20 octobre 2014

Les robots ont-ils une âme ?

esprit-d-hiver,M119310Holly se réveille avec un horrible pressentiment le matin de Noël. Elle a trop dormi, son mari Eric aussi. Alors que ce dernier se précipite à l'aéroport pour y chercher ses parents, elle se retrouve seule avec leur fille, Tatiana. Holly doit donc se préparer à l'arrivée de toute sa belle-famille ainsi que de deux familles d'amis, mais rien ne va.

Esprit d'hiver avait beaucoup fait parler de lui lors de sa sortie l'an dernier. Je savais donc que je devais m'attendre à un rebondissement final frappant, mais il a dépassé toutes mes prévisions et je termine ma lecture nauséeuse (certes, je suis malade aussi).
Il y a beaucoup de choses dans ce livre, un peu trop d'ailleurs, mais les romans de Laura Kasischke ont toujours un côté too much pour moi. D'habitude, c'est la fin qui me dérange le plus, cette fois c'est plus l'accumulation de choses qui sont arrivées à Holly dans sa vie et qui rassemblées semblent avoir une signification qui me gêne. Je ne crois pas au destin, ce qui fait que j'aurais toujours à redire sur les livres de cet auteur. Je sais, je l'aime pourtant assez pour en être à mon troisième livre d'elle, elle me fascine et m'agace à la fois.
Fermons cette parenthèse pour évoquer ce qui est une réussite totale dans ce livre, le huis-clos auquel on assiste, et la tension qui se fait de plus en plus forte au fur et à mesure que l'on se rapproche de l'explication finale. Holly est une mère adoptive et plus généralement une femme angoissée, soucieuse de ce que l'on pense d'elle et désireuse de faire le bonheur de sa fille ramenée de Russie presque quatorze ans plus tôt. En ce jour de Noël, les invités vont se décommander les uns après les autres en raison de la mauvaise météo, laissant Holly en tête à tête avec une adolescente irritée, distante, puis progressivement violente et terrifiante.

Pourquoi Tatiana se change t-elle constamment ? Pourquoi accuse t-elle sa mère de choses complètement absurdes ? Qui est ce M. Inconnu qui harcèle Holly sur son portable ?

Par des allers-retours entre le présent et le passé, on remonte peu à peu le fil de l'histoire. Très habilement, Laura Kasischke nous laisse nous impatienter, capturer les indices qu'elle a semés, devenir presque hystérique à force de nous demander si l'on a trouvé la bonne explication (de la plus logique à la plus irrationnelle) à toute cette tension avant de nous asséner un coup de massue dans les dernières lignes.

Un roman sur la maternité très réussi et glaçant.

Les avis de Titine et d'Emma.

Esprit d'hiver. Laura Kasischke.
Christian Bourgeois.
283 pages. 2013

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10 avril 2013

Les revenants - Laura Kasischke

9782253164524-TUn jour, j’ai lu un livre de Laura Kasischke et je n’ai pas aimé. Depuis, je suis poursuivie par une lectrice de ce blog déterminée à ce que je donne une nouvelle chance à cet auteur. Or, il se trouve que quand j’ai vu passer le dernier roman qu’elle a écrit, il avait tout pour me plaire. C’est donc le moment de réparer mon erreur.

Nicole est une jeune fille de dix-huit ans à la beauté virginale lorsqu’elle trouve la mort dans un accident de voiture un soir de pleine lune. Shelly est la première sur les lieux, mais dans les jours qui suivent, le compte-rendu qu’elle lit dans tous les journaux ne correspond pas à ce dont elle a été témoin. La version la plus macabre des événements, qui montre le petit-ami de Nicole, Craig, comme le grand responsable du drame, est celle qui est retenue. Les deux jeunes gens étudiaient à Honors Grove College, où les confréries d’étudiants cultivent avec ferveur le secret autour de leurs pratiques. Nicole était elle même membre d'une sororité, et ses anciennes "soeurs" semblent déterminées à la venger.
Quelques mois plus tard, des apparitions étranges ont lieu. Craig, mais aussi Perry, qui a connu Nicole toute sa vie, ou encore des membres de l'université, vont être entraînés dans des événements incompréhensibles qui semblent avoir un lien avec le mystère qui entoure la mort de la jeune fille.

Contrairement à la dernière fois, dès les premières pages, aussi belles que terribles, qui décrivent une jeune fille figée dans la mort après un accident de voiture, j’étais conquise.
En lisant le résumé (très moyen d’ailleurs), on s’attend à lire une histoire de fantômes. C’est bel et bien le cas d’un certain point de vue, mais les fantômes sont loin d’avoir l’aspect que l’on imagine. Roman sur la mort, le deuil, le corps, mais aussi critique de la société américaine, thriller aux accents fantastiques et campus novel, ce livre est en plus doté d’une construction efficace. Différents personnages qui ne se connaissent pas toujours initialement prennent tour à tour la parole et apportent leur part dans la résolution de l'histoire. L'une des principales protagonistes de l'histoire est Mira, un professeur d'anthropologie spécialisé dans l'étude de la mort. A travers elle, nous découvrons au fil de pages passionnantes les rituels qui entourent la disparition des êtres humains, faits à la fois de chagrin et de répulsion. Nicole est-elle vraiment revenue sur le campus ou bien ses apparitions sont-elles des manifestations du deuil ?
Outre cela, les personnages doivent se débattre au milieu des pièges qui leur sont tendus pour protéger les secrets qui entourent Honors Grove College. L'image de cette université repose sur beaucoup d'hypocrisie et de menaces, et nos personnages semblent bien isolés et impuissants. Ce sont tous des êtres un peu ratés. Mira est empêtrée dans un mariage sans amour et sa carrière professionnelle ne tient qu'à un fil. Shelly est une homosexuelle manipulable. Quant à Craig et Perry, ils ne sortent aucunement du lot et ne sont rien d'autre que des pions dans une partie dont on ne leur a pas expliqué les règles. Pourtant, dès le début il semble évident que certaines choses ne sont pas claires dans la mort de Nicole. Pourquoi la version officielle est-elle si différente de ce dont Shelly a été témoin ?
Avec tout cela, rien d'étonnant à ce que les pages défilent à toute allure.

Quelques légers bémols quand même qui m’empêchent de parler de révélation. Tout d’abord, le système de rebondissement final qu’adopte Laura Kasischke dans tous ses livres ne passe pas avec moi. J'ai très vite trouvé le pot aux roses, et les éléments qui me manquaient m'ont été fournis bien avant la fin du livre. Alors que j'étais au bord du coup de coeur, ce procédé donne un aspect artificiel au livre qui m'a fait terminer ma lecture avec un sentiment d'inachevé.
J’ai également du mal à me prononcer sur le style de l’auteur, et cela pour une raison simple  : j’ai perçu la traduction à plusieurs reprises. Ainsi, Nicole évoque à un moment le temps qu’il lui faut pour faire "un cent" de roses, ou encore Karess demande à Perry si "le chat [lui] a mangé [la] langue" (dont l’équivalent français est plutôt "tu as perdu ta langue ? " ). Heureusement, le livre n’est pas truffé d’exemples de la sorte, et l’on se plonge dedans sans la moindre difficulté une fois embarqué.

Un grand roman qui dévoile le poison qui coule dans les veines de la société américaine où jouer l’emporte souvent sur le fait de penser aux conséquences.

Plein d'autres avis chez Solenn, Theoma, Brize et Miss Leo.

The Raising.
Le Livre de Poche. 663 pages.
Traduit par Eric Chédaille.
2011.

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14 mars 2009

A moi pour toujours ; Laura Kasischke

resize_3_Belfond ; 401 pages.
Traduit pas Anne Wicke.
V.O. : Be Mine. 2007.

Depuis maintenant deux ans et demi que j'écris sur ce blog, j'ai appris à surmonter parfois mes préjugés à l'égard d'auteurs qui ne me tentaient pas, et cela a donné lieu à de très belles découvertes. Malheureusement, ce n'est pas toujours le cas...

Sherry est une femme qui a tout pour être heureuse. Un job intéressant, un mari amoureux, et un fils de dix-huit ans, Chad. Ce dernier vient cependant de quitter la maison, laissant derrière lui un grand vide. Le jour de la Saint-Valentin, Sherry reçoit un mystérieux billet sur lequel il est écrit : "A moi pour toujours". Elle en parle à son mari, qui étrangement semble très excité à l'idée que sa femme soit courtisée par un autre. Commence alors pour Sherry la recherche de l'auteur de ces quatre mots, qui l'entraîne bien plus loin qu'elle ne l'avait imaginé.

C'est très simple, ce livre me laisse franchement mitigée. Il se lit très vite, mais pas parce qu'il est captivant. Il y a beaucoup de cuit et de recuit dans ce roman. L'idée de départ est pourtant bonne. Tout s'écroule sans aucune raison particulière. Juste l'ennui, que ressent aussi le lecteur au début du livre. Quelques mots, qui suffisent à révéler à un personnage qu'il n'est pas aussi comblé qu'il le pensait. Mais, l'auteur s'embrouille très vite. 
J'ai lu un peu partout que Laura Kasischke était très forte pour les rebondissements, je ne suis pas d'accord. Le principal malentendu était gros comme une maison, et même si je sais que l'on peut très facilement ne pas voir l'évident, je ne le trouve pas crédible une seconde passé un certain stade. Je ne croyais pas que Laura Kasischke oserait nous sortir ça. Bien sûr, à l'écrit, le discours des personnages peut être totalement à double sens. Mais pas à l'oral. Il y a des tons qui ne trompent pas. Laura Kasischke a eu une bonne idée, mais elle aurait dû soit s'arrêter avant, soit aller plus au fond des choses. Pourquoi ne pas justement laisser un peu planer le doute sur ce que Jon savait vraiment, inconsciemment, au lieu de s'en tenir à un simple "on ne connaît jamais les gens" ?
La révélation finale à propos de Garrett me laisse aussi perplexe, et bien trop excessive pour paraître vraie. En fait, tout comme le précédent malentendu, elle ne m'a surprise que dans la mesure où je faisais confiance à l'auteur pour ne pas me servir une réponse aussi banale. Quand un aspect qui possède une telle importance est raté, il est difficile d'apprécier le reste.
Bram sort du lot, et agit avec une passion puis un manque de conviction bien vus. Toutes les illusions évoquées dans ce livre sont vraies. J'ai aussi apprécié la toute fin, le fait que les choses rentrent dans l'ordre sans que rien ne soit réglé. Les seuls à avoir bougé ne sont pas ceux que l'on pensait. Et Laura Kasischke dresse parfois des tableaux très pertinents et plein de sarcasmes, qui en disent long et éclairent l'intrigue en peu de mots.
Cela ne fait cependant pas assez pour un livre que j'étais autant impatiente de découvrir. J'aurais peut-être dû commencer par Rêves de garçons comme je l'avais prévu...

Je ne ferme pas la porte à cet auteur. Cela fait plusieurs fois que je réécris ce billet, et j'ai du mal à exprimer clairement mon ressenti. Quand je réfléchis et que je relis des passages du livre, je comprends qu'il ait pu autant séduire. J'aurais sans doute été moins sévère si les effets de surprise avaient marché sur moi.

A part moi, tout le monde a adoré : Tamara, Loutarwen, Papillon, Praline et Ys.   


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