17 juillet 2021

Féminismes & pop cultures - Jennifer Padjemi

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" Pour la version non académique, je vous dirai que la pop culture, ce sont toutes ces images que nous assimilons au quotidien sans nous en rendre compte. Historiquement, c’était les affiches de propagande, les panneaux publicitaires, la télévision, la musique, aujourd’hui c’est Internet, les réseaux sociaux, les plateformes de vidéo à la demande, le streaming, nos écrans, les affiches dans la rue, dans le métro, chez le médecin. C’est partout, tout le temps. C’est se lever le matin et pleurer la mort d’une célébrité qu’on ne connaît pas. C’est aussi bien la Coupe du monde 98 que l’arrivée de J. Lo aux Grammy Awards vêtue d’une robe verte Versace ; c’est l’investiture de Barack Obama, Bernie Sanders transformé en mème, tout comme le visage de Jean-Marie Le Pen qui s’affiche au second tour de la présidentielle en 2002 ; ce sont les Guignols, c’est Buffy, c’est Carrie Bradshaw ; c’estBlack Panther, c’est le mariage de Meghan Markle et du prince Harry, c’est AOC, Britney Spears ; c’est YouTube, Facebook, Twitter, Instagram, les influenceurs ; ce sont ces vidéos qu’on partage, qu’on regarde, qu’on commente, qui nous font réagir, rire ou nous mettent en rogne. Les magazines. La K-pop, le hip-hop. La NBA. C’est l’installation du féminisme dans la sphère médiatique, ses détracteurs, ses divisions. Bien sûr le capitalisme n’est jamais loin, l’objectif ultime étant d’amasser toujours plus d’argent. Toutes ces perles de culture s’insèrent dans ce que la société a de plus complexe et reflètent ses avancées autant que ses retours de bâton. "

Alors que la culture populaire est souvent méprisée ou du moins considérée comme relevant du simple loisir sans conséquence ou pouvoir, Jennifer Padjemi est convaincue que le féminisme contemporain ne peut s'en passer, sous peine d'être déconnecté de la réalité et isolé. Journaliste, noire, femme et jeune trentenaire, elle nous entraîne à sa suite dans l'analyse de la pop culture et de ses rapports avec le féminisme dans une optique intersectionnelle.

J'ai beaucoup apprécié le ton général de ce livre, souvent très pertinent. L'autrice y évoque les féminismes, au pluriel, puisque nous n'avons évidemment pas la même expérience du féminisme. Chaque expérience est une réalité que l'on ne peut nier ou hiérarchiser, même si cela ne signifie pas pour autant que personne n'est à côté de la plaque.
Cette ligne de conduite est respectée tout au long du livre, dans lequel Padjemi va parfois se montrer très critique vis-à-vis d'une oeuvre tout en reconnaissant aussi ses qualités (c'est le cas de la série Girls). 

A travers ses exemples, la journaliste montre que la pop culture peut faire bouger les choses et qu'il existe un vrai pop féminisme, qui permet d'inclure de nombreuses personnes exclues du féminisme académique. L'autrice a aussi conscience des limites et des effets pervers de l'interdépendance entre féminisme et pop culture. Il est ainsi très complexe de faire du réalisme sans tomber dans le misérabilisme, le tout avec des contradictions et des impératifs matériels dont personne ne peut se dispenser. Nous avons beau être féministe et nous éduquer en permanence, cela ne nous empêche pas d'être les produits d'une société qui est dominée par d'autres visions. A l'inverse, on peut être Rihanna ou Kim Kardashian (ça me coûte vraiment d'écrire cela) et tourner le patriarcat à son avantage.

J'ai beaucoup lu sur le féminisme ces derniers mois, et si j'ai parfois regretté que ce livre développe plus une succession d'analyses qui s'additionnent les unes aux autres qu'une véritable progression ainsi que certaines redites par rapport à d'autres lectures, il m'a aussi offert de belles réflexions. L'analyse des réseaux sociaux ou des troubles mentaux (#freebritney) avec un angle pop féministe raconte une toute autre histoire que les raccourcis habituels.

Stock. 337 pages.
2021.