16 mars 2013

Juvenilia - Jane Austen

9782267019254FSDès l'adolescence, Jane Austen se livre à l'écriture. Juvenilia regroupe (à quelques exceptions près) les travaux de l'auteur rédigés avant qu'elle ne se lance dans ses grands romans. La plupart sont de courts textes adressés à des membres de la famille de l'auteur. On y trouve aussi le bilan qu'elle tire des opinions de ses proches sur ses romans Mansfield Park et Emma, ainsi que des essais dans le domaine de la poésie et de la prière.

Si vous ne connaissez pas Jane Austen, ne lisez surtout pas ce livre.
La plupart des oeuvres qui le composent sont d'une qualité moyenne, certaines sont inachevées et d'autres complètement soporifiques (j'ai fait plus que lire en diagonale la prière finale par exemple).
Je me suis pourtant bien amusée à la lecture de la plupart d'entre elles. Jane Austen y est féroce, ses personnages sont grotesques, et ses histoires abracadabrantes. Le mariage de ses héroïnes est déjà l'un de ses schémas principaux. La plupart sont d'une mauvaise foi et d'une vanité terrible, comme cette jeune fille qui préfère épouser un homme qui la révulse plutôt que de laisser l'une de ses soeurs, ou pire, l'une de ses amies, se faire conduire à l'autel avant elle. 
Les drames sont légion, les personnages s'évanouissent constamment, les amants vivent littéralement d'amour et d'eau fraîche, et déjà Jane Austen se moque des codes du roman gothique et du romantisme.

Malgré tout, on constate que, dans sa jeunesse, Jane Austen n'est pas complètement détachée de ses modèles d'écriture, et qu'elle cherche le genre qui lui convient. Elle privilégie souvent la forme épistolaire dans ses écrits, peut-être à la manière d'une Fanny Burney. Elle propose également des textes sous la forme de contes ou de pièces de théâtre. Certains passages sont déjà très bons, mais la jeunesse et l'inexpérience de l'auteur font que beaucoup d'histoires s'achèvent de manière abrubte, souvent à l'aide de rebondissements peu crédibles.
Son style n'est pas complètement assuré non plus. Elle fait déjà preuve de beaucoup d'ironie, mais celle-ci n'a pas la finesse que l'on trouve dans ses plus grandes oeuvres. La psychologie de ses personnages est peu développée, et le but recherché semble avant tout être le rire du lecteur (bienveillant, puisqu'il s'agit d'un des proches de l'auteur).

Un livre intéressant, mais à réserver aux adeptes de Jane Austen.

Christian Bourgois. 393 pages.
Traduit par Josette Salesse-Lavergne.

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28 février 2013

Emma - Jane Austen

EmmaLorsque j'ai découvert Jane Austen, ça a été une révélation. Je me suis enfilé la totalité de ses romans, et j'en ai profité pour voir toutes les adaptations que je pouvais trouver. Emma a été un peu maltraité cependant. C'est le dernier roman de l'auteur que j'ai lu, alors que je commençais à me lasser. Par ailleurs, j'ai regardé l'une de ses adaptations avant de découvrir le livre, chose qui me gâche systématiquement le plaisir de la lecture. Je gardais donc un mauvais souvenir de Miss Woodhouse. Mais alors que nous venons de fêter les deux cents ans de la publication d'Orgueil et Préjugés, je me suis dit qu'il était temps de me réconcilier avec elle.

Emma Woodhouse est une jeune fille riche de vingt et un an. Bien que plutôt intelligente et pleine de bonne volonté, elle a toujours été trop gâtée. Seul son beau-frère et voisin, Mr Knightley, lui trouve des défauts et se permet de les lui faire remarquer. Lorsque sa gouvernante, la "pauvre Miss Taylor", décide de se marier, Emma se retrouve seule avec son père hypocondriaque. Pour tromper son ennui, la jeune fille jette son dévolu sur Harriet Smith pour en faire sa compagne et l'un des objets de sa carrière d'entremetteuse.

Il est intéressant de lire un auteur à plusieurs années d'intervalle. En effet, contrairement à mes premières lectures des livres de Jane Austen, ce qui a le plus retenu mon attention ne sont pas les aventures de l'héroïne et de ses nombreux prétendants. Cet aspect du livre m'a plutôt ennuyée en fait, mais je vais y revenir. Ce qui fait le grand intérêt d'Emma, c'est la peinture de la petite société de Highbury et de tous les personnages qui la composent. Emma, pour commencer, est une héroïne très emma_1_1_austenienne. Elle a beau être riche contrairement à ses consoeurs, elle est surtout aussi imparfaite qu'elles. En effet, Emma est bornée, sûre de son rang et de ce qu'elle fait. Or, son intérêt pour Harriet relève davantage du caprice que d'un souci réel pour la jeune fille, et elle se montre donc très mauvaise enseignante.

"Les projets qu'Emma nourrissait en vue de meubler l'esprit de sa jeune amie à grand renfort de lectures et de conversations instructives n'avaient encore jamais dépassé le stade de quelques premiers chapitres, et l'intention de poursuivre le lendemain. Bavarder était chose plus facile qu'étudier. Il était plus distrayant d'abandonner son imagination à des rêves concernant l'avenir d'Harriet que de s'attacher à cultiver son intelligence ou de l'appliquer à des sujets concrets."

Elle peut aussi se montrer vaniteuse, même si c'est plus pour ses amis que pour elle-même, comme lorsqu'elle refuse l'idée d'une union entre Harriet et Mr Martin.
Jane Austen se montre encore plus féroce à l'égard des autres personnages, qui sont assez nombreux à occuper le devant de la scène. Mr Woodhouse et sa fille aînée, Isabelle, passent leur temps à craindre pour leur bien-être et celui de leurs proches. Le mari d'Isabelle, qui est aussi le frère cadet de Mr Knightley, est doté de davantage de bon sens, mais son caractère lunatique gâche sa personnalité. Parmi les amis des Woodhouse, la plupart sont aimables, mais à l'image de Mr Woohouse, surtout "mentalement inactifs", pour reprendre une expression de l'auteur. Ainsi, Harriet S30145252mith est charmante, mais naïve et incapable de penser par elle-même tant elle est occupée à boire les paroles d'Emma. A travers elle, Jane Austen se moque une nouvelle fois du romantisme et des héroïnes passionnément amoureuse d'un homme tant qu'elle n'en ont pas aperçu un autre sur lequel reporter toute leur affection. Miss Bates est tout aussi humble et gentille, mais ses interminables monologues feraient perdre patience à Jane Bennet en personne. Quant à Jane Fairfax, le point de vue d'Emma qui est adopté par la romancière nous la rend moins remarquable qu'elle ne l'est en réalité.
 D'autres personnages sont ridicules ou détestables, voire les deux. Mr Elton est un pasteur doté de tous les défauts les plus méprisables sous ses airs de gentilhomme. Son épouse n'est pas en reste avec ses grands airs et son hypocrisie. Quant à Frank Churchill, le séducteur de ces dames, j'avoue avoir du mal à lui pardonner son caractère égoïste et manipulateur.
En fin de compte, seuls Mrs Weston et Mr Knigthley nous permettent de ne pas désespérer de l'humanité en lisant Emma.
Tous ces personnages forment une petite société où il est nécessaire de prendre sur soi et de s'entendre, sous peine de perdre le peu de distraction que la vie à la campagne a à offrir. Dans ces conditions, les allers et retours de Frank paltrow-emmaChurchill, la maladie de sa tante, le cadeau anonyme envoyé à Jane Fairfax et tous les petits événements sortant de l'ordinaire donnent lieu à un grand émoi. L'intrigue de ce roman repose beaucoup sur les coups de théâtre et le ton constamment ironique et vif de Jane Austen, ce qui permet de le savourer malgré la quasi absence d'action.
Si cette relecture d'Emma m'a permis d'apprécier davantage ce livre auquel je reconnais de nombreuses qualités, j'ai dû m'accrocher durant les cent dernières pages. Je l'ai dit plus haut, les intrigues amoureuses qui sont résolues à la fin de l'histoire m'ont beaucoup ennuyée. Cela s'étale sur beaucoup trop de pages pour garder le lecteur en veille. Par ailleurs, je vais sans doute me faire huer, mais j'ai un problème moral avec le couple principal. Mr Knightley a contribué à l'éducation d'Emma, il l'a connue toute sa vie et se comporte de manière paternelle envers elle durant tout le livre. Par conséquent, je pense davantage "beurk" que "oooh" devant leur histoire d'amour... Je m'y fais en pensant que, comme pour Mansfield Park, où nous assistons à l'union de deux cousins germains, cela vient d'un décalage entre les époques. Je sais, j'ai un esprit étroit...

Emma ne sera jamais mon favori dans l'oeuvre de Jane Austen, mais il reste tout à fait recommandable !

Côté adaptations, j'ai pu voir les deux films sortis en 1996 ainsi que la mini-série de 2009. Toutes trois se complètent assez bien, mais j'avoue avoir un gros penchant pour celle d'ITV avec Kate Beckinsale et Mark Strong (en attendant de revoir l'Emma de Romola Garai, que je n'ai vue que rapidement lors de sa diffusion).

Lou, Romanza et Maggie ont aussi lu et aimé ce livre.

Le Livre de Poche. 511 pages.
Traduit par Pierre Nordon.
1815.

02 août 2010

Prodigieuses créatures ; Tracy Chevalier

prodigieuses_creatures_184x300Quai Voltaire ; 377 pages.
Traduit par Anouk Neuhoff. 2009
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Bien que n'ayant jamais lu Tracy Chevalier, j'en avais une image assez négative, et j'étais convaincue que ses livres ne me plairaient pas. Heureusement, Lou est une fois de plus arrivée à la rescousse, me permettant ainsi de me plonger dans un récit historique mettant en scène Mary Anning, une chasseuse de fossiles issue des classes inférieures, au début du XIXe siècle.

Au début du roman, sa nurse et elle, sont frappées par la foudre. Mary survit, et est encore une petite fille lorsque Elizabeth Philpot la rencontre pour la première fois. Cette dernière est une vieille fille issue de la classe bourgeoise désargentée, qui s'est installée à Lyme Regis avec deux de ses soeurs. En se promenant sur la plage, Elizabeth trouve un premier fossile, qui marquera le début d'une passion incontrôlable pour ces objets encore mal acceptés dans un monde où le discours biblique reste presque incontesté., et où toutes sortes de superstitions entourent les témoins d'un passé lointain Pour sa part, Mary cherche des fossiles afin de les vendre, aidant ainsi ses parents à faire vivre la famille. Mais elle a un don pour les dénicher, et sa curiosité va peu à peu s'inviter dans sa chasse aux fossiles.
Malgré les différences, notamment sociales, entre les deux femmes, Mary et Elizabeth vont rapidement s'attacher l'une à l'autre.

Si Mary Anning est la véritable héroïne de l'histoire, celle qui a fait les découvertes qui ont permis aux recherches sur l'évolution de progresser, Tracy Chevalier insiste sur le rôle d'Elizabeth Philpot, faisant parler les deux femmes tour à tour.

Mary Anning est un personnage improbable. Femme, célibataire, socialement issue d'un milieu défavorisé, elle va intégrer un monde où un tel cumul est presque insurmontable, et où elle va se brûler les ailes à plusieurs reprises. En effet, Tracy Chevalier nous dresse un portrait sans concession de la communauté scientifique (ou du moins de ces individus qui prétendent y appartenir). Les découvertes de Mary Anning lui sont presque arrachées, d'autres les revendiquent en leur nom propre, ce à quoi une jeune fille complètement occupée à faire sans cesse de nouvelles découvertes, par passion, mais aussi dans un souci constant de subvenir aux besoins des siens, n'est aucunement préparée. Pourtant, les attaques, qu'elles viennent de scientifiques, du clergé, ou de la population en général, peuvent être très dures, et dans ces cas là elle ne peut pas compter sur le soutien de ceux dont elle a fait la renommée.   
Elizabeth Philpot, bien que mieux née, n'est pas non plus dans une situation enviable, du fait de son célibat et de sa condition féminine. Ses combats, son intérêt pour les questions scientifiques, choquent. Les hommes ne la prennent pas au sérieux, ou la traitent avec dureté lorsqu'elle tente de pointer du doigt les incohérences entre les discours officiels et les preuves apportées par l'observation, et ses tentatives d'aider Mary manquent souvent d'efficacité du fait de ses propres limites.
Entre les deux femmes, les relations sont complexes, faites d'amitié, d'admiration, mais aussi de jalousie et de rancœur. En effet, Tracy Chevalier a beaucoup travaillé la dimension romanesque de son livre, et ça marche plutôt bien. Son texte n'est pas parfait, elle ne rentre pas dans les détails et son style  bien qu'élégant, ne m'a pas particulièrement frappée, mais elle nous permet de découvrir un personnage que je ne connaissais pas du tout pour ma part. Et puis, ces deux femmes nous emportent par leur passion pour les fossiles. J'avais réellement l'impression de me promener à leurs côtés sur la plage de Lyme Regis,  de scruter les rochers à la recherche d'une "créature", même si cela suppose de salir sa robe et ses chaussures, et de mettre des gants en très mauvais état (pas forcément la tenue adéquate au cas où un certain capitaine passerait par là !).

Les avis de Lou (encore merci pour le prêt), Leiloona,d'Alwenn, et de Gambadou.

02 février 2007

Jane Austen ; Carol Shields

2762123720Fides ; 234 pages.

Lettre S Challenge ABC 2007 :

" La grande romancière canadienne, Carol Shields, retrace le parcours fascinant d'une femme dont les œuvres continuent de séduire des générations de lecteurs depuis plus de deux cents ans. Shields suit Jane Austen depuis son enfance au presbytère de Steventon jusqu'à ses derniers moments à Winchester; elle se penche sur ses relations familiales, ses liens privilégiés avec sa sœur Cassandra, ses amitiés, ses espoirs matrimoniaux déçus. Au fil des pages, elle révèle aussi bien la femme privée que l'écrivain de génie, l'auteur de classiques tels Le cœur et la raison, Orgueil et préjugé et Emma. Ponctué des fines observations d'une romancière chevronnée sur le processus créatif, ce magistral portrait de Jane Austen constitue également une réflexion sur la façon dont naissent les grandes œuvres. "

Vous en avez marre que je vous parle de Jane Austen ? Tant pis, je continue. De toute façon, j'ai un esprit de contradiction particulièrement développé... En plus, je n'avais vraiment pas le choix, c'était pour mon challenge...
C'est donc sous la contrainte et pour vous embêter que j'ai adoré cette biographie de l'une de mes romancières favorites. J'ai déjà lu il y a quelques temps la biographie de Claire Tomalin, pourtant il y a peu de similitudes entre les deux ouvrages. En effet, Claire Tomalin nous parlait essentiellement de la vie de Jane Austen à travers son entourage. La taille de son livre lui permettait également de faire davantage de digressions et d'analyses historiques que la biographie de Carol Shields, qui a été publiée chez Fidès (qui, si j'en crois ce que j'ai pu constater édite des biographies assez courtes). Elle se concentre donc presque exclusivement à Jane Austen. Elle s'appuie sur une analyse assez importante des oeuvres de Jane Austen afin de déterminer les événements marquants de la vie de cette dernière, et ainsi toucher sa personnalité. Dans cette biographie, il est facile de sentir toute l'admiration que ressent Carol Shields pour Jane Austen. Elle développe beaucoup le besoin de liberté, la malice, également le côté féministe avant l'heure, la modernité de Jane Austen. L'auteur développe beaucoup ce qui lui plaît chez Jane Austen. On sent de l'amusement lorsqu'elle nous parle d'Emma, son roman favori. Certes, cela donne une dimension très subjective à l'ouvrage, mais cela ne signifie pas que ce livre manque de sérieux, cela permet surtout de créer une complicité entre l'auteur et le lecteur. J'ai trouvé que Carol Shields le faisait avec beaucoup d'élégance et de respect.

L'avis d'Allie.

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11 novembre 2006

Jane Austen. Passions discrètes ; Claire Tomalin

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Editions Autrement ; 411 pages.
22,95 euros.

"A l'enfant, pour qui les livres étaient un refuge. A la petite fille que son imagination entraînait dans des directions surprenantes à mesure qu'elle se découvrait le pouvoir de raconter des histoires. A la jeune fille énergique qui aimait danser et plaisanter ; qui rêvait d'un mari et s'exerçait à écrire des romans de toute la force de son intelligence. A la jeune personne de vingt-cinq ans qui jugea qu'elle n'aimait pas les gens et qu'elle ne pouvait plus écrire ; qui fut tentée de faire un mariage rassurant et sans amour et en repoussa la tentation. A la femme qui donnait son amitié aux gouvernantes et aux domestiques. A l'auteur publié, rayonnant de sa réussite et de la maîtrise de son art. A la mourante qui a affronté la mort avec courage et continua à écrire jusqu'à ses derniers instants. La Jane Austen que je préfère est celle qui se rit des opinions du monde. C'est une chance qu'elle ait une telle faculté de rire."

Il s'agit de la première biographie que je lis, sauf erreur de ma part, pour le plaisir. Et je dois bien avouer que je me suis régalée. Un peu comme dans un roman, plus on avance, et plus l'histoire que nous raconte Claire Tomalin est passionante. On a l'impression, avec tous les détails donnés par l'auteur, d'avoir été introduits dans le monde de Jane Austen. Les personnages de son entourage sont décrits avec précision pour que l'on comprenne au mieux le milieu de Jane Austen, malgré le manque de sources existantes à son sujet. Des tas de petites anecdotes sont contées, et nous montrent que l'on peut supposer que dans tel ou tel personne, Jane Austen a trouvé l'un des personnages de son roman.
Par ailleurs, d'un point de vue historique, cette biographie est extrêmement riche sur la façon de vivre au XIXème siècle d'une jeune fille comme Jane Austen, mais pas seulement, cette dernière ayant des frères qui ont dû mener à bien leurs affaires, d'autres qui s'embarquent dans la marine au moment des guerres contre les révolutionnaires français, un membre de sa famille (par alliance) guillotiné.
Ce contexte est celui dans lequel Jane Austen a rédigé ses oeuvres. J'aime beaucoup les passages où Claire Tomalin nous parle des pièces de théâtre de James Austen, le frère aîné de Jane, des premiers écrits extrêmement cyniques de cette dernière. D'ailleurs, lorsque l'on connaît le goût prononcé de Jane Austen pour les fins heureuses, on se demande quel est le lien avec ses oeuvres toujours très noires de jeunesse. En fait, c'est probablement la "maturité" (le mot n'est pas très pertinent quand on sait qu'elle a écrit plusieurs de ses romans avant l'âge de trente ans...) qui l'a amenée à modérer ses écrits, et à récompenser les gentils et les repentants. Ceci tout en gardant son ironie implacable qui me ravit tant. C'est ceci qui est absolument inimitable chez Jane Austen, l'alliance de l'étude du genre humain sur fond d'une sublime histoire d'amour avec un regard d'une sévérité absolue sur la société qui entoure ses héros.
J'ai quelques désaccords avec Claire Tomalin sur l'interprétation des livres de Jane Austen ; pour moi Marianne Dashwood épouse bel et bien le Colonel Brandon par amour, il est écrit qu'elle découvre que l'on peut aimer deux fois. En revanche, je n'ai jamais pensé qu'Elizabeth Bennet puisse être amoureuse de George Wickham. Elle a un faible pour lui, mais ce n'est pas de l'amour selon moi.
Mais sinon, vraiment, c'est une lecture que je recommande à tous ceux qui aiment Jane Austen. L'hommage que lui rend Claire Tomalin est vraiment à la hauteur du personnage.

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05 novembre 2006

Sanditon ; Jane Austen

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Le Livre de poche ; 381 pages.

"Ce manuscrit inachevé de 1817 de Jane Austen qui en a écrit les onze premiers chapitres (p. 8-83) a été finalement complété par une modeste romancière. Les amateurs apprécieront."

Ce livre est le dernier roman de Jane Austen, laissé inachevé après la mort prématurée de celle-ci. Il a été complété par une romancière anonyme, qui s'est servi des autres oeuvres de Jane Austen, et des notes laissées par cette dernière. Je dois reconnaître que c'est assez réussi. L'autre romancière a tenté de conserver un style ironique et de construire une histoire avec des ficelles qui ressemblent à celles que l'on trouve dans les autres romans de Jane Austen. Cette dernière n'a de toute façon pas eu le temps de corriger son ébaûche, si bien que la romancière qui a terminé Sanditon a pu se permettre quelques libertés.
Mais je rassure les inconditionnels de Jane Austen, nous avons bien là une héroïne austenienne, une jeune fille fine observatrice du monde qui l'entoure, Charlotte, qui est quelque peu bouleversée dans ses habitudes lorsque surgit dans sa vie le jeune et élégant Sidney Parker. Celui-ci est d'une grande franchise quand il s'agit de juger ses semblables, et également manipulateur à souhait lorsqu'il veut obtenir quelque chose. Ce défaut pas très caractéristique des héros austeniens est ce qu'on peut le plus reprocher à celle qui a achevé le livre. Certes, Sidney est joyeux et il fait partie de ces gens qui savent toujours ce qu'il convient de faire. Mais les révélations finales le rapprochent plus d'un Henry Crawford que d'un mari tel que le souhaitait Jane Austen pour ses autres héroïnes. Je justifie cela en me disant qu'Henry est un héros plus moderne que les autres en raison de sa création tardive.

A part cela, nous avons de toute façon onze chapitres entièrement écrits par l'auteur et de quoi ne pas trop rester sur notre faim par la suite, ce qui est déjà pas mal.

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20 octobre 2006

Northanger Abbey ; Jane Austen

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Edition 10/18 ; 286 pages.
6,90 euros.

"Jane Austen jugeait désuet l'engouement de son héroïne Catherine Morland pour les terrifiants châteaux moyenâgeux de Mrs Radcliff et les abbayes en ruine du préromantisme anglais. Parodie du roman gothique, satire pleine de saveur de la société anglaise qui prenait ses eaux à Bath, Northanger Abbey est aussi le roman très austénien du mariage et très moderne du "double jeu ". "

Vous allez dire que je commence à vous agacer avec ma Jane Austen... Mais je vous assure que vous auriez tort de ne pas essayer de lire ses livres. Ses livres sont plein d'humour, ses personnages sont extrêmement attachants, son style est unique et très agréable, c'est émouvant, mais sans aucune mièvrerie. En fait, quand on lit un roman de cette auteure, on ne peut qu'être réconcilié avec la littérature classique, et cela nous ouvre de belles perspectives.

Dans Northanger Abbey, l'héroïne, Catherine Morland, se rend à Bath avec des amis de ses parents pour la chaperonner. Il s'agit d'une jeune fille qui n'a rien d'extraordinaire, mais qui se passionne pour les romans gothiques, très prisés par la gent féminine de la fin du XVIIIe siècle. Lors d'un bal, elle rencontre le charmant Mr Tilney, dont elle tombe amoureuse, comme n'importe quelle jeune fille naïve. Il possède de nombreux attraits, dont celui de vivre dans une demeure au nom délicieusement gothique, Northanger Abbey.
A Bath, elle retrouve également son frère, accompagné de l'un de ses amis, le fier et frivole Mr Thorpe. Ce dernier a une soeur, qui est toujours pleine d'enthousiasme, et qui jure aussi souvent que possible qu'elle est une femme parfaitement indépendante, ainsi qu'une grande connaisseuse de la gent masculine qu'elle se plaît à dédaigner. Cependant, elle ne semble pas indifférente au charme du frère de Catherine, inclination qui est partagée du reste.

Ce livre est écrit de façon assez différente des autres romans de Jane Austen. Celle-ci se moque souvent de la naïveté de son héroïne, même si elle éprouve pour elle un grand attachement. Catherine est en fait une jumelle d'Emily, l'héroïne de Les mystères d'Udolphe d'Ann Radcliffe. Elle rêve de vivre des aventures terrifiantes, et son séjour dans la demeure des Tilney permet à son imagination de déborder.
Le lecteur est souvent interpellé par Jane Austen, qui le fait donc participer à cette histoire. C'est extrêmement plaisant, et pourtant, il fallait une certaine habileté pour y parvenir.
C'est aussi dans ce livre que j'ai trouvé les personnages les plus détestables d'Austen (avec Lady Susan bien entendu). La "bonne" société de Bath contient des personnages faux, et qui dévorent les individus naïfs tels Catherine et son frère.

Ce roman est mon préféré de l'auteur, avec Persuasion. Il est vif, délicieusement ironique, comme tous les textes de Jane Austen, et les clins d'oeil qu'il fait au livre d'Ann Radcliffe, que j'ai adoré, le mettent un peu à part dans l'oeuvre de l'auteur (même s'il est vrai que Raison et Sentiment parle aussi de littérature, en se moquant du romantisme).

16 octobre 2006

Mansfield Park ; Jane Austen

2264024704Mansfield Park est le roman préféré de beaucoup de janéites, à en croire ce que j'ai pu lire. Pour ma part, c'est celui qui m'a le moins plu.

Il raconte l'histoire de Fanny Price, recueillie et élevée dans une belle demeure anglaise, par son oncle et ses tantes. Mais ce n'est pas par amour filial que l'on reçoit cette petite fille sale et inculte, dont la mère a osé déshonorer la famille en faisant un mariage d'amour avec un homme de basse condition. Mrs Norris voit là un moyen de faire un acte de charité, d'une drôle façon d'ailleurs, puisqu'elle confie l'enfant à la charge de son beau-frère, Sir Thomas Bertram.

La petite fille grandit donc à Mansfield Park, entourée de ses quatre cousins, dont seul Edmund lui porte de la sympathie et de l'intérêt. Cette attitude lui vaudra d'abord de la reconnaissance et de l'affection, sentiments innocents et enfantins, puis de l'amour. Pourtant, lui continue à voir Fanny comme sa cousine, qu'il aime certes profondément, mais pas d'amour. Ainsi, lorsqu'un riche et élégant jeune homme viendra faire la cour à Fanny, il en sera ravi pour elle, et ne tardera pas lui même à tomber amoureux d'une belle jeune fille. Mais Jane Austen est un maître en l'art d'étudier les comportements humains, aussi pouvons nous nous douter que ce ne sera pas si simple.

Dans ce livre, Jane Austen nous présente une héroïne qui possède très peu de caractère, et dont le seul repère est son amour pour Edmund. Mais, un amour n'est pas toujours inébranlable, surtout lorsque le devoir et l'honneur se rappellent à la personne qui l'éprouve. Plus que les autres héroïnes pauvres de Jane Austen, Fanny est confronté à un choix difficile lorsqu'un homme qu'elle n'aime pas lui demande de l'épouser.
Mansfield Park est un vrai roman austenien, avec le sujet traditionnel du mariage d'une jeune fille de condition modeste. Les personnages ridicules sont également présents pour nous distraire, à l'image de Mrs Norris, qui martyrise la Cendrillon de Jane Austen.
Ce roman met aussi en scène des personnages vils prêts à se marier par intérêt tout en simulant des sentiments d'amitié et d'amour qu'ils n'éprouvent pas. Mary Crawford pourrait ainsi presque donner des leçons à une Isabella Thorpe.
Ce livre a aussi une particularité, celle d'avoir une fin dont nous ne sommes pas totalement sûrs jusqu'à la fin. Car nous sommes amenés à douter du fait que Jane Austen achève son roman de manière habituelle.

Malgré tout, j'admets que le suspens ne m'a pas vraiment tenue en haleine. Ce livre est trop long à mon goût. Emma excepté, je n'avais jamais vu passer les pages des autres romans d'Austen. Cette fois-ci, ma concentration a été mise à rude épreuve. 

08 octobre 2006

Orgueil et Préjugés ; Réalisé par Simon Langton

B000DJBHCSAprès vous avoir parlé du roman de Jane Austen, j'ai décidé de vous faire partager mon avis sur les (nombreuses) adaptations qui ont été réalisées. On commence par ma préférée, qui est sans doute la plus connue.

Diffusée en 1995 sur la BBC, chaîne productrice, cette mini-série de cinq heures a rencontré un véritable triomphe. Tout était réuni pour faire une adaptation réussie.

Tout d'abord, le choix des acteurs. Colin Firth est imbattable en gentleman aussi élégant que fier et hautain.

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Il possède le style idéal pour se faire à la fois haïr et respecter par la "vive et ironique" Elizabeth Bennet.  C'est aussi avec cette adaptation qu'est né le "mythe de la chemise mouillée". Comme je suis très gentille, je vous offre un aperçu : (esprits sensibles, s'abtenir)

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Elizabeth Bennet est jouée par Jennifer Ehle, qui parvient à transcrire avec beaucoup de justesse le mépris profond mais toujours contrôlé (en public du moins) que lui inspire Mr Darcy. C'est une jeune fille vive, et intelligente, traits de caractère que l'on lit sans difficulté dans les yeux de l'actrice qui interprète Lizzie.

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En ce qui concerne les acteurs secondaires, Jane Bennet est interprétée avec toute la douceur et l'indulgence du livre. Quant à son soupirant, Mr Bingley, il possède tout le charme, la distinction et la gentillesse timide du personnage du livre.

Mr Bennet est admirablement interprété par Benjamin Whitrow. Il possède tout le détachement et toute l'ironie du personnage de Mr Bennet. Chacune de ses phrases est percutante, et il nous fait beaucoup rire. Notamment lorsqu'il se moque de sa femme, laquelle est extrêmement agaçante. Peut-être un peu trop parfois, mais la caricature est très présente chez Jane Austen. On pourrait dire des choses assez semblables de Mr Collins, qui a tout de l'homme repoussant et embarrassant dans chacun de ses gestes, et chacune de ses paroles, et des trois plus jeunes filles Bennet, qui ont également l'art de se donner en spectacle.

Les seuls personnages que je ne trouve pas parfaits sont Georges Wickham et Lady Catherine. Le premier a tout de suite l'air d'être un menteur. Certes, Elizabeth est facilement dupée par lui en raison de son aversion pour Mr Darcy, mais le spectateur n'est pas pris par surprise lorsqu'il découvre la personnalité de l'officier, ce qui est assez dommage. En ce qui concerne Lady Catherine, elle a un aspect beaucoup trop caricatural. La mettre sur une sorte de trône n'était peut-être pas nécessaire. Mais son interprétation de ce personnage capricieux, colérique et bouffi d'orgueil est tout de même appréciable.

Les décors ont été très bien choisis. Les Bennet ne sont pas pauvres, leur père est quelqu'un de très respectable, il n'est seulement pas en mesure de transmettre ses biens à ses filles. L'amour de la nature d'Elizabeth transparaît bien, on a un magnifique panorama de la campagne anglaise dans ce téléfilm. Et quel meilleur choix que Lyme Park pour Pemberley ? Les grandes demeures anglaises ont toutes un charme incontestable, mais celle-ci est d'une élégance remarquable.

Il y a dans cette adaptation un respect très grand à l'égard de l'oeuvre de Jane Austen. Les dialogues sont repris pour beaucoup, les scènes ajoutées ne le sont que pour mettre en évidence certains aspects du livre (la scène où Elizabeth joue du piano sert à montrer l'évolution de la relation entre Mr Darcy et Elizabeth, par exemple). La musique nous plonge de façon délicieuse dans l'ambiance du livre. Vous l'aurez deviné, je suis totalement conquise par cette adaptation.

Avec Colin Firth (Fitzwilliam Darcy), Jennifer Ehle (Elizabeth Bennet), Crispin Bonham-Carter (Charles Bingley), David Bamber (Mr Collins), Anna Chancellor (Caroline Bingley), Alison Steadman (Mrs Bennet), Susannah Harker (Jane Bennet), Barbara Leigh Hunt (Catherine de Burgh), Adrian Lukis (George Wickham), Julia Sawalha (Lydia Bennet), Benjamin Witrow(Mr Bennet).
1995.

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04 octobre 2006

Raison et Sentiments ; Jane Austen

2264023813"Raison et sentiments sont joués par deux sueurs, Elinor et Marianne Dashwood. Elinor représente la raison, Marianne le sentiment. La raison a raison de l'imprudence du sentiment, que la trahison du beau et lâche Willoughby, dernier séducteur du XVIIIè siècle, rendra raisonnable à la fin. Mais que Marianne est belle quand elle tombe dans les collines, un jour de pluie et de vent."

Je ne résiste pas, et je vous mets encore un livre de Jane Austen. C'est peut-être le livre de cette romancière qui insiste le plus sur le comportement amoureux. On a deux soeurs éperdument amoureuses, chacune d'un homme à son image, mais si l'une clame son amour sans aucune retenue, l'autre craint la deception, et préfère ne pas se réjouir trop tôt. On est vite plein de tendresse pour Elinor, et d'agaçement pour Marianne (surtout si, comme moi, on aprécie le pauvre colonel Brandon). Une fois encore, Jane Austen critique ouvertement la société dans laquelle elle vit, qui n'est qu'hypocisie et avarice, et ne donne de bonheur qu'aux personnes qui en sont dignes, selon elle. De Barton Cottage à Londres, on suit la vie de ces deux soeurs au destin peu commun, pleines de sincérité et d'innocence dans une société où les loups sont innombrables et les promesses de bonheur bien fragil2mariannenwilloughby_1_es... 

Ce livre est aussi une parodie de l'héroïne romantique, à travers le personnage exalté de Marianne, qui se jette dans ses rêves sans se poser la moindre question. En cela, je trouve que Jane Austen, pourtant très jeune lors de l'écriture de ce livre, impressionnante de lucidité et d'intelligence.

Pour compléter la lecture de ce merveilleux livre, je vous conseille le film éponyme de Ang Lee, avec Kate Winslet et Emma Thomson, qui est une très belle adaptation.

L'avis de Morwenna.

Posté par lillounette à 08:40 - - Commentaires [21] - Permalien [#]
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