25 mai 2018

L'éternel mari - Fédor Dostoïevski

dosto

"Qu'est-ce que c'est, un bouffon, un imbécile, ou bien un éternel mari ? Mais c'est impossible, ça, à la fin ! ..."

Alors qu'il se démène avec son hypocondrie et de graves tourments psychologiques, Veltchaninov s'aperçoit qu'il est suivi par un homme. Une nuit, vers une heure du matin (il fait alors déjà jour, c'est l'été à Saint-Pétersbourg), il l'aperçoit depuis la fenêtre de son domicile. Lorsque l'inconnu essaie de forcer sa porte, Veltchaninov lui ouvre brusquement, et se trouve nez à nez avec Pavel Pavlovitch Troussotski, le mari de la femme avec laquelle il a eu une liaison dix ans auparavant.

Malgré ma lecture laborieuse de Crime et châtiment, j'ai décidé de persévérer dans ma découverte de cet auteur. Bien m'en a pris, parce que ma lecture de L'éternel mari a été un tel enchantement que Dostoïevski pourrait bien intégrer la liste de mes auteurs préférés.
Dans ce livre, l'auteur s'amuse à tourmenter aussi bien Veltchaninov que ses lecteurs. Du début à la fin, on se demande ce que cherche Pavel Pavlovitch et ce qu'il sait. Car l'éternel mari est très habile pour tenir un discours plein de sous-entendus et faire des révélations qui brisent Veltchaninov sans qu'on puisse être certains qu'il est en train de se venger. Face à lui, Veltchaninov, est une victime idéale. Ses tourments sont tels qu'on ne parvient pas à savoir s'il ne s'agit pas simplement de paranoïa. Après tout, Pavel Pavlovitch recherche son amitié, lui présente sa fiancée, semble chérir le souvenir de leur ancienne amitié... A l'inverse, Veltchaninov explose régulièrement, fait des rêves angoissants, semble rongé par la culpabilité et voit des sous-entendus partout.
Dès lors, les deux hommes vont entretenir une relation malsaine tout en ne parvenant pas à se passer l'un de l'autre, à tel point que cela en devient presque drôle.

J'imagine que ce livre est paru en feuilleton, car il est parsemé de coups de théâtre qui amènent le lecteur a en tourner frénétiquement les pages. Le style est également très rapide et facile à lire. André Markowicz, avec sa traduction, rend parfaitement le style oral et plein d'à-coups qui est selon lui celui adopté en russe par Dostoïevski (je suis malheureusement incapable d'en juger moi-même).

Un excellent moment de lecture et un roman qui me semble idéal pour découvrir Dostoïevski.

Babel. 259 pages.
Traduit par André Markowicz.
1870 pour l'édition originale.

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19 mai 2018

Pauline Sachs - Alexandre Droujinine

Pauline SachsA peine sortie de l'institution religieuse qui a fait son éducation, la jeune Pauline épouse Constantin Sachs, âgé d'une trentaine d'années, devenu fonctionnaire après un passé militaire. Les deux époux s'aiment, mais ne se comprennent pas, chacun cherchant à modeler l'autre selon son bon vouloir. Lorsque l'ancien amoureux de Pauline arrive à Saint-Petersbourg, le ménage des Sachs se met à vaciller.

Voilà un roman surprenant et délicieux, qui nous fait déplorer l'absence d'autres écrits d'Alexandre Droujinine. Un bon conseil, ne lisez surtout pas la quatrième de couverture de ce livre, elle dévoile un événement certes essentiel, mais qui intervient à la toute fin du roman.
Pauline Sachs est un roman épistolaire, avec toutefois quelques chapitres où l'auteur reprend les rênes de l'histoire, ce qui le rend très vivant et facile à lire.
Droujinine s'amuse à brouiller les cartes. Les lettres échangées par Pauline et son amie sont pleines de sentiments passionnés. Si l'on ajoute son premier amour contrarié et le fait que son mariage ait été essentiellement arrangé par son père, on pense rapidement à une histoire romantique. En fin de compte, si le triangle amoureux est prêt et les rôles a priori distribués dès le début, la construction du roman repose sur un arrangement astucieux qui surprend le lecteur et rend Pauline Sachs bien plus profond qu'il n'y paraît. Encore plus que Pouchkine, qui s'amusait à intervenir entre deux passages sur les états d'âme de ses héros dans Eugène Onéguine, Droujinine se joue du romantisme.
Avec ce livre, il pose la question de l'éducation des femmes. Sachs fait peur lorsqu'il évoque Pauline, l'appelant "mon enfant". Pourtant, il déplore la façon dont les femmes sont éduquées, arrivant à l'âge adulte incapables de se comporter de façon mature. On leur demande de glousser, d'être mignonnes, dévouées, plutôt idiotes en fait. Pauline agit de façon stupide, mais c'est dû à son éducation, qui tient les jeunes femmes dans l'ignorance, pas à une absence d'esprit. Quant à Sachs et Galitzki, ils ne préfigurent pas Karénine et Vronski, quoi qu'on imagine au premier abord.

Il m'aura fallu longtemps pour me plonger dans la littérature russe, mais je prends un immense plaisir à découvrir ses auteurs depuis quelques mois. Si vous chercher à pénétrer ce domaine en douceur, Pauline Sachs, avec ses inspirations françaises et anglaises, est une valeur sûre.

L'avis de Cécile.

Phébus Libretto. 185 pages.
Traduit par Michel Niqueux.

1847 pour l'édition originale.

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24 janvier 2018

Eugène Onéguine - Alexandre Pouchkine

9782742777846_1_75Etant donné que j'ai décidé de découvrir de façon plus approfondie les auteurs russes, je me suis dit qu'il était logique de me plonger dans ce roman qui est considéré comme étant à l'origine de la littérature russe moderne.

Eugène Onéguine est un jeune noble touché par le mal du siècle. Après avoir hérité d'un oncle pour lequel il n'éprouvait pas d'attachement particulier, il s'installe à la campagne. Dans ce lieu, il devient l'ami de Lenski, l'un de ses voisins, amoureux de la belle Olga. La soeur de cette dernière, Tatiana, ne tarde pas non plus à succomber au charme d'Eugène, mais l'attitude du jeune homme va mettre un terme à toute possibilité de bonheur pour les jeunes gens.

La grande particularité de ce roman est qu'il est écrit en vers. N'y connaissant pas grand chose en matière de techniques poétiques, je ne pourrais vous en dire beaucoup sur la forme, mais je vous renvoie à la préface ainsi qu'aux notes du traducteur, qui expliquent très bien les difficultés qu'il y a à transposer ce texte en langue française.
Malgré mon ignorance, ce texte est étonnamment aisé à lire. Le style est clair, rythmé et superbe. Il m'a un peu rappelé Roméo et Juliette parfois, tout en étant très moderne dans d'autres passages.
L'histoire d'amour en elle-même ne m'a pas passionnée. Je pense qu'elle doit avoir une épaisseur bien plus importante dans les représentations théâtrales ou musicales, mais les amours contrariées d'Eugène et de Tatiana restent très superficielles en raison de la forme du texte et du choix de l'auteur de ne l'évoquer qu'avec peu de mots. De plus, Pouchkine, bien que reprenant certains des codes du romantisme, écrit un texte qui ne peut être réduit à ce genre. L'auteur joue son propre rôle dans Eugène Onéguine, évoquant son héros, le texte qu'il écrit et la littérature (la sienne et celle des autres). Il a conscience de mener une expérience avec son livre, fait de multiples références au monde littéraire russe (encore une fois, merci au traducteur). Cette présence donne lieu à des passages très drôles, où l'auteur égratine ses personnages, la société dans laquelle il vit et l'être humain en général.

"Le plan, la forme se proposent,
Je cherche un nom pour mon héros.
Mais mon roman fait une pause
Car mon premier chapitre est clos ;
Je l'ai relu d'un oeil sévère :
On y dit tout et son contraire,
Pourquoi devrais-je corriger ?
C'est au censeur de s'en charger.
Aux journalistes en pâture
J'offre ce fruit de mes efforts :
Va, gagne les nordiques bords
O ma nouvelle créature,
Que je moissone mes succès :
Cris, racontars, mauvais procès ! "

Je n'ai pas seulement lu ce livre en me laissant porter par l'histoire. J'ai cherché à observer sa construction, les thèmes qu'il aborde et je me suis davantage documentée que d'ordinaire. Je vais essayer de voir une représentation de ce texte, je pense qu'il m'enthousiasmera davantage (pour l'instant, j'ai surtout conscience de ne pas avoir saisi les trois quarts du texte). Et je vais pouvoir découvrir Songe à la douceur, malgré tout le mal qu'en pense Maggie...

Titine avait été enchantée par ce livre.

Babel. 378 pages.
Traduit par André Markowicz.
1825-1832 pour la première publication.

06 janvier 2018

Anna Karénine - Léon Tolstoï

20171224_130009[1]Pour accompagner nos longues soirées d'hiver, Romanza a décidé de lancer un challenge autour d'Anna Karénine, l'un de ses romans préférés. J'avais déjà abordé Tolstoï de façon peu concluante il y a quelques années, mais cela ne m'avait pas ôté l'envie de lire ses oeuvres majeures. Après ma lecture un peu laborieuse de Crime et Châtiment, j'avais de plus envie de poursuivre ma découverte de la littérature russe, alors je n'ai pas hésité.

On connaît souvent d'Anna Karénine sa fin tragique, mais ce gros roman est bien loin de se résumer à cet épisode. Etant incapable de résumer ce livre, je vais simplement vous raconter le début de l'histoire.

En descendant du train qui la mène chez son frère à Moscou, Anna Karénine, femme mariée, fait la rencontre du comte Alexis Vronski. Leur liaison ne tarde pas à être connue de toute la bonne société et à plonger la jeune femme dans la solitude.
Au même moment, Constantin Lévine, noble propriétaire terrien qui n'est heureux qu'à la campagne, voit sa demande en mariage refusée par la jeune Kitty Stcherbatski, elle aussi éprise du beau Vronski.

Contrairement à ce que le titre laisse penser, Anna Karénine n'est pas un roman qui se concentre autour de l'histoire d'une femme adultère. Anna n'est même pas le personnage principal du roman, elle partage la vedette avec Constantin Lévine. Si ces deux personnages ne se rencontrent qu'une seule fois, Tolstoï entremêle leurs vies tout au long du roman pour poser les questions qui le tourmentent autour du sens de la vie, du mariage, des relations entre les gens (d'une même famille, d'une société), et surtout de l'existence de Dieu.
Ne fuyez pas à toutes jambes en lisant cette dernière phrase. S'il serait mensonger d'affirmer qu'Anna Karénine ne souffre pas de quelques longueurs, c'est un roman qui se lit très facilement, avec des chapitres courts, une histoire bien rythmée et passionnante et quelques scènes à mourir de rire (le mariage et les élections en particulier).

Je regrette un peu de n'avoir pas déjà lu ce roman il y a une dizaine d'années, je pense que j'aurais lu une tout autre histoire et ma lecture d'aujourd'hui n'en aurait pas été moins intéressante. L'histoire entre Anna et Vronski m'aurait probablement davantage fait rêver (alors que là, pas du tout). Je n'ai pas ressenti d'attachement particulier pour Anna. C'est une femme moderne, courageuse, mais elle est surtout le symbole de ce qui arrive à une femme ayant choisi de suivre sa passion plutôt que son devoir dans la Russie du XIXe siècle. Sa position la rend tellement isolée et dépendante de son amant qu'elle s'illustre essentiellement par ses caprices et ses crises de jalousie.
Tolstoï n'approuve pas Anna, mais il la plaint. Ses personnages sont d'ailleurs régulièrement préoccupés par la question féminine. Ils soulignent l'hypocrisie de la bonne société, qui condamne les femmes comme Anna, qui ont quitté leur mari tout en fermant les yeux sur les liaisons soi-disant secrètes mais dont chacun est informé. Quant aux hommes, l'adultère ne leur provoque qu'un léger inconfort. Le propre frère d'Anna est bien vite pardonné par son épouse et peut poursuivre ses frasques. Quant à Vronski, il continue à être reçu partout. Tout juste est-il contrarié de ne pouvoir transmettre son patronyme à ses enfants.

Si je n'ai pas été particulièrement émue par Anna en raison de mon grand âge, qui me rend beaucoup plus pragmatique qu'autrefois, j'ai sans doute apprécié davantage que je ne l'aurais fait alors de suivre Lévine. C'est un homme qui ne se sent bien que sur ses terres et qui éprouve un amour admirable pour la nature. A l'image de Tolstoï, il s'interroge sur la place de chacun, les rapports entre les hommes. Le servage n'étant aboli que depuis une dizaine d'années lorsque l'auteur entreprend la rédaction d'Anna Karénine, cette reditribution des cartes est très présente dans le roman. Bien que membre de la classe dominante, Lévine s'interroge sur les droits qu'il a de posséder ses biens, sur son rôle auprès des paysans, et sur le régime politique idéal.

" - C'est si vague, le mot "peuple" ! Il est possible que les secrétaires cantonaux, les instituteurs et un sur mille parmi les paysans comprennent de quoi il retourne ; mais le reste des quatre-vingt millions fait comme Mikhaïlytch : non seulement ils ne témoignent pas leur volonté, mais ils n'ont pas la plus légère notion de ce qu'ils pourraient avoir à témoigner. Quel droit avons-nous, dans ces conditions, d'invoquer la volonté du peuple ? "

On (du moins les neuneus dans mon genre) ne comprend pas avant les dernières pages où l'auteur compte amener le lecteur, la raison de ce parallèle entre Lévine et Anna. J'ai suffisamment dénigré la religion sur ce blog pour que vous deviniez que je ne suis pas vraiment convaincue par la révélation qui s'offre à Lévine, mais Tolstoï a l'habileté de ne pas oublier qu'il s'agit d'un être humain, ce qui permet au personnage de conserver ma sympathie. Ayant lu Crime et Châtiment il y a peu de temps, je ne peux pas m'empêcher de faire un rapprochement entre les deux fins et je soupçonne les deux auteurs d'avoir eu des tourments en commun.

Une lecture à faire absolument et une belle façon de débuter 2018.

L'avis passionné de Romanza (merci de m'avoir poussée à faire cette lecture).

Folio. 909 pages.
Traduit par Henri Mongault.
1877 pour l'édition originale.

11 novembre 2017

Crime et Châtiment - Fédor Dostoïevski

51U3xDzfaXLRaskolnikov, ancien étudiant contraint de quitter l'université et de vivre dans la misère, décide d'assassiner une vieille usurière. Bien que le meurtre ne se passe pas comme prévu, le jeune assassin pourrait facilement s'en tirer, mais il tombe immédiatement malade et ses délires attirent les soupçons de son entourage.
Au même moment, dans une lettre, la mère de Raskolnikov, Poulkheria Alexandrovna, annonce à son fils que sa soeur Avdotia Romanovna (Dounia pour les intimes) s'apprête à se marier. Les deux femmes ne tardent pas à le rejoindre à Saint Petersbourg. Pressentant que sa soeur se marie afin de l'aider financièrement, Raskolnikov décide de tout faire pour empêcher cette union.

Lorsqu'on ouvre un roman unanimement reconnu comme un chef d’œuvre, il y a toujours un décalage entre les représentations que l'on en avait et ce que l'on découvre réellement. Cela a beau sembler évident, cela a fortement influencé ma découverte de Crime et châtiment de Dostoïevski.
Avant même de lire un roman de cet auteur, une question se pose : quelle traduction choisir ? En effet, la traduction des auteurs russes a fait couler beaucoup d'encre, aussi bien chez les Français que chez nos voisins britanniques. D'après ce que j'ai retenu des articles lus sur le sujet, Dostoïevski a longtemps bénéficié d'une traduction qui rendait son style beaucoup plus travaillé qu'il ne l'est en réalité. De son côté, André Markowicz a entrepris sur une dizaine d'années une nouvelle adaptation de son œuvre en langue française, en s'attachant à rendre le plus possible les mots de l'écrivain russe. C'est dans cette dernière traduction que j'ai choisi de découvrir Crime et Châtiment, faisant par ailleurs confiance aux éditions Thélème qui ne m'ont jamais déçue.

Une fois l'écoute du livre commencée, je n'ai pu que constater que Dostoïevski ne s'encombre pas de trop de mots. La plupart des actions et des dialogues sont simples, les phrases sont courtes. Les envolées lyriques sont réservées aux grands discours, aux délires de Raskolnikov ou aux rêves que font les personnages. Toutefois, ce roman est loin d'être facile à lire ou creux. L'apparente simplicité du style est contrebalancée par le discours tenu et l'importance donnée à la psychologie des personnages.
Ce livre n'est pas une grande fresque de la société russe. Le cadre est au contraire très resserré, se concentrant sur Raskolnikov et les personnages qui gravitent autour de lui. Ce que j'aime dans les classiques des auteurs de cette époque, c'est leur peinture du monde sur lequel ils écrivent. Mais là où les Zola, Balzac ou encore Hugo se plaisent à nous offrir des descriptions sur des pages entières, Dostoïevski distille pour sa part au compte-goutte les informations de cet ordre. Il m'a fallu faire quelques recherches sur l'auteur et son époque pour saisir l'importance de certains discours et leur signification, mais l'auteur évoque bel et bien son monde à travers ses personnages. Nous évoluons dans un monde plutôt éduqué mais sans le sou, à la merci des usuriers ou des hommes à la recherche d'une jolie épouse. La place des femmes en particulier est misérable. Sonia doit se prostituer afin d'aider sa famille, et Dounia se retrouve dans une situation glaçante à la fin du roman. Les rapports sociaux sont insatisfaisants, et on devine dans ce livre les grands conflits à venir, aussi bien en Russie que dans le monde.

"Les gens s'entretuaient dans une espèce de rage absurde. Ils s'assemblaient les uns contre les autres par armées entières, mais ces armées, déjà en marche, se mettaient soudain à s'égorger entre elles, les rangs se débandaient, les guerriers se jetaient les uns contre les autres, ils se tuaient, s'étripaient, se mordaient et s'entre-dévoraient."

Crime et châtiment a également des airs de roman policier (inversé, puisque le lecteur se demande si le meurtrier sera pris). Raskolnikov attire immédiatement la curiosité de son entourage et de la police. En proie à une mystérieuse maladie qui se traduit par des délires durant lesquels il en dit beaucoup trop, il devient évident pour tous que le meurtre d'Aliona Ivanovna. Plusieurs personnes lui posent alors des questions, dont un policier, qui laisse planer le doute sur les soupçons qu'il nourrit vis-à-vis de Raskolnikov. De plus, bien que décidé à ne pas se faire prendre, Raskolnikov ressent une certaine fierté d'avoir tué et a du mal à accepter que d'autres puissent être soupçonnés de son crime.
Pourquoi Raskolnikov a-t-il assassiné la vieille usurière ? Il s'agit d'un jeune homme sain d'esprit mais tourmenté par ses grandes théories, dont l'une, celle qu'il appartient à la race des hommes supérieurs, l'a poussé à commettre son crime. Bien que certain d'avoir agi justement (il ne montre pas le moindre regret), il ne met pas en oeuvre la suite de son projet qui consiste à utiliser ce qu'il a volé chez Aliona Ivanovna. Il commence le roman en se prenant pour Napoléon (et justifie ainsi le fait de commettre une mauvaise action si c'est pour ensuite faire de grandes choses), mais la présence de Sonia le rapproche finalement de Lazare. Cette dimension mystique m'a plutôt ennuyée, la religion n'étant pas ma tasse de thé. N'ayant par ailleurs jamais lu l'auteur et ne connaissant pas ses idées, j'ai dû me contenter d'une lecture simple du roman.

Une lecture qui n'a pas été facile. J'ai fini par emprunter une version papier du livre pour mieux saisir le texte. Je compte bien relire Dostoïevski parce que j'aime les auteurs qui me poussent hors de ma zone de confort et que celui-ci ne s'apprivoise clairement pas avec un seul roman.

Thélème. 24h49.
Lu par Pierre-François Garel. Traduction d'André Markowicz.
1866 pour l'édition originale.


20 octobre 2014

Les robots ont-ils une âme ?

esprit-d-hiver,M119310Holly se réveille avec un horrible pressentiment le matin de Noël. Elle a trop dormi, son mari Eric aussi. Alors que ce dernier se précipite à l'aéroport pour y chercher ses parents, elle se retrouve seule avec leur fille, Tatiana. Holly doit donc se préparer à l'arrivée de toute sa belle-famille ainsi que de deux familles d'amis, mais rien ne va.

Esprit d'hiver avait beaucoup fait parler de lui lors de sa sortie l'an dernier. Je savais donc que je devais m'attendre à un rebondissement final frappant, mais il a dépassé toutes mes prévisions et je termine ma lecture nauséeuse (certes, je suis malade aussi).
Il y a beaucoup de choses dans ce livre, un peu trop d'ailleurs, mais les romans de Laura Kasischke ont toujours un côté too much pour moi. D'habitude, c'est la fin qui me dérange le plus, cette fois c'est plus l'accumulation de choses qui sont arrivées à Holly dans sa vie et qui rassemblées semblent avoir une signification qui me gêne. Je ne crois pas au destin, ce qui fait que j'aurais toujours à redire sur les livres de cet auteur. Je sais, je l'aime pourtant assez pour en être à mon troisième livre d'elle, elle me fascine et m'agace à la fois.
Fermons cette parenthèse pour évoquer ce qui est une réussite totale dans ce livre, le huis-clos auquel on assiste, et la tension qui se fait de plus en plus forte au fur et à mesure que l'on se rapproche de l'explication finale. Holly est une mère adoptive et plus généralement une femme angoissée, soucieuse de ce que l'on pense d'elle et désireuse de faire le bonheur de sa fille ramenée de Russie presque quatorze ans plus tôt. En ce jour de Noël, les invités vont se décommander les uns après les autres en raison de la mauvaise météo, laissant Holly en tête à tête avec une adolescente irritée, distante, puis progressivement violente et terrifiante.

Pourquoi Tatiana se change t-elle constamment ? Pourquoi accuse t-elle sa mère de choses complètement absurdes ? Qui est ce M. Inconnu qui harcèle Holly sur son portable ?

Par des allers-retours entre le présent et le passé, on remonte peu à peu le fil de l'histoire. Très habilement, Laura Kasischke nous laisse nous impatienter, capturer les indices qu'elle a semés, devenir presque hystérique à force de nous demander si l'on a trouvé la bonne explication (de la plus logique à la plus irrationnelle) à toute cette tension avant de nous asséner un coup de massue dans les dernières lignes.

Un roman sur la maternité très réussi et glaçant.

Les avis de Titine et d'Emma.

Esprit d'hiver. Laura Kasischke.
Christian Bourgeois.
283 pages. 2013

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22 juin 2013

Limonov - Emmanuel Carrère

002129210"Soixante-dix ans d'efforts et de sacrifices nous ont menés là : dans la merde jusqu'au cou."

Oui, je sais, j'ai honte. On est à la fin du mois de juin, du mois anglais qu'on attendait depuis des lustres, et quand je daigne enfin publier un billet, c'est sur un livre complètement hors sujet. Pour ma défense, je pense pouvoir tenir mes engagements concernant Anthony Trollope.

Pour l'heure donc, je vais vous parler d'un livre un peu étrange, que je ne sais pas trop par quel bout prendre puisqu'il s'agit de la biographie d'un personnage dont j'ignorais l'existence avant de débuter ma lecture, un certain Edouard Limonov, homme politique, écrivain et surtout pauvre type.

Tout commence dans les années 1940. Edouard Limonov naît en URSS dans une famille plutôt pauvre. Son père est un soldat de second ordre, qui n'a jamais fait la guerre, à la grande honte de son fils lorsqu'il le découvre. Edouard passe son adolescence avec des amis dont l'existence est aussi vide que la sienne. Il s'échappe de sa condition en rencontrant Anna, une femme trop vieille pour lui, dépourvue de charme et atteinte de problèmes psychologiques, mais avec qui il se rend à Moscou, où il espère gravir les échelons en fréquentant des cercles d'écrivains. C'est un semi-échec, qui le pousse à s'exiler aux Etats-Unis, où il rencontre encore la misère, puis en France, où le succès est enfin au rendez-vous. Pendant ce temps, il n'aura jamais oublié la Russie, qui sombre avec la chute du communisme. 

Le livre d'Emmanuel Carrère est donc l'histoire d'un homme sur plus de soixante ans, mais aussi à travers les yeux de ce dernier, le récit d'une époque, celle de l'Union soviétique puis de la période post-communiste. Pour être honnête, je n'ai pas éprouvé un grand intérêt pour Limonov lui-même. Le récit de ses mésaventures et de ses conquêtes le font ressembler à l'un de ces anti-héros que l'on trouve dans nombre de romans américains, en beaucoup moins bien. Limonov n'est pas Martin Eden, et c'est donc lorsqu'il apparaît plutôt en toile de fond, comme un prétexte pour raconter l'histoire de l'Europe depuis les années 1980, que le livre devient vraiment captivant. Auparavant, on a malgré tout des passages intéressants sur l'URSS. On découvre ainsi la vie artistique sous le régime soviétique. Le talent n'est pas quelque chose que l'on vous accorde en fonction de vos oeuvres mais de votre statut. Si le pouvoir vous mène la vie dure, vous êtes un génie. Un cynique dirait certes qu'on n'a pas besoin d'aller en URSS pour trouver ce type d'exemple, mais Limonov croise nombre de types médiocres perçus comme de grands écrivains simplement parce qu'ils ont fait ceci ou cela (ou parce qu'ils ne l'ont pas fait). Cela le rend mauvais, d'autant plus qu'il est convaincu de valoir mieux qu'eux. Par la suite, devenu un écrivain reconnu (du moins d'après ce livre), Limonov ayant renoué avec sa patrie se lance dans la politique en créant un parti douteux, ce qui finit par lui valoir la prison. Entretemps, il sera aussi allé apporter son soutien aux Serbes pendant la guerre en ex-Yougoslavie.
Je suis trop jeune pour avoir suivi la chute du communisme en direct, et la Russie n'est pas un pays que j'ai eu l'occasion d'étudier en détail, donc j'ignorais nombre des événements décrits dans ce livre concernant la façon dont nous en sommes arrivés à la situation actuelle. Il est beaucoup question de Gorbatchev, de Elstine et de Poutine, et de la façon dont la Russie a découvert la démocratie (j'ai presque envie de mettre des guillemets). On découvre un pays qui se réveille avec la gueule de bois. L'inflation est galopante, les ressources sont immédiatement monopolisées par une bande d'oligarques qui comptent bien ne pas rejoindre leur compatriotes plongés dans la misère, l'espérance de vie régresse... Face à cela, la possibilité de pouvoir enfin l'ouvrir semble être un faible lot de consolation, et grande est la tentation de regretter l'époque où l'on ne payait pas le gaz. 

J'ai souvent du mal avec les livres qui mêlent des tas de choses, et notamment des faits et des interprétations personnelles, mais Limonov a une immense qualité, il fait réfléchir. En fait, Emmanuel Carrère nous y livre sa version de nombreux faits, de décisions prises par des personnages politiques, mais avec suffisamment d'éléments contradictoires pour nous donner envie d'aller fouiner ailleurs.

Merci à Lise pour le livre.

Folio. 488 pages.
2011.

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23 février 2013

Nouvelles de Pétersbourg - Nicolas Gogol

FIC11413HAB40Cela fait des années que j'entends le plus grand bien de Nicolas Gogol et de ses Nouvelles de Pétersbourg. L'hiver russe que nous traversons actuellement en compagnie de Titine et Cryssilda m'a enfin permis de m'y plonger.

Mon édition contient cinq nouvelles. Dans Le Manteau, un petit fonctionnaire, après avoir passé de nombreuses années vêtu d'un manteau rapiécé de toutes parts, se trouve obligé d'en acheter un nouveau. Après avoir économisé assez d'argent en se privant beaucoup, il se fait faire un très beau manteau, très chaud, qui provoque l'admiration et l'envie de ses collègues (qui l'ont longtemps raillé sur l'ancien). Mais à peine a t-il le temps de le porter qu'il se fait agresser et voler son nouvel habit.
Le Journal d'un fou est celui d'un fonctionnaire qui perd le sens de la réalité en voulant séduire une jeune fille et qui écrit ses délires dans son journal. Il parle aux chiens, se prend pour le roi d'Espagne et se perd dans le temps et l'espace. Il finira à l'asile.
Dans Le Nez, un homme se réveille un matin et s'aperçoit que son nez a disparu. Alors qu'il erre, paniqué, dans les rues, il voit son nez se promener dans la rue, prendre des fiacres et vivre sa vie en toute indépendance.
La Perspective Nevsky est une avenue de Saint-Pétersbourg que toutes les classes sociales traversent chaque jour. Deux amis, un peintre et un militaire, y croisent chacun une femme qu'ils décident de suivre.
Enfin, dans Le Portrait, un jeune peintre désargenté mais passionné déniche un tableau très réaliste représentant un viel homme dans une boutique d'art. Il l'achète, et une fois chez lui, découvre que le portrait a des pouvoirs magiques. Grâce à lui, il devient un peintre à la mode, mais pour cela il doit accepter de produire des oeuvres déhumanisées.

A l'exception de La Perspective Nevsky qui m'a pas mal ennuyée (même si je reconnais qu'elle est intéressante), j'ai passé un très bon moment en compagnie de Gogol. Ces nouvelles, tour à tour drôles, grotesques et tristes, sont d'une très grande richesse. Le Saint-Pétersbourg que nous dépeint l'auteur est loin de l'image glorieuse que nous avons de cette ville. Il fait très froid, certains quartiers sont sales et laids, les gens peinent à payer leur loyer ou même un simple vêtement.
L'humour occupe une grande place dans ces textes. En plus des agissements bizarres de ses personnages, Gogol intervient dans le récit, insiste pour nous présenter tous ses héros et se moque même de l'absurdité de sa nouvelle Le Nez.

"Mais le plus étrange, le plus inexplicable, c'est que les auteurs puissent choisir de tels sujets ! Je l'avoue : c'est tout à fait incompréhensible ! C'est véritablement... Non !... je ne comprends pas ! En premier lieu, le pays n'en retire aucun avantage ; en second lieu il n'en retire aucun avantage non plus. Bref, je ne sais pas."

En effet, le fantastique n'est jamais loin. Il sert à rappeler la cruauté du monde réel en causant de graves désillusions ou en créant des situations qui provoquent l'effroi et l'incompréhension, comme ce sera le cas plus tard dans La métamorphose de Kafka à laquelle fait inévitablement penser cette histoire de nez qui se promène seul dans les rues de Pétersbourg. Les héros sont des gens modestes, pitoyables, qui paient systématiquement le simple fait d'avoir entraperçu une vie meilleure. Dans Le Manteau, le texte qui m'a le plus touchée, le pauvre Akaky Akakiévitch porte les mêmes vêtements depuis toujours, et le moindre changement le terrifie (au point de lui faire repousser une promotion). Son nouveau manteau, qui a comme pouvoir magique le pouvoir de le garder au chaud, lui permet d'apprécier les choses du quotidien pour la première fois. A l'image de beaucoup d'autres personnages, la jouissance de cet homme auhiver_russe1 nom étrange ne sera qu'éphémère.
La profusion d'artistes maudits et d'oeuvres malfaisantes m'a rappelé Le Chef d'oeuvre inconnu ou La Peau de Chagrin de Balzac. Dans ces moments là, je regrette de ne pas avoir une culture littéraire suffisante pour savoir quelles sont les auteurs qui ont pu influencer ces deux écrivains. Le Portrait, dans laquelle tous les hommes qui touchent au tableau représentant cet homme cruel qui a voulu l'immortalité courent à leur perte, m'a complètement fascinée. 

Voilà donc des nouvelles bien étranges mais originales, souvent distrayantes et toujours brillantes.

 D'autres avis chez la Renarde et Titine.

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02 janvier 2013

La garde blanche - Mikhaïl Boulgakov

la-garde-blanche-4363-250-400"Simplement, la neige fondra, la verte herbe ukrainienne sortira et flottera comme une chevelure sur la terre... les épis splendides mûriront... l'air brûlant vibrera sur les champs, et toute trace de sang aura disparu. Le sang ne coûte pas cher sur les terres rouges, et personne ne le rachètera.
Personne."

Nous sommes à Kiev, en décembre 1918. De nombreuses familles russes issues des classes favorisées ont fuit la Russie bolchevik en 1917 pour se réfugier dans la capitale ukrainienne. Cependant, c'est la débandade lorsque le roman commence, puisque les Allemands, qui viennent de perdre la Première Guerre mondiale, abandonnent le navire. Le champs est donc libre pour le général Petlioura, opposant au régime, qui s'aprête à prendre la ville.
Les enfants Tourbine, trois frères et une soeur, enterrent leur mère. Les frères sont des soldats chargés de défendre la ville ou de soigner les blessés. Avec leur soeur Elena et plusieurs de leurs amis soldats, ils vont être les témoins du tumulte dans lequel Kiev va être plongée.

Si ce livre n'est pas aussi flamboyant que Le Maître et Marguerite, il reste un beau roman. En fait, ce qui me plaît le plus chez Boulgakov, c'est son écriture merveilleuse, qui le rend tour à tour peintre, conteur et dénonciateur. Durant tout le livre, on voyage ainsi entre monde réel et fantastique.
Les descriptions de Boulgakov font penser à des tableaux vivants et emprunts de surnaturel. On est également à la lisière du fantastique grâce à la place donnée aux rêves des personnages qui font revivre les grands hommes de l'époque tsariste.
L'histoire en elle-même ne m'a pas beaucoup intéressée. Un peu plus d'un mois après ma lecture, je n'en garde déjà plus beaucoup de souvenirs. Les personnages restant distants, ce sont vraiment les événements et la façon dont ils sont décrits qui ont retenu mon attention et provoqué mon admiration.
La ville de Kiev, centrale, apparaît comme un personnage du roman. Sa population semble à la fois faite de milliers de voix et d'une seule clameur. On sent tour à tour son calme, sa peur, son agitation et son incertitude, à mesure que l'attente devient insupportable, que les coups de feu retentissent ou que les rumeurs se répandent. Boulgakov ne nous épargne pas les horreurs de la guerre, et si certaines de ses descriptions nous font oublier le monde réel, d'autres se chargent de nous ramener là où les humains pleurent et cherchent leurs morts et là où l'on empile les cadavres.

Une lecture à faire donc, notamment pour ceux qui, comme moi, connaissent très mal l'histoire de l'Europe Centrale. C'est un belle occasion de l'aborder.

"Oh, seul celui qui a déjà été vaincu sait ce que signifie ce mot ! Il ressemble à une soirée hiver-russe1à la maison, quand il y a une panne de lumière. Il ressemble à une chambre dont le papier est mangé par la moisissure verte, pleine d'une vie morbide. Il ressemble à du beurre rance, à un petit monstre rachitique, à des injures obscènes lancées par des voix de femmes dans l'obscurité. En un mot, il ressemble à la mort."

Pocket. 317 pages.
Traduit par Claude Ligny.
1926 pour la version originale.

 

18 novembre 2012

Un hiver en Russie avec Tolstoï

les_cosaques_109437_250_400Je l'ai déjà dit ici, la littérature russe me fait peur. Tolstoï, Dostoïevski, Gogol et compagnie sont des noms qui m'attirent autant qu'ils me font peur. Mais l'hiver arrive, et Titine et Cryssilda ont décidé de nous le faire passer en Russie, donc je me suis dit qu'il était temps de grandir un peu. Et comme je ne fais jamais les choses à moitié, j'ai même pris de l'avance sur la lecture de groupe prévue dans des mois. J'ai donc lu Les Cosaques de Léon Tolstoï, un texte largement autobiographique.

Olénine, un jeune noble endetté et las de mener une vie sans saveur, s'engage comme officier dans l'armée russe et part pour le Caucase. Là-bas, il est hébergé dans une famille cosaque. Il découvre la vie des populations vivant aux confins de la Russie, et aussi l'amour, en la personne de la belle Marion.

Bon, pour être honnête, je me suis beaucoup ennuyée en lisant ce livre. Ca n'avance pas, on a des tonnes de petits riens, des personnages difficiles d'accès et franchement gonflants (les états d'âme d'Olénine m'ont surtout fait bailler)...
Bref, cette rencontre avec le monstre de la littérature russe qu'est Tolstoï n'a pas été une franche réussite, au point de me faire repousser la lecture de Guerre et Paix (parce qu'on y croit tous quand je dis que j'allais m'y mettre, c'était prévu, etc).

Mais comme je suis d'une bizzarerie sans nom, j'ai quand même trouvé ce livre objectivement correct. En fait, je trouve qu'il permet une incursion détaillée dans la vie des Cosaques. Leurs coutumes, leurs habitudes, leurs manières sont très bien décrites. Olénine arrive sans trop savoir à quoi s'attendre, et il est transfiguré au contact de ces gens aux habitudes si simples et directes. Les rapports entre hommes et femmes, entre jeunes et vieux ne sont pas guindés comme à la cour du tsar, ils sont naturels, ce qui fascine le jeune homme.
Avec ce roman, on a aussi un bon aperçu de la situation dans le Caucase au milieu du XIXe siècle. Les Tchétchènes sont remuants, et les Russes et les Cosaques sont présents pour les repousser, parfois entre deux parties de chasse ou beuveries. On est loin du tableau des guerriers en permanence sur le pied de guerre qu'on se représente lorsqu'on pense au front.
Tolstoï était également fasciné par les paysages du Caucase, et certaines de ses descriptions sont très belles et émouvantes. Juste un peu trop présentes.

En lisant mon commentaire, je me dis que c'est étrange de repprocher à ce livre de manquer d'action, alors que je viens d'adorer Retour à Brideshead, et que je vénère de nombreux livres dans lesquels il ne se passe rien. En fait, je crois que je n'ai pas assez senti le souffle de Tolstoï durant ma lecture. Je l'ai perçu quelques fois, notamment au tout début du livre, mais c'était trop bref.

Comme je ne veux pas finir sur une touche négative, je vais terminer mon billet en écrivant un extrait que j'ai trouvé magique, bien que très secondaire :hiver-russe1

"Jeannot ne répondit rien, seulement, en clignant des yeux, il accompagna son maître d'un regard dédaigneux et hocha la tête. Jeannot ne voyait en Olénine qu'un maître. Olénine ne voyait en Jeannot qu'un serviteur. Et tous deux eussent été fort étonnés si on leur avait dit qu'il étaient amis."

YueYin a heureusement un avis plus argumenté que le mien sur ce livre. En lisant son billet, je me dis que c'est sans doute le côté communion avec la nature et tout et tout qui m'a gonflée. Ca me rappelle La symphonie pastorale, qui avait le même défaut (je n'aurais jamais pu être hippie).

Les Cosaques. Léon Tolstoï
Folio. 304 pages.
Traduit par Pierre Pascal.
1863 pour l'édition originale.

Posté par lillounette à 16:47 - - Commentaires [20] - Permalien [#]
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