06 janvier 2018

Anna Karénine - Léon Tolstoï

20171224_130009[1]Pour accompagner nos longues soirées d'hiver, Romanza a décidé de lancer un challenge autour d'Anna Karénine, l'un de ses romans préférés. J'avais déjà abordé Tolstoï de façon peu concluante il y a quelques années, mais cela ne m'avait pas ôté l'envie de lire ses oeuvres majeures. Après ma lecture un peu laborieuse de Crime et Châtiment, j'avais de plus envie de poursuivre ma découverte de la littérature russe, alors je n'ai pas hésité.

On connaît souvent d'Anna Karénine sa fin tragique, mais ce gros roman est bien loin de se résumer à cet épisode. Etant incapable de résumer ce livre, je vais simplement vous raconter le début de l'histoire.

En descendant du train qui la mène chez son frère à Moscou, Anna Karénine, femme mariée, fait la rencontre du comte Alexis Vronski. Leur liaison ne tarde pas à être connue de toute la bonne société et à plonger la jeune femme dans la solitude.
Au même moment, Constantin Lévine, noble propriétaire terrien qui n'est heureux qu'à la campagne, voit sa demande en mariage refusée par la jeune Kitty Stcherbatski, elle aussi éprise du beau Vronski.

Contrairement à ce que le titre laisse penser, Anna Karénine n'est pas un roman qui se concentre autour de l'histoire d'une femme adultère. Anna n'est même pas le personnage principal du roman, elle partage la vedette avec Constantin Lévine. Si ces deux personnages ne se rencontrent qu'une seule fois, Tolstoï entremêle leurs vies tout au long du roman pour poser les questions qui le tourmentent autour du sens de la vie, du mariage, des relations entre les gens (d'une même famille, d'une société), et surtout de l'existence de Dieu.
Ne fuyez pas à toutes jambes en lisant cette dernière phrase. S'il serait mensonger d'affirmer qu'Anna Karénine ne souffre pas de quelques longueurs, c'est un roman qui se lit très facilement, avec des chapitres courts, une histoire bien rythmée et passionnante et quelques scènes à mourir de rire (le mariage et les élections en particulier).

Je regrette un peu de n'avoir pas déjà lu ce roman il y a une dizaine d'années, je pense que j'aurais lu une tout autre histoire et ma lecture d'aujourd'hui n'en aurait pas été moins intéressante. L'histoire entre Anna et Vronski m'aurait probablement davantage fait rêver (alors que là, pas du tout). Je n'ai pas ressenti d'attachement particulier pour Anna. C'est une femme moderne, courageuse, mais elle est surtout le symbole de ce qui arrive à une femme ayant choisi de suivre sa passion plutôt que son devoir dans la Russie du XIXe siècle. Sa position la rend tellement isolée et dépendante de son amant qu'elle s'illustre essentiellement par ses caprices et ses crises de jalousie.
Tolstoï n'approuve pas Anna, mais il la plaint. Ses personnages sont d'ailleurs régulièrement préoccupés par la question féminine. Ils soulignent l'hypocrisie de la bonne société, qui condamne les femmes comme Anna, qui ont quitté leur mari tout en fermant les yeux sur les liaisons soi-disant secrètes mais dont chacun est informé. Quant aux hommes, l'adultère ne leur provoque qu'un léger inconfort. Le propre frère d'Anna est bien vite pardonné par son épouse et peut poursuivre ses frasques. Quant à Vronski, il continue à être reçu partout. Tout juste est-il contrarié de ne pouvoir transmettre son patronyme à ses enfants.

Si je n'ai pas été particulièrement émue par Anna en raison de mon grand âge, qui me rend beaucoup plus pragmatique qu'autrefois, j'ai sans doute apprécié davantage que je ne l'aurais fait alors de suivre Lévine. C'est un homme qui ne se sent bien que sur ses terres et qui éprouve un amour admirable pour la nature. A l'image de Tolstoï, il s'interroge sur la place de chacun, les rapports entre les hommes. Le servage n'étant aboli que depuis une dizaine d'années lorsque l'auteur entreprend la rédaction d'Anna Karénine, cette reditribution des cartes est très présente dans le roman. Bien que membre de la classe dominante, Lévine s'interroge sur les droits qu'il a de posséder ses biens, sur son rôle auprès des paysans, et sur le régime politique idéal.

" - C'est si vague, le mot "peuple" ! Il est possible que les secrétaires cantonaux, les instituteurs et un sur mille parmi les paysans comprennent de quoi il retourne ; mais le reste des quatre-vingt millions fait comme Mikhaïlytch : non seulement ils ne témoignent pas leur volonté, mais ils n'ont pas la plus légère notion de ce qu'ils pourraient avoir à témoigner. Quel droit avons-nous, dans ces conditions, d'invoquer la volonté du peuple ? "

On (du moins les neuneus dans mon genre) ne comprend pas avant les dernières pages où l'auteur compte amener le lecteur, la raison de ce parallèle entre Lévine et Anna. J'ai suffisamment dénigré la religion sur ce blog pour que vous deviniez que je ne suis pas vraiment convaincue par la révélation qui s'offre à Lévine, mais Tolstoï a l'habileté de ne pas oublier qu'il s'agit d'un être humain, ce qui permet au personnage de conserver ma sympathie. Ayant lu Crime et Châtiment il y a peu de temps, je ne peux pas m'empêcher de faire un rapprochement entre les deux fins et je soupçonne les deux auteurs d'avoir eu des tourments en commun.

Une lecture à faire absolument et une belle façon de débuter 2018.

L'avis passionné de Romanza (merci de m'avoir poussée à faire cette lecture).

Folio. 909 pages.
Traduit par Henri Mongault.
1877 pour l'édition originale.


18 novembre 2012

Un hiver en Russie avec Tolstoï

les_cosaques_109437_250_400Je l'ai déjà dit ici, la littérature russe me fait peur. Tolstoï, Dostoïevski, Gogol et compagnie sont des noms qui m'attirent autant qu'ils me font peur. Mais l'hiver arrive, et Titine et Cryssilda ont décidé de nous le faire passer en Russie, donc je me suis dit qu'il était temps de grandir un peu. Et comme je ne fais jamais les choses à moitié, j'ai même pris de l'avance sur la lecture de groupe prévue dans des mois. J'ai donc lu Les Cosaques de Léon Tolstoï, un texte largement autobiographique.

Olénine, un jeune noble endetté et las de mener une vie sans saveur, s'engage comme officier dans l'armée russe et part pour le Caucase. Là-bas, il est hébergé dans une famille cosaque. Il découvre la vie des populations vivant aux confins de la Russie, et aussi l'amour, en la personne de la belle Marion.

Bon, pour être honnête, je me suis beaucoup ennuyée en lisant ce livre. Ca n'avance pas, on a des tonnes de petits riens, des personnages difficiles d'accès et franchement gonflants (les états d'âme d'Olénine m'ont surtout fait bailler)...
Bref, cette rencontre avec le monstre de la littérature russe qu'est Tolstoï n'a pas été une franche réussite, au point de me faire repousser la lecture de Guerre et Paix (parce qu'on y croit tous quand je dis que j'allais m'y mettre, c'était prévu, etc).

Mais comme je suis d'une bizzarerie sans nom, j'ai quand même trouvé ce livre objectivement correct. En fait, je trouve qu'il permet une incursion détaillée dans la vie des Cosaques. Leurs coutumes, leurs habitudes, leurs manières sont très bien décrites. Olénine arrive sans trop savoir à quoi s'attendre, et il est transfiguré au contact de ces gens aux habitudes si simples et directes. Les rapports entre hommes et femmes, entre jeunes et vieux ne sont pas guindés comme à la cour du tsar, ils sont naturels, ce qui fascine le jeune homme.
Avec ce roman, on a aussi un bon aperçu de la situation dans le Caucase au milieu du XIXe siècle. Les Tchétchènes sont remuants, et les Russes et les Cosaques sont présents pour les repousser, parfois entre deux parties de chasse ou beuveries. On est loin du tableau des guerriers en permanence sur le pied de guerre qu'on se représente lorsqu'on pense au front.
Tolstoï était également fasciné par les paysages du Caucase, et certaines de ses descriptions sont très belles et émouvantes. Juste un peu trop présentes.

En lisant mon commentaire, je me dis que c'est étrange de repprocher à ce livre de manquer d'action, alors que je viens d'adorer Retour à Brideshead, et que je vénère de nombreux livres dans lesquels il ne se passe rien. En fait, je crois que je n'ai pas assez senti le souffle de Tolstoï durant ma lecture. Je l'ai perçu quelques fois, notamment au tout début du livre, mais c'était trop bref.

Comme je ne veux pas finir sur une touche négative, je vais terminer mon billet en écrivant un extrait que j'ai trouvé magique, bien que très secondaire :hiver-russe1

"Jeannot ne répondit rien, seulement, en clignant des yeux, il accompagna son maître d'un regard dédaigneux et hocha la tête. Jeannot ne voyait en Olénine qu'un maître. Olénine ne voyait en Jeannot qu'un serviteur. Et tous deux eussent été fort étonnés si on leur avait dit qu'il étaient amis."

YueYin a heureusement un avis plus argumenté que le mien sur ce livre. En lisant son billet, je me dis que c'est sans doute le côté communion avec la nature et tout et tout qui m'a gonflée. Ca me rappelle La symphonie pastorale, qui avait le même défaut (je n'aurais jamais pu être hippie).

Les Cosaques. Léon Tolstoï
Folio. 304 pages.
Traduit par Pierre Pascal.
1863 pour l'édition originale.

Posté par lillounette à 16:47 - - Commentaires [20] - Permalien [#]
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