13 mai 2018

La Belle de Joza - Květa Legátová

9782369141143-abde3En mars, Patrice et Eva ont organisé un Mois de l'Europe de l'Est auquel je n'ai pas pu participer. Trouvant cette idée excellente, je vous propose avec retard quelques billets sur des lectures qui rentrent dans cette thématique.

On commence avec La Belle de Joza, un très court roman écrit par un auteur de quatre-vingt ans qui a été un joli coup de coeur.

Nous sommes en Tchécoslovaquie pendant la Deuxième Guerre mondiale. Eliška vit à Brno où elle mène un carrière de médecin. Elle a un amant, Richard, et appartient à un groupe de résistants. Après une série d'arrestations, Eliška doit s'enfuir avec l'un de ses patients, Joza, dans son village de Moravie, Zelary.
Si Joza est un homme sympathique, sa physionomie est repoussante, ses manières bourrues, et Eliška comprend très vite qu'à Zelary, c'est lui l'idiot du village. Elle doit cependant l'épouser et accepter de vivre dans un endroit où les moeurs et le confort sont très éloignés de ce qu'elle a toujours connu.

La quatrième de couverture de mon livre compare cette histoire à La Belle et la Bête. Ce texte tient du conte, c'est vrai. J'ai aussi beaucoup pensé au Mur invisible de Marlen Haushofer.
Lire ce livre, c'est plonger dans les paysages de la Moravie, une région dont le nom évoque en général des images d'un autre temps. C'est bien ce qui arrive à Eliška. Jeune femme indépendante, professionnellement et sentimentalement parlant, elle arrive dans un endroit où les femmes sont au mieux maîtresses de leur foyer, au pire maltraitées par les hommes sans que cela soulève la moindre opposition. Les logements n'ont ni l'électricité ni l'eau courante et les intérieurs sont démunis de tout objet non fonctionnel. Parmi la population, l'alcool et la violence font partie du quotidien. Le choc est rude, d'autant plus qu'Eliška est certaine que Joza, qui se montre conciliant dans les premiers temps, ne tardera pas à révéler sa véritable nature.
Pourtant, notre héroïne fait des efforts pour s'acclimater. Elle se lie avec ses voisines, même si ces relations sont surtout pratiques. Elle découvre un monde où les superstitions, les traditions, ont une grande place. Le médecin qu'elle est va ainsi travailler avec une guérisseuse.
Et puis, surtout, elle apprend à aimer son nouvel environnement. Avec Eliška, souvent accompagnée de Joza, nous parcourons les montagnes autour de Zelary. Pendant des mois, le temps semble suspendu, et Eliška se détache de ses anciennes convictions et découvre une autre façon de vivre pleinement sa vie. Il ne s'agit pas tant d'une critique de son ancien mode de vie que d'une ode à des lieux et des populations certes pas toujours tendres (être une femme n'est vraiment pas facile), mais que l'on évoque trop vite comme étant arriérées.

Lorsque les libérateurs russes arrivent enfin, les choses ne se passent pas comme prévu. Si l'on pense davantage aux soldats souriants, embrassés par les femmes, acclamés par les populations libérées, il ne faut pas oublier que la guerre révèle les pires côtés de l'homme, qu'il soit dans un camp ou dans l'autre.

J'ai adoré ce petit livre qui m'a envoûtée du début à la fin et j'ai été très déçue d'apprendre que seul un autre livre de Květa Legátová était disponible en français. Une nouvelle pépite des Editions Phébus.

Les avis de Kathel (qui a aussi pensé à Marlen Haushofer) et de Sylire.

Libretto. 156 pages.
Traduit par Eurydice Antolin.
2002 pour l'édition originale.