27 novembre 2013

Hunger Games : l'embrasement - Suzanne Collins

suzanne-collins-Hunger-Games-LembrasementDepuis qu'elle a survécu aux Hunger Games, Katniss Everdeen est retournée chez elle dans le district Douze. La vie s'est un peu améliorée pour les siens. Elle s'est installée avec sa mère et sa soeur dans une confortable maison du village des vainqueurs, à proximité de chez Haymitch, son ancien mentor, et de Peeta, avec lequel elle n'a plus que des relations cordiales. Katniss a aussi retrouvé Gale, son meilleur ami, et ensemble ils ont repris leurs parties de chasse.
Mais alors que la Tournée des vainqueurs s'apprête à démarrer, elle reçoit une visite du président Snow, qui lui fait comprendre qu'elle est devenue une menace pour le Capitole depuis qu'elle l'a défié. Et de fait, de nombreux éléments confirment que la révolte est proche dans les districts. Alors que les soixante-quinzièmes Hunger Games s'apprêtent à commencer, le pouvoir en place doit frapper un grand coup pour se maintenir.

Alors que le deuxième film vient de sortir au cinéma, je me suis dit qu'il était grand temps de poursuivre ma découverte de la trilogie de Suzanne Collins, dont le premier tome m'avait beaucoup plu. J'avais peur que ce second volet soit répétitif, mais l'auteur a très bien contourné le problème.
Déjà, j'ai été ravie de retrouver les personnages, en particulier Haymitch, toujours aussi torturé, brutal et attachant. Les petits nouveaux sont très vite sympathiques aussi, surtout Finnick et Mags, même si on ne sait pas trop sur quel pied danser avec le premier, qui paraît être un double de Cato parfois. Le trio Gale-Katniss-Peeta m'a cependant un peu agacée. J'en ai marre de voir ce schéma sans cesse reproduit dans les sagas jeunesse. Heureusement, cette question reste au second plan la plupart du temps.
Ensuite, les cartes semblent redistribuées. Si dans le premier tome, Katniss et les autres subissaient la loi du Capitole, cette fois les langues se délient et les gens passent à l'action. Les deux premiers tiers du roman se déroulent en dehors de l'arène. De nombreuses pages sont consacrées à la description des conditions de vie dans les districts. Les gens continuent à être exploités et à mourir de faim tandis qu'au Capitole, on se gave jusqu'à en vomir. Mais les signes qu'il se passe quelque chose se multiplient. En réponse, le gouvernement décide de frapper fort, d'exécuter sommairement les fauteurs de trouble et de renforcer le contrôle des populations. Katniss prend peu à peu conscience qu'elle est l'étincelle qui peut tout déclencher, mais sa position est dangereuse.
Une fois dans l'arène, rien n'est pareil non plus. Et pour cause, les participants se connaissent, sont souvent liés, et surtout ils n'ont pas grand chose à perdre. Cette soixante-quinzième édition n'est qu'une erreur de plus pour un gouvernement qui fonce droit vers la révolte en voulant l'empêcher. Le suspens est moindre, on sait que Peeta et Katniss vont s'en sortir, mais il reste toutefois quelques magouilles d'Haymitch et des autres à dévoiler.

Un tome de transition, qui se dévore à toute allure, peut-être un peu trop sur la fin. J'ai hâte de le voir transposé à l'écran.

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Pocket Jeunesse. 398 pages.
Traduit par Guillaume Fournier.
2009 pour l'édition originale.

 

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25 avril 2011

Les Chouans - Honoré de Balzac

21374719Les Chouans est le premier grand roman de Balzac. Ecrit en 1828, il s'agit d'un roman historique (et plein d'autres choses), qui revient sur la Révolution française et les troubles liés à cette époque.
Nous sommes en 1799. Bonaparte est alors Premier consul, et Fouché, ministre de la police, l'aide dans sa lutte contre les royalistes. Les chouans ont  en effet repris la lutte dans l'ouest de la France, menés par le jeune marquis de Montauran, surnommé le Gars.
Marie de Verneuil est envoyée en Bretagne pour séduire le chef des blancs et le livrer aux républicains. Evidemment, les choses ne se passent pas comme prévu. Dès la première rencontre, Marie et Montauran tombent amoureux. Corentin, émissaire de Fouché, qui accompagne Marie et qui espère l'épouser, est furieux, tout comme la redoutable Mme du Gua, qui lorgne sur Montauran. Les deux jalous étant les personnages les plus charismatiques et les plus féroces du livre, je vous laisse imaginer les coups tordus auxquels on a droit.

Ce livre dormait dans ma bibliothèque depuis des années, et après ma lecture, j'ai vraiment du mal à me l'expliquer (c'est pas comme si j'avais une PAL d'une taille effrayante).
Je ne sais pas si c'est le meilleur roman de Balzac, sa structure est parfois un peu bancale, au point qu'il faut souvent être très attentif pour repérer les changements de personnage ou de camp. Pourtant, il est déjà porté par un souffle romanesque incroyable. Comme souvent, je me suis beaucoup amusée en lisant les descriptions des personnages. Les hommes de Hulot, le chef militaire des bleus, nous offrent un spectacle impressionnant : 

"Quelques-uns des paysans, et c'était le plus grand nombre, allaient pieds nus, ayant pour tout vêtement une grande peau de chèvre qui les couvrait depuis le col jusqu'aux genoux, et un pantalon de toile blanche très grossière, dont le fil mal tondu accusait l'incurie industrielle du pays. Les mèches plates de leurs longs cheveux s'unissaient si habituellement aux poils de la peau de chèvre et cachaient si complètement leurs visages baisés vers la terre, qu'on pouvait facilement prendre cette peau pour la leur, et confondre, à la première vue, ces malheureux avec les animaux dont les dépouilles leur servaient de vêtement. Mais à travers ces cheveux l'on voyait bientôt briller leurs yeux comme des gouttes de rosée dans une épaisse verdure; et leurs regards, tout en annonçant l'intelligence humaine, causaient certainement plus de terreur que de plaisir. Leurs têtes étaient surmontées d'une sale toque en laine rouge, semblable à ce bonnet phrygien que la République adoptait alors comme, emblème de la liberté."

La première description de Corentin vaut aussi le détour, d'autant plus que Balzac semble lui même hilare en nous dépeignant son costume.
Avec ce roman, nous sommes au coeur de la guerre que se livrent les royalistes et les républicains, avec tous les coups bas, tous les comportements opportunistes et toutes les horreurs que cela suppose. Et bien que l'on soit plutôt épargnés au niveau des descriptions sanglantes, j'ai vraiment eu du mal à me concentrer sur l'exécution sommaire qui intervient à la fin du roman et qui précipite les événements. En revanche, j'ai adoré le début du roman, avec la première opposition entre chouans et bleus, et l'apparition du Gars. C'est très réussit.
L'histoire d'amour entre le Gars et Marie de Verneuil est bien sûr au coeur du roman. Mon côté fleur bleue a été comblé par cette relation passionnée qui naît en l'espace de trois minutes. J'ai enragé à chaque difficulté rencontrée, et pleuré toutes les larmes de mon corps à la fin (bon, j'exagère un peu). Mais les personnages qui ont le plus retenu mon attention sont plutôt les personnages périphériques. Marche-à-terre, Corentin, Mme du Gua (j'aimerais vraiment savoir qui elle est réellement, Balzac sous-entend qu'elle a déjà fait des siennes), Galope-Chopine sont en effet beaucoup plus actifs et intriguants.

En résumé, voilà un roman que j'ai lu d'une traite. Il est assez différent de ce que j'ai pu lire de l'auteur jusqu'à présent, mais je recommande sans hésitation.

D'autres avis chez Emeralda et Whiterose.

Honoré de Bazac. Les Chouans. 1829. 508 pages.

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24 février 2009

Le Général du Roi ; Daphné du Maurier

25183_0_1_Le Livre de Poche ; 435 pages.
Traduction de Henri Thies.
V.O. : The King's General. 1947.

Il y a deux ans, j'étais bien partie pour dévorer l'oeuvre entière de Daphné du Maurier. Mais je suis tombée sur La crique du Français, qui m'a profondément ennuyée (pour ce que j'en ai lu), et je suis passé à autre chose. C'est Vera qui m'a donné l'envie de renouer avec celle qui m'avait tant touchée dans Rebecca et surtout L'auberge de la Jamaïque. Ceci d'autant plus que  pas mal de titres de Daphné du Maurier figurent dans ma PAL, et que contrairement aux apparences, je projette de lire ces livres un jour...

Cornouailles, XVIIe siècle. Honor Harris est encore une jeune fille vivant sous les Stuarts lorsque, le jour de ses dix-huit ans, elle rencontre Richard Grenville, officier du roi, âgé de dix ans de plus qu'elle et dont le caractère est celui d'un homme impitoyable. Ils tombent amoureux, se fiancent, et tout semble prêt pour faire un roman historique comme il y en avait certainement des centaines à l'époque de du Maurier, et comme il y en a toujours des centaines aujourd'hui. Nous sommes dans une province reculée, leur cause est perdue d'avance, les deux amoureux ont des caractères opposés, il y a comme d'habitude une vilaine au nom douteux (Gartred) qui séduit tous les hommes, et l'héroïne est diminuée aux yeux de tous sauf aux yeux de son amant.  Cependant, Daphné du Maurier, que je n'ai jamais vu raconter des histoires à l'eau de rose, annonce très vite la couleur en indiquant au lecteur qu'il ferait mieux d'aller chercher ailleurs s'il souhaite lire un livre larmoyant.

Honor n'est pas du tout le genre de personnage qui laisse au lecteur le temps de s'apitoyer sur son sort. Les quinze années où elle ne voit pas Richard passent en un instant, et quand ils se retrouvent, c'est rarement pour parler d'amour. On est en plein dans la première révolution anglaise, et la Cornouailles, chère à Daphné du Maurier, est dans le camp des Stuarts.  Je connais bien ces derniers, qui m'ont occupée pendant de nombreux mois (ainsi que mon entourage, mais il est inutile de leur rappeler ces heures douloureuses...). Ils n'apparaissent pas vraiment ici, mais j'ai été heureuse de les retrouver, même de loin. On a droit à un bon aperçu des horreurs de la guerre. Menabilly, la propriété du beau-frère d'Honor, est occupée et pillée, les gens sont jetés sur les routes, punis pour leur résistance au Parlement, les hommes partent et ne reviennent pas toujours... Le camp royaliste n'est pas idéalisé. Sir Richard Grenvile est sans doute l'un des personnages les plus machiavéliques que j'ai jamais rencontrés, et sa popularité est loin d'être fameuse. Il est cruel, orgueilleux, et sa rivalité avec d'autres généraux constitue un véritable handicap pour son camp. On l'aime parce qu'on le regarde à travers les yeux d'Honor, mais il n'est pas véritablement différent de sa soeur (l'infâme Gartred dont je parlais plus haut). Cette dernière sert à autre chose qu'à jouer les vipères dans la vie d'Honor, et n'est pas aussi méprisable qu'elle en a l'air.

Ce livre n'est pas parfait, et il s'agit clairement d'un (très bon) roman de genre. Mais Le Général du Roi est assurément une histoire qui se dévore (en une journée en ce qui me concerne), et dont on ressort secoué.

L'avis de Bladelor (qui avait fêté Daphné du Maurier pendant une semaine l'année dernière).   

22 janvier 2009

A Tale of Two Cities ; Charles Dickens

doverpublications_2035_411048333_1_Dove Thrift Editions ; 304 pages.
1859.
V.F. : Un conte de deux villes ou Le marquis de Saint Evrémont
.

Lettre D du Challenge ABC :

Je crois que j'avais acheté ce livre plutôt qu'un autre Dickens parce que j'aime beaucoup l'édition (économique, format agréable, couvertures soignées...). Il s'agit d'une oeuvre de l'auteur peu connue en France par rapport à Oliver Twist ou David Coperfield je pense. C'est aussi l'un des seuls romans historiques de Dickens d'après ce que j'ai pu lire (Isil et Fashion, les gardiennes du temple de Dickens, le savent mieux que moi), et un très très grand livre.

L'histoire se déroule entre deux villes, Paris et Londres, pendant la Révolution française. Cela donne lieu à des personnages dont on ne sait plus trop de quelle nationalité ils sont et surtout à des situations très cocasses. J'ai particulièrement apprécié le face à face entre Miss Pross et la terrifiante Madame Defarge dans les toutes dernières pages :

"Each spoke in her own language; neither understood the other's words; both were very watchful, and intend to deduce from look and manner, what the unintelligible words meant."

Tout commence en 1775, lorsque le docteur Manette est sorti de prison après dix-huit ans à la Bastille. On ignore tout de ce qui lui est arrivé, et lui-même semble avoir perdu la raison : il se prend pour un cordonnier lorsque Mr Lorry, qui prétend n'être qu'un businessman, et la fille du docteur, le retrouvent chez un ancien serviteur, Monsieur Defarge. Après qu'il ait recouvré ses esprits, il se rend en Angleterre, et tente de reprendre une vie normale auprès de sa fille qu'il n'avait jamais vue et qui le croyait mort.
Cinq ans plus tard, le docteur Manette et sa fille sont amenés à témoigner dans un procès pour trahison. L'accusé, Charles Darnay, ne doit sa survie qu'à sa ressemblance troublante avec le clerc de son avocat, un jeune homme peu avenant, Sydney Carton.
Les années passent, Charles Darnay épouse Lucie Manette, qui a aussi fait (bien involontairement) la conquête de Sydney. Mais le bonheur du jeune couple est fragile.
Lorsque la Révolution éclate, avec les Defarge mari et femme en première ligne, Charles est contraint de retourner en France pour secourir un ancien serviteur.

Je suis vraiment désolée pour ce résumé absolument minable, mais je ne veux pas en dire trop, et le livre ne me facilite vraiment pas la tâche. Les intrigues sont beaucoup plus nombreuses et complexes qu'elles ne le paraissent. Je ne suis pas une grande amatrice de livres concernant la Révolution (à part Quatre-Vingt Treize lu et adoré il y a bien longtemps), et j'ignorais totalement les talents de Dickens pour le roman historique, mais là je suis bluffée. Il est évident que c'est du Dickens : ses personnages hauts en couleur (Mme Defarge et son tricot, Mr Lorry, Miss Pross...), ses périphrases exquises, sa façon de nous faire rire et pleurer à la fois... Je ne sais pas si c'est juste moi, mais il me semble qu'il y a vraiment un côté enfantin chez Dickens. Dans le ton employé par moments, qui fait que l'on sourit même dans les situations les plus tragiques, même lorsqu'on a le coeur brisé. La dernière phrase du roman est l'une des plus belles que j'ai jamais lues, une des plus émouvantes (je la remets pour ceux qui l'ont lue, les autres ne pourront de toute façon pas la comprendre hors contexte) :

"It is a far, far better thing that I do, than I have ever done; it is a far, far better rest that I go to than I have ever known."

Grâce à son génie, Dickens nous fait littéralement vivre dans le Paris de la fin du XVIIIe, plein de misères et de colère. La description des miséreux se jetant sur le vin renversé m'a particulièrement marquée. L'ironie que l'auteur met dans les descriptions d'exécutions sous la Terreur, ses répétitions, rendent la guillotine encore plus menaçante, et la misère encore plus visible.
Je ne peux pas clôre ce billet sans avoir un peu parlé de Sydney Carton. Il est présenté comme un être raté, peu intéressant, dont il faudrait presque se défier. Mais quand on comprend le rôle qu'il doit jouer... ! Je crois que c'est l'un des personnages de roman les plus sincères que j'ai rencontré. Ses discussions avec Mr Lorry, totalement insouciant, et sa promenade dans Paris, sa rencontre avec la jeune femme, toutes ces scènes sont superbes et terribles à la fois.   

Je voudrais bien avoir du mal à dire de ce livre afin de contrarier Isil et Cryssilda, une fois de plus... Mais je ne peux que vous engager à vous plonger dans ce chef d'oeuvre. J'ai découvert qu'il avait fait l'objet d'une récente réédition l'année dernière, sous le titre de Le marquis de Saint Evrémont.

L'avis de Karine (dans le même état que moi après sa lecture, en plus je vois qu'elle aussi a adoré le chapitre "Echoing Footsteps")