12 mai 2013

Entre ciel et terre - Jón Kalman Stefánsson

abc"Il est mort de froid parce qu'il a lu un poème."

En début d'année, j'ai salivé puis craqué pour La tristesse des anges d'un auteur islandais, Jón Kalman Stefánsson. C'est Dominique qui m'a fait réaliser qu'il s'agissait du deuxième volet d'une trilogie, ce qui m'a contrariée étant donné que je me rappelais très bien avoir lu un billet mitigé de Lou sur Entre ciel et terre.
C'est le moment où je vous confie que cette chère Lou a dit n'importe quoi^^ et que ce premier tome est en fait une merveille.

Alors, de quoi ça parle ? Nous sommes au XIXe siècle, en Islande, au bord de la mer. La vie est rude pour les marins qui partent pêcher la morue. Barour et le gamin partagent leur amour de la lecture et une grande amitié. Lorsque Barour meurt, le gamin part à la recherche du propriétaire du Paradis perdu de Milton dont la lecture a coûté la vie à son ami, afin de lui rendre son exemplaire.

Si l'intrigue est très vague, la langue est absolument merveilleuse. Il n'y a pas le moindre signe de dialogues lorsqu'on parcourt rapidement les pages de ce livre, ce qui m'a inquiétée avant ma lecture. Et pourtant, j'ai été emportée comme rarement dans cette histoire, notamment la première partie, qui raconte comment des hommes, après une courte nuit dans des barraques de pécheurs, prennent la mer. L'un d'eux a oublié sa vareuse à cause du Paradis perdu de Milton, il le paiera de sa vie. Jón Kalman Stefánsson est surtout poète, et son écriture fait vivre les émotions les plus profondes des personnages à travers les éléments qui les entourent.

"D'après les cartes de géographie, les montagnes d'ici s'élèvent à neuf cent mètres dans les airs, ce qui est parfaitement exact, il y a des jours où c'est le cas, mais un beau matin, au moment où nous quittons les rêves de la nuit, nous jetons un oeil au dehors et leur altitude a considérablement augmenté, elles atteignent au moins trois mille mètres, elles rayent la surface du ciel et nos coeurs se recroquevillent sur eux-mêmes. Ces jours-là, on peine grandement dans les enceintes à rester penché au-dessus des tas de poisson salé. Les montagnes ne font pas partie du paysage, elles sont le paysage."

Il n'y a pas de transition entre les descriptions, les pensées des uns et des autres, comme si tout était parfaitement lié. Pour cette raison, entre autres, j'ai pensé à Virginia Woolf en lisant ce roman. Les thèmes abordés sont également proches de ceux de la romancière anglaise. Nous sommes au XIXe siècle, mais le lecteur est interpelé, les époques se répondent, les morts et les vivants se parlent. Tout ou presque se passe à l'intérieur des gens, et c'est beau à mourir.

Un énorme coup de coeur.

Les avis de Dominique, Lou (qui en vérité est juste coupable de n'avoir pas aimé ce livre autant que moi). Vous pouvez aussi trouver des informations passionnantes sur ce livre, son auteur et sa traduction sur le blog d'Eric Boury, le traducteur du livre.

Folio. 252 pages.
Traduit par Eric Boury.
2007 pour l'édition originale.

 

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29 mars 2008

La voleuse de livres ; Markus Zusak

9782266175968R1_1_Pocket ; 640 pages.
7,70 euros.

Un bon conseil : n'écoutez pas les mauvaises langues^^. Je viens de terminer ce livre, et je suis encore sonnée.

Liesel est encore une petite fille quand sa mère les conduit, elle et son petit frère dans la banlieue de Munich, à Molching. C'est dans le train que Liesel rencontre pour la première fois la Mort, qui vient emporter son cadet. Après les funérailles, Liesel trouve un livre dans la neige et l'emporte. A Molching, elle est accueillie par Rosa et Hans Huberman. C'est avec eux ainsi qu'avec Rudy, son meilleur ami, qu'elle va vivre la Deuxième Guerre mondiale, surveillée en coin par la Mort. Hans Huberman se lève toutes les nuits pour la consoler après son cauchemar récurrent. Avec lui, elle apprend à lire, se passionne pour les livres, qu'elle vole, et finit même par fasciner les autres habitants de la rue Himmel en leur faisant la lecture lors des bombardements.

La voleuse de livres est un livre auquel il est difficile de rester insensible quand on le croise sur un présentoir. La couverture est vraiment bien trouvée et le titre accrocheur. J'avais été un peu refroidie par les avis mitigés voire carrément écoeurés lus sur les autres blogs, du coup j'ai attendu la sortie poche (au grand bonheur de mon porte-monnaie).
En fait, même s'il m'a fallu une cinquantaine de pages pour vraiment rentrer dans l'histoire, le style m'a beaucoup amusée. J'imagine qu'en VO, cela doit encore mieux rendre, parce que Markus Zusak joue avec les mots, intègre différentes formes, et démontre le pouvoir des mots. Max se sauve de Stuttgart parce que le titre Mein Kampf écrit sur le livre qu'il porte dissimule qu'il est juif. Markus Zusak fait simple, puis nous dévoile certaines choses, avant de revenir en arrière. Tout cela sans créer de confusion, au contraire. Cela permet au lecteur de mieux enregistrer, de mieux comprendre. 
Contrairement à Clarabel, j'ai trouvé la Mort plutôt attachante. Son "Doux Jésus, Rudy..." est terrible. C'est bien simple, je n'ai pas pu retenir mes larmes sur la fin. Pourtant, je pleure rarement en lisant un livre.
Il faut dire qu'ils sont vraiment attachants ces personnages. Liesel, Rudy, Hans, Rosa, Tommy, et même la vieille guigne qui crache chaque jour sur la porte des Huberman. Le sujet est grave, mais l'histoire est ensoleillée. J'ai éclaté de rire à plusieurs reprises, Liesel n'est qu'une enfant, et ses actes sont ceux de quelqu'un qui ne s'attache qu'à ce qui compte vraiment. Rudy et elle ne comprennent pas tout, mais ils ont les bonnes intuitions. Il y a l'accordéon d'Hans, les hurlements de Rosa, les "saurkel" et les "saumensch" à tout va. Parce qu'il y aura toujours plus tard pour se dire que l'on s'aime. Enfin, c'est ce que l'on croit.
Ce livre est vivant, distrayant, grave et puissant.
Courez l'acheter !

" Désormais, je ne veux plus espérer. Je ne veux plus prier pour que Max soit sain et sauf. Ni Alex Steiner.
     Parce que le monde ne les mérite pas. "
(page 599)

Les avis d'Emjy et de BlueGrey.

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