01 juin 2011

Une ballade d'amour et de mort : Photographie préraphaélite en Grande-Bretagne, 1848-1875

Je crois que j'ai découvert les préraphaélites en même temps que la littérature anglaise, mais je n'avais jamais pris le temps de creuser au-delà d'une béate admiration. Le Musée d'Orsay m'a permis de m'initier  un peu plus à ce mouvement en proposant une exposition surprenante sur la photographie préraphaélite.

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Rassurez-vous, je ne vais pas entreprendre une analyse de l'exposition, j'en suis parfaitement incapable, mais je voulais partager avec vous quelques (re)découvertes que cette exposition m'a permis de faire.

Le rapport des préraphélites à la nature, à la littérature et à l'histoire était présenté dans cette exposition. L'alternance entre photographie et peinture permettait aussi de voir les influences réciproques entre ces deux arts. Globalement, je n'y connaît strictement rien en matière de technique photographique, mais ça n'empêche pas mon esprit de vagabonder face à une exposition comme celle-ci.

J'étais venue essentiellement pour les portraits de Julia Margaret Cameron, photographe qui a eu des sujets tels que Julia Duckworth, qui n'est autre que la mère d'une certaine Virginia Woolf, ou encore Alice Liddell, la petite fille pour laquelle Lewis Carroll (dont certaines oeuvres photographiques étaient exposées) a écrit Alice au Pays des Merveilles.  J'ai été plus que satisfaite sur ce plan là.

imagesLe Tournesol, Julia Margaret Cameron

494px_Maud__by_Julia_Margaret_CameronMaud, Julia Margaret Cameron

index
Pomone, Julia Margaret Cameron

Plusieurs modèles des préraphaélites sont aussi fortement mis en avant. C'est le cas de Jane Morris, immortalisée par John R. Parsons et Dante Gabriel Rossetti.

              Jane_morris_blue_silk jane

Et d'Ellen Terry, brièvement épouse du peintre Watts, et modèle de Julia Margaret Cameron et Lewis Carroll.

            446px_Dame__Alice__Ellen_Terry___Choosing___by_George_Frederic_Watts Sadness__by_Julia_Margaret_Cameron

D'autres photographies que j'ai particulièrement aimées  : 

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Fading away, Henry Peach Robinson

carrollAmy Hughes, Charles Dodgson

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Bolton Abbey, Roger Fenton

 sinclair
Avenue at Weston, Warwickshire, James Sinclair

Je voulais aller à Orsay pour admirer les portraits que je savais y trouver, mais j'ai découvert la passion des préraphélites pour la nature, que j'ignorais (je vous ai dit que j'étais simple spectatrice novice et peu futée). Les premières salles laissant toute la place à ce sujet, il m'a été difficile de passer à côté, et plusieurs oeuvres proposées m'ont particulièrement impressionnée.

L'exposition est terminée depuis dimanche dernier, mais vous pouvez trouver une présentation sur le site du musée d'Orsay. Et pour un vrai commentaire, c'est par ici.

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25 avril 2010

La Chasse au Snark ; Lewis Carroll

untitled Folio ; 132 pages.
Traduit par Jacques Roubaud
.
1876.

J'ai découvert Lewis Carroll l'année dernière avec son texte le plus célèbre, Alice au Pays des Merveilles. Plutôt que de le retrouver à la sauce Tim Burton, j'ai préféré me plonger dans La Chasse au Snark.

Il s'agit d'un poème divisé en huit "crises", contant la poursuite d'un Snark par un équipage étrange,  mené par l'homme à la cloche, et formé d'un castor, d'un avocat, d'un banquier, d'un boulanger et d'un boucher. Un bien drôle d'équipage, donc, et qui cherche un animal des plus intrigants. Il a été suggéré que le Snark était un mélange entre un escargot (snail) et un requin (shark), mais même les personnages de l'histoire ne savent pas réellement à quoi s'attendre. En effet, paraît-il, le Snark peut prendre la forme d'un boojum, qui emmène celui qui le voit dans l'oubli.

"Mais oh rayonnable neveu
méfie-toi du jour
Où le Snark sera un boojum car ce jour-là
Tout doucement et
soudainement tu t'évanouieras
Et tu disparaîtras pour toujours."

Avec La Chasse au Snark, Lewis Carroll utilise une forme surprenante, à savoir celle d'un poème épique, mais il le réarrange totalement à sa propre sauce. Ainsi, nous découvrons un texte entre rêve, absurde et réalité, et qui propose à la fois des jeux, du rire, et une histoire empreinte de mélancolie. Qu'est-ce que le Snark symbolise réellement ? Le caractère complexe et multiple des choses, comme le suggèrent la préface ou les remarques au sujet d'Alice de Gilles Deleuze dans Logique du sens

"Prenez par exemple les deux mots "fulminant" et "furieux". Vous vous décidez à dire les deux mots, mais sans savoir par lequel commencer [...] ... si vous êtes doté de la qualité la plus rare, à savoir d'un esprit parfaitement balancé, vous direz "flurieux"." (Préface de Lewis Carroll)

Ou alors ce que chacun veut qu'il soit ? Les illustrations contenues dans ce livre ne proposent aucune représentation du Snark, conformément à la volonté de l'auteur. Ce qui m'a touchée dans ce livre est, outre son caractère délicieusement dérangé, ces personnages qui ne le sont pas moins, et qui recherchent sans même savoir à quoi s'attendre, et au risque de se perdre, cet être qui leur est dans le même temps indispensable.

"Ils le chassèrent avec des dés à coudre
ils le chassèrent avec passion
Ils le poursuivirent avec des fourchettes et de l'espoir
Ils menacèrent sa vie
avec une action de chemin de fer
Ils le charmèrent avec des sourires et du savon."

Sous ses airs de texte loufoque, La Chasse au Snark est donc en fait une histoire très touchante, que l'on voit se dessiner peu à peu. Alice au Pays des merveilles m'avait plu, mais le génie de Lewis Carroll s'exprime à mon avis bien plus dans ce livre.

A la suite de ce très beau texte, l'édition folio propose une étude du Jabberwocky*, un poème trouvé par Alice dans A travers le miroir. Alice n'en saisit pas le sens, et pour cause : il est composé de mots "portmanteau", qui sont des mots composés de deux mots (comme "Snark"). De ce fait, la traduction d'un tel texte est un travail risqué et douloureux, puisque moults interprétations sont possibles. Ayant un peu pratiqué la traduction au cours de mon cursus, j'ai trouvé cette partie extrêmement intéressante, tant pour ce qu'elle dit de l'exercice que pour ce que l'on découvre ainsi de l'univers de Lewis Carroll. 

Les avis de Praline, Cryssilda,
Un grand merci à Lise pour ce livre.

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*J'ai découvert depuis que Terry Gilliam, réalisateur dont j'aime beaucoup l'univers, avait fait un film du même nom. J'ai hâte de voir ça !

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22 mai 2009

Alice au Pays des Merveilles ; Lewis Carroll

0915_clip_image001_1_Folio ; 140 pages.
Traduit par Jacques Papy.
1865.

Voilà longtemps que je voulais découvrir Lewis Carroll. Bien entendu, je connais le dessin animé, qui m'effrayait quand j'étais petite. Je suis surprise, maintenant que je suis plus grande, de constater à quel point les oeuvres destinés aux enfants peuvent être cruelles et/ou sombres. Souvenez-vous de toutes ces chansons que vous connaissiez par coeur, et dont vous ne saisissez le sens qu'aujourd'hui...

Alice est allongée dans l'herbe aux côtés de sa soeur, quand elle voit passer près d'elle un lapin blanc qui semble pressé. Quand le lapin s'écrie " Ô mon dieu ! Ô mon dieu ! Je vais être en retard ! ", la petite fille n'y voit rien d'étrange. Mais quand il sort une montre de son gilet, Alice se lance à sa poursuite, "dévorée de curiosité". Elle pénètre ainsi dans un terrier, et finit par tomber, à au moins sept kilomètres de profondeur, avant de se retrouver dans un monde étrange, où toutes les idées farfelues du monde réel prennent vie.

Il n'a fallu que quelques lignes à Lewis Carroll pour me faire plonger dans son univers. La dédicace qui ouvre ce texte est juste vraie et belle :

Prends cette histoire, chère Alice !mw66619
Place-la, de ta douce main,
Là où les rêves de l'Enfance,
Reposent, lorsqu'ils ont pris fin,
Comme des guirlandes fanées
Cueillies en un pays lointain.

Avec ce texte, on navigue entre l'absurde, le rêve et la peur.
Les perceptions sont brouillées, Alice ne sait plus se repérer. Les éléments les plus étranges deviennent familiers. Il y a bien quelques indices, comme les transformations subites, les mots qui ont une signification différente, le temps qui s'écoule de façon étrange. Mais tout cet absurde poursuit malgré tout une logique, telle qu'il y en a dans tous les rêves-cauchemars. Et dans le monde des enfants.

J'ai vu dans ce livre, à travers tous ces personnages hauts en couleurs et tous ces jeux de mots, une critique forte du monde réel. Alice semble comme un vilain petit canard qui ne sait pas se tenir, et qui ne cesse de dire ce qu'il ne faut pas.
Le Pays des Merveilles apparaît alors comme un refuge, un lieu secret où l'on peut se rendre discrètement à tout moment, pour ceux qui veulent garder leur coeur d'enfant.

Avant de clore ce billet, un petit clin d'oeil à Erzébeth (y'a pas de raison) :

"Parlez rudement à votre bébé ;
Battez-le quand il éternue ;
Ce qu'il en fait, c'est pour vous embêter,
C'est pour cela qu'il s'évertue."

L'avis Alice.

* La photo représente Alice Liddell, la petite fille pour laquelle Lewis Carroll a écrit les aventures de la petite fille du même nom. Le cliché est également de l'auteur. J'aime les profils, on y trouve plus de sincérité je trouve.