24 août 2009

Cosmos ; Witold Gombrowicz

41111E7C12LFolio ; 220 pages.
Traduit par Georges Sedir.
1964
.

Le narrateur, brouillé avec sa famille, décide de louer une chambre dans un village avec Fuchs, un autre jeune homme en quête d'apaisement. Les choses commencent mal, avec la découverte par les deux hommes d'un moineau pendu, vraisemblablement par un adulte, à proximité de la pension de famille où ils décident de louer une chambre. Dans le même temps, notre narrateur décèle un lien entre la bouche de Catherette, la servante, et celle de Léna, la fille des propriétaires de la maison.

Les points de départ de cette histoire sont complètement absurdes, et j'imagine que vous avez haussé les sourcils en lisant mon résumé. Pourtant, j'ai compris en lisant Cosmos pourquoi tout le monde sauf moi connaît Gombrowicz depuis toujours. J'ai adoré Les Envoûtés, Cosmos est une révélation.
Je pense que je suis loin d'avoir compris ce texte, mais il m'a captivée de bout en bout. Ici, tout est encore plus travaillé, plus subtil que dans Les Envoûtés. Ce dernier texte a été écrit avant tout pour distraire un large public, et c’est l’intrigue, aux multiples rebondissements, qui donnait du rythme à l’ensemble.
Cosmos est un roman dans lequel il ne se passe presque rien, mais qui donne exactement le sentiment inverse grâce à l'écriture de Gombrowicz. Il règne une ambiance malsaine dans ce texte, et la plume de Gombrowicz prend un plaisir évident à tendre le récit et à jouer avec l'absurde afin de renforcer cette impression. Il martèle les réflexions répétitives de son narrateur, crée des personnages qui usent étrangement du langage, s’attache à creuser tous les détails, et nous fait pénétrer dans une réalité totalement tronquée, car vue à travers les yeux d’un individu perturbé. Les points de départ de cette histoire semblent absurdes car il ne s'agit que d’infimes détails, mais ils permettent à Gombrowicz de construire une analyse très fine de la psychologie humaine.
L'infiniment petit domine, mais il prend des proportions énormes quand on le voit à travers les obsessions de notre narrateur. Un moineau pendu devient un véritable crime, de simples mouvements des mains deviennent suspects, des traits sur les murs deviennent des flèches indiquant d’autres méfaits, et le lecteur se laisse embarquer le plus naturellement du monde dans cette sorte de roman policier sans éléments liés rationnellement, sans victime et sans meurtrier. A quoi bon tout cela ? A montrer que les interprétations d’un seul individu, victime d’ennui (comme le suggère Fuchs), de délires obsessionnels, et de désir passionnel et glauque, peuvent lier entre eux des événements indépendants, faire exploser un cocon, et manipuler à merveille le lecteur.
Il y a sans doute beaucoup plus dans ce livre, mais il faudra certainement que j’approfondisse davantage ma connaissance de Gombrowicz pour le voir. Les auteurs que j'apprécie le plus sont ceux qui semblent avoir des obsessions que l'on retrouve d'un livre à l'autre. Ils me donnent la sensation de chercher des réponses qu'ils ne trouvent jamais, et en bonne curieuse, j'ai envie de chercher avec eux. Gombrowicz doit être de ceux-là. Ainsi, comme dans Les Envoûtés, la correspondance entre les éléments, les personnes et les événements occupe une place capitale, et ce qui est orphelin lui déplaît profondément.

J'ai peur de vous donner l'impression que ce texte est un joyeux n'importe quoi, ou qu'il s'agite beaucoup pour pas grand chose. C'est totalement faux. Il y a quelques semaines, je ne connaissais même pas Witold Gombrowicz de nom, mais Cosmos fait déjà partie de mes livres favoris.

Levraoueg a aussi aimé tout en étant déconcertée. Dominique nous livre diverses interprétations de ce grand roman.


11 juillet 2009

Vers le Phare ; Virginia Woolf

resize_3_Folio . 363 pages.
Traduit par Françoise Pellan.
V.O. : To the Lighthouse. 1927.

Publié en 1927, Vers le Phare est le cinquième roman de Virginia Woolf. C'est aussi un chef d'oeuvre.

Nous sommes peu avant la Première Guerre mondiale, sur une île écossaise, dans la résidence d'été de la famille Ramsay. James, le plus jeune des huit enfants Ramsay, rêve d'une excursion au Phare le lendemain. Sa mère le soutient, mais son père brise ses espérances, s'appuyant sur la logique, qui veut que le mauvais temps vienne gâcher ce projet. "Il était incapable de proférer une contrevérité ; ne transigeait jamais avec les faits ; ne modifiait jamais une parole désagréable pour satisfaire ou arranger âme qui vive, et surtout pas ses propres enfants qui, chair de sa propre chair, devaient savoir dès leur plus jeune âge que la vie est difficile ; les faits irréductibles ; et que la traversée jusqu'à cette terre fabuleuse où s'anéantissent nos plus belles espérances, où nos frêles esquifs s'abîment dans les ténèbres (là, Mr Ramsay se redressait, plissait ses petits yeux bleus et les fixait sur l'horizon), est un voyage qui exige avant tout courage, probité, et patience dans l'épreuve."

Vers le Phare est un texte qui appartient sans doute à ce que l'on appelle les romans sans intrigue, même si cette appellation ne me semble pas vraiment exacte, et fait surtout penser que l'on parle d'un truc complètement barbant. Or, ce livre ne correspond pas du tout à cette idée. Comme dans les autres romans de Virginia Woolf, il s'agit ici d'une quête. Celle du sens, de l'aboutissement, du bout des ténèbres.
Les personnages visent à ce but, et nous livrent leurs pensées par le biais de monologues intérieurs. Il sont tourmentés, inquiets, blessés, maladroits. J'ai souri en regardant le couple formé par les parents Ramsay. Ils ressemblent un peu aux Dalloway dans la relation qu'ils entretiennent. L'image de Richard achetant des fleurs pour son épouse parce qu'il ne sait pas dialoguer avec son épouse n'est vraiment pas loin. En réalité, d'après les notes du texte, Mr et Mrs Ramsay sont des échos des parents de Virginia Woolf, Julia et Leslie Stephen, et le nombre d'enfants correspond également, ainsi que d'autres détails.
Le récit se divise en trois parties inégales. La première se déroule donc sur une soirée d'été, et voit se découper nettement la figure de Mrs Ramsay qui, bien qu'en proie à de nombreux tourments elle même, parvient plus ou moins à apaiser ceux des autres, et à retenir le temps. La deuxième partie voit le temps reprendre ses droits, délabrer la maison, et emporter les vivants. Le tout en vingt pages qui font passer dix ans. Enfin, la troisième partie ramène l'espoir face à l'inachevé.
Pour parvenir à ce résultat, Virginia Woolf pousse son écriture aussi loin qu'il est possible de le faire. Son style est tout bonnement incroyable. Chaque phrase est une perfection, soutenue par une marée de clins d'oeil. A commencer par ce mouvement vers le Phare, l'achèvement. Ou la mort. En effet, comme dans La Traversée des Apparences, où Rachel Vinrace meurt pour avoir souhaité l'inaccessible, achèvement et mort se confondent ici. Ce parcours se reflète également dans le tableau que Lily Briscoe ne parvient à peindre qu'au dernier moment. Il ressort de tout cela une très belle poésie, et cela se ressent encore plus dans la deuxième partie. Je pense même qu'on peut la lire séparément du reste, comme un poème tragique, et en ressortir bouleversé.

"Ainsi, toutes les lampes éteintes, la lune disparue, et une fine pluie tambourinant sur le toit, commencèrent à déferler d'immenses ténèbres. Rien, semblait-il, ne pouvait résister à ce déluge, à cette profusion de ténèbres qui, s'insinuant par les fissures et trous de la serrure, se faufilant autour des stores, pénétraient dans les chambres, engloutissaient, ici un broc et une cuvette, là un vase de dahlias jaunes et rouges, là encore les arêtes vives et la lourde masse d'une commode. Non seulement les meubles se confondaient, mais il ne restait presque plus rien du corps ou de l'esprit qui permette de dire : "C'est lui" ou "C'est elle." Une main parfois se levait comme pour saisir ou pour repousser quelque chose ; quelqu'un gémissait, ou bien riait tout fort comme s'il échangeait une plaisanterie avec le néant."

Je réalise que vous allez penser que ce livre est horriblement déprimant, alors que c'est faux. J'ai souvent sourit, au contraire. Les personnages, même si on les affectionne, ont des comportements très drôles, particulièrement dans la première partie. On oscille souvent entre paix et tourments dans ce livre, mais c'est la réconciliation qui l'emporte.

Ce livre m'a empoignée comme cela ne m'était pas arrivé depuis très longtemps. Vous vous souvenez de ma rencontre avec Le Bruit et la Fureur l'année dernière ? Je crois qu'on est encore un cran au-dessus.   

"Elle creusa un petit trou dans le sable et le recouvrit, comme pour y enterrer la perfection de cet instant. C'était comme une goutte d'argent dans laquelle on trempait son pinceau pour illuminer les ténèbres du passé."

"Personne n'avait jamais eu l'air aussi triste. Une larme, peut-être, se forma, amère et noire, dans les ténèbres, à mi-chemin du puits qui conduisait de la lumière du jour jusqu'aux tréfonds ; une larme coula ; la surface de l'eau se troubla légèrement à son contact puis redevint lisse. Personne jamais n'avait eu l'air aussi triste."

 

08 juillet 2009

Les Années ; Virginia Woolf

untitledFolio ; 572 pages.
Traduit par Germaine Delamain et Colette-Marie Huet. Préface de Christine Jordis.
V.O. : The Years. 1937.

Il est très difficile de parler des romans d'un auteur que l'on aime comme j'aime Virginia Woolf. Dans ces cas là, l'objectivité est encore plus éloignée, et il ne s'agit plus seulement de parler d'un texte, mais d'une relation (je suis très sentimentale, mais si vous saviez tout ce que je dois à Virginia Woolf...).

Je me suis plongée dans Les Années parce qu'après Céline, je savais qu'il serait difficile de ne pas trouver mes lectures fades. J'ai eu mille fois raison, ce livre est un immense roman.
Que s'y passe t-il ? Tout et rien en même temps. Nous suivons une famille anglaise, les Pargiter, depuis 1880 jusqu'aux années 1930, mais il ne s'agit aucunement d'une saga familiale.
Les personnages sont attachants, deviennent familiers. J'ai bien sûr complètement fondu devant Edward, cet homme assommant d'érudition, mais aussi d'une grande beauté et surtout au coeur irrémédiablement brisé, un être "dont l'intérieur a été dévoré, ne laissant que les ailes et la carapace". Les événements politiques et sociaux apparaissent en toile de fond, rythment le récit, et ce pied dans la réalité nous permet de voir l'évolution extérieure des choses et des hommes.
Toutefois, si je dit qu'il n'est pas non plus faux d'affirmer qu'il ne se passe rien, c'est parce que le lecteur à la recherche d'une intrigue suivie et palpitante de manière traditionnelle sera nécessairement frustré. Il y a beaucoup d'inachevé (volontaire) dans ce livre. Les personnages que l'on croise en 1880 ne réapparaissent pas forcément avant que la dernière partie ne se déroule, ou alors seulement en tant que fantôme. Je pense notamment à Delia, cette jeune femme incapable de pleurer une mère qu'elle ne pouvait plus aimer, que l'on revoit seulement un demi siècle plus tard. Les phrases sont souvent inachevées, les personnages ne s'écoutent que rarement parler les uns les autres, de nombreuses scènes sont énigmatiques, et les réponses n'arriveront pas toujours.
Il s'agit en fait pour Virginia Woolf d'équilibrer son roman, de laisser de la place à ce qui est finalement aussi important. La quatrième de couverture a à mon avis raison de dire que le grand meneur de ce texte, c'est le temps. Le temps qui interrompt, qui mène l'histoire et les lecteurs, qui ébranle tout sur son passage, comme le vent que l'on retrouve à de nombreuses reprises. Il fait vieillir les personnages à une vitesse incroyable. Les Pargiter ont à peine le temps de s'interroger sur le sens des choses qu'il ne leur reste déjà plus que des souvenirs, et les lambeaux de leur chair. "Voilà à quoi aboutissent trente ans de vie commune, entre mari et femme - tut-tut-tut et tchou-tchou-tchou. On aurait cru entendre des bestiaux ruminer plus ou moins distinctement dans leur étable - tut-tut-tut et tchou-tchou-tchou - en piétinant la paille douce et fumante de leur litière, de la même manière qu'ils se vautraient jadis dans les marais primitif ; nombreux, prolifiques, à peine conscients, se disait North, tandis qu'il écoutait d'une oreille distraite le jovial clapotement, qui soudain s'adressa à sa personne."
Le texte entier est empreint d'une grande mélancolie, de grands questionnements, portés par une écriture qui n'oublie aucune émotion, mais la fin est étrangement plutôt ouverte et paisible. La dernière partie contient également davantage de descriptions comiques que le reste du roman.

En fait, avec ce texte, pour reprendre des mots de Virginia Woolf picorés dans la préface, l'auteur parvient à combiner "le fait et la vision" à merveille. Il s'agit d'un aboutissement parfaitement réussi pour elle, qui jusque là avait privilégié soit l'un soit l'autre. Cette préface est également très intéressante pour les informations qu'elle contient sur la genèse du texte, et sur les ellipses contenues dans le roman.

"Une rafale soudain s'engouffra dans la rue ; elle chassa un morceau de papier le long du trottoir et un petit tourbillon de poussière sèche lui courut après. Au-dessus des toits s'étendait un de ces couchers de soleil de Londres, rouges et changeants, qui allument dans chaque fenêtre l'une après l'autre, des flambées d'or. Cette soirée de printemps avait quelque chose de sauvage ; même ici à Abercorn Terrace la lumière variait, passait de l'or au noir, du noir à l'or. Delia laissa tomber le rideau ; elle se retourna et vint au milieu du salon en disant tout à coup :
' Oh ! mon Dieu !' "

18 mars 2009

Lumière pâle sur les collines ; Kazuo Ishiguro

resize_4_10/18 ; 256 pages.
Traduit par Sophie Mayoux.
V.O. : A Pale View of Hills. 1982.

Lettre I du Challenge ABC :

Kazuo Ishiguro est l'un de mes auteurs préférés, même si jusque là je n'avais lu que Les vestiges du jour et surtout Auprès de moi toujours.
Avec Lumière pâle sur les collines, le premier roman de l'auteur, j'ai pu le suivre pour la première fois dans son pays d'origine, le Japon. Je pensais vraiment m'attaquer à une oeuvre assez mineure d'Ishiguro, mais je peux vous assurer que ce livre défend à lui tout seul le génie de l'auteur.

Etsuko est une Japonaise, qui a quitté son pays d'origine quelques années après la guerre, en compagnie d'un deuxième époux. De son premier mariage, elle avait eu une fille Keiko. Celle-ci vient d'être retrouvée pendue dans sa chambre à Manchester lorsque le livre débute, des années plus tard. Elle avait quitté sa mère depuis six ans, incapable de s'adapter à la vie en Angleterre et à sa nouvelle famille.
A l'occasion d'une visite de sa deuxième fille Niki, Etsuko se remémore son passé. Elle se souvient de Jiro, son premier mari, au temps où elle attendait Keiki. Elle revoit aussi les deux occupantes mystérieuses d'une petite maison près de chez elle, Sachiko et sa fille Mariko. Cette gamine qui aimait tant les chats, et qui ne voulait pas s'en aller.

Dans ce livre, on retrouve tout ce qui fait le charme d'Ishiguro. Son style d'abord, faussement détaché, qui nous fait pourtant ressentir parfaitement l'atmosphère dans laquelle l'histoire se déroule. Les phrases se suffisent à elles mêmes, et ne nécessitent aucun artifice. Une remarque ironique n'a pas besoin d'être signalée, ni même un immense chagrin.
Etsuko nous emmène à Nagasaki, ville qui, comme chacun le sait, a été particulièrement meurtrie par la Deuxième Guerre mondiale. Les familles sont détruites, et les repères ont disparu. Car au-delà des personnages que nous cotoyons et des bâtiments détruits, le Japon tout entier voit s'opérer des changements très importants. Les légendes entourant l'Histoire du Japon sont remises en cause, les tenants de l'ancienne doctrine sont poussés vers la sortie. Tout n'est qu'opposition entre les modes de vie occidental et japonais, et l'existence d'Etsuko sera exactement à cette image.
Elle est mariée à un homme qui ne partage pas les événements qui le touchent avec elle, et qui lui accorde une place qui ferait bondir à peu près n'importe quel individu qui a intégré les valeurs occidentales (dans mes rêves en tout cas). Son beau-père est quant à lui profondément choqué d'apprendre qu'une femme peut ne pas partager les opinions politiques de son mari. En face d'Etsuko, se reflète l'image de Sachiko qui, elle, ne rêve plus que d'ailleurs, et qui refuse d'attendre la vieillesse dans les pièces vides et silencieuses de la maison de son oncle. Elle ne peut accepter une vie dans laquelle les femmes se battent pour faire le repas, non parce qu'elles aiment faire la cuisine, mais parce que cela leur permet de s'occuper un peu. Elle préfère espérer en vain plutôt que de renoncer. Elle veut offrir le meilleur à sa fille, et essaie de se convaincre qu'elle fait le bon choix.
Aucun jugement n'est prononcé dans ce livre, et personne n'est diabolisé. Au contraire, si on ressort de ce roman avec le sentiment que quelque chose n'a pas marché, on réalise surtout que toute décision aurait nécessité des sacrifices. Etsuko le sait, et l'on voit apparaître chez cette femme la terrible résignation propre aux personnages d'Ishiguro. Il m'arrive parfois de me demander comment je réagirais si dans quelques années, je devenais quelqu'un que la fille d'aujourd'hui mépriserait. Ce roman montre bien à quel point il s'agit d'une situation compliquée sans réponse toute faite. 

Lumière pâle sur les collines ne lève pas tous ses mystères, mais il s'agit surtout d'un livre magnifique et bouleversant. J'ai été soufflée.

L'avis d'Erzébeth, conquise elle aussi (et là je vois que Fashion n'aime pas Ishiguro !!). Erzébeth, si tu passes par là, j'aimerais bien discuter de quelques trucs avec toi.
Rose aussi a aimé.

Mon compte en banque tient aussi à remercier la personne qui a revendu Un artiste du monde flottant dans sa toute nouvelle édition Folio à mon bouquiniste, sans même l'avoir ouvert visiblement. 

09 mars 2009

Sanctuaire ; William Faulkner

sanctuaire_1_Folio ; 375 pages.
Traduit par R.N. Raimbault et Henri Delgove, revu par Michel Gresset.
V.O. Sanctuary. 1931.

C'est en lisant les quelques pages dépourvues de ponctuation de Titus d'Enfer que j'ai été prise d'une folle envie de reprendre ce livre que j'avais feuilleté durant un cours magistral soporifique il y a quelques mois (Peake et Faulkner n'ont absolument rien en commun, c'est juste moi...). 

De ce livre je pensais connaître l'intrigue, mais en fait les résumés que j'avais lus évoquent tous des événements qui interviennent très tard dans le récit. Je pense notamment au fameux épi de maïs que j'ai attendu pendant si longtemps que je me demandais si je ne me trompais pas de livre...
Des crimes sont bien commis, mais ils ne sont pas présentés de façon traditionnelle. Dans Sanctuaire, Faulkner étudie une fois de plus la noirceur et la déchéance des habitants du sud des Etats-Unis, à partir du viol d'une jeune fille et du meurtre d'un homme, qui entraînent l'arrestation d'un innocent. Cet état lamentable du sud apparaît d'autant plus clairement ici que l'un des personnages nous fait espérer un dénouement plutôt positif. Au lieu de cela, on a droit à un ouvrage qui se clôture de façon pour le moins ironique et insatisfaisante.

Je crois que je n'avais jamais perçu une telle noirceur dans les livres de Faulkner. Il ne juge pas, les personnages ne valent pas mieux les uns que les autres (sauf peut-être Benbow, mais il n'a clairement rien à voir avec le monde qu'il veut réformer), et je crois que là est bien ce qu'il y a de pire. Tous ces gens sont corrompus, débauchés, se contaminent mutuellement et s'enfoncent toujours plus profond dans la déchéance humaine. Et c'est comme ça. Certaines scènes sont absolument terribles, mais j'étais plutôt prête à rire tellement on est tombé bas.
En effet, en parallèle, l'auteur est plus qu'ironique, et l'hypocrisie de la société est parfaitement mise en valeur. Etre trafiquant d'alcool au moment de la Prohibition semble bien moins grave que de vivre avec quelqu'un (et d'en avoir un enfant) sans être marié. Cela vous place aussi en bonne position lorsqu'il s'agit de retrouver l'auteur d'un meurtre et d'un viol.   
Sanctuaire est le livre de Faulkner que j'ai lu avec le plus d'avidité. La chronologie bouleversée et les informations qui arrivent un peu au compte-goutte rendent le roman encore plus captivant, je trouve que c'est encore plus flagrant que dans les autres romans de l'auteur que j'ai lus. Il faut attendre la fin du livre afin de connaître la totalité de l'histoire, et de pouvoir confirmer ce qui avait jusque là été surtout suggéré. Bon, j'ai quand même eu du mal avec quelques passages. Je suis quelqu'un qui a besoin qu'on lui explique clairement les choses et qui croyait connaître l'histoire, aussi ai-je lu plusieurs dizaines de pages avant de comprendre qui avait été tué (c'est très étrange de connaître le nom du meurtrier mais pas avec certirude celui de la victime), mais c'était entièrement ma faute.

Je crois que j'ai encore plus aimé ce livre que Le bruit et la fureur (Edit du 31/03/09, en fait non), et je suis convaincue que je le relirai. Difficile de croire que Faulkner ne l'a écrit que pour l'argent...

Les avis de Sylvie, de Thom et de Roxane.


07 mars 2009

Titus d'Enfer ; Mervyn Peake

9782752901422_1_Phébus ; 502 pages.
Traduction de Patrick Reumaux.
V.O. : Titus Groan.
1946.

Après avoir été attirée par l'aspect de ce livre, apprendre qu'il s'agissait en fait d'un roman de fantasy (?) m'avait fait tourner le dos. Mais je ne désespère pas de connaître quelques bribes de ce genre un jour, donc j'avais dû le garder dans un coin de ma tête. Quand j'ai vu qu'il était épuisé, j'ai donc bien sûr couru l'acheter (je crois que c'est l'argument le plus convaincant qui soit pour me faire craquer pour un livre).

Un nouvel héritier vient de naître au château de Gormenghast. Titus, enfant très attendu mais pas vraiment aimé, sera donc le soixante dix-septième comte d'Enfer. Mais il naît dans une famille très étrange, sa mère ne s'intéressant qu'aux chats et aux oiseaux, et son père étant en proie à une mélancolie permanente. Le château, qui constitue presque un personnage à part entière du roman, est également peuplé d'autres individus, qui paraissent tous dépourvus de raison.
Un jour, un jeune marmiton s'échappe des cuisines, et décide de prendre le contrôle de Gormenghast à n'importe quel prix.

Il est très difficile de parler d'un livre comme celui-ci, mais je peux quand même vous dire que je l'ai plus qu'adoré, et que je meurs d'envie de me jeter sur la suite de cette histoire (même si je suis tombée sur un énorme spoiler en lisant un billet sur Gormenghast).
Mervyn Peake nous livre une oeuvre fascinante et très complexe. L'histoire semble particulièrement loufoque, avec des personnages dont les traits sont grossièrement tirés, dans une demeure absolument démesurée régie par un protocole ridicule. L'auteur semble s'être complètement lâché, et avoir pris un malin plaisir à rassembler tous les éléments fantastiques imaginables dans une seule oeuvre. Peake était caricaturiste, et le lecteur n'a pas besoin de voir les illustrations de ses personnages pour s'en apercevoir.
Cependant, comme tout fabuleux caricaturiste, Peake n'en décrit pas moins une réalité. L'univers qu'il crée tient parfaitement debout, car cette oeuvre qui parait si légère est en fait profondément déprimante. Les apparences ne nous trompent pas longtemps, et les bizarreries de langage des personnages finissent par faire mal. La famille d'Enfer est terriblement attachante. Ses membres sont terriblement seuls, avec chacun un lieu de refuge qui va se trouver sali par le machiavélique Finelame. J'ai trouvé en Fuschia une héroïne comme je les aime, même si sa sensibilité ne peut que lui coûter cher. Sa relation avec son père est très belle, et très réaliste. Même la comtesse Gertrude finit par devenir touchante. Il est étrange de constater que ce personnage, qui semble être le plus déconnecté de la réalité, se montre parfois bien plus perspicace que tous les autres réunis.
Les serviteurs ne sont pas en reste, particulièrement Craclosse et Lenflure, le serviteur squelettique et l'énorme cuisinier, qui s'engagent dans une lutte à mort, alors que le décor dans lequel ils se trouvent s'ébranle de façon de plus en plus inquiétante. Tout cela à cause du jeune Finelame. Je ne sais pas encore ce qu'il faut penser de lui. Sa quête me semble parfois se justifier, même si je le hais aussi.
Il m'a fallu quelques chapitres avant de comprendre où je me trouvais. Mais une fois l'histoire lancée, ce livre devient l'un de ceux qu'on ne peut plus quitter, et auxquels on pense longtemps après les avoir refermés. Un chef d'oeuvre.

Les avis d'Isil et de Titine.

03 mars 2009

On Chesil Beach ; Ian McEwan

41veQWAF_2BYLVintage ; 166 pages.
2007.

J'ai acheté ce livre au moment de la rentrée littéraire 2008 je crois, mais c'est ma relecture d'Expiation qui m'a décidée à l'ouvrir.

Edward et Florence viennent de se marier. Ils s'aiment, mais alors qu'ils prennent leur dîner, la perspective de leur nuit de noces les effraie. Ils sont vierges. Il a peur de ne pas assurer, elle est convaincue qu'il est expérimenté, et le corps de son mari la dégoûte d'avance. On est en 1962, alors elle n'ose rien lui murmurer de plus qu'un timide "j'ai un peu peur".

Ian McEwan nous livre avec ce livre une histoire incroyablement sensuelle et délicate, même si elle est, comme toujours avec lui, un peu triste. Il fait parler tour à tour Edward et Florence, nous révèle leurs peurs, les non-dits entre eux, qui les amènent à se saborder eux-mêmes. C'est très court, mais l'auteur cerne admirablement ce couple, qui se connaît finalement très peu.
Cette soirée de noces est un tel désastre que cela en est presque comique. Pour calmer l'excitation qui monte en lui, Edward pense au visage d'un homme. Quant à Florence, elle est tellement terrifiée qu'elle prend toutes les initiatives avant même que son époux ait demandé quoi que ce soit...
Encore une fois, le dénouement n'est pas assuré d'avance. Florence et Edward rencontrent nombre de portes de sortie, qui leur demandent simplement le courage de parler. Il s'agit d'une action qui demande malheureusement beaucoup de courage en 1962. La révolution sexuelle n'a pas encore eu lieu, alors ces fameuses portes, ils se contentent de les claquer, impuissants.
La dernière page du livre est absolument parfaite, je vous laisserais donc la découvrir avec le reste du roman, qui est l'un des plus beaux que j'ai lus. Peut-être mon préféré de Ian McEwan, et ce n'est pas peu dire. 

Les avis de InColdBlog, Levraoueg, Thom et Emjy (qui ont aimé).
Sybilline a été déçue.

 

10 février 2009

Les vies d'Emily Pearl ; Cécile Ladjali

resize_3_Actes Sud ; 191 pages.
2008.

Il y a des livres qui vous semblent plein d'espoir, qu'il vous faut absolument, mais que vous méprisez quand même un peu, puisque leurs ambitions ont l'air ridiculement grandes. Quand je lis des romans dits "d'inspiration victorienne", il s'agit essentiellement pour moi de trouver des clins d'oeil aux oeuvres des maîtres de l'époque. Cette fois, ce but n'a pas été atteint, mais c'est parce que Cécile Ladjali a accompli quelque chose de beaucoup plus grand.   

Emily Pearl est une pauvre fille de la campagne à l'extrême fin du XIXe siècle anglais. Dans un cahier, elle inscrit sa vie, vécue ou rêvée, peu importe. Elle parle des lettres de sa soeur Virginia, qui a fuit une existence misérable pour une autre existence misérable, mais choisie celle-là, de son rôle de perceptrice auprès de Terrence, le fils malade de Lord Auskin, de sa relation avec ce dernier, de la vie à Green Worps, d'elle même en fait.

Moi qui aime si peu les auteurs français contemporains, j'ai complètement succombé à la poésie, à la fantaisie et à la tristesse de ce petit livre. A côté de Rachel, Lucy, Kath ou Angel, se trouvera Emily Pearl désormais. Je pourrais vous dire qu'on perçoit les ombres de Jane Eyre et Virginia Woolf en lisant ce livre, mais cela n'a aucune importance en fin de compte. J'ai été totalement éblouie par l'héroïne de Cécile Ladjali. Elle est bourrée de défauts, et certaines de ses actions peuvent rebuter nombre de personnes, mais j'ai toujours eu un faible pour les héroïnes à l'imagination débordante, qui cherchent dans l'écriture un sens à leur vie. Elles sont finalement avant tout des prisonnières, même lorsque, comme Emily, elles ont conscience des conséquences de leurs actes :

" Virginia et son époux luttent pour la vérité et la liberté. Alors que moi, je fais enfermer les innocentes. Qu'est-ce qu'il y a donc de pourri en moi ? Qu'est-ce qui me fait, dans le banal petit jour du matin, haïr à ce point l'humanité ? "

En fait, paradoxalement, Emily est la seule à percevoir la réalité des choses. Elle veut être libre, être heureuse, mais elle a quand même conscience de la médiocrité de son existence et de celle des autres, quand ces derniers se voilent la face, par refus du chagrin ou par vanité :

" J'enviai alors cet homme et sa capacité à sélectionner les détails de la vie susceptibles de ne lui apporter que du bonheur et à jeter dans les douves de l'amnésie ceux qui auraient pu le conduire au désespoir. Je n'avais pas cette force. "

"Ce vieil homme connaît aujourd'hui ce qu'il n'aurait jamais pensé pouvoir vivre : une apothéose sociale ! Il ne réalise pas que la moitié de l'assistance est composée des plus grands marginaux du pays, de toute la fratrie artiste et homosexuelle du Nord de l'Angleterre. Non, cela il ne le voit pas. Il ne retient de cette faune bizarre que ce qu'en retiendrait un parvenu : le velours des redingotes, la cherté des toilettes, la lourdeur des parfums coûteux qui empoisonnent l'air, le fait que trois prêtres, dix enfants de choeur et cinq choristes soient convoqués pour le mariage de sa cadette. Je suis certaine aussi qu'il n'a pas manqué de considérer, à l'entrée de la chapelle, les trente superbes bêtes, harnachées à de profondes calèches couvertes d'armoiries ducales. Mon père n'a d'yeux que pour ces spectacles. En revanche, il reste aveugle à celui de ma détresse, il ne devine même pas le ventre de Pitch qui déborde de son habit, il ne voit pas non plus sa femme, secouée par les sanglots de bonheur, et que compresse une abominable robe d'apparat vert canard. "

Emily sait aussi aimer, même si elle se répète sans cesse le contraire. Fuir ses sentiments, ce n'est pas ne pas les éprouver. Terrence, ce gamin difforme, encore un genre de personnages que j'aime inévitablement, Emily est prête à tout pour le soulager, et elle le fera.

On ne sait pas ce qui est exact, qui existe vraiment, ce qui est écrit, ce qui est réellement dit. Cécile Ladjali ne signale pas les dialogues par une ponctuation spécifique. Ce livre est un tout, parfaitement harmonieux, une longue réflexion sur ce que l'on fait de sa vie, sur ce que l'on n'ose pas et sur les peines inévitables auxquelles il faut faire face. C'est enchanteur malgré la tristesse qui se dégage de l'histoire. Un bijou !

Malice et Lou ont adoré.
Emjy est plus mitigée. 

Posté par lillounette à 19:15 - - Commentaires [20] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
29 janvier 2009

Nineteen-Eighty-Four ; George Orwell

9780141187761_1_Penguin Modern Classics ; 325 pages.
1959. V.F. :
1984.

Lettre O Challenge ABC :

Cette année, j'avais prévu de lire deux livres qui ont obtenu le statut de chef d'oeuvre en Angleterre et dans le monde : Lord of the Flies de William Golding, et Nineteen Eighty-Four de George Orwell. Ce dernier a en plus bénéficié du relooking des éditions Penguin Modern Classics, ce qui donne très envie de le lire. Il s'agit d'une excellente initiative, puisque Nineteen Eighty-Four est un chef d'oeuvre.

BIG BROTHER IS WATCHING YOU. Imaginez un monde où, si vous n'être pas un simple prolétaire, vous ne pouvez pas faire le moindre mouvement sans être scruté à l'aide d'écran, ou écouté grâce à des micros dissimulés absolument partout. Un monde où l'amitié n'existe pas, où les unions sont autorisées seulement dans un but de procréation, où vous devez être fier lorsque vos enfants vous dénoncent comme dissident.
Voilà ce que connaît Winston Smith, habitant d'Océania, l'un des trois groupes territoriaux qui se sont formés au milieu du XXe siècle. Winston travaille au ministère de la Vérité, où il doit sans cesse participer aux mensonges du Parti, transformer les faits, au point de ne plus toujours savoir ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas. La ration de chocolat a baissé ? Mais non, elle a augmenté ! Et n'essayez pas d'aller affirmer le contraire, même en pensée, car tous les crimes contre le Parti sont ressentis de la même façon en Oceania.
Winston ne parvient cependant pas à se sentir à l'aise dans cette vie et ce monde qu'il ne comprend pas. Un jour (il faut attendre le deuxième tiers du livre, les résumés sont trompeurs), il entame une liaison avec Julia, une jeune femme qu'il croyait pourtant être totalement acquise à la cause du Parti. Mais leur amour ne peut pas durer, et tous deux savent qu'ils se feront prendre, qu'ils seront torturés, qu'ils se dénonceront mutuellement. La seule chose en laquelle ils croient fermement est l'impuissance du Parti face à leurs sentiments :

" They can't do that,' she said finally. It's the one thing they can't do. They can make you say anything -anything- but they can't make you believe it. They can't get inside you."

Julia et Winston ont tort de dire cela. Car il s'agit justement de ce qui rend Nineteen Eighty-Four si puissant. On croit toucher le fond à chaque instant, on croit que les choses s'amélioreront forcément, mais il devient de plus en plus évident que les personnages sont totalement cernés, dans une situation que l'on ne pouvait même pas concevoir avant d'ouvrir ce livre (si vous cherchez à vous remonter le moral, n'ouvrez pas ce livre). Je n'avais déjà pas une haute opinion de la télé-réalité, je crois que je n'entendrais plus jamais le terme de "Big Brother" comme avant.
Ce qui est le plus effrayant dans ce livre, c'est la lucidité dont fait preuve George Orwell à l'égard de la nature humaine. Il dénonce les totalitarismes, particulièrement le communisme (le livre a été publié en 1949), mais il n'a surtout aucune foi dans l'être humain. Il sait ce qui a fait défaut aux régimes nazi, fasciste, et ce qui fera défaut à l'URSS, et il crée un régime qui n'a pas hésité à aller encore plus loin. Le Parti ne veut pas une soumission de ses membres, il veut une adhésion totale et irréfléchie. L'idée du Nouveau Langage m'a glacé le sang :

"Don't you see that the whole aim of Newspeak is to narrow the range of thought ? In the end we shall make thoughtcrime literally impossible, because there will be no words in which to express it."

La dernière phrase du livre est la plus cynique que j'ai jamais lue. Oui, parce que l'on plonge tellement loin dans la noirceur de l'Homme, que beaucoup de passages nous font quand même rire jaune.
J'ai cherché une note d'espoir dans ce livre. Je pensais que Julia pouvait la représenter. Elle n'a pas connu ce qu'il y avait avant, et pourtant elle semble différente. Seulement, plus j'y repense, et plus je me dit que le Parti nous prouve avec ce qu'il fait à Winston, qu'il est capable de tout, et que personne ne peut lui échapper. S'il est impossible que Julia ait échappé au Parti, il n'y a qu'une solution possible, et c'est pire que tout...

Ce roman est horriblement frustrant, car toutes les questions restent sans réponse. Mais c'est parce que chaque mot que Orwell a écrit est parfaitement pensé. J'ai trouvé Le Livre horriblement ennuyeux et sans intérêt, j'ai vite compris pourquoi. Vraiment le meilleur livre que j'ai lu depuis un moment je crois.

Pour des avis moins décousus, allez chez Erzébeth et Karine.   

12 janvier 2009

The Amber Spyglass ; Philip Pullman

51dum6TvBYLScholastic Press ; 1024 pages.
V.F. : Le miroir d'ambre.

Je n'arrive pas à croire que j'ai mis un an à lire le dernier volet de la trilogie de Pullman. Enfin, si : mon livre regroupant les trois tomes pèse au moins deux kilos, et n'est pas du genre à tenir dans un sac à main... C'est après avoir terminé le tome 1 des Sally Lockhart que j'ai éprouvé une irrésistible envie de replonger dans l'univers de Lyra.

A la fin de The Subtle Knife, la fillette avait disparu. Nous la retrouvons en compagnie de la mystérieuse Mrs Coulter, qui la cache dans une grotte en la maintenant endormie, afin qu'elle ne s'échappe pas. Pendant ce temps, Will, qui a rencontré deux anges qui sont opposés au Régent, traverse l'Asie pour la retrouver. Tout comme les agents de Lord Asriel et ceux de l'Eglise.
Mary, la scientifique dont Lyra avait fait la connaissance en découvrant le monde de Will, découvre quant à elle un monde peuplé de créatures assez étranges, avec lesquelles elle sympathise rapidement. Ce monde est en déperdition, car la Poussière n'agit plus comme il le faudrait. Mary s'engage donc à chercher quelles sont les causes de ce phénomène. Un prêtre est à sa poursuite. Il a reçu pour mission d'éliminer Lyra, et sait qu'il la trouvera grâce à Mary.

Je ne sais pas comment exprimer ce que j'ai pu ressentir à la lecture de ce dernier tome. Les fins sont souvent un peu décevante, mais ce n'est pas du tout le cas ici. Non seulement le ton de l'histoire demeure le même que dans les volets précédents, mais en plus, il reste encore énormément de choses à accomplir avant de boucler l'histoire.
Pullman a encore de l'imagination a revendre, et c'est ainsi que nous découvrons toutes sortes de nouvelles créatures, que nous n'étions pas encore prêts à rencontrer dans les volets précédents. Certaines phrases du premier tome prennent toute leur importance seulement dans The Amber Spyglass. Absolument rien n'est laissé au hasard, et toutes les explications prouvent à quel point Pullman est un auteur talentueux. C'est déchirant, certes (ah ! cette trahison dans le monde des morts ! Cette révélation finale à propos de la poussière ! ), mais l'auteur veux être le seul maître à bord, et il s'en donne les moyens.
Impossible de souffler, ce tome est celui de tous les combats. Les personnages savent que c'est l'avenir de l'univers qui est en jeu. Outre les péripéties de Will et de Lyra, et les choix difficiles auxquels ils sont confrontés, j'ai été fascinée par la relation entre Mrs Coulter et Lord Asriel. Je me rappelle que j'avais trouvé le retournement de situation à la fin du tome 1 fort bien orchestré, je ne pensais pas si bien dire. Ces deux individus, pour lesquels le mensonge et la dissimulation sont une seconde nature, m'ont parfaitement manipulée.
Une fois la dernière page tournée, je me suis précipitée sur le tome 1 pour en relire au moins le début, et retrouver tous ces personnages qu'il est très difficile de quitter, et qui n'ont pas révélé tous leurs mystères.

His Dark Materials est donc tout simplement un chef d'oeuvre, et je vous conseille très fortement de ne pas passer à côté !

J'en profite pour dire deux mots de l'adaptation du premier tome, qui m'a sincèrement déçue. Je ne savais pas trop ce qu'on pouvait en attendre, mais certains choix m'ont beaucoup surprise (notamment le fait de ne pas respecter le découpage de Pullman, qui n'est absolument pas anodin). Ce roman est tellement complexe qu'en fait, j'ai trouvé que le moindre changement modifiait fortement le livre, et cela m'a beaucoup gênée (je suis pourtant une grande amatrice d'adaptations).
Une petite photo quand même pour les filles avides de kulture fashionesque que nous sommes (et aussi parce que j'aime beaucoup Selmaria) :

craig_l_1_

Les avis de La Conteuse, Karine et Papillon.