17 septembre 2021

Ce que je ne veux pas savoir/Le Coût de la vie - Deborah Levy

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Grand succès de la rentrée littéraire 2020, ce diptyque raconte la vie de l'écrivaine Deborah Levy à des moments-clés de sa vie. Réfugiée à Majorque, elle raconte à l'épicier chinois son enfance en Afrique du Sud dans le contexte de l'Apartheid. Le Coût de la vie suit son divorce et ses difficultés à concilier ses obligations de mère et de femme ayant besoin d'un lieu à soi.

Je dois reconnaître qu'après ma lecture de Ce que je ne veux pas savoir, j'étais un peu perplexe face à l'enthousiasme provoqué par Deborah Levy. Ce texte visant à aborder les premiers contacts entre une femme en devenir et ce qu'elle ne veut pas savoir (même si, évidemment, elle sait déjà), est agréable à lire, mais je pensais l'oublier rapidement. Cependant, sa suite le fait brillamment résonner.

Ainsi, cette lecture est une pépite pleine d'anecdotes et de réflexions savoureuses, parsemée de références, dans lesquelles Deborah Levy montre tout son talent d'écrivaine poétesse. Ces livres parlent de l'intime, de l'impossibilité de faire rentrer une vie à deux dans une vie à un, de la difficulté d'être bien dans un endroit où l'on ne devrait pas être, de deuil. Et puis, surtout, des rapports inégaux entre les sexes et de la toute puissance de l'homme qui ne voit pas le problème lorsqu'il drague une jeune fille ayant l'âge de sa fille en ne faisant même pas semblant de s'intéresser à autre chose qu'à lui-même.

" Il n’avait pas imaginé une seconde qu’elle puisse se voir autrement que comme le personnage secondaire et ne pas le voir, lui, comme le personnage principal. En ce sens, elle avait déstabilisé une frontière, fait s’effondrer une hiérarchie sociale et mis à bas les vieux rituels."

S'inscrivant dans la lignée de Beauvoir, Deborah Levy dénonce les tâches cycliques auxquelles sont cantonnées les femmes quand les hommes peuvent transcender leur condition en participant à la vie de la société. Toute tentative de s'échapper est de plus sévèrement punie. Rien de plus écartelant qu'une vie de femme.

" Quand notre père fait ce qu’il a à faire dans le monde, nous comprenons que c’est son dû. Si notre mère fait ce qu’elle a à faire dans le monde, nous avons l’impression qu’elle nous abandonne. C’est miraculeux qu’elle survive à nos messages contradictoires, trempés dans l’encre la plus empoisonnée de la société. Ça suffit à la rendre folle."

Des muses sont invoquées : Sylvia Plath, George Sand, Virginia Woolf et surtout Marguerite Duras qu'elle réhabilite.

"Marguerite portait des lunettes surdimensionnées et avait un ego surdimensionné. Son ego surdimensionné l’aidait à réduire en bouillie les illusions concernant la féminité sous les semelles de ses chaussures – qui étaient plus petites que ses lunettes. Quand elle n’était pas trop soûle, elle retrouvait l’énergie intellectuelle pour passer à l’illusion suivante et la réduire, elle aussi, en bouillie. Quand Orwell parlait du pur égoïsme comme d’une qualité nécessaire à un écrivain, il ne pensait peut-être pas au pur égoïsme d’une écrivaine. Même la plus arrogante des écrivaines doit mettre les bouchées doubles afin de se constituer un ego assez robuste pour lui permettre de survivre au premier mois de l’année, alors survivre jusqu’au dernier, n’en parlons pas. L’ego durement gagné de Duras me parle à moi, à moi, à moi, en toute saison."

Ca ne vous donne pas envie, sinon de revoir vos jugements sur le personnage, du moins de vous jeter sur La Vie matérielle ?

Deux curiosités à côté desquelles il ne faut pas passer et qui seront rejointes par un dernier chapitre très prochainement.

Ce que je ne veux pas savoir. 135 pages. Editions du sous-sol. Traduit par Céline Leroy. 2013 pour l'édition originale.
Le Coût de la vie. 157 pages. Editions du sous-sol. Traduit par Céline Leroy. 2018 pour l'édition originale.

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22 juillet 2021

Honoré et moi - Titiou Lecoq

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Honoré de Balzac est aujourd'hui un monstre incontestable de la littérature. A sa mort, tout le monde veut se l'approprier, à gauche comme à droite. Les féministes comme les misogynes peuvent se délecter de ses textes. Son oeuvre est intemporelle et permet d'expliquer jusqu'à l'élection d'Emmanuel Macron, ce Rastignac (entre autres personnages balzaciens) du XXIe siècle.
Pourtant, malgré le succès réel qu'il a rencontré de son vivant, Balzac n'a pas échappé aux critiques et aux moqueries. Incarnant la popularisation du roman au XIXe siècle, il a mis le sujet de l'argent sur le devant de la scène, aussi bien dans ses livres que dans sa vie. Un crime impardonnable, puisque cela signifiait que l'artiste ne vit pas d'amour et d'eau fraîche et qu'il doit travailler pour produire ses oeuvres.

" Quand Zweig parle "d'amour de l'argent", il ne semble pas envisager que Honoré avait simplement besoin de gagner sa vie. En réalité, ce n'est pas lui-même qu'il abîme, c'est l'idée que Zweig se fait de l'art, des artistes et des grands hommes. Honoré désacralise l'écriture et c'est insupportable aux yeux de certains. "

Il y a quelques semaines, j'ai décrété, sûre de moi, que je n'aimais pas du tout les essais trop familiers, les variations de registre et que j'étais une inconditionnelle de l'académisme dans le style. Il faut croire que Titiou Lecoq est l'exception qui confirme la règle.
Honoré et moi multiplie les écarts de langage, et son autrice s'adresse à ses lecteurs comme à des amis proches. Cela ne m'a pas empêchée d'apprendre des tas de choses, tout en ayant l'impression d'avoir passé quelques soirées à rire comme une hyène avec une copine, en disant du mal de quelqu'un qu'au fond on aime bien.

Titiou Lecoq nous offre un Honoré en chair et en os, écrivain mais surtout homme plein de faiblesses, d'illusions, de mauvaise foi. On le suit dans ses projets fous et ruineux. On découvre aussi ses techniques de travail, ses horaires farfelus et ses sources d'inspiration. Entre deux entreprises catastrophiques, on le voit dessiner peu à peu sa Comédie Humaine.

"Si son temps de labeur est partagé entre jour et nuit, c'est parce que la nature même de son travail est divisée en deux. : écriture et réécriture. Elle révèle que, d'une certaine manière, Balzac a inventé le traitement de texte avant les ordinateurs. Il déteste travailler sur ses manuscrits écrits à la main. Il a besoin de voir le texte imprimé pour continuer.  "

Réfutant la thèse selon laquelle l'écrivain aurait été la victime d'une mère destructrice, Titiou Lecoq n'oublie pas sa casquette de féministe. Pour cela, elle utilise aussi bien les fait que les propres ouvres de Balzac qui dénoncent les viols conjugaux et dépeignent avec une perspicacité surprenante les contraintes de la maternité. Ce qui lui a au passage valu d'être méprisé, puisqu'on ne traite pas de sujets aussi insignifiants (surtout quand, au même moment, un Victor Hugo s'attaque à la peine de mort). Dommage que Beauvoir n'ait pas analysé Balzac dans Le Deuxième Sexe, cela aurait été fabuleux.

Une biographie passionnante, alliant rigueur et subjectivité, et qui nous montre un homme loin du grand cliché de l'artiste, qui a utilisé la littérature pour vivre sa vie.

Les avis de Maggie, Claudialucia, Keisha et Choup.

L'Iconoclaste. 294 pages.
2019.

17 juillet 2021

Féminismes & pop cultures - Jennifer Padjemi

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" Pour la version non académique, je vous dirai que la pop culture, ce sont toutes ces images que nous assimilons au quotidien sans nous en rendre compte. Historiquement, c’était les affiches de propagande, les panneaux publicitaires, la télévision, la musique, aujourd’hui c’est Internet, les réseaux sociaux, les plateformes de vidéo à la demande, le streaming, nos écrans, les affiches dans la rue, dans le métro, chez le médecin. C’est partout, tout le temps. C’est se lever le matin et pleurer la mort d’une célébrité qu’on ne connaît pas. C’est aussi bien la Coupe du monde 98 que l’arrivée de J. Lo aux Grammy Awards vêtue d’une robe verte Versace ; c’est l’investiture de Barack Obama, Bernie Sanders transformé en mème, tout comme le visage de Jean-Marie Le Pen qui s’affiche au second tour de la présidentielle en 2002 ; ce sont les Guignols, c’est Buffy, c’est Carrie Bradshaw ; c’estBlack Panther, c’est le mariage de Meghan Markle et du prince Harry, c’est AOC, Britney Spears ; c’est YouTube, Facebook, Twitter, Instagram, les influenceurs ; ce sont ces vidéos qu’on partage, qu’on regarde, qu’on commente, qui nous font réagir, rire ou nous mettent en rogne. Les magazines. La K-pop, le hip-hop. La NBA. C’est l’installation du féminisme dans la sphère médiatique, ses détracteurs, ses divisions. Bien sûr le capitalisme n’est jamais loin, l’objectif ultime étant d’amasser toujours plus d’argent. Toutes ces perles de culture s’insèrent dans ce que la société a de plus complexe et reflètent ses avancées autant que ses retours de bâton. "

Alors que la culture populaire est souvent méprisée ou du moins considérée comme relevant du simple loisir sans conséquence ou pouvoir, Jennifer Padjemi est convaincue que le féminisme contemporain ne peut s'en passer, sous peine d'être déconnecté de la réalité et isolé. Journaliste, noire, femme et jeune trentenaire, elle nous entraîne à sa suite dans l'analyse de la pop culture et de ses rapports avec le féminisme dans une optique intersectionnelle.

J'ai beaucoup apprécié le ton général de ce livre, souvent très pertinent. L'autrice y évoque les féminismes, au pluriel, puisque nous n'avons évidemment pas la même expérience du féminisme. Chaque expérience est une réalité que l'on ne peut nier ou hiérarchiser, même si cela ne signifie pas pour autant que personne n'est à côté de la plaque.
Cette ligne de conduite est respectée tout au long du livre, dans lequel Padjemi va parfois se montrer très critique vis-à-vis d'une oeuvre tout en reconnaissant aussi ses qualités (c'est le cas de la série Girls). 

A travers ses exemples, la journaliste montre que la pop culture peut faire bouger les choses et qu'il existe un vrai pop féminisme, qui permet d'inclure de nombreuses personnes exclues du féminisme académique. L'autrice a aussi conscience des limites et des effets pervers de l'interdépendance entre féminisme et pop culture. Il est ainsi très complexe de faire du réalisme sans tomber dans le misérabilisme, le tout avec des contradictions et des impératifs matériels dont personne ne peut se dispenser. Nous avons beau être féministe et nous éduquer en permanence, cela ne nous empêche pas d'être les produits d'une société qui est dominée par d'autres visions. A l'inverse, on peut être Rihanna ou Kim Kardashian (ça me coûte vraiment d'écrire cela) et tourner le patriarcat à son avantage.

J'ai beaucoup lu sur le féminisme ces derniers mois, et si j'ai parfois regretté que ce livre développe plus une succession d'analyses qui s'additionnent les unes aux autres qu'une véritable progression ainsi que certaines redites par rapport à d'autres lectures, il m'a aussi offert de belles réflexions. L'analyse des réseaux sociaux ou des troubles mentaux (#freebritney) avec un angle pop féministe raconte une toute autre histoire que les raccourcis habituels.

Stock. 337 pages.
2021.

06 juillet 2021

Intempéries - Rosamond Lehmann

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Séparée de son mari, Olivia mène une vie de bohème. Elle s'est installée chez sa cousine Etty, restée vieille fille, et gagne tout juste de quoi subvenir à ses besoins. Alors qu'elle se rend au chevet de son père, la jeune femme croise dans le train Rollo Spencer, qui l'avait tant éblouie lors de son premier bal. Bien qu'il soit marié à une femme maladive, Rollo et Olivia ne tardent pas à entamer une liaison.

Reprenant le thème éculé de l'adultère, Rosamond Lehmann écrit en 1936 un livre mettant en scène un personnage féminin fort, intelligent et pris dans ses contradictions.

Ayant lu en parallèle Fragments d'un discours amoureux, j'ai reconnu dans cette oeuvre nombre des stratagèmes mis en place par l'esprit humain pour nier la réalité évoqués par Roland Barthes dans son essai (billet à venir). L'isolement d'Olivia et ses émotions sont décortiqués durant plus de cinq cent pages avec un style brouillé et multipliant les points de vue qui ne m'avait pas frappée lors de mes précédentes lectures de l'autrice mais qui est ici très maîtrisé.

" Pour ne pas le manquer, je ne restais jamais nulle part après minuit. Je rentrais. J’attendais… Que c’était long !… Et bien souvent, quand une heure avait sonné, je continuais à attendre : la demie, deux heures, la demie… l’âme tendue vers tous les bruits, la sonnette, l’appel du téléphone, l’auto qui tourne le coin de la rue, l’arrêt… Engourdie sur ma chaise, et glacée, je n’étais plus qu’une machine, une machine à écouter. "

Intempéries est également un roman sur la condition féminine. Séparée de son époux, Olivia est l'exact opposé de sa soeur Kate, mariée et mère d'une nombreuse famille. Autour d'elles gravitent d'autres femmes cherchant à trouver leur place dans un monde qui change. N'hésitant pas à mettre les pieds dans le plat, Rosamond Lehmann nous offre une scène d'avortement d'une précision que je n'avais jamais rencontrée dans les livres de cette période. Par ailleurs, bien que plaignant trop  généreusement son amant, Olivia n'hésite pas à le confronter et à se montrer très amère à l'égard des privilèges de l'aristocratie en matière de débauche.

" Une façade de vertu et de principes, d’un excellent exemple pour les classes inférieures et derrière laquelle il peut se passer n’importe quoi – parce que vous êtes des privilégiés. Cette Marigold, ce n’est rien, une coureuse, une ivrognesse, moins que rien. Et quant à ce bon vieux sir John, dans son jeune temps… je me demande ce qu’il a bien pu faire sous le manteau. "

Mes rapports avec Rosamond Lehmann sont parfois complexes, mais Intempéries est indéniablement un grand roman, moderne aussi bien dans son style que par son propos.

Belfond. 518 pages.
Traduit par Jean Talva.
1936 pour l'édition originale.

14 mai 2021

Kim Jiyoung, née en 1982 - Cho Nam-Joo

Kim"Comme si avoir une fille constituait une raison médicale, l’avortement des fœtus filles était pratiqué de façon massive. Cette tendance allait persister durant toutes les années quatre-vingt, jusqu’au début des années quatre-vingt-dix où la population atteignit le point culminant du déséquilibre des naissances garçon/filles. Au-delà du troisième enfant, la proportion de garçons était plus du double des filles."

Séoul, Corée du Sud. Alors qu'elle a tout pour être heureuse, Kim Jiyoung commence à parler avec les voix des femmes de sa connaissance. S'agit-il d'une pathologie inévitable, de sorcellerie ou bien de l'expression d'une souffrance liée à sa condition ?

Ce roman avait beaucoup de choses pour me plaire, en particulier son discours profondément féministe. Pourtant, c'est une petite déception.

Il est intéressant de lire des oeuvres remettant en cause l'image idéalisée que nous avons des pays comme le Japon et la Corée, que nous connaissons à travers des préjugés ou les arts qui font actuellement fureur (séries, groupes de musiques, mangas...). 
Loin de ces images lisses, édulcorées, et avec l'aide de chiffres et de sondages, l'autrice nous immerge dans une famille coréenne classique, plutôt ouverte d'esprit et bienveillante envers ses membres. Malgré cela, les expériences de Kim Jiyoung seront toujours marquées par le sexisme qui sévit partout : dans son éducation, dans ses études, dans sa vie professionnelle, dans son mariage, dans sa maternité...

Je ne me suis pas ennuyée au cours de ma lecture. La vie de Kim Jiyoung est parsemée d'événements qui pourraient arriver à n'importe quelle femme française, et je n'ai heureusement pas atteint le moment où les discriminations à l'embauche, la culture du viol ou la charge mentale deviendront des sujets lassants.
L'héroïne est d'autant plus touchante qu'elle est consciente et révoltée d'endosser ce rôle qu'on la force à prendre. Un rôle qu'elle accepte de jouer parce que c'est parfois un moindre mal. Quand on gagne un salaire bien inférieur à celui de son époux et insuffisant pour faire vivre une famille, il est difficile de ne pas sacrifier sa vie professionnelle après la naissance d'un enfant.

Cependant, l'autrice semble avoir oublié en cours de route qu'elle écrivait un roman. Il n'est question des troubles de Kim Jiyoung que dans l'introduction du livre. Ce qui semble être la promesse d'une histoire jouant avec les codes du fantastique n'est finalement qu'un exposé des différentes étapes de la vie d'une femme coréenne et des obstacles qu'elle rencontre du fait de son sexe. Le seul moment faisant écho à l'introduction est un dernier chapitre brumeux dont le narrateur est un homme sorti de nulle part.
A aucun moment je n'ai compris la plus-value apportée par la forme romanesque de cet ouvrage par rapport à un essai sur le même sujet.

Si vous souhaitez vous informer sur la condition des femmes en Corée, ce livre sera une très bonne source d'information. Cela risque d'être moins satisfaisant si vos exigences littéraires sont plus élevées.

D'autres avis plus enthousiastes chez Usva et Pativore.

Avec cette lecture, je participe au challenge de Cristie.

10/18. 166 pages.
Traduit par Kyungran Choi et Pierre Bisiou.
2016 pour l'édition originale.

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18 mars 2021

Confusion (La Saga des Cazalet III) - Elizabeth Jane Howard

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Tu ne trouves pas qu'il y a un truc qui cloche avec notre durée de vie ? Si on vivait 150 ans sans trop vieillir pendant les cent premières années, alors les gens auraient le temps de devenir raisonnables (...).

1942. La guerre fait toujours rage. A Home Place, on s'organise comme on peut. Le Brig est de plus en plus aveugle, les servantes s'engagent pour participer à l'effort de guerre ou sont trop vieilles pour s'occuper seules des plus jeunes, et surtout, Sybil vient de succomber à son cancer.
Hugh et Edward continuent leurs allers-retours à Londres pour gérer l'entreprise familiale et leurs problèmes personnels, la perte de sa femme pour l'un, sa maîtresse enceinte pour l'autre.
Quant aux plus âgées des filles Cazalet, elles quittent le nid familial pour travailler ou se marier, avec plus ou moins de bonheur.

C'est un plaisir de retrouver les Cazalet, que la guerre, le temps et la maladie ont bien changé depuis Etés anglais. J'ai toujours un peu de mal à entrer dans les livres qui composent cette saga, mais il arrive toujours un moment où je n'arrive plus à les lâcher.

Comme précédemment, les personnages féminins sont les plus marquants. Si certaines, comme Zoë, semblent dans une certaine mesure tirer leur épingle du jeu, pour d'autres la chute est rude.
Villy vieillit, Rachel continue à se sacrifier, ses nièces s'enferment dans des relations décevantes de diverses manières. Même si elles jouissent d'une autonomie plus grande, le mariage reste la porte de sortie quasi-systématique et même les unions heureuses se font avant tout à l'avantage des hommes. Cette situation rend presque touchante la très antipathique maîtresse d'Edward, réduite à lui sussurer ce qu'il veut entendre pour ne pas se retrouver dans une situation impossible.

On pourrait se demander si Elizabeth Jane Howard n'est pas excessive dans sa description des hommes. La plupart ont des défauts impardonnables et tous sont égoïstes. Même Hugh a considéré que traiter sa femme comme une enfant était préférable à lui dire la vérité.
Edward ne peut être détrôné en tant que membre le plus répugnant de la famille Cazalet, mais Michael obtient le titre de pire mufle lorsqu'il laisse sa femme à peine accouchée et son nouveau-né à Londres pour se reposer auprès de "maman". Cela semble caricatural. Pourtant, est-il inconcevable que le plaisir féminin à cette époque n'ait pas été une préoccupation pour les hommes, même ceux qui aimaient leur femme ? Est-il faux que l'on attendait des femmes qu'elles offrent à leurs pères, maris et frères un abri chaleureux lors de leurs permissions, et donc qu'elles taisent leurs propres colères ? Qui se souciait réellement des violences obstétriques ?

Même si j'apprécie beaucoup cette saga, elle a pour moi les défauts de son genre : une surabondance dans les thèmes abordés, un traitement parfois superficiel des sujets graves (le deuil, la déchéance physique...), et une écriture assez basique. Certains éléments sont problématiques. J'attends ainsi toujours qu'Elizabeth Jane Howard en dise davantage au sujet de l'inceste qu'elle met en scène pour des raisons qui ne sont pour l'instant pas justifiées (je lui laisse le bénéfice du doute tant que je n'ai pas achevé la saga). Et cela me perturbe qu'un presque quadragénaire puisse s'enticher de la fille adolescente de son meilleur ami disparu.

Cela dit, un peu de superficialité (relative) dans mes lectures n'est pas pour me déplaire de temps en temps. Je serai d'autant plus au rendez-vous pour la parution du prochain tome que Confusion s'achève sur des changements qui s'annoncent passionnants.

Je remercie les éditions de La Table Ronde pour ce livre.

La Table Ronde. 480 pages.
Traduit par Anouk Neuhoff.
1993 pour l'édition originale.

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24 janvier 2021

L'événement -Annie Ernaux

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Que la forme sous laquelle j’ai vécu cette expérience de l’avortement – la clandestinité – relève d’une histoire révolue ne me semble pas un motif valable pour la laisser enfouie – même si le paradoxe d’une loi juste est presque toujours d’obliger les anciennes victimes à se taire, au nom de « c’est fini tout ça », si bien que le même silence qu’avant recouvre ce qui a eu lieu.

Alors qu'elle fait un test de dépistage du VIH, Annie Ernaux se rappelle les mois de l'automne et de l'hiver 1963-1964, où elle a pratiqué un avortement.

Même si je l'évoque assez peu, je poursuis régulièrement ma découverte de l'oeuvre d'Annie Ernaux. Son style simple mais toujours pertinent me donne l'impression de dialoguer avec une amie intime. Je pense que c'est cette capacité à parler de toutes les femmes en n'évoquant que sa propre expérience, nue et sans artifices, qui fait son talent.

Dans L'Evénement, nous la suivons alors qu'elle vient de découvrir sa grossesse. Seule. Il y a bien un jeune homme, mais il est loin. Comme souvent, il se contente de faire sembler de chercher une solution. Elle ne pourra se venger de l'injustice de sa condition de femme qu'en le tenant informé de son parcours semé d'embûches.
En parler à sa famille est hors de question. Sa mère, avec laquelle les relations sont, on le sait, compliquées, ne pourrait pas comprendre.

Durant ces mois de doute et d'inquiétude, le temps s'arrête pour l'autrice. Elle perd tout intérêt pour ses études et le monde qui l'entoure. Sa seule obsession est la "chose" qu'elle n'arrive même pas à nommer dans son journal.

Une semaine après, Kennedy a été assassiné à Dallas. Mais ce n’était déjà plus quelque chose qui pouvait m’intéresser.

Alors que l'interruption de grossesse est passible de prison, ce sont des centaines de milliers de femmes qui, chaque année en France, sont contraintes de recourir à des moyens coûteux et dangereux pour ne pas être confrontées à une maternité subie. Encore faut-il savoir à qui s'adresser. Etudiante en lettres à Rouen, Annie essaie de se rapprocher des personnes qui pourraient lui venir en aide : un membre du récent Planning familial qui espère profiter de son état pour coucher avec elle sans risque, un médecin qui commence par lui prescrire des piqûres dont elle s'aperçoit qu'elles contiennent de quoi prévenir les fausses couches... Elle attend vainement devant son lieu de travail une femme dont on lui dit qu'elle a avorté, même si cela a failli coûter la vie à sa patiente.

Même si Ernaux ne rapporte que des faits, occulte tous les moments d'angoisse et se dispense d'inventer des crises de larmes qui n'ont pas eu lieu, l'inconfort et la détresse de son personnage sont palpables. Bien que connaissant le dénouement, je n'ai pu m'empêcher de m'identifier à l'autrice et de désespérer à ses côtés.

Comme toujours chez Ernaux, ses expériences sont rapportées à ses origines modestes. Elle voit dans cette grossesse, et sur la maternité qui pourrait advenir, la fin de toutes ses ambitions.

J’établissais confusément un lien entre ma classe sociale d’origine et ce qui m’arrivait. Première à faire des études supérieures dans une famille d’ouvriers et de petits commerçants, j’avais échappé à l’usine et au comptoir. Mais ni le bac ni la licence de lettres n’avaient réussi à détourner la fatalité de la transmission d’une pauvreté dont la fille enceinte était, au même titre que l’alcoolique, l’emblème. J’étais rattrapée par le cul et ce qui poussait en moi c’était, d’une certaine manière, l’échec social.

Il est aussi question de cette période d'avant Mai 68 où, alors que les jeunes gens sont plus informés et libres, les conséquences d'une sexualité hors mariage restent terribles. En particulier pour les femmes. Celles qui avortent sont maltraitées par les médecins, en particulier si elles sont d'origine modeste. Celles qui deviennent mères sont, dit l'auteur, peut-être encore plus méprisées.

Un texte essentiel, qui rappelle que le droit à l'avortement est une question individuelle et intime, et qu'il vise avant tout à permettre aux femmes de ne pas mettre leur vie en danger.

Folio. 144 pages.
2000 pour l'édition originale.

09 janvier 2021

Le deuxième sexe - Simone de Beauvoir

beauvoirImpossible, lorsqu'on se dit féministe, de faire l'impasse sur Simone de Beauvoir, et en particulier sur Le deuxième sexe. Ce livre de plus de mille pages est LA référence sur le sujet. Après ma lecture agréable des Mémoires d'une jeune fille rangée il y a deux ans, j'ai pris mon courage à deux mains et je ne le regrette pas. J'aurais aimé vous partager l'intégrale de mes notes, mais pour ne pas endormir tout le monde je vais essayer d'être la plus concise possible.

Le deuxième sexe est un livre incontournable et passionnant, qui pose les bases de ce qui fonde les rapports entre les sexes à travers l'étude de diverses disciplines (biologie, histoire, psychologie, psychanalyse, littérature...) et qui analyse les sociétés humaines à l'époque de Beauvoir, pour prouver que la différence de statut entre l'homme et la femme n'a rien de naturel et doit être combattue.

Si Beauvoir parle de "deuxième sexe", c'est parce que l'homme est "le Sujet absolu" et la femme "l'Autre", "dans une totalité dont les deux termes sont nécessaires l'un à l'autre." 
Contrairement aux autres espèces animales, l'humain transcende sa condition en évoluant, en créant. Mais cette transcendance est refusée à la moitié de l'humanité.  Reléguée dans les tâches répétitives et biologiques du maternage et du travail domestique, la femme ne peut, contrairement à l'homme, tenir le rôle de créateur et être fêtée pour cela. Elle est donc indispensable à l'homme, mais est définie par lui et pour lui, maintenue dans une position d'infériorité et de subordination. Les institutions sont pensées dans ce sens.

Il y a bien un mythe du féminin, de la Femme, puissante, mystérieuse.
Ainsi, les déesses de la fertilité, les célébrations sans fin de la Femme par les poètes. Mais ce mythe contient en lui toute la peur, le mépris et la volonté de laisser la femme réelle dans la situation qui est la sienne. Les religions, et particulièrement le christianisme, ont la femme libre en haine. Sa souillure originelle n'est purifiée que "dans la mesure où elle se soumet à l'ordre établi par les mâles". Autrement dit, en se mariant. La veuve doit être remariée, la célibataire suscite la suspicion, la putain est nécessaire pour éviter le libertinage (cf. Saint Augustin) mais vit en marge de la société. L'indépendance financière n'existe pas pendant longtemps pour la femme (encore aujourd'hui, la vie professionnelle de la femme est bien souvent considérée, y compris par elle, comme secondaire par rapport à celle de son mari), son indépendance intellectuelle est intolérable et doit être réformée.
En politique, l'obtention de droits dans le monde du travail a été le fruit d'un dur labeur. Les suffragettes ont également buté de trop nombreuses années contre la toute puissance de l'homme. Lors des votes ayant conduit au refus d'accorder le droit de vote aux femmes, les motifs invoqués sont savoureux :

" En premier lieu viennent les arguments galants, du genre : nous aimons trop la femme pour laisser les femmes voter ; on exalte à la manière de Proudhon la « vraie femme » qui accepte le dilemme « courtisane ou ménagère » : la femme perdrait son charme en votant ; elle est sur un piédestal, qu’elle n’en descende pas ; elle a tout à perdre et rien à gagner en devenant électrice ; elle gouverne les hommes sans avoir besoin de bulletin de vote, etc. Plus gravement on objecte l’intérêt de la famille : la place de la femme est à la maison ; les discussions politiques amèneraient la discorde entre époux. Certains avouent un antiféminisme modéré. Les femmes sont différentes de l’homme. Elles ne font pas de service militaire. Les prostituées voteront-elles ? Et d’autres affirment avec arrogance leur supériorité mâle : Voter est une charge et non un droit, les femmes n’en sont pas dignes. Elles sont moins intelligentes et moins instruites que l’homme. Si elles votaient, les hommes s’effémineraient. Leur éducation politique n’est pas faite. Elles voteraient selon le mot d’ordre du mari. Si elles veulent être libres, qu’elles s’affranchissent d’abord de leur couturière. "

Ce qui pose sans doute le plus de difficulté à l'affranchissement de la femme en tant qu'individu est la complicité dont on l'a rendue coupable vis-à-vis de sa situation. Il est confortable et rassurant d'être "sous la protection masculine", d'être parée par lui (aussi inconfortables que soient les bijoux et vêtements féminins). Il est flatteur d'être faite d'une essence mystérieuse, complexe, que même les plus grands hommes ne sont pas parvenus à découvrir. Pourtant, cette déférence a un lourd prix. La virginité n'est célébrée qu'associée à la jeunesse et à la beauté, et la femme en général n'est admirée que dans un rôle très circonscrit.

folio" On ne naît pas femme, on le devient"

Réfutant toute origine biologique au destin des femmes, Beauvoir démontre que les circonstances seules sont responsables de leur fonction d'objet par rapport à l'homme. De la naissance à la vieillesse, en passant par l'adolescence, l'initiation sexuelle, le mariage et la maternité, rien ne permet aux femmes de s'affranchir des carcans masculins. Beauvoir montre aussi de façon très convaincante comment les qualités "sexuées" sont construites. Admettant que les plus grands créateurs sont des hommes, elle rétorque, preuves et comparaisons à l'appui, que cela est dû au fait qu'on n'a pas permis aux femmes d'exprimer leur propre génie.

" La vieille Europe a naguère accablé de son mépris les Américains barbares qui ne possédaient ni artistes ni écrivains : « Laissez-nous exister avant de nous demander de justifier notre existence », répondit en substance Jefferson. Les Noirs font les mêmes réponses aux racistes qui leur reprochent de n’avoir produit ni un Whitman ni un Melville. Le prolétariat français ne peut non plus opposer aucun nom à ceux de Racine ou de Mallarmé. La femme libre est seulement en train de naître ; quand elle se sera conquise, peut-être justifiera-t-elle la prophétie de Rimbaud : « Les poètes seront ! Quand sera brisé l’infini servage de la femme, quand elle vivra pour elle et par elle, l’homme – jusqu’ici abominable – lui ayant donné son renvoi, elle sera poète elle aussi ! La femme trouvera l’inconnu ! Ses mondes d’idées différeront-ils des nôtres ? Elle trouvera des choses étranges, insondables, repoussantes, délicieuses, nous les prendrons, nous les comprendrons ». "

C'est un livre qui bouscule. La deuxième partie m'a en particulier fait l'effet d'un miroir énonçant des choses très vraies sur moi, personne qui pourtant se considère comme plutôt avertie, mais qui pas plus qu'une autre ne peut se défaire de représentations inculquées dès le plus jeune âge et répétées à l'infini. Cela dit, j'ai enfin compris pourquoi il est parfois très difficile pour les hommes et les femmes de se comprendre (et gros scoop, cela n'a rien à voir avec le fait que les uns viennent de Mars et les autres de Vénus...), pourquoi les sujets de conversations entre hommes et entre femmes sont si différents, pourquoi l'on ne donne pas la même priorité à l'amour quand on est de l'un ou de l'autre sexe. De même, aucun livre ne m'avait permis de comprendre aussi clairement ce que sous-tend le débat autour du soin donné à leur apparence par les femmes se revendiquant du féminisme (vous savez, les féministes sont soit moches et frustrées, soit des hypocrites qui se maquillent et s'épilent malgré leur discours).
Ce n'est bien évidemment pas un livre qui incite à la haine et la violence envers les hommes (comme l'immense majorité des des oeuvres féministes en fait, malgré les accusations). Beauvoir était aux côtés des classes travailleuses en général. Le deuxième sexe plaide pour une redéfinition en profondeur des rapports entre les sexes, à tous les niveaux. Beauvoir prend même le soin de rassurer ceux qui ne manqueront pas de lui dire que ça risquerait de rendre la vie ennuyeuse.

" Ceux qui parlent tant d’« égalité dans la différence » auraient mauvaise grâce à ne pas m’accorder qu’il puisse exister des différences dans l’égalité. "

Toute l'oeuvre est parsemée de références à de très nombreux auteurs. Si j'ai banni toute idée de lire un jour Montherlant, j'ai en revanche bien l'intention de me replonger dans Stendhal, Mauriac, Colette et même D. H. Lawrence qui en prend pour son grade. Je ne lisais pas ce texte dans cette optique, mais moi qui aime les livres qui parlent de livres, j'ai été servie avec Le Deuxième sexe.

Cette lecture n'est pas sans défauts. Son autrice est marquée par son époque. Ses méthodes et sa réflexion sont influencées par les courants de pensée et les disciplines (la psychanalyse en particulier) qui occupaient le devant de la scène lors de la rédaction de son livre, ce qui donne parfois au texte un caractère dépassé. Certains passages sont très éthnocentrés, voire racistes, et l'on trouve des réflexions sur l'homosexualité qui me semblent bien plus refléter des convictions et des expériences personnelles de Simone de Beauvoir* qu'une quelconque vérité étayée par des études rigoureuses. De même, l'autrice a un sérieux problème avec les mères et le mariage (même si, en ce qui me concerne, la mauvaise foi dans ce domaine me fait souvent rire). 
Malgré tout, je n'ai jamais lu un livre aussi complet et étayé sur les questions qu'il aborde, donc dans l'attente d'une version actualisée du Deuxième sexe je lui pardonne tout.

Un livre édifiant, encore aujourd'hui, même si certains passages me semblent refléter une réalité sinon passée du moins en recul, ce qui prouve que l'on va dans le bon sens.

* Bien qu'éronnés, ces passages ne contiennent pas de mépris (dans la mesure où je suis capable d'en juger). Je trouve même que, sans le vouloir, Beauvoir ébauche une réflexion sur les questions de genre.

Le deuxième sexe. I. Les Faits et les mythes. Folio. 408 pages. 1949 pour l'édition originale.
Le deuxième sexe. II. L'expérience vécue. Folio. 654 pages. 1949 pour l'édition originale.

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15 décembre 2020

Et m*** ! - Richard Russo

russoLe lendemain de l'élection de Donald Trump, David et sa femme Ellie, deux universitaires à la retraite, reçoivent deux couples d'anciens collègues et amis. Ces derniers ont profité de la fin de leur carrière professionnelle pour quitter le centre-ville et s'établir en périphérie.
A la fin de la soirée, Ellie découvre un étron dans le jacuzzi de la maison, le premier d'une série.

A la fin de l'été, Ingannmic a lancé l'idée d'une lecture commune autour de Richard Russo. J'avais prévu de me lancer dans l'une de ses oeuvres les plus connues, mais étant débordée de travail en ce moment et ayant déjà eu la riche idée de profiter de l'occasion pour poursuivre ma lecture du Deuxième sexe et entamer Les Frères Karamazov, j'ai dû me rabattre sur cette toute petite nouvelle sortie en début d'année.

Ce n'est pas forcément le livre le plus subtil de l'année, ni l'oeuvre la plus originale de Russo, qui comme dans les quelques autres oeuvres de lui que je connais met en scène des universitaires d'un certain âge, mais en peu de pages l'auteur nous dresse un portrait amusant de l'Amérique de Trump, dont les habitants se sont pour beaucoup réveillés avec la gueule de bois début novembre 2016.
Il est très courant aux Etats-Unis d'afficher publiquement pour qui l'on vote, et forcément cela ne plaît pas à tout le monde.
Alors ces étrons, farce, vengeance, menace ou métaphore ?
Car cette nouvelle évoque aussi en sous-texte l'amitié, le mariage et les relations entre hommes et femmes. Ceux qui nous sont proches agissent parfois d'une façon si étonnante à nos yeux que l'on est prêt à renoncer à des décennies d'amitié en un instant. La merde du titre est aussi celle que David a dans les yeux, qui l'empêche de voir le désarroi des femmes de sa famille, et surtout, qui lui fait considérer les avertissements de sa femme comme des manifestations de son hystérie.

Une curiosité rappelant avec humour que ce que l'on prend comme acquis peut disparaître en un battement d'aile (de mouche). Décidément, Russo est un très bon nouvelliste.

L'avis de Maeve.

La Table Ronde. 64 pages.
Traduit par Jean Esch.

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