05 décembre 2008

De pierre et de cendre ; Linda Newbery

resize_5_Phébus ; 400 pages.
Traduction de Joseph Antoine. 2006.
V.O. : Set in Stone.

Ne vous fiez pas au titre digne d'un vulgaire roman à l'eau de rose de de ce livre, ce serait un grand tort. Je l'ai découvert sur un blog, impossible de savoir lequel (car Allie me jure que ce n'était pas le sien), mais je n'y pensais plus jusqu'à ce qu'il tombe dans mon panier. Le résumé de la quatrième de couverture rendra folles au moins Cryssilda, Madame Charlotte, Isil et Lou, car il rappelle furieusement La dame en blanc. N'ayant pas apprécié ce dernier, j'ai hésité au moins un quart de seconde avant de voir que Charlotte Brontë était aussi citée, et de me dire que ça n'avait pas l'air mal du tout quand même. 

Impossible de ne pas remarquer l'hommage à la littérature anglaise du XIXe siècle lorsqu'on lit ce livre qui se déroule en 1898. Linda Newbery n'a même pas pris la peine (ou si peu) de changer le nom des deux soeurs dont le maître de dessin (!) Samuel Godwin doit s'occuper lorsqu'il se rend à Fourwinds, engagé par le père des jeunes filles. Son premier contact avec Marianne, la plus jeune, est déroutant. La jeune fille pousse un cri terrible dans la nuit avant d'appeler Samuel à son secours. La gouvernante, Charlotte Agnew, qui a connu un parcours très similaire à celui d'une certaine Jane Eyre, lui explique dès lors que Marianne est en proie à certains accès de folie. Quant à Juliana, l'aînée des Miss Farrow, elle se remet doucement d'une maladie.
Très vite, Samuel, qui est fasciné par Marianne, commence à soupçonner de terribles secrets liés au sculpteur qui avait été chargé de réaliser les quatre oeuvres, quatre vents correspondant aux points cardinaux, qui devaient trôner dans le parc de Fourwinds. Or si le Vent du nord, celui de l'est et celui du sud sont bien exposés, Marianne est convaincue que le Vent d'ouest se promène, et que le calme ne pourra se faire que losqu'on l'aura retrouvé. Charlotte, bien que présente depuis plus longtemps dans la demeure, va elle aussi finir par mener une chasse aux secrets.

Les premiers chapitres de ce roman m'ont déconcertée. La dame en blanc était tellement présent dans mon esprit que je me demandais si l'auteur allait m'offrir un récit qui soit plus qu'un hommage au roman de Wilkie Collins. Linda Newbery a même conservé l'utilisation de différents personnages pour narrer l'histoire. Inutile de faire durer le suspens, on entre rapidement dans une nouvelle demeure, dont les mystères sont suffisants à chasser les éléments étrangers au livre de Linda Newbery.
Les personnages auxquels sont confrontés Samuel et Charlotte sont fascinants. Ceci d'autant plus que l'auteur nous met dans la tête de personnages qui sont assez aisément induits en erreur.
Une fois embarqué, il est presque impossible de se détacher du livre. Les rebondissements ne sont pas forcément très bien menés, mais comme Charlotte et Samuel, plus on avance et plus on se dit que ce n'est pas possible.
De plus, les thèmes abordés sont variés (même si je ne peux pas tous les exposer pour ne pas vous spoiler), et contribuent à rendre De pierre et de cendre captivant. 

Dans le même genre, j'ai quand même préféré Le treizième conte. Mais je ne peux que vous engager à lire De pierre et de cendre, qui est une très bonne lecture victorienne.

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04 octobre 2008

Der Andere ; Bernhard Schlink

41ZPZLLAl_2BLFolio Bilingue ; 171 pages.

Lisa vient de mourir d'un cancer, laissant ainsi son mari seul. Celui-ci est complètement désorienté. Un jour, il reçoit une lettre adressée à sa femme provenant d'un homme qu'il ne connaît pas. Il apprend ainsi que son épouse, avec laquelle il croyait être très complice, a eu un amant. En colère et jaloux, il décide de démasquer cet amant en correspondant avec lui, puis en lui rendant visite.

Il fut un temps où j'étais capable de lire l'allemand sans trop de difficultés. Comme j'aime bien Bernhard Schlink d'ordinaire, je me suis dit qu'il était tout désigné pour faire un nouvel essai.
C'était la première fois que je lisais un texte de Schlink qui n'avait aucun lien avec la Seconde Guerre mondiale, même s'il s'agit une nouvelle fois d'une histoire de secret de famille.
En fin de compte, je n'ai pas trop aimé. Le ton employé par Bernhard Schlink est comme toujours assez neutre, mais cette fois cela crée une distance gênante entre le lecteur et l'histoire. Je n'ai ressenti aucune empathie pour le mari trompé, d'autant plus qu'il est du genre à avoir du mal à exprimer ce qu'il ressent. Quant à l'amant, il est tout ce qu'il y a de plus méprisable.
Même en ce qui concerne la construction de la nouvelle, je n'ai pas été convaincue. Il n'y a pas vraiment de chute, il s'agit plutôt d'une sorte de retournement de situation un peu bizarre. En fait, je crois aussi que j'ai de plus en plus de mal à apprécier les nouvelles.

Tant pis, je lirai plutôt les romans de Schlink qui ont une dimension historique... En ce qui concerne la lecture en allemand, je dois avouer que, n'étant pas convaincue par l'histoire, j'ai adopté le texte français au bout de quelques dizaines de pages afin d'aller plus vite.

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20 septembre 2008

Le treizième conte ; Diane Setterfield

resize_3_Plon ; 389 pages.

Je crois que je suis vraiment la dernière à lire ce roman qui a suscité un très grand enthousiasme depuis sa sortie en janvier 2007. Je l'avais acheté à ce moment là, feuilleté, mais je n'avais pas encore eu l'envie de le lire. Il faut dire qu'il avait été comparé à Possession, livre que j'ai été incapable de terminer, et les romans qui font l'unanimité m'inquiètent toujours beaucoup. Je viens donc, avec beaucoup de retard, ajouter ma voix au concert de louanges qui entoure Le treizième conte.

Margaret Lea est une jeune femme solitaire, qui aime davantage la compagnie des livres que celle des gens. Depuis toujours, elle a fait de la librairie de livres d'occasion de son père son antre. Un jour, elle reçoit une lettre, à l'écriture étrange, qui lui vient de Vida Winter, un auteur de best-sellers. Celle-ci souhaite confier l'histoire de sa vie à Margaret, qui a déjà rédigé quelques biographies succinctes. La jeune femme est très étonnée, elle n'est pas une réelle biographe. De plus, elle est sceptique. Vida Winter est réputée pour avoir fait de sa vie un mystère. Troublée par l'arrivée inattendue de cette lettre, Margaret décide de feuilleter le seul livre de l'écrivain disponible dans la librairie de son père, un recueil de treize conte selon le titre. Finalement absorbée par les douze premiers contes qu'elle lit, elle découvre avec stupeur que le treizième conte n'a jamais été publié. Sa rencontre avec Vida Winter soulève encore davantage de points obscurs, et la mène dans une histoire de fantômes, de jumelles, de famille brisée, qui renvoie à Margaret le reflet de ses propres drames.

Soyons honnêtes, la première chose qui m'a plu dans ce livre, c'est sa couverture. Tant la première que la quatrième, puisque cette dernière nous promettait une histoire à la Rebecca. Bon, sur ce dernier point, c'est raté. L'ambiance n'est pas celle des romans à tendance gothique qui était promise. La grande demeure des Angelfield tombe en ruine, le plancher craque, il y a bel et bien des cadavres dissimulés et des nuits sans lune, mais ce n'est pas cela qui rend Le treizième conte aussi angoissant, aussi bouleversant et aussi captivant. Il y a quand même un très bel hommage rendu à la littérature anglaise du XIXe siècle dans ce livre. On pense à Jane Eyre bien sûr, abondamment cité. Pour ma part, j'ai surtout pensé à Wuthering Heights. D'autres clins d'oeil parsèment également ce livre, à travers le comportement des personnages ou au cours de leurs discussions. Nous passons également du temps dans les vieilles bibliothèques des demeures que nous traversons. Et puis, j'ai adoré le fait que les personnages n'échangent que par lettres, même si le roman se déroule à notre époque.
Il y a certaines ficelles un peu grosses, quelques questions qui surviennent un peu tard, c'est vrai. Mais cela est totalement gommé par la puissance de l'histoire que raconte Vida Winter. La plume de Diane Setterfield est très belle, très énigmatique. Elle nous tient en haleine, certaines phrases ne prennent tout leur sens qu'à la fin, pour nous bluffer complètement. Les personnages ne sont pas beaux, mais leur attitude est entière et cela les rend attachants. De plus, leur histoire est tellement triste qu'elle ne peut qu'émouvoir. 
Quelques questions restent en suspens, mais cela fait aussi partie des charmes de ce roman, dont on a du mal à croire qu'il est le premier-né de Diane Setterfield.

Je me suis plongée dans ce roman avec un bonheur que je n'avais pas ressenti depuis longtemps, et je vous souhaite de refermer ce roman aussi conquis que moi.

Les avis de Allie, Clarabel, Fashion, Praline, Gachucha, Karine, Cuné... J'en oublie plein, mais n'hésitez pas à mettre votre lien.