exposée.

On pourrait craindre, en lisant la trop bavarde quatrième de couverture, qu'il ne s'agit que d'un conte cruel, mais aussi mince que soit l'intrigue a priori, Henry James nous offre une étude de ses quatre personnages principaux si complexe qu'il est bien difficile de déterminer avec certitude qui sont les gagnants et les perdants, les malins et les imbéciles dans ce livre. Plus qu'une histoire d'amour ratée entre un probable coureur de dot et une jeune fille naïve, Washington square est aussi le portrait d'un homme, obtus et égoïste (sûrement en partie inspiré par le frère de l'auteur), d'une veuve idéaliste espérant pimenter sa terne existence et d'une jeune fille prématurément jugée par tous les autres. Trop occupés par leur propre existence, les trois individus pressant Catherine de se soumettre à leur volonté ne réalisent à aucun moment ce qui se joue réellement devant leurs yeux.

Comme toujours chez James, la fin est aussi frustrante que savoureuse.

Une merveille.

10/18. 283 pages.
Traduit par Claude Bonnafont.
1880 pour l'édition originale.


11 janvier 2023

Le Rêve d'un homme ridicule - Fiodor Dostoïevski

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J'ai fini et commencé l'année avec deux très brefs textes russes. Le second est le dernier Dostoïevski qui s'ennuyait dans ma PAL russe.* Le Rêve d'un homme ridicule est l'histoire d'un individu désespéré ayant décidé de se supprimer d'un coup de révolver. Cependant, alors qu'il rentre chez lui le jour choisi pour accomplir son acte, il se heurte à une petite fille qui le supplie de l'aider. 

Il y a (selon moi) chez Dostoïevski du très bon comme du très médiocre, et malheureusement ce très court texte appartient plutôt à la seconde catégorie. C'est un conte de Noël à la Dickens sans l'émerveillement enfantin de ce dernier et avec les tourments existentiels d'un Tolstoï en fin de vie. Tout ce que j'aime (non).

Dostoïevski étant tout sauf un écrivaillon, ce texte n'est pas complètement raté. Ca avait même plutôt bien commencé avec des réflexions passionnantes sur le suicide (je vous assure). Le narrateur entre dans une colère noire lorsqu'il s'aperçoit que, bien qu'ayant décidé de se supprimer, tout ne lui est pas indifférent. Il s'interroge sur la relativité de la culpabilité et sur l'existence des autres par rapport à soi-même, de quoi alimenter bien des conversations.

L'auteur m'a cependant complètement perdue dans la deuxième partie du livre, à savoir le fameux rêve, où le héros a une révélation mystique qui lui donne la force de vivre ainsi qu'une mission. Même les quelques allusions à la passion du personnage pour la douleur (on est chez Dostoïevski après tout) et au caractère meurtrier des religions en général n'ont rien pu faire pour moi.

Espérons que ma prochaine rencontre avec l'auteur soit plus concluante...

*(il y en a bien un autre dans le volume de la Pléïade des Frères Karamazov, mais il est à mon conjoint donc ça ne compte pas).

Babel. 58 pages.
Traduit par André Markowicz.
1877 pour l'édition originale.

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28 décembre 2022

Le Berger de l'Avent - Gunnar Gunnarsson

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 " Si l’homme a un rôle à tenir, un seul peut-être, c'est de tenter de trouver un sens à ce qui n’en à pas, de refuser de jeter le gant, de combattre son destin, et même la mort jusqu'à ce qu'elle le pénètre et l’atteigne au cœur, définitivement. "

Pour la vingt-septième fois, Benedikt part le premier dimanche de l’Avent chercher les moutons égarés dans les pâturages hostiles des terres intérieures de l’Islande, accompagné de son fidèle chien et de son courageux bélier.

La session mensuelle des Classiques c'est fantastique nous embarquait au Grand Nord, l’occasion rêvée de sortir ce texte on ne peut plus de saison recommandé il y a quelques années par Dominique et Marilyne.
Malgré le faible nombre de pages et le caractère pudique de Benedikt, les mots de l’auteur soulèvent assez le voile de mystère qui entoure le personnage pour le rendre aussi émouvant que bien des héros de plusieurs centaines de pages.
Pourquoi cette détermination ? Pourquoi cette fuite ? A moins qu’au contraire, Benedikt rende visite à ses rêves enfouis :

" Était-ce à cause d’eux qu’il revenait ici chaque hiver ? Pour voir s’ils s’étaient dissous, si la terre les avait absorbés ? "

Impossible de ne pas penser à Stefánsson, auteur de la postface, en découvrant ce texte tant il est évident que Le Berger de l’Avent lui a servi d’inspiration. Le facteur que nous croisons très brièvement ici pourrait aisément avoir été repris pour La Tristesse des anges. La beauté de l’écriture, ainsi que les réflexions sur la condition humaine et ses rapports avec la nature, ont aussi certainement inspiré Stefánsson.

Une pépite qui a pour seul défaut de nous mettre l’eau à la bouche alors que les autres textes de Gunnarsson sont introuvables...

Zulma. 96 pages.
Traduit par Gérard Lemarquis et María S. Gunnarsdóttir.
1936 pour l'édition originale.

Source: Externe

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12 octobre 2022

Le Maire de Casterbridge - Thomas Hardy

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Alors qu'il est ivre et amer, Michel Henchard "vend" sa femme et sa fille à un marin de passage lors d'une foire. Le lendemain, affolé par son geste, il tente de les retrouver. Ses recherches resteront vaines. Il fait alors le serment de ne plus boire une goutte d'alcool pendant vingt ans, soit l'âge qu'il a au moment de sa faute. Alors que ce délai est presque écoulé et qu'il est devenu marchand de blé et maire de la respectable ville de Casterbridge, les deux disparues refont surface.

Quel enchantement que de retrouver la plume de Thomas Hardy en cette période de l'année ! Il saisit comme peu d'autres l'atmosphère et les paysages de l'Angleterre rurale du XIXe siècle. A Casterbridge, on voit défiler fermiers et marchands de blé, travailleurs et bourgeois. La spéculation qui va bon train et les aléas de la météo peuvent faire monter un homme tout en haut de l'échelle sociale ou le rejeter dans les quartiers les plus tristes de la ville.

La menace est d'autant plus grande que la morale n'est jamais loin chez Hardy. Gare à ceux qui fautent ! Contrairement à d'autres romans de l'auteur, nous n'avons pas ici de personnage particulièrement attachant. Henchard est aussi prompt à se repentir de ses erreurs qu'à céder à l'impulsion du moment. Jalousie, cruauté et vanité rodent en permanence autour de cet homme terrifié par la solitude qui s'arrange pour éloigner tous ceux qui tentent de l'aimer. Ferfrae, son protégé puis rival, est plus appréciable, mais il n'a pas l'envergure d'autres fermiers de l'auteur.
De même, les personnages féminins sont soit trop effacés soit au contraire trop égoïstes pour susciter une véritable empathie. Ils n'en sont pas moins des objets d'étude fascinants. Elizabeth-Jane et sa mère sont effacées et naïves. Cela ne permet ni de retenir l'attention d'un homme ni d'échapper aux comportements que la très stricte société victorienne abhorre et punit avec la plus grande sévérité. Quant à Lucetta, pauvre jeune fille déshonnorée que la fortune a rendue indépendante et ambitieuse, elle provoque l'agacement du lecteur (provoqué par l'auteur) tout en incarnant pour le lecteur contemporain un exemple de personnage tentant de forcer le destin (ce qui n'est jamais une bonne idée quand on est une création de Thomas Hardy).

Ce livre n'a pas la beauté des Forestiers, incontestablement mon roman préféré de Thomas Hardy jusqu'à présent, mais cela ne l'empêche pas d'être un texte à découvrir absolument.

Archipoche. 448 pages.
Traduit par Philippe Neel.
1886 pour l'édition originale.

12 juillet 2022

Le Pays du Dauphin vert - Elizabeth Goudge

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« Trente-six ans ! s'écria l'hôtesse. Mais Madame, c’est sur un bateau à voiles que vous avez dû partir. »

William, Marianne et Marguerite grandissent ensemble dans les Îles Anglo-Normandes. Si les deux sœurs Le Patourel sont amoureuses de William, lui n’a d’yeux que pour la solaire Marguerite. Marianne est trop sûre d’elle, trop intelligente (et pas assez belle) pour trouver un mari.
Lorsque des années plus tard, William envoie une lettre depuis la Nouvelle-Zélande, c’est pourtant pour demander la main de l’aînée des sœurs. Un lapsus stupide, qui condamne le trio à une existence qui n’était pas celle qui était prévue.

Peut-on vivre sans trahir l’enfant qu’on était ?
Il y a dans ce roman mettant en scène des personnages plus complexes qu’attachants une magie permanente qui est celle de nos premières années. Aucun de nos héros n’est jamais parvenu à oublier le baiser sur la plage, l’escapade sur le « Dauphin Vert » en compagnie du Capitaine O’Hara et de son fidèle Nat, pas plus qu’il n’est possible de se débarrasser d’Old Nick, le grossier perroquet.

Au milieu des obstacles, nombreux, qui empoisonnent le mariage de William et Marianne, Elizabeth Goudge nous embarque dans de vraies aventures à travers les mers et les terres hostiles, à grands coups de descriptions enchanteresses (même si la vision est très colonialiste parfois).

Marianne n’est pas une femme naturellement attachante. Ambitieuse, orgueilleuse, jalouse, elle est impitoyable avec tous, obligeant son entourage à céder perpétuellement à ses exigences. Mais il y a souvent deux façon de voir les choses, et c’est sa détermination qui ouvre des perspectives après chaque échec. Avec une malicieuse pirouette, l’autrice nous rappelle également que si Marianne n’était pas l’âme sœur de William, l’inverse est aussi vrai. Même s’il ne l’envisage pas une minute, la certitude de Marianne qu’elle n’a pas pu épouser le mauvais homme épargne à son époux une belle déconvenue. L’amour, surtout quand il dure toute une vie, ne peut pas se contenter d'être un doux rêve naïf.

Une fresque passionnante qui devrait conquérir tous les amoureux de la littérature anglaise.

Libretto. 792 pages.
Traduit par Maxime Ouvrard.
1944 pour l'édition originale.

Deuxième participation au Challenge Pavé de l'été de Brize !

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25 juin 2022

Les Forestiers - Thomas Hardy

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" Bien sûr, l’instruction vaut mieux que des terres et des maisons ! Mais laisser une fille à l’école jusqu’à ce qu’elle soit plus grande sans chaussures que sa mère en galoches, ça c’est tenter Dieu. "

Lorsqu'elle revient chez son père après avoir bénéficié d'une éducation solide, Grace Melbury retrouve son ancien prétendant, Giles Winterborne. Bien que ce dernier soit socialement inférieur à sa fille, Mr Melbury, pour réparer un affront fait au père de Giles, espère l'union des deux jeunes gens. La présence d'un nouveau médecin et de la châtelaine du lieu vont bouleverser ce projet.

Cette troisième lecture de Thomas Hardy, qui m'a rappelé Le Moulin sur la Floss de George Eliot, est un énorme coup de cœur !

Avec une plume magnifique, l'auteur nous emporte dans une histoire qui met en scène des jeunes gens se débattant avec leurs envies contradictoires, leurs impulsions et leurs rêves de bonheur sentimental. Les personnages, même secondaires, sont dépeints dans toute leur complexité. Ils vivent dans un monde qui évolue, pour le meilleur et pour le pire.

Les avancées ne simplifient pas toujours les choses. Elles n'abolissent pas non plus les rapports de domination, et nos héros vont l'apprendre à leurs dépens. Ainsi, si le savoir peut être libérateur, l'indépendance d'esprit dont jouit Grace grâce à son éducation ne lui garantit pas le bonheur. Elle l'embrouille, la rend orgueilleuse, tout en ne lui permettant pas pour autant d'être sûre d'elle. Les femmes sont peu de choses dans la très sévère société victorienne, et rien n'excuse les écarts de comportements qu'on se contente de condamner chez un homme.

Thomas Hardy est un amoureux de la nature et l'exprime merveilleusement dans ce livre. Ses descriptions nous plongent dans des tableaux magnifiques. Il nous livre une vision idéaliste des populations rurales, fidèles et pleines d'abnégation, même lorsqu'elles sont frappées par la tragédie. L'amour n'est pas souvent réciproque, les choix irréversibles sont les plus amèrement regrettés, et la misère est tapie dans l'ombre, attendant son heure.

" Tandis que les gens ordinaires n’avaient que de vagues aperçus rapides de ce monde merveilleux de sève et de feuillage qu’on appelle les bois de Hintock, Giles et Marty, eux, en avaient une vision constante et claire. Ils étaient pénétrés de leurs mystères les plus subtils. Ils en déchiffraient le langage, incompréhensible pour d’autres. Les aspects et les sons de la nuit, de l’hiver et du vent, qui à Grace semblaient lugubres, voire surnaturels parmi ces branches impénétrables, leur étaient familiers, et ils en connaissaient la source, la durée et le rythme. Ensemble ils avaient planté, ensemble ils avaient abattu. Ensemble, au cours des années, ils avaient rapproché tous ces signes et ces symboles qui restent lettre morte lorsqu’on les voit séparément, et qui, réunis, prennent un sens très clair. Dans l’obscurité, aux rameaux qui les cinglaient au passage, ils reconnaissaient les arbres qui les entouraient. Quand le vent chantait dans les branches, ils savaient de très loin en identifier l’essence. Un simple regard jeté sur un tronc leur révélait si le cœur était sain ou s’il commençait à se tacher, et à l’aspect des hautes ramures ils savaient la profondeur qu’atteignaient les racines. Ils voyaient les métamorphoses des saisons en prestidigitateurs et non en spectateurs. "

Un magnifique roman mêlant la complexité de la nature humaine, les caprices du hasard et les injustices d'une société qui enferme les individus.

Libretto. 403 pages.
Traduit par Antoinette Six.
1887 pour l'édition originale.

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18 juin 2022

Que les étoiles contemplent mes larmes : Journal d'affliction - Mary Shelley

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Le 8 juillet 1822, Percy Shelley se noie en mer. Ce drame est pour son épouse la suite d'une série de pertes terribles, puisqu'elle a déjà enterré trois de ses quatre enfants. Le journal qu'elle débute trois mois plus tard et qu'elle tiendra jusqu'en 1844, retrace son deuil.

"Peut-être le rayon de lune se trouvera-t-il réuni à son astre et cessera-t-il d'errer, tel un mélancolique reflet de tout ce qu'il chérissait, à la surface de la Terre."

Il est terrible de constater à quel point les femmes les plus brillantes se sont parfois condamnées elles-mêmes à vivre dans l'ombre d'un homme vénéré. A la lecture de ce journal, on pourrait penser qu'il est tenu par une veuve ayant simplement oeuvré pour conserver et transmettre l'oeuvre de son incroyable époux. Loin de moi l'envie de débattre des mérites de Percy Shelley dont je ne connais rien, mais je pense que Mary Shelley mérite d'être saluée avant tout pour sa propre carrière littéraire. Or, ce journal ne comprend presque aucune référence au travail d'écriture de son autrice qui a tout de même écrit la majeure partie de son oeuvre après la mort de Percy Shelley. Quand il y en a, c'est souvent pour se déprécier. C'est bien malgré elle que Mary laisse transparaître son intelligence, sa soif d'apprendre, dont elle s'excuse presque et dans laquelle elle voit la main de la Destinée.

"Poursuivre mes efforts littéraires, cultiver mon entendement et élargir le champ de mes idées, voilà les seules occupations qui me soustraient à ma léthargie."

Il faut dire que la situation de la jeune femme, déjà précaire du temps de son mariage, se fragilise. Soumise au bon vouloir d'un beau-père n'ayant jamais accepté le mariage de Percy Shelley et de sa maîtresse, elle se voit parfois retirer la pension, vitale pour elle et son fils, qu'il lui verse. Les quelques amis qu'elle a encore l'abandonnent pour d'autres causes (Byron part en Grèce où il mourra), la volent ou mènent une campagne de diffamation à son égard dont elle ne prendra conscience que des années plus tard.

"J'en viens à soupçonner d'être la créature de marbre qu'ils voient en moi. Or ce n'est pas vrai. J'ai un penchant inné à l'introspection et cette habitude ne contribue guère à me donner plus d'assurance face à mes juges -car tels m'apparaissent tous ceux qui posent les yeux sur moi."

D'abord en proie à une profonde dépression, Mary va cependant retourner en Angleterre, s'occuper de son fils et mener une vie solitaire éclairée par quelques rencontres. Fantasmant une relation et un mari qui étaient sans doute bien moins idylliques que ce qu'elle écrit, l'icône qu'est devenu Percy Shelley la console bien plus tard lorsqu'elle vit des déceptions. Ainsi, l'homme qui la délaisse par deux fois après lui avoir fait espérer le mariage, n'est de toute façon que peu de choses par rapport à la pureté de l'amour qu'elle a partagé avec Percy.

Pour finir, un mot sur cette superbe édition agrémentée de notes et de notices biographiques indispensables. Du très beau travail.

Finitudes. 261 pages.
Traduit par Constance Lacroix.

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02 juin 2022

Jane Austen, une passion anglaise - Fiona Stafford

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" En réponse à l’attitude dénigrante si commune parmi ses contemporains – « Oh, ce n’est qu’un roman ! » –, le narrateur de Northanger Abbey rétorque que ce n’est « rien d’autre qu’une œuvre dans laquelle se manifestent les plus grandes puissances de l’esprit, dans laquelle la connaissance la plus approfondie de la nature humaine, la description la plus heureuse de sa complexité, les effusions les plus vives de l’esprit et de l’humour sont offertes au monde dans un langage des plus choisis ». "

J'ai lu toute l'oeuvre de Jane Austen il y a longtemps maintenant. J'ai vu et revu les adaptations de ses oeuvres et les biopics qui lui ont été consacrés, j'ai dévoré les biographies de Claire Tomalin et de Carol Shields. Et puis, je dois reconnaître que je l'ai un peu délaissée. S'il m'arrive de relire Persuasion de temps en temps, elle ne fait plus partie des auteurs que je cite parmi mes préférés. C'est le Mois Anglais, qui consacre une journée à l'autrice cette année qui m'a poussée à ouvrir cette biographie gagnée lors d'une précédente édition.

Malheureusement, cette biographie est une déception. Elle est sympathique, mais je la trouve bien superficielle au point de ne plus en garder le moindre souvenir un mois après ma lecture (j'ai pris quelques notes, heureusement).

Les meilleurs moments sont ceux où Fiona Stafford analyse le processus d'écriture des romans. Elle nous dévoile les différentes versions supposées (très peu de manuscrits ont survécu à Jane Austen). Elle compare les oeuvres entre elles de manière à découvrir les inspirations de l'autrice et la façon dont Austen est passée de la jeune fille écrivant avant tout pour faire rire son lectorat, à une écrivaine mature bien plus subtile. Dans ses romans comme dans ses lettres, l'autrice fait défend avec éloquence son art et son intelligence. Elle explore plusieurs types de narration et met beaucoup de son époque dans des intrigues qui semblent à première vue bien minces pour des oeuvres ayant traversé plusieurs siècles.

Cette biographie propose un angle de vue indéniablement intéressant, mais en ouvrant ce livre je m'attendais à des analyses bien plus poussées des oeuvres de l'autrice.

Tallandier. 218 pages.
Traduit par Olivier Lebleu.
2017.

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31 mai 2022

Premier amour - Ivan Tourgueniev

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Lors d'une soirée entre amis, Vladimir Petrovitch lit le récit de sa rencontre avec Zinaïda, la fille d'une princesse ruinée, lorsqu'il avait seize ans. Eblouissante, la jeune fille s'entoure d'une nuée d'admirateurs espérant être son futur époux. Vladimir Petrovitch, fortement épris, ne tarde pas à soupçonner que Zinaïda aime un homme et cherche à l'identifier.

J'ai découvert la littérature russe avec ce livre il y a une quinzaine d'années. Le rebondissement final m'avait suffisamment marquée pour que je veuille le relire afin de déterminer si j'avais été aussi naïve que le narrateur. Je dois admettre que oui, qu'iil suffit d'un peu de cynisme et de résignation à l'égard de la nature humaine pour voir le problème arriver à des kilomètres.

Cette constatation de ma défunte et navrante nature fleur bleue mise à part, la redécouverte de cette nouvelle initiatique a été un enchantement. A ceux qui ont peur des auteurs russes, je conseille la lecture de Tourguniev. Il est moins survolté qu'un Tolstoï, moins perturbé qu'un Dostoïevski, tout en étant passionnant et propriétaire d'une très belle plume.

En peu de pages, nous plongeons dans cette intrigue de campagne et rencontrons la communauté dont est entouré le narrateur : ses riches parents qui ont fait un mariage de raison, leurs nouvelles voisines (Zinaïda et sa très vulgaire mère), ainsi que les vieux célibataires (cosaque, médecin, comte...) essayant d'obtenir les faveurs de la jeune princesse. 

Les rapports entre Vladimir Petrovitch et son père sont également très réussis. L'incompréhension entre les membres d'une famille est un thème cher à Tourgueniev, et même s'il ne s'agit pas de politique comme dans Pères et Fils, l'attitude du père du narrateur envers son fils est déterminante pour la construction de ce dernier.

Je suis bien plus friande de pavés que de nouvelles, mais celle-ci fait partie des exceptions.

Librio. 96 pages.
1860 pour l'édition originale.

Source: Externe

30 mai 2022

Tormento - Benito Pérez Galdós

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Madrid, 1867. Don Francisco Bringas est un fonctionnaire mal payé. Son épouse essaie de tirer le meilleur parti de leurs relations afin de leur assurer un certain train de vie et de protéger l'avenir de leurs enfants. Parmi les serviteurs de la famille se trouve Amparo, une orpheline aussi belle que dévouée, que les Bringas ont promis de ne pas abandonner. Lorsqu'un parti très avantageux pour la jeune fille se présente, la jalousie de Madame Bringas et un ancien secret déshonnorant menaçent l'union projetée.

C'est peu dire que la littérature de langue espagnole n'est pas très présente sur ce blog. Il a fallu qu'Ingannmic et Goran lancent leur Mois Latino-Américain pour que cette catégorie prenne un peu d'ampleur. Je n'avais jamais entendu parler de Benito Pérez Galdós avant que l'éditeur me propose de découvrir ce recueil, mais la comparaison avec Dickens et Balzac a eu raison de ma méfiance.

Ce livre se lit un peu comme une pièce de théâtre, une forme d'autant plus logique qu'elle est utilisée par Benito Pérez Galdós dans certains chapitres. L'auteur dresse un portrait très sarcastique de la société madrilène à la veille de la révolution de 1868, où tout est fondé sur un paraître d'autant plus absurde que tous ses membres se connaissent suffisamment pour que personne ne soit dupe. Galdós affame les enfants, transforme le respectable Bringas en fée d'intérieur, ce qui rend la lecture du roman très drôle. Malgré cela, il nous présente aussi à travers le personnage d'Amparo une société où la moindre faiblesse de jeunesse peut ruiner tout espoir.

Tormento est trop court, et la comédie trop présente, pour que le drame nous emporte comme peuvent le faire les romans des auteurs du XIXe les plus reconnus, mais j'ai hâte de lire le deuxième roman du recueil pour découvrir s'il contient des informations sur le devenir des personnages que j'ai quittés de façon trop abrupte à mon goût. Et j'espère qu'un éditeur prendra la peine de traduire les oeuvres les plus célèbres de Benito Pérez Galdós qui semblent incontournables.

Je remercie les Editions du Cherche Midi pour l'envoi de ce livre.

Le Cherche Midi.
Traduit par Sadi Lakhdari.
2022.

Source: Externe