11 novembre 2017

Crime et Châtiment - Fédor Dostoïevski

51U3xDzfaXLRaskolnikov, ancien étudiant contraint de quitter l'université et de vivre dans la misère, décide d'assassiner une vieille usurière. Bien que le meurtre ne se passe pas comme prévu, le jeune assassin pourrait facilement s'en tirer, mais il tombe immédiatement malade et ses délires attirent les soupçons de son entourage.
Au même moment, dans une lettre, la mère de Raskolnikov, Poulkheria Alexandrovna, annonce à son fils que sa soeur Avdotia Romanovna (Dounia pour les intimes) s'apprête à se marier. Les deux femmes ne tardent pas à le rejoindre à Saint Petersbourg. Pressentant que sa soeur se marie afin de l'aider financièrement, Raskolnikov décide de tout faire pour empêcher cette union.

Lorsqu'on ouvre un roman unanimement reconnu comme un chef d’œuvre, il y a toujours un décalage entre les représentations que l'on en avait et ce que l'on découvre réellement. Cela a beau sembler évident, cela a fortement influencé ma découverte de Crime et châtiment de Dostoïevski.
Avant même de lire un roman de cet auteur, une question se pose : quelle traduction choisir ? En effet, la traduction des auteurs russes a fait couler beaucoup d'encre, aussi bien chez les Français que chez nos voisins britanniques. D'après ce que j'ai retenu des articles lus sur le sujet, Dostoïevski a longtemps bénéficié d'une traduction qui rendait son style beaucoup plus travaillé qu'il ne l'est en réalité. De son côté, André Markowicz a entrepris sur une dizaine d'années une nouvelle adaptation de son œuvre en langue française, en s'attachant à rendre le plus possible les mots de l'écrivain russe. C'est dans cette dernière traduction que j'ai choisi de découvrir Crime et Châtiment, faisant par ailleurs confiance aux éditions Thélème qui ne m'ont jamais déçue.

Une fois l'écoute du livre commencée, je n'ai pu que constater que Dostoïevski ne s'encombre pas de trop de mots. La plupart des actions et des dialogues sont simples, les phrases sont courtes. Les envolées lyriques sont réservées aux grands discours, aux délires de Raskolnikov ou aux rêves que font les personnages. Toutefois, ce roman est loin d'être facile à lire ou creux. L'apparente simplicité du style est contrebalancée par le discours tenu et l'importance donnée à la psychologie des personnages.
Ce livre n'est pas une grande fresque de la société russe. Le cadre est au contraire très resserré, se concentrant sur Raskolnikov et les personnages qui gravitent autour de lui. Ce que j'aime dans les classiques des auteurs de cette époque, c'est leur peinture du monde sur lequel ils écrivent. Mais là où les Zola, Balzac ou encore Hugo se plaisent à nous offrir des descriptions sur des pages entières, Dostoïevski distille pour sa part au compte-goutte les informations de cet ordre. Il m'a fallu faire quelques recherches sur l'auteur et son époque pour saisir l'importance de certains discours et leur signification, mais l'auteur évoque bel et bien son monde à travers ses personnages. Nous évoluons dans un monde plutôt éduqué mais sans le sou, à la merci des usuriers ou des hommes à la recherche d'une jolie épouse. La place des femmes en particulier est misérable. Sonia doit se prostituer afin d'aider sa famille, et Dounia se retrouve dans une situation glaçante à la fin du roman. Les rapports sociaux sont insatisfaisants, et on devine dans ce livre les grands conflits à venir, aussi bien en Russie que dans le monde.

"Les gens s'entretuaient dans une espèce de rage absurde. Ils s'assemblaient les uns contre les autres par armées entières, mais ces armées, déjà en marche, se mettaient soudain à s'égorger entre elles, les rangs se débandaient, les guerriers se jetaient les uns contre les autres, ils se tuaient, s'étripaient, se mordaient et s'entre-dévoraient."

Crime et châtiment a également des airs de roman policier (inversé, puisque le lecteur se demande si le meurtrier sera pris). Raskolnikov attire immédiatement la curiosité de son entourage et de la police. En proie à une mystérieuse maladie qui se traduit par des délires durant lesquels il en dit beaucoup trop, il devient évident pour tous que le meurtre d'Aliona Ivanovna. Plusieurs personnes lui posent alors des questions, dont un policier, qui laisse planer le doute sur les soupçons qu'il nourrit vis-à-vis de Raskolnikov. De plus, bien que décidé à ne pas se faire prendre, Raskolnikov ressent une certaine fierté d'avoir tué et a du mal à accepter que d'autres puissent être soupçonnés de son crime.
Pourquoi Raskolnikov a-t-il assassiné la vieille usurière ? Il s'agit d'un jeune homme sain d'esprit mais tourmenté par ses grandes théories, dont l'une, celle qu'il appartient à la race des hommes supérieurs, l'a poussé à commettre son crime. Bien que certain d'avoir agi justement (il ne montre pas le moindre regret), il ne met pas en oeuvre la suite de son projet qui consiste à utiliser ce qu'il a volé chez Aliona Ivanovna. Il commence le roman en se prenant pour Napoléon (et justifie ainsi le fait de commettre une mauvaise action si c'est pour ensuite faire de grandes choses), mais la présence de Sonia le rapproche finalement de Lazare. Cette dimension mystique m'a plutôt ennuyée, la religion n'étant pas ma tasse de thé. N'ayant par ailleurs jamais lu l'auteur et ne connaissant pas ses idées, j'ai dû me contenter d'une lecture simple du roman.

Une lecture qui n'a pas été facile. J'ai fini par emprunter une version papier du livre pour mieux saisir le texte. Je compte bien relire Dostoïevski parce que j'aime les auteurs qui me poussent hors de ma zone de confort et que celui-ci ne s'apprivoise clairement pas avec un seul roman.

Thélème. 24h49.
Lu par Pierre-François Garel. Traduction d'André Markowicz.
1866 pour l'édition originale.


23 février 2013

Nouvelles de Pétersbourg - Nicolas Gogol

FIC11413HAB40Cela fait des années que j'entends le plus grand bien de Nicolas Gogol et de ses Nouvelles de Pétersbourg. L'hiver russe que nous traversons actuellement en compagnie de Titine et Cryssilda m'a enfin permis de m'y plonger.

Mon édition contient cinq nouvelles. Dans Le Manteau, un petit fonctionnaire, après avoir passé de nombreuses années vêtu d'un manteau rapiécé de toutes parts, se trouve obligé d'en acheter un nouveau. Après avoir économisé assez d'argent en se privant beaucoup, il se fait faire un très beau manteau, très chaud, qui provoque l'admiration et l'envie de ses collègues (qui l'ont longtemps raillé sur l'ancien). Mais à peine a t-il le temps de le porter qu'il se fait agresser et voler son nouvel habit.
Le Journal d'un fou est celui d'un fonctionnaire qui perd le sens de la réalité en voulant séduire une jeune fille et qui écrit ses délires dans son journal. Il parle aux chiens, se prend pour le roi d'Espagne et se perd dans le temps et l'espace. Il finira à l'asile.
Dans Le Nez, un homme se réveille un matin et s'aperçoit que son nez a disparu. Alors qu'il erre, paniqué, dans les rues, il voit son nez se promener dans la rue, prendre des fiacres et vivre sa vie en toute indépendance.
La Perspective Nevsky est une avenue de Saint-Pétersbourg que toutes les classes sociales traversent chaque jour. Deux amis, un peintre et un militaire, y croisent chacun une femme qu'ils décident de suivre.
Enfin, dans Le Portrait, un jeune peintre désargenté mais passionné déniche un tableau très réaliste représentant un viel homme dans une boutique d'art. Il l'achète, et une fois chez lui, découvre que le portrait a des pouvoirs magiques. Grâce à lui, il devient un peintre à la mode, mais pour cela il doit accepter de produire des oeuvres déhumanisées.

A l'exception de La Perspective Nevsky qui m'a pas mal ennuyée (même si je reconnais qu'elle est intéressante), j'ai passé un très bon moment en compagnie de Gogol. Ces nouvelles, tour à tour drôles, grotesques et tristes, sont d'une très grande richesse. Le Saint-Pétersbourg que nous dépeint l'auteur est loin de l'image glorieuse que nous avons de cette ville. Il fait très froid, certains quartiers sont sales et laids, les gens peinent à payer leur loyer ou même un simple vêtement.
L'humour occupe une grande place dans ces textes. En plus des agissements bizarres de ses personnages, Gogol intervient dans le récit, insiste pour nous présenter tous ses héros et se moque même de l'absurdité de sa nouvelle Le Nez.

"Mais le plus étrange, le plus inexplicable, c'est que les auteurs puissent choisir de tels sujets ! Je l'avoue : c'est tout à fait incompréhensible ! C'est véritablement... Non !... je ne comprends pas ! En premier lieu, le pays n'en retire aucun avantage ; en second lieu il n'en retire aucun avantage non plus. Bref, je ne sais pas."

En effet, le fantastique n'est jamais loin. Il sert à rappeler la cruauté du monde réel en causant de graves désillusions ou en créant des situations qui provoquent l'effroi et l'incompréhension, comme ce sera le cas plus tard dans La métamorphose de Kafka à laquelle fait inévitablement penser cette histoire de nez qui se promène seul dans les rues de Pétersbourg. Les héros sont des gens modestes, pitoyables, qui paient systématiquement le simple fait d'avoir entraperçu une vie meilleure. Dans Le Manteau, le texte qui m'a le plus touchée, le pauvre Akaky Akakiévitch porte les mêmes vêtements depuis toujours, et le moindre changement le terrifie (au point de lui faire repousser une promotion). Son nouveau manteau, qui a comme pouvoir magique le pouvoir de le garder au chaud, lui permet d'apprécier les choses du quotidien pour la première fois. A l'image de beaucoup d'autres personnages, la jouissance de cet homme auhiver_russe1 nom étrange ne sera qu'éphémère.
La profusion d'artistes maudits et d'oeuvres malfaisantes m'a rappelé Le Chef d'oeuvre inconnu ou La Peau de Chagrin de Balzac. Dans ces moments là, je regrette de ne pas avoir une culture littéraire suffisante pour savoir quelles sont les auteurs qui ont pu influencer ces deux écrivains. Le Portrait, dans laquelle tous les hommes qui touchent au tableau représentant cet homme cruel qui a voulu l'immortalité courent à leur perte, m'a complètement fascinée. 

Voilà donc des nouvelles bien étranges mais originales, souvent distrayantes et toujours brillantes.

 D'autres avis chez la Renarde et Titine.

Posté par lillounette à 19:09 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
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