07 décembre 2016

Delphine de Vigan et l'autofiction

Lorsque ce blog a ouvert ses portes il y a dix ans, j'éprouvais un mépris énorme pour tout ce qui pouvait être étiqueté "autofiction". Je reprochais à la littérature française contemporaine son incapacité à créer des romans avec une "vraie histoire", dépaysante et avec des personnages inventés*.
Cette année, je suis devenue vieille j'ai découvert deux auteurs qui ont remis en cause cette opinion : Camille Laurens et surtout Delphine de Vigan.

Delphine de Vigan s'est d'abord fait connaître avec No et moi, adapté au cinéma en 2007. Il avait connu un certain succès sur les blogs, mais c'est avec Rien ne s'oppose à la nuit que les éloges sur cet auteur ont commencé à pleuvoir autour de moi et sur la blogosphère. L'an dernier, j'ai finalement décidé de craquer après la sortie de son dernier livre. Seul souci, il serait très dommage de découvrir D'après une histoire vraie sans avoir lu le livre qui l'a inspiré, puisqu'au livre sur la mère a succédé le livre sur les conséquences d'une telle entreprise de déballage.

9782253164265-001-TDans Rien ne s'oppose à la nuit, Delphine de Vigan décide d'écrire sur sa mère après le suicide de celle-ci.  En racontant son enfance, puis sa vie d'adulte avant et après la naissance de ses enfants, l'auteur livre l'histoire de sa famille sans prendre le soin de dissimuler les drames et la laideur de sa famille.

Qui était Lucile ?

La mère décrite par Delphine de Vigan est une femme dont l'équilibre mental est si fragile qu'il s'effondre à de multiples reprises. L'enfance de Lucile, membre d'une famille nombreuse du milieu du XXe siècle rappelle les photos en noir et blanc ayant un air de bonheur et d'insouciance. Mais entre les chamailleries et les sorties à l'extérieur ont lieu des drames publics et d'autres qui seront cachés autant que possible.
Dans ce livre sur la mère de l'auteur, le personnage principal semble étrangement plutôt être Delphine de Vigan elle-même. Après la découverte du corps de sa mère, elle ressent le besoin d'écrire sur cette femme avec laquelle les relations ont souvent été complexes. Mais comment écrit-on une biographie ? Et puis, comment ne blesser personne ? Le travail de l'écrivain est délicat lorsqu'il ressent un devoir de vérité tout en sachant que celui-ci va nécessairement engendrer des brouilles familiales. Pour trouver sa mère, et surtout savoir pourquoi elle était brisée, Delphine de Vigan doit attaquer des membres de sa famille. Or, n'importe qui ayant dû briser un silence sait que pour beaucoup, on n'attaque pas les morts, et encore moins l'image idéal qu'on en garde.  

daprès-une-histore-vraieUne telle entreprise va provoquer chez l'auteur un épuisement profond. C'est ce qu'elle évoque dans la "suite" de son livre, D'après une histoire vraie.

En 2011, le succès du roman que Delphine de Vigan a écrit sur sa mère est tel qu'il lui ouvre de nombreuses portes et que les lecteurs se pressent dans les librairies et les salons pour la rencontrer.
Un soir qu'elle culpabilise d'avoir refusé de signer un dernier autographe, elle fait la rencontre de L.

L. est le genre de femme que Delphine de Vigan n'est pas : toujours tirée à quatre épingles, mystérieuse, confiante. Alors que l'auteur s'interroge sur la possibilité d'écrire encore après un livre aussi intime que Rien ne s'oppose à la nuit, L. se montre de prime abord plus ambitieuse encore que Delphine. Pour L., la fiction n'est plus dans des personnages et des histoires imaginées, mais bien dans le réel. Tout ce que Delphine a écrit avant le roman qui l'a propulsée sur le devant de la scène est inutile et il n'y a aucun retour en arrière possible.
J'avais initialement prévu de lire Misery de Stephen King, dans lequel Delphine de Vigan a puisé pour écrire son livre, mais un amateur du grand auteur américain a découragé la trouillarde que je suis de le faire. Je me suis donc contentée du résumé, qui me semble déjà interessant pour faire le parallèle entre les deux duos auteur/amateur de plus en plus effrayant.
Encore une fois, le personnage de L. est ici présent essentiellement pour faire ressortir les fragilités, les questionnements de Delphine. Avec le départ programmé de ses enfants nouveaux bacheliers, un compagnon absent et des lettres anonymes menaçantes de la part d'un membre de sa famille ayant été blessé par son précédent livre, l'auteur est vulnérable. L. va pouvoir la réconforter puis l'enfermer. Au fur et à mesure que le livre se transforme en thriller et en huis-clos entre les deux femmes, la question de l'écriture de soi devient de plus en plus centrale. Jusqu'au dénouement brillant. 

D'après une histoire vraie se rapproche davantage d'une fiction telle qu'on conçoit cette appellation que Rien ne s'oppose à la nuit. Ses rouages sont plus complexes et le lecteur se sent déboussolé après l'avoir refermé. Pourtant, rien ne nous dit non plus que Delphine de Vigan n'a pas joué avec nous depuis le début. Et finalement, c'est ce doute qui me plaît. Je me moque que tel ou tel élément soit autobiographique ou complètement imaginé. En écrivant une autofiction, l'auteur se rapproche ici du lecteur qui ne peut que voir dans ce diptyque des points communs avec sa propre histoire pour mieux l'engluer. Et j'en redemande.

* D'après Le Magazine Littéraire du mois de septembre, l'autofiction est de plus en plus remplacée par l'exofiction. A croire que mes lubies ne me permettront jamais d'être à la mode, j'ai horreur de ça...

L'avis d'Yspaddaden.

Posté par lillylivres à 10:04 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : , ,

10 avril 2016

Le ravissement des innocents - Taiye Selasi

product_9782070468294_195x320Kweku Sai meurt un matin d'une crise cardiaque alors qu'il contemple son jardin. Il n'a pas mis ses pantoufles. Comment cet éminent chirurgien a t-il pu ne pas reconnaître les signes d'une attaque ? Pourquoi était-il pieds nus ? Ces questions vont bouleverser son ex-femme, Folà, et les quatre enfants adultes qu'il a eu avec elle. Olu, l'aîné, les jumeaux Taiwo et Kehinde, et la dernière, Sadie. A travers cet événement qui les réunit, ils vont retracer le parcours de leur famille, les relations qu'ils entretenaient avec leur père et entre eux, et aussi évoquer le sentiment d'exil qui les a toujours habités.

Voilà une lecture qui m'a un peu secouée dans mes habitudes. Certes, l'auteur a vécu en Angleterre et aux Etats-Unis, mais elle évoque aussi ses origines ghanéennes et nigérianes dans son roman. 
Celui-ci nous offre un récit qui n'a rien de linéaire. On se perd dans une sorte de spirale faisant des allers-retours constants entre le présent et le passé de chacun des personnages. Chaque élément de l'existence d'un membre de la famille Sai peut avoir une résonnance beaucoup plus ancienne et souvent douloureuse.
Beaucoup de thèmes sont abordés : l'espoir d'une vie meilleure, le racisme contre les Noirs, qui est la goutte d'eau qui fait exploser le couple parental et sépare les enfants de leurs parents. L'histoire du Nigéria aussi a une place importante. J'avais heureusement des bases grâce à ma lecture d'un autre livre, L'autre moitié du soleil. Les blessures de Folà trouvent leurs racines dans le conflit qui a déchiré son pays d'origine à la fin des années 1960. Certains de ses enfants subiront à leur façon les conséquences de ces événements dont on leur a dissimulé de nombreux détails. Mais le sujet qui habite véritablement ce livre, c'est surtout l'exil, le sentiment de n'appartenir à aucun endroit ni à aucun groupe familial. Il y a quelque chose de pourri chez les Sai, qui fait que ses membres en viennent à rejeter l'idée même de famille. Kweku, cet homme qui a quitté la misérable demeure de sa mère (son père l'ayant abandonné depuis longtemps) pour devenir un éminent chirurgien aux Etats-Unis, n'a jamais totalement assumé ses origines.

"Celui qui a honte n'a jamais l'impression d'être chez lui, ne l'aura jamais."

Ce mal-être, il l'a transmis aux siens. Ces gens qui brillent tous, chacun dans leur domaine, ont été blessés, abandonnés. Leurs retrouvailles font éclater des secrets douloureux et des colères tues ou enfouies.

Un roman qui se lit avec facilité, doté d'une belle plume, mais un peu trop brouillon parfois et dont je dois admettre ne pas garder un souvenir très précis seulement quelques semaines après l'avoir achevé.

Papillon a adoré.

Merci aux éditions Folio pour ce livre.

Folio. 421 pages.
Traduit par Sylvie Schneiter.
2013 pour l'édition originale.

22 septembre 2013

Bent Road - Lori Roy

liv-3694-bent-roadArthur Scott retourne au Kansas après vingt ans d'absence en compagnie de son épouse Celia et d'Elaine, Daniel et Evie, leurs trois enfants. Arthur avait fui la ferme de ses parents après que la mort de sa soeur Eve, disparue dans d'horribles circonstances. En revenant chez lui sur la très dangereuse Bent Road, il retrouve son autre soeur, Ruth, qui a épousé Ray, le fiancé d'Eve. Au même moment, un fou furieux s'échappe, et la petite Julianne Robison aux grands yeux bleus et aux cheveux blonds, comme Eve, disparaît.

Inutile de faire durer le suspens, Bent Road est une très belle découverte en cette rentrée littéraire, un livre aussi poignant qu'original.
Tous ses personnages sont touchants et très seuls dans le malheur qui semble les emprisonner un peu plus chaque jour. Nous suivons leurs pensées et leurs confidences, tour à tour. Celia, la mère, se heurte à un mari distant, un beau-frère dont elle n'apprécie pas le regard, une belle-mère désagréable, et surtout à un fantôme, celui d'Eve. Celle-ci lui ressemblait paraît-il, mais personne ne veut lui dire qui l'a assassinée et pourquoi. Les Scott s'acharnent à laisser le passé dans le passé et à refuser son incidence sur le présent.
Daniel a perdu tous ses amis en venant. Son père ne cesse de lui dire qu'il n'est pas un homme et de lui préférer Jonathon, le prétendant de sa soeur Elaine. Alors il apprend à tirer en cachette avec Ian, un être difforme et malade, le seul ami qu'il se soit fait. 
La petite Evie est très isolée également. A l'école, tout le monde lui reproche sa présence, comme si elle était responsable de la disparition de Julianne. Elle s'imagine donc que la tante Eve qui lui ressemble tant et dont elle porte le nom est à ses côtés. Elle porte ses robes en cachette, lui offre à déjeuner et garde précieusement une photo de sa tante disparue dans les bras d'un Ray fou de bonheur.
Enfin, Ruth est une femme adorable mais très malheureuse. Elle a épousé Ray, dont beaucoup pensent qu'il a assassiné sa soeur et qu'il est responsable de la disparition de Julianne, tout en sachant qu'il ne l'aimerait jamais. Devenu alcoolique, il est aussi violent avec elle. L'arrivée de son frère lui permet de voir que tout le monde ne la rejette pas.

"Arthur ne l'a pas regardée comme tous les autres. Il l'a regardée comme s'ils étaient de nouveau jeunes, avant que le malheur frappe. Avant qu'Eve meure. Il l'a regardée comme s'il l'aimait toujours."

Ce livre est décrit comme un roman policier, mais c'est beaucoup plus que ça. Il n'y a pas d'enquête à proprement parler, le rythme est beaucoup plus lent que celui d'un livre à suspens, et les réponses viennent en même temps que les secrets de famille se dévoilent. Bent Road est d'abord un roman d'ambiance, l'histoire d'une famille, d'une communauté. Il parle de drames familiaux, de culpabilité, d'enfants qui voudraient être grands, ou encore du poids du catholicisme. Ray est rejeté et soupçonné par tous d'être un malade, mais aux yeux des gens, et en particulier du Père Flannery, Ruth devrait rester sous sa coupe et serrer les dents. Jusqu'au bout, on ne saisit pas à quel point la malveillance des gens a pu briser des vies.
La fin, que je ne dévoilerais pas, a un côté généreux qui aurait pu être exaspérant mais qui m'a finalement beaucoup plu. Que se serait-il passé si les langues s'étaient déliées plus tôt ? Quelle aurait été la vie des gens alors ? Il n'est pas question d'excuser n'importe quoi, mais d'admettre que les choses ne sont pas aussi simples que le disent le Père Flannery ou même Arthur, et cela seule Celia, avec son regard extérieur, peut le faire.

L'avis de Ys.

Le Masque. 317 pages.
Traduit par Valérie Bourgeois.
2011 pour l'édition originale.

Posté par lillounette à 10:59 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : , ,
15 avril 2010

L'histoire d'un mariage ; Andrew Sean Greer

1066279_gfPoints ; 263 pages.
Traduit par Suzanne V. Mayoux. 2008
.

Pearlie Cook prend la parole pour nous raconter sa vie dans les années 1950. Elle vivait alors avec Holland, son mari, et leur fils Sonny. "Les gens se font une idée des années cinquante. Ils parlent des jupes ballon décorées d'un caniche en laisse, des grèves de transports routiers, d'Elvis ; ils parlent d'une jeune nation, d'une nation innocente. Je ne sais pas pourquoi ils se trompent tellement ; ce doit être un dérapage de la mémoire, car tout cela est venu plus tard, à mesure que le pays se transformait. En 1953, rien n'avait changé." Pearlie et Holland se sont connus et aimés durant leur adolescence. La guerre les sépare, mais ils se retrouvent finalement lorsqu'elle s'achève, et se marient. Pearlie se pense alors heureuse, malgré une étrange mise en garde de la part d'une tante de son époux la veille de son mariage, malgré la maladie cardiaque dont souffre son époux, qui l'oblige à censurer son journal, afin que seules les bonnes nouvelles y figurent, et malgré une vie conjugale peu trépidante.
Tout cela vole en éclats lorsque Charles "Buzz"  Drumer sonne à la porte des Cook un jour de 1953, forçant ainsi Pearlie à reconsidérer son mariage, son époque, et des souvenirs qu'elle aimerait bien pouvoir effacer. 

Je me suis jetée sur ce livre lors de sa sortie en poche, certaine de découvrir un excellent roman, mais je dois reconnaître que je suis finalement mitigée. L'Histoire d'un mariage est construit de façon à faire défiler différentes époques, et à parsemer le récit de révélations censées lui donner un rythme, mais tout cela me semble finalement bien artificiel. Excepté la première information fournie par Buzz, je n'ai pas compris la nécessité de cacher (même si on a quelques indices au début) ce qui est révélé en toutes lettres à la page 72, et le personnage d'Annabel n'avait pas non plus besoin d'être gardé en stock aussi longtemps. De ce fait, ce roman s'étire inutilement en longueur entre le moment où tout bascule et celui où Pearlie sort de sa torpeur et nous permet de la suivre pour une remise à plat des faits.
Je regrette également les nombreux passages où de grandes phrases éculées nous sont balancées comme s'il s'agissait de révéler l'âme humaine et sa profondeur pour la première fois. "Nous croyons connaître ceux que nous aimons." est une jolie expression, mais ce thème n'en est pas moins courant et traité ici de façon conventionnelle en fin de compte. L'histoire d'un mariage est un roman sur les choix, plus ou moins prometteurs de bonheur, qui s'offrent aux personnages dans le contexte des années 1950, sur l'absence de communication, et sur la possibilité de ressusciter des sentiments bridés depuis des années. Il y a aussi tout un pan (considérable) de l'histoire qui demeure inconnu. Pearlie, en femme mariée des années 1950, est seule à se débattre, et n'aura jamais accès aux pensées de son époux, qui est pourtant parfaitement au courant de la situation.

Finalement, ce qui m'a plu dans ce livre, ce ne sont pas tant les relations entre Pearlie, Holland et Buzz, mais l'époque qui transparaît derrière eux. "J'écris une histoire de guerre. Je ne l'avais pas prévu. Au début, c'était une histoire d'amour, l'histoire d'un mariage, mais la guerre s'y est incrustée partout, tel un verre brisé en mille éclats. Non pas une histoire ordinaire de combattants, mais de ceux qui ne partirent pas à la guerre. Les lâches et les planqués..." (pour ceux qui craignent les spoilers, sachez que c'est en réalité bien plus compliqué). Le procès des époux Rosenberg, le maccarthysme, la guerre de Corée, le racisme, l'homophobie, le puritanisme hypocrite transparaissent dans ce récit, comme des échos à la vie conjugale et au passé de Pearlie. Le quartier tranquille où vivent les Cook a beau condamner tout ce qui sort de l'ordinaire, le goût prononcé des habitants pour les histoires sanglantes et le zèle dont certains habitants font preuve, font rire jaune.

Il ne s'agit pas d'un roman abominable. Il se lit avec beaucoup de facilité, mais il fait preuve de trop de maladresse et cède trop facilement à certains clichés pour sortir du lot.

Les avis d'Amanda, Clarabel, Cuné, Titine, Manu et Papillon.

Posté par lillounette à 16:10 - - Commentaires [20] - Permalien [#]
Tags : , , ,
05 décembre 2008

De pierre et de cendre ; Linda Newbery

resize_5_Phébus ; 400 pages.
Traduction de Joseph Antoine. 2006.
V.O. : Set in Stone.

Ne vous fiez pas au titre digne d'un vulgaire roman à l'eau de rose de de ce livre, ce serait un grand tort. Je l'ai découvert sur un blog, impossible de savoir lequel (car Allie me jure que ce n'était pas le sien), mais je n'y pensais plus jusqu'à ce qu'il tombe dans mon panier. Le résumé de la quatrième de couverture rendra folles au moins Cryssilda, Madame Charlotte, Isil et Lou, car il rappelle furieusement La dame en blanc. N'ayant pas apprécié ce dernier, j'ai hésité au moins un quart de seconde avant de voir que Charlotte Brontë était aussi citée, et de me dire que ça n'avait pas l'air mal du tout quand même. 

Impossible de ne pas remarquer l'hommage à la littérature anglaise du XIXe siècle lorsqu'on lit ce livre qui se déroule en 1898. Linda Newbery n'a même pas pris la peine (ou si peu) de changer le nom des deux soeurs dont le maître de dessin (!) Samuel Godwin doit s'occuper lorsqu'il se rend à Fourwinds, engagé par le père des jeunes filles. Son premier contact avec Marianne, la plus jeune, est déroutant. La jeune fille pousse un cri terrible dans la nuit avant d'appeler Samuel à son secours. La gouvernante, Charlotte Agnew, qui a connu un parcours très similaire à celui d'une certaine Jane Eyre, lui explique dès lors que Marianne est en proie à certains accès de folie. Quant à Juliana, l'aînée des Miss Farrow, elle se remet doucement d'une maladie.
Très vite, Samuel, qui est fasciné par Marianne, commence à soupçonner de terribles secrets liés au sculpteur qui avait été chargé de réaliser les quatre oeuvres, quatre vents correspondant aux points cardinaux, qui devaient trôner dans le parc de Fourwinds. Or si le Vent du nord, celui de l'est et celui du sud sont bien exposés, Marianne est convaincue que le Vent d'ouest se promène, et que le calme ne pourra se faire que losqu'on l'aura retrouvé. Charlotte, bien que présente depuis plus longtemps dans la demeure, va elle aussi finir par mener une chasse aux secrets.

Les premiers chapitres de ce roman m'ont déconcertée. La dame en blanc était tellement présent dans mon esprit que je me demandais si l'auteur allait m'offrir un récit qui soit plus qu'un hommage au roman de Wilkie Collins. Linda Newbery a même conservé l'utilisation de différents personnages pour narrer l'histoire. Inutile de faire durer le suspens, on entre rapidement dans une nouvelle demeure, dont les mystères sont suffisants à chasser les éléments étrangers au livre de Linda Newbery.
Les personnages auxquels sont confrontés Samuel et Charlotte sont fascinants. Ceci d'autant plus que l'auteur nous met dans la tête de personnages qui sont assez aisément induits en erreur.
Une fois embarqué, il est presque impossible de se détacher du livre. Les rebondissements ne sont pas forcément très bien menés, mais comme Charlotte et Samuel, plus on avance et plus on se dit que ce n'est pas possible.
De plus, les thèmes abordés sont variés (même si je ne peux pas tous les exposer pour ne pas vous spoiler), et contribuent à rendre De pierre et de cendre captivant. 

Dans le même genre, j'ai quand même préféré Le treizième conte. Mais je ne peux que vous engager à lire De pierre et de cendre, qui est une très bonne lecture victorienne.

32180986_p_1_

04 octobre 2008

Der Andere ; Bernhard Schlink

41ZPZLLAl_2BLFolio Bilingue ; 171 pages.

Lisa vient de mourir d'un cancer, laissant ainsi son mari seul. Celui-ci est complètement désorienté. Un jour, il reçoit une lettre adressée à sa femme provenant d'un homme qu'il ne connaît pas. Il apprend ainsi que son épouse, avec laquelle il croyait être très complice, a eu un amant. En colère et jaloux, il décide de démasquer cet amant en correspondant avec lui, puis en lui rendant visite.

Il fut un temps où j'étais capable de lire l'allemand sans trop de difficultés. Comme j'aime bien Bernhard Schlink d'ordinaire, je me suis dit qu'il était tout désigné pour faire un nouvel essai.
C'était la première fois que je lisais un texte de Schlink qui n'avait aucun lien avec la Seconde Guerre mondiale, même s'il s'agit une nouvelle fois d'une histoire de secret de famille.
En fin de compte, je n'ai pas trop aimé. Le ton employé par Bernhard Schlink est comme toujours assez neutre, mais cette fois cela crée une distance gênante entre le lecteur et l'histoire. Je n'ai ressenti aucune empathie pour le mari trompé, d'autant plus qu'il est du genre à avoir du mal à exprimer ce qu'il ressent. Quant à l'amant, il est tout ce qu'il y a de plus méprisable.
Même en ce qui concerne la construction de la nouvelle, je n'ai pas été convaincue. Il n'y a pas vraiment de chute, il s'agit plutôt d'une sorte de retournement de situation un peu bizarre. En fait, je crois aussi que j'ai de plus en plus de mal à apprécier les nouvelles.

Tant pis, je lirai plutôt les romans de Schlink qui ont une dimension historique... En ce qui concerne la lecture en allemand, je dois avouer que, n'étant pas convaincue par l'histoire, j'ai adopté le texte français au bout de quelques dizaines de pages afin d'aller plus vite.

Posté par lillounette à 13:40 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : , , ,
20 septembre 2008

Le treizième conte ; Diane Setterfield

resize_3_Plon ; 389 pages.

Je crois que je suis vraiment la dernière à lire ce roman qui a suscité un très grand enthousiasme depuis sa sortie en janvier 2007. Je l'avais acheté à ce moment là, feuilleté, mais je n'avais pas encore eu l'envie de le lire. Il faut dire qu'il avait été comparé à Possession, livre que j'ai été incapable de terminer, et les romans qui font l'unanimité m'inquiètent toujours beaucoup. Je viens donc, avec beaucoup de retard, ajouter ma voix au concert de louanges qui entoure Le treizième conte.

Margaret Lea est une jeune femme solitaire, qui aime davantage la compagnie des livres que celle des gens. Depuis toujours, elle a fait de la librairie de livres d'occasion de son père son antre. Un jour, elle reçoit une lettre, à l'écriture étrange, qui lui vient de Vida Winter, un auteur de best-sellers. Celle-ci souhaite confier l'histoire de sa vie à Margaret, qui a déjà rédigé quelques biographies succinctes. La jeune femme est très étonnée, elle n'est pas une réelle biographe. De plus, elle est sceptique. Vida Winter est réputée pour avoir fait de sa vie un mystère. Troublée par l'arrivée inattendue de cette lettre, Margaret décide de feuilleter le seul livre de l'écrivain disponible dans la librairie de son père, un recueil de treize conte selon le titre. Finalement absorbée par les douze premiers contes qu'elle lit, elle découvre avec stupeur que le treizième conte n'a jamais été publié. Sa rencontre avec Vida Winter soulève encore davantage de points obscurs, et la mène dans une histoire de fantômes, de jumelles, de famille brisée, qui renvoie à Margaret le reflet de ses propres drames.

Soyons honnêtes, la première chose qui m'a plu dans ce livre, c'est sa couverture. Tant la première que la quatrième, puisque cette dernière nous promettait une histoire à la Rebecca. Bon, sur ce dernier point, c'est raté. L'ambiance n'est pas celle des romans à tendance gothique qui était promise. La grande demeure des Angelfield tombe en ruine, le plancher craque, il y a bel et bien des cadavres dissimulés et des nuits sans lune, mais ce n'est pas cela qui rend Le treizième conte aussi angoissant, aussi bouleversant et aussi captivant. Il y a quand même un très bel hommage rendu à la littérature anglaise du XIXe siècle dans ce livre. On pense à Jane Eyre bien sûr, abondamment cité. Pour ma part, j'ai surtout pensé à Wuthering Heights. D'autres clins d'oeil parsèment également ce livre, à travers le comportement des personnages ou au cours de leurs discussions. Nous passons également du temps dans les vieilles bibliothèques des demeures que nous traversons. Et puis, j'ai adoré le fait que les personnages n'échangent que par lettres, même si le roman se déroule à notre époque.
Il y a certaines ficelles un peu grosses, quelques questions qui surviennent un peu tard, c'est vrai. Mais cela est totalement gommé par la puissance de l'histoire que raconte Vida Winter. La plume de Diane Setterfield est très belle, très énigmatique. Elle nous tient en haleine, certaines phrases ne prennent tout leur sens qu'à la fin, pour nous bluffer complètement. Les personnages ne sont pas beaux, mais leur attitude est entière et cela les rend attachants. De plus, leur histoire est tellement triste qu'elle ne peut qu'émouvoir. 
Quelques questions restent en suspens, mais cela fait aussi partie des charmes de ce roman, dont on a du mal à croire qu'il est le premier-né de Diane Setterfield.

Je me suis plongée dans ce roman avec un bonheur que je n'avais pas ressenti depuis longtemps, et je vous souhaite de refermer ce roman aussi conquis que moi.

Les avis de Allie, Clarabel, Fashion, Praline, Gachucha, Karine, Cuné... J'en oublie plein, mais n'hésitez pas à mettre votre lien.