04 mars 2013

La Fascination de l'étang - Virginia Woolf

9782757832257Voilà longtemps que je n'avais pas parlé des oeuvres de Virginia Woolf par ici. J'avais déjà eu l'occasion de lire une partie de ce livre, mais sa réédition dans la jolie collection Signatures m'a donné envie de m'y replonger.

Les vingt-cinq nouvelles qui composent ce recueil couvrent presque toute la période d'écriture de Virginia Woolf. Certaines datent des années 1900, et les dernières ont été écrites peu avant sa mort en 1941.

La nouvelle est un genre que j'apprécie modérément. Par conséquent, ce recueil n'atteindra jamais pour moi les sommets que sont les romans de Virginia Woolf. Il est pourtant remarquable à plus d'un titre.
Tout d'abord, il permet de voir une réelle évolution dans l'écriture de Virginia Woolf. Les premiers textes sont de facture assez classique, bien que Woolf y soit déjà déterminée et piquante. Les derniers sont des oeuvres de la maturité, faites de flux de conscience qui saisissent l'instant et relèguent l'intrigue au second plan. Tout va très vite et finit de façon abrupte. Pour quelqu'un qui n'a jamais lu l'auteur, j'imagine que ces nouvelles en particulier doivent surprendre, tant elles semblent sorties de nulle part, se contentant d'attraper un moment furtif, pas vraiment délimité par un début et une fin, et peu significatif si l'on n'est pas très attentif.
Ensuite, ces nouvelles sont très plaisantes pour la plupart. Elles contiennent les germes des grandes préoccupations de l'auteur, voire des thèmes qu'elle n'a jamais explorés dans ses romans. Ainsi, la place des femmes hors du mariage est questionnée, aussi bien dans Phyllis et Rosamond que dans Le journal de Maîtresse Joan Martyn. Phyllis et Rosamond sont deux soeurs, des filles de bonne famille destinées au mariage. Elles ont pourtant bien conscience que ce n'est pas un état qui leur conviendrait. Leurs amies qui vivent dans l'affreux quartier de Bloomsbury*, où l'on ose penser, viennent encore davantage perturber leur volonté de satisfaire leur famille. Mais au lieu de donner lieu à une rébellion, la nouvelle s'achève sur la volonté de Phyllis de ne plus penser, tout simplement... Le temps occupe aussi une grande place dans ce recueil, tout comme la volonté de saisir l'essence d'une personne, voeu irréalisable, ainsi que nous le démontre Mémoires de romancière.
Le fantastique a aussi sa part dans ce recueil, ce qui peut paraître surprenant, mais est finalement assez cohérent entre les mains de Virginia Woolf. Les animaux prennent vie. Un perroquet découvre un trésor pour une vieille dame, la couverture recouverte d'animaux de l'infirmière Lugton s'anime lorsqu'elle s'endort, et Bohême la petite chienne a eu une attitude très humaine pendant son existence auprès de ses maîtres.
Virginia Woolf expérimente avec ce livre. On y trouve des textes qui rappellent certains passages de ses romans. Le cas le plus frappant est évidemment Mrs Dalloway dans Bond Street, qui reprend le début de Mrs Dalloway. J'ai également eu d'agréables impressions de déjà-vu en lisant Sympathie ou encore La soirée.

Je recommande fortement ces nouvelles à ceux qui voudraient approfondir leur connaissance de l'auteur.

*Virginia Woolf s'installe avec son frère et sa soeur à Bloomsbury après la mort de leur père. C'est là que naîtra le groupe de Bloomsbury dont elle faisait partie.

Points. 289 pages.
Traduit par Josée Kamoun.


30 mai 2010

La Marquise d'O ; Heinrich von Kleist

untitledFlammarion ; 259 pages.
Traduit par M.-L. Laureau et G.La Flize. 1808
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Mon billet révèle le fin mot de l'histoire. Ce n'est à mon avis pas du tout un secret, dès le début, ni l'intérêt principal du texte, mais si vous aimez ne rien connaître d'un livre avant de le découvrir, je vous conseille de ne pas aller au-delà de mon résumé.

La semaine dernière, j'ai reçu un ravissant paquet, envoyé par l'adorable Lou. A l'intérieur, plein de cadeaux très bien choisis, dont un recueil de nouvelles d'Heinrich von Kleist, un auteur allemand que je ne connaissais pas du tout.

La Marquise d'O est sans doute le texte le plus connu contenu dans ce livre, et en lisant le résumé je me suis précipitée dedans.
La marquise d'O. est une jeune veuve vertueuse, qui vit à M., en Italie auprès de son père, un colonel. Alors que la guerre sévit, la citadelle est attaquée. La marquise d'O., en tentant de fuir, est capturée par des soldats qui s'apprêtent à la violenter. Apparaît alors un officier russe, qui la libère, et la ramène, évanouie, auprès de sa famille. Les soldats qui ont tenté de s'en prendre à elle sont condamnés à mort et exécutés.
Après une absence prolongée durant laquelle le colonel et sa famille le croient mort, le jeune officier, le comte F., réapparaît, et demande la main de la marquise, qui lui demande de patienter.
Quelques temps plus tard, la marquise découvre qu'elle est enceinte. Bien qu'elle assure ne pas comprendre son état, son père la chasse de sa demeure.
Désireuse de donner un père à son enfant, la marquise décide de rendre l'affaire publique, et passe une annonce dans laquelle elle demande à celui qui a abusé d'elle de se présenter, afin qu'ils se marient. C'est alors que revient une nouvelle fois le comte F., qui semble toujours épris de la marquise.

En une cinquantaine de pages, Heinrich von Kleist nous offre un récit d'une très grande puissance. La langue est belle et rythmée, alternant les passages avec très peu de dialogues, où le détachement du narrateur est frappant, et les passages où les personnages parlent de façon abondante. Ce qui m'a le plus frappée est la lutte entre le Bien et le Mal (tels que la société les définit) que l'on distingue tout au long du récit. Le comteMarquise_20d_O_20_la_ F. est un homme bon, un homme d'honneur. Pourtant, parce que passion et Bien semblent s'opposer, l'expression de son état amoureux passe par un acte ignoble.   
En ce sens, on peut à mon avis rapprocher ce texte de Wuthering Heights, qui l'exprime de façon encore plus flamboyante et complexe (puisque Heathcliff ne poursuit plus rien après la mort de Catherine).
La dernière phrase de cette nouvelle est ainsi éloquente :

"...le comte, ayant demandé un jour à sa femme, dans un de leurs moments de bonheur, pourquoi, à cette date fatale du 3, où elle semblait prête à recevoir tel ou tel être vicieux, elle avait fui devant lui comme devant un démon d'enfer, elle se jeta à son cou et lui répondit qu'il ne lui fût point apparu comme un démon si, lors de sa première apparition devant elle, elle n'avait cru voir en lui un ange."

Le Bien est censé n'avoir qu'un seul visage, tout comme le Mal, et pourtant le comte nous déstabilise. Parce qu'il a l'apparence du Bien, la révélation de son appartenance aux ténèbres lui donne en plus le masque de la tromperie, et entraîne son rejet par la marquise qui se voit ainsi confrontée à ses propres pulsions.

L'ambiance, qui rappelle les atmosphères tendues des romans gothiques par certains côtés, ajoute à la puissance du propos. Les personnages expriment de façon spectaculaire leurs sentiments, et la tension monte très vite, jusqu'à des points de rupture, comme lorsque le colonel prend son pistolet et tire.
La place des femmes également a retenu mon attention. La marquise d'O. n'est pas une femme dépourvue de volonté et seulement attachée à ses valeurs. Elle possède une vraie force de caractère qui lui donne bien plus d'épaisseur que si elle n'était que le joli cygne blanc dont lui parle le comte, même si les torrents de larmes et les évanouissements ne sont jamais éloignés.

J'ai passé un excellent moment en compagnie de ce texte. Encore merci Lou pour la découverte !

D'autres avis chez Canthilde, Sylvie et Plume.

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19 avril 2010

Carnets Intimes ; Sylvia Plath

000539937 La Table Ronde. 221 pages.
Traduit par Anouk Neuhoff
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Ce livre se divise entre des extraits du journal de Sylvia Plath et quelques unes de ses nouvelles. Pourtant, de même que les tranches de vie rapportées par Sylvia Plath semblent être des nouvelles, on devine très facilement la part autobiographique des récits de fiction. Souvent, elles se répondent (c'est d'ailleurs plus que clair pour La veuve Mangada, qui est le titre à la fois d'un extrait du journal et d'une nouvelle)

Nous suivons ainsi Sylvia Plath à Cambridge, au début de l'année 1956, fragile, peu sûre de ses talents de poète, et incertaine quant à sa vie amoureuse. Elle a bien un amoureux quelque part, un certain Richard, mais il est loin, et elle ne se prive pas d'observer (et plus si affinités) les hommes qu'elle rencontre. C'est cette année là qu'elle croise Ted Hughes pour la première fois. Elle évoque cette rencontre explosive, entre rêve et réalité, plus loin dans le recueil, avec Le Garçon au Dauphin, sans doute la plus belle des nouvelles. Elle est fascinée par lui avant même de le connaître, pour avoir lu certains de ses textes. Il vient lui parler, elle lui demande de briser les barrières qui la retiennent, puis le mord sauvagement à la joue.
Pas rancunier, bien au contraire visiblement, Ted Hughes tombe sous le charme de la jeune fille. Quelques mois plus tard, ils se marient, et se rendent en Espagne, où ils logent chez la veuve Mangada, une femme en qui Sylvia voit une sorte de sorcière. Les deux jeunes époux se retrouvent en effet confrontés à des inconvénients très matériels, auquels l'imagination de Sylvia donne un aspect presque magique quand elle tire une nouvelle des notes de son journal, où elle prend un malin plaisir à réécrire cette anecdote de façon à en sortir victorieuse.
Les deux derniers textes extraits du journal ont été écrits lors des dernières semaines de sa vie avec Ted Hughes. Ils vivent alors à la campagne avec leurs deux enfants. Rose et Percy B. sont des voisins, et Sylvia Plath va observer la mort lente de Percy. Enfin, Charlie Pollard et les apiculteurs évoque l'acquisition d'une ruche par Ted et Sylvia.

C'est dans les nouvelles que j'ai pris le plus de plaisir à retrouver Sylvia Plath. Son univers est à la fois sombre et enchanté. Elle est hantée par son enfance, par Alice au Pays des Merveilles, par la maternité, par la mort, alors vous imaginez quel étrange et complexe résultat tout ceci peut donner. Je l'ai dit plus haut, Le Garçon au Dauphin, où Sylvia s'appelle Dody et rencontre un Leonard qui semble magicien, est la nouvelle qui m'a le plus touchée.

"Pour toute réponse, Leonard tapa du pied. Il piétina le sol.Un coup sur le sol, et les murs disparurent. Un coup sur le sol, et le plafond s'envola vers le royaume des cieux. Arrachant le bandeau rouge que Dody avait dans les cheveux, il le mit dans sa poche. Une ombre verte, une ombre moussue, lui effleura la bouche. Et au coeur du labyrinthe, dans le sanctuaire du jardin, un adolescent de pierre se fêla et vola en éclats, brisé en millions de morceaux."   

J'ai aussi été bouleversée par cette jeune fille qui se fait prendre en flagrant délit de mensonge dans Un jour de juin, et pour qui cela a une importance que personne ne peut mesurer. Par ce frère et cette soeur qui retournent à l'adolescence sur les lieux de leur enfance, et qui découvrent que ce qui leur semblait immense a rétrécit. Par cette petite fille que son père n'emmènera jamais plus chasser les bourdons, et celle dont le père doit partir dans un camp d'internement où l'on met les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale, et qui comprend que Dieu n'existe pas. Ou encore par cette jeune fille, un sosie d'Esther Greenwood, qui n'a personne à qui parler, à part le soleil, qu'elle déteste.

L'écriture de Sylvia Plath est empreinte de mystère, de poésie, de nature, et surtout d'elle même. Je suis incapable de parler de ce livre, mais il faut que vous lui fassiez une place.

Je suis ravie d'avoir accepté ce premier partenariat avec BOB et les éditions de la Table Ronde, et les remercie chaleureusement. 

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06 octobre 2009

Le Triomphe de la nuit ; Edith Wharton

6907_medium_1_Joelle Losfeld ; 182 pages.
Traduit par Florence Lévy-Paolini.
The Ghost Stories of Edith Wharton
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Je ne participe pas au Bloody Swap, mais on dirait que Lou a quand même réussit à donner une certaine orientation à mes lectures. C'est ainsi que je me suis retrouvée nez à nez avec ce livre d'Edith Wharton.

Cinq nouvelles composent le recueil.
Dans La cloche de la femme de chambre, sans doute la plus influencée par Le Tour d'écrou, publié seulement quelques années auparavant, une jeune femme frêle se rend dans une belle demeure isolée où une ancienne servante décédée apparaît.
Les Yeux est l'histoire d'un homme qui a été poursuivi toute sa vie par des yeux, symbole de sa culpabilité.
Plus tard raconte comment un couple d'Américains va faire connaissance avec le fantôme qui habite sa demeure anglaise.
Kerfol est l'évocation d'une histoire bretonne tragique suite à un mariage malheureux.
Quant à Le Triomphe de la nuit, il met en scène un jeune homme qui se rend dans un lieu reculé du New Hampshire, qui passe la soirée en compagnie de quatre hommes et d'un fantôme qui semble vouloir lui faire comprendre quelque chose.

Je vais encore passer pour une idiote, mais j'ai compris seulement à la fin du premier "chapitre" qu'il s'agissait d'un recueil de nouvelles... Je n'ai pas réussi à retrouver toutes les dates, mais je crois qu'elles ont été réunies pour la publication seulement plus tard, ce qui explique que les sujets traités soient si variés. Tous ces textes ont une part de mystère, mais le fantôme qu'ils mettent en scène peut prendre la forme d'une métaphore, relever de la légende ou être réellement présent. Les lieux sont également variés, puisque l'on se rend des Etats-Unis à l'Italie en passant par l'Angleterre et la Bretagne.
Dire que ce recueil est un incontournable serait un énorme mensonge. Edith Wharton est loin d'avoir le talent d'Henry James pour les histoires de fantômes. Chacun de ces textes est plaisant à lire, offre une ambiance plutôt réussie, mais je n'ai tremblé à aucun moment quand je ne suis pas simplement restée sur ma faim. Plusieurs des nouvelles ressemblent à des esquisses auxquelles il manque un minimum d'explications (ou simplement de pistes) pour vraiment marquer le lecteur, et les autres glissent un peu sur nous.
Après, comme je l'ai dit, tout n'est pas négatif dans ces nouvelles. Elles ont vraiment du charme, et je les ai lues en une journée, alors que ce genre n'est pas ce qui me plaît le plus d'ordinaire. Je n'en veux donc pas à Edith Wharton, et je pense que je la retrouverai d'ici peu.

L'avis de Lou, très proche du mien en fait.

Posté par lillounette à 15:25 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
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