16 octobre 2016

L'enfant qui criait au loup - Gunnar Staalesen

111111Comme de nombreux auteurs scandinaves, Gunnar Staalesen est connu chez nous pour ses polars et pour le personnage de son enquêteur principal, Varg Veum.

Ce dernier a débuté aux services de la protection de l'enfance. C'est là qu'il rencontre Janegutt, âgé de quelques années à peine, pour la première fois. Sa mère étant soupçonnée de maltraitance, il est adopté par un couple bien sous tous rapports. Pourtant, quelques années plus tard, Varg Veum retrouve le jeune garçon dans des circonstances dramatiques. La dernière fois qu'on fait appel à lui au sujet de cet enfant, c'est parce qu'il s'est retranché avec une otage après avoir assassiné ses parents adoptifs et a indiqué ne vouloir parler qu'à Veum. Ce dernier, devenu détective privé raté, accepte de se rendre sur les lieux du carnage. 

Je n'ai pas lu les autres romans de Gunnar Staalesen mettant en scène son inspecteur, mais j'ai l'impression que L'enfant qui criait au loup est particulier dans la mesure où il couvre une immense partie de la carrière de Varg Veum. On découvre son parcours professionnel, l'échec de son mariage, ses difficultés à se construire une carrière de détective. Pourtant, peut-être parce que je n'ai pas eu l'occasion de m'attacher à ce détective avec ses autres enquêtes, je n'ai pas éprouvé beaucoup d'empathie pour ce personnage qui ne se livre pas vraiment. 
Au niveau de l'enquête policière en elle-même, je trouve ce roman bien loin d'autres policiers scandinaves. L'enquête est intrigante, mais pas palpitante. A aucun moment je n'ai senti mon sang se glacer. J'avais soupçonné le meurtrier en me disant que ce serait caricatural de le choisir et compris depuis longtemps pourquoi l'un des personnages agit comme il le fait tout au long du livre.
Au final, j'ai surtout vu dans ce roman une peinture peu reluisante de la politique de protection de l'enfance en Norvège. J'ai aussi apprécié la peinture de Bergen, loin de l'image parfaite de la Scandinavie que l'on a tendance à véhiculer chez nous (criminalité très faible, résultats scolaires excellents, prise en charge remarquable des personnes âgées...).

Une petite déception.

Merci aux éditions Folio pour ce livre.

Folio. 480 pages.
Traduit par Alexis Fouillet.

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13 janvier 2016

Le bonhomme de neige - Jo Nesbø

product_9782070467068_195x320Dans la liste des auteurs scandinaves réputés pour leurs polars, Jo Nesbø tient une place de choix grâce aux enquêtes d'Harry Hole. Folio m'ayant proposé Le bonhomme de neige dans son joli coffret, je n'ai pas commencé la série dans l'ordre, et j'en suis ravie.

Alors que plusieurs femmes disparaissent mystérieusement, laissant derrière elles un bonhomme de neige dotés de certains objets (ou pire) leur appartenant, Harry Hole et son équipe commencent à se demander s'ils n'ont pas affaire au premier tueur en série sur le sol norvégien. Cependant, les liens entre les disparues semblent inexistants. Toutes disparaissent le jour des premières neiges, mais la raison pour laquelle le tueur les sélectionne reste mystérieuse. En remontant dans les archives à un niveau national, il semble par ailleurs que les victimes sont dispersées dans le temps et dans l'espace.
Le seul indice est une lettre envoyée à Harry Hole comme une revendication, un bien maigre point de départ.

Je lis toujours aussi peu de romans à suspens, mais en période hivernale, j'aime me blottir dans un plaid sur mon fauteuil, avec ma tasse de thé et un livre dans lequel la neige tombe en abondance.
Alors oui, on a droit à un inspecteur bourru, dont la relation à l'alcool est problématique, dont les relations avec les femmes sont encore plus désastreuses. L'enquête est bourrée de rebondissements, de faux suspects, de coïncidences troublantes. Il ne faut pas rechercher ici un bouleversement des codes du genre. Mais ça fonctionne très bien, ça fait peur et ça tient en haleine tout du long.
L'écriture est telle qu'on voit très facilement les scènes décrites (surtout la dernière scène avec une potentielle victime du bonhomme de neige). Le meurtrier et d'autres personnes suspectes tiennent la première place dans de nombreuses scènes, ce qui met le lecteur au premier rang pour assister aux meurtres et fait bien monter sa tension. Je me suis fais la réflexion qu'une adaptation de ce roman devrait intéresser de nombreuses personnes, et d'après notre amie Wikipédia, Martin Scorcese en personne a prévu d'en faire un film avec Michael Fassbender !!

Un bon polar difficile à lâcher en cours de route.

D'autres avis chez Maggie et Miss Léo.

Merci à Anne-Laure des éditions Folio pour le livre.

Folio. 584 pages.
Traduit par Alex Fouillet.
2007 pour l'édition originale.

 

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18 avril 2013

"Les vents tombant des grand monts de Norwège..."

vigdis-la-farouche-sigrid-undset-9782234046917"Puisses-tu mourir de la plus cruelle des morts, puisses-tu vivre longtemps d'une vie misérable, toi et tous ceux dont la présence te réjouit le coeur. Puisses-tu voir mourir tes enfants d'une morts affreuse devant tes yeux !"

L'hiver ayant décidé de jouer les prolongations (même s'il suffit que je me lance dans un billet pour que le soleil qu'on n'avait pas vu depuis des semaines décide de refaire surface), j'ai décidé de poursuivre ma découverte de la littérature scandinave. Par conséquent, petits veinards, vous allez avoir droit à quelques billets norvégiens et islandais. 
Nous commençons avec une grande dame venue de Norvège, Sigrid Undset.

Lorsque Ljot, venu d'Islande avec son oncle, rencontre la belle Vigdis en Norvège, il en tombe éperdument amoureux. Encore puérile et maladroit, il multiplie les offenses à l'encontre du père de sa bien-aimée, Gunnar, au point de gâcher toutes ses chances d'obtenir la main de Vigdis. La jeune fille, pourtant bien partante au départ, est également refroidie lorsque Ljot abuse d'elle, puis disparaît, la laissant dans l'embarras.

Voilà une lecture dont je n'attendais pas grand chose mais qui m'a complètement emportée. Sigrid Undset est surtout connue pour ses énormes romans, mais Vigdis la farouche est loin d'être une oeuvre dépourvue d'intérêt.
L'auteur est une formidable conteuse. Elle nous embarque dans la Norvège et l'Islande du Moyen-Âge, qui vont être le théâtre des amours de deux personnes destinées à souffrir. D'un côté, nous avons Vigdis, une héroïne bafouée au caractère étonnant. De l'autre, le personnage de Ljot n'est pas aussi détestable que le laisse entendre le résumé de l'histoire.507px-Sigrid_Undset_young
J'ai particulièrement apprécié le personnage de Vigdis. C'est une jeune fille qui aurait pu être une victime. Elle perd presque tout, mais ne baisse jamais les bras pour obtenir ce qui lui revient de droit. Le monde décrit par Sigrid Undset est violent, passionné, dominé par les hommes, mais Vigdis sait tuer ou se laisser couper ses doigts gangrenés sans la moindre hésitation. Cette détermination sera autant sa force que sa perte.
Derrière ces personnages se dessine un monde où le christianisme s'impose progressivement face au paganisme, et où la justice prend des formes inhabituelles. C'est loin d'être l'aspect le plus développé du livre, mais c'est ce qui le rend aussi captivant et tragique.

Après une telle entrée en matière, je n'ai presque plus peur des mille et quelques pages de Kristin Lavransdatter qui m'attend dans ma bibliothèque.

Vigdis la farouche. Sigrid Undset.
Stock. 178 pages.
Traduit par M. Metzger.
1909 pour l'édition originale.

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05 janvier 2013

Cent ans - Herbjørg Wassmo

1373693Ma première lecture de 2013 m'a entraînée dans le nord de la Norvège, sur les traces des aïeules d'Herbjørg Wassmo.
En 1842, naît Sara Susanne, l'arrière-grand-mère. Après elle, trois autres générations de femmes, Elida, Hjørdis et enfin elle-même, dont Herbjørg Wassmo nous conte l'histoire de façon romancée. Elles se marient, font des enfants, se déplacent en bateau à travers les îles Lofoten ou marchent à travers les tourbières, et tentent chacune à leur façon de vivre.

J'ai énormément apprécié ce livre qui nous permet de voyager à travers des paysages qui me sont complètement inconnus. Nous sommes dans le nord de la Norvège, et les coutumes y sont très singulières. La vie est rude, le dialecte est différent de la langue parlée à Kristiania (la future Oslo), les enseignants sont itinérants et le destin des uns et des autres est tracé dès leur naissance. Lors de leur passage dans le Sud, Elida et les siens sont méprisés et humiliés par les gens à cause de ces différences qui les font passer pour des arriérés.
Pourtant, le Nord ne semble pas si immobile. En cent ans, nous voyons les moyens de communication se développer, ainsi que les moyens de transport. La révolution industrielle, les mouvements ouvriers et les deux guerres mondiales passent par là, surtout la deuxième, durant laquelle la petite Herbjørg voit le jour.
Malgré ces bouleversements, certaines choses semblent immuables pour ces femmes. Elles se marient, par nécessité ou par amour, et doivent ensuite faire face au peu d'opportunités qui leur sont proposées. Tout n'est pas complètement noir. Sara Susanne découvre le plaisir sexuel et finit par éprouver de l'amour (ou quelque chose qui s'en rapproche fortement) pour son époux, Elida se marie avec l'homme qu'elle a choisi tout comme le fera sa fille Hjørdis, mais cela ne sera pas sans conséquences. En l'absence de contraception, le mariage signifie surtout pour ces très jeunes femmes des grossesses à répétition. La maternité n'est pas toujours une évidence pour elles, et c'est une chose qui les fait culpabiliser. Sara Susanne paie très cher le fait de s'être avoué ne pas vouloir de l'un de ses enfants. Elida provoque l'incompréhension de son mari, de ses enfants et de bien d'autres personnes certainement, en choisissant de mettre ses enfants en nourrice pour s'occuper de son mari mourrant. 

"Dès mon enfance, cette histoire me révolte. Mais à un moment donné je commence à m'identifier à elle. Je ne peux m'imaginer qu'elle ait fait cela par méchanceté. Ma mère fait rarement allusion à la période où elle était en nourrice.
Plus tard, je pense qu'Elida a aussi d'autres raisons. Ou pire, je commence à douter de son noble motif qui est la maladie cardiaque de mon grand-père Fredrik. J'imagine qu'on peut facilement se lasser d'accouchements répétés et de soins continuels. Qu'accompagner jusqu'à l'hôpital à Oslo son mari malade n'est pas une punition en soi. C'est plutôt l'occasion de rencontrer d'autres gens que ceux de la famille, les métayers, les voisins, sur le quai et à la ferme. Voir autre chose que les saisons se relayer sur les rochers du bord de mer et sur des maisons éventées."

Les raisons de ce livre sont assez obscures. Dès le début, Herbjørg Wassmo annonce la part de fiction qu'il y a dans son oeuvre, et c'est ce qui rend sa lecture si fluide.
Là où elle reste peut-être trop pudique, et là où elle semble échouer, c'est lorsqu'elle indique vouloir laver sa honte à travers son écriture. Cette honte, nous le devinons, lui vient de son père. Elle l'appelle il ou lui, et ce n'est pas par hasard qu'elle se cherche du côté maternel et non du côté paternel en faisant des allers-retours dans le temps. Mais nous ne pouvons que deviner ce que cet homme lui a fait. Les passages la concernant directement sont des bribes de souvenirs, des dialogues de sourds entre elle et sa mère mourante, un dernier contact froid avec son père. Je n'espérais pas spécialement des révélations croustillantes en ouvrant ce livre, mais je trouve regrettable de terminer ce livre avec un léger goût d'inachevé de ce côté là. C'est comme si Herbjørg Wassmo avait écrit un tout autre livre que celui qu'elle pensait écrire.

Mais bon, malgré mes délires habituels, j'ai passé un très bon moment et découvert un auteur que je relirai.

10/18. 594 pages.
Traduit par Luce Hinsch.
2009 pour l'édition originale.



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