23 janvier 2014

Le signe des quatre - Sir Arthur Conan Doyle

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Difficile pour moi de me plonger dans un livre en ce début d'année. Même les bandes-dessinées m'épuisent d'avance, et je préfère buller devant ma télévision. Heureusement, la BBC est là, et avec la nouvelle saison de Sherlock (déjà finie...), j'ai eu envie de me replonger dans les aventures du célèbre détective.

Sherlock Holmes non plus n'est pas en grande forme lorsque l'histoire débute. Pour passer le temps, il se drogue sous le regard réprobateur de son fidèle Watson. L'arrivée d'une nouvelle cliente, Mary Morstan, va cependant lancer les deux hommes dans une nouvelle enquête.
Cette jeune femme qui ne laisse pas le Dr Watson indifférent sollicite l'aide de Sherlock Holmes suite à la réception d'une curieuse lettre l'informant qu'elle a été privée d'une partie de l'héritage de son père. Son interlocuteur est en fait le fils d'un officier ayant vécu et travaillé en Inde avec le capitaine Morstan. Il prétend être en possession d'un trésor dont la moitié doit revenir à Mary Morstan. Mais avant que les choses aient eu le temps d'être éclaircies, un meurtre est commis et le trésor volé.

Si je n'ai pas été subjuguée par ce livre autant que j'avais pu l'être par Le chien des Baskerville, j'ai au moins bénéficié d'un effet de surprise dont je pensais être dispensée. En effet, je croyais avoir lu la résolution de l'énigme il y a des années, mais je dois confondre avec une autre histoire.
J'ai aussi apprécié comme toujours le personnage de Sherlock Holmes dont le caractère est encore une fois détaillé. Très secret comme à son habitude, il montre à quel point il dispose de moyens intellectuels et matériels (les gamins des rues) qui lui permettent de supplanter ses adversaires et la police, encore une fois ridiculisée.
Cependant, j'ai trouvé que l'histoire traînait un peu trop, excepté sur la fin. Dans le genre trésor volé ayant donné lieu à une malédiction, je préfère de loin Pierre de Lune de Wilkie Collins.
J'ai également grincé des dents en assistant à l'amour naissant de Watson et de Mary Morstan. Des évanouissements jusqu'à la réplique mielleuse du docteur sur le fait que le seul trésor qui l'intéresse est la dame de ses pensées, on ne nous épargne peu de choses en une centaine de pages.

Une enquête plutôt sympathique mais pas exceptionnelle.

Librio. 122 pages.
Traduit par Lucien Maricourt.

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13 mai 2009

Toute passion abolie ; Vita Sackville-West

34899188_p_1_Le Livre de Poche ; 224 pages.
Traduit par Micha Venaille.
V.O. : All Passion Spent. 1931.

Dans sa biographie de Virginia Woolf, Nigel Nicolson, qui était le fils de Vita Sackville-West, évoque la liaison que sa mère et l'auteur de Mrs Dalloway ont entretenue. Il semblerait d'ailleurs que la vie de Vita Sackville-West soit digne d'un roman. Epouse d'Harold Nicolson, lui-même bisexuel, elle mène une vie libre, et il me semble que les deux époux ont vécu à l'étranger du fait du statut de diplomate d'Harold.
Si je vous raconte tout ça, ce n'est pas parce que j'ai décidé de transformer mon blog en un répertoire d'informations sulfureuses, mais parce que ces éléments semblent avoir eu une incidence sur l'écriture de Toute passion abolie.

Lady Slane a quatre-vingt huit ans, et son mari vient de mourir. "C'est probablement parce qu'Henry Lyulph Holland, premier comte de Slane, vivait depuis si longtemps, qu'on avait finit par le croire immortel." Alors que ses enfants, qui sont tous plus irritants, hypocrites, et intéressés les uns que les autres, tentent de décider ce qu'ils vont faire de leur mère, Lady Slane prend une décision conséquente pour la première fois de sa vie. A la stupéfaction générale, elle s'installe à Hamstead, dans une petite maison pour laquelle elle avait eu un coup de foudre trente ans plus tôt, avec pour seule compagnie Genoux, sa servante français qui est à peine moins vieille qu'elle.
Elle décide de n'accepter que des individus ayant presque son âge et qu'elle apprécie pour lui rendre visite. Sa retraite lui permet ainsi de "pénétrer jusqu'au plus profond du coeur de la jeune fille qu'elle avait été", afin de sonder ses regrets, ses accomplissements, et de se créer enfin une existence qui ne soit pas celle que la société attend d'elle.

Je craignais un peu de me retrouver dans un récit ennuyeux sur la vieillesse, mais il ne se dégage de ce livre que fraîcheur, tranquillité, poésie et même exotisme. Evoquer la place d'une femme dans la société anglaise est certes un sujet qui peut sembler banal, mais Vita Sackville-West relève ce défi haut la main, et rend son récit bien plus complexe.
Il a suffit de quelques instants pour que la jeune Deborah Lee abandonne ses ambitions et, par son silence, autorise tous les membres de sa famille à décider comment elle doit mener sa vie. Ironie du sort, alors même qu'elle devient plus dépendante que jamais vis-à-vis des siens, une barrière insurmontable se dresse entre elle et eux. " Voilà l'instant où je suis descendue, balançant mon chapeau par son ruban, voilà celui où il m'a invitée à le suivre au jardin, s'est assis à mes côtés sur un banc près du lac, m'assurant qu'il n'était pas vrai qu'un cygne puisse briser la jambe d'un homme d'un seul coup d'aile [...] Brusquement, il cessa de parler du cygne, comme s'il l'avait seulement évoqué pour masquer sa gêne, et elle réalisa soudain que son ton était devenu différent, presque grave. Il se penchait vers elle, effleurant même un pli de sa robe, comme s'il était anxieux - tout en étant inconscient de son anxiété - d'avoir à établir un contact avec elle. Mais pour elle, ce lien avait été rompu à l'instant même où il avait commencé à parler si gravement, faisant du même coup s'envoler son désir d'avancer une main vers lui pour toucher les favoris bouclés de ses joues. "
Même ses enfants ne s'occupent que de lui dicter sa vie. Elle n'a plus d'époux pour le faire, ils croient pouvoir s'en charger. Les enfants Holland (qui ont tout de même la soixantaine bien avancée) sont dépeints comme de vrais vautours plein de mesquinerie, inconscients de leur ridicule, ce qui est pour le moins réjouissant. Deux d'entre eux seulement sont désintéressés, mais ils n'en sont pas moins surpris de voir leur mère penser par elle-même. Lady Slane sait s'amuser des tours qu'elle leur joue. Elle a beau s'être dévouée à ses enfants comme toute mère le doit, son affection pour eux semble, comme tout le reste, faire partie du rôle qui a été écrit pour elle.
Car au fond d'elle même, elle a toujours dissimulé une jeune personne qui rêvait de se travestir en homme pour fuir à l'étranger, explorer le monde sans avoir à porter les allures d'une vice-reine, et s'épanouir dans la peinture. Une jeune femme, qui a un jour dit à un jeune homme qu'il était romantique sur le ton de la moquerie, alors même qu'il lui offrait l'un des rares moments de vérité de sa vie. A quatre-vingt huit ans, Lady Slane peut enfin être elle même, et rejoindre ceux qui ont accepté de passer pour des excentriques. Ce livre adresse en effet une critique à la société dans son ensemble, à ces individus qui croient connaître les autres quand ils ne connaissent personne, et surtout pas eux-mêmes, et qui ont perdu leur détermination. Mais si le constat est sévère, il n'est pas ici question d'amertume, au contraire. Lady Slane refuse les médisances, elle préfère les laisser s'épanouir hors de chez elle. Elle n'a pas été malheureuse auprès de son époux, elle l'a aimé de toutes ses forces. Il lui manque simplement une occasion de croire qu'elle a pris une autre voie, pour imaginer à quoi sa vie aurait ressemblé.

Les avis du Bibliomane et de Lune de Pluie.

02 février 2009

Route des Indes ; Edward Morgan Forster

resize_1_10/18 ; 406 pages.
Traduction de Charles Mauron.
V.O. : A Passage to India. 1924.

Lettre F du Challenge ABC :

J'ai découvert Forster totalement par hasard. J'étais en vacances, je devais partir à la mer, et je voulais profiter de l'été pour effectuer les lectures auxquelles je n'avais pas droit durant l'année. Je suis allée à la Fnac juste avant la fermeture, et j'ai commencé à regarder les livres proposés pour l'été. J'ai attrapé L'objet de mon affection (une amie avait adoré le film), et j'ai repensé à un livre dont le résumé avait attiré mon attention sur une librairie en ligne : Avec vue sur l'Arno. Un vendeur que j'aimerais toujours me l'a tendu, et je suis rentrée chez moi avec ce qui est devenu l'un des livres les plus importants de ma vie. Quand j'ouvre un roman de Forster, je me sens chez moi, et j'ai l'impression de retourner quelques années en arrière, et d'être encore la jeune fille qui n'avait pas tout compris au livre qu'elle lisait, mais qui savait qu'elle avait fait une des plus belles rencontres de sa vie.

Mrs Moore et Miss Adela Quested, deux Anglaises, arrivent à Chandrapore, afin d’y rejoindre Ronny Heaslop, le fils qu’a eu Mrs Moore d’un premier mariage. L’Inde est alors colonisée par les Anglais, qui s’y comportent comme des empereurs. Elle est aussi divisée par l’animosité qui règne entre musulmans et hindouistes. La fantasque Mrs Moore, qui s’est échappée durant une représentation théâtrale, fait la connaissance du Docteur Aziz, un Hindou musulman. Elle est une femme sans préjugés, il est un homme sincère. Leur amitié est dès lors scellée. Ils se revoient finalement chez Mr Fielding, qui semble être le seul Anglais vivant en Inde qui ne méprise pas les Hindous. Car, comme le constate Adela, qui était venue pour épouser Ronny, ce dernier a bien changé :

« L’Inde avait développé dans le caractère du jeune homme des côtés qu’elle n’avait jamais admirés. »

Aziz se retrouve malgré lui entraîné dans un projet de visite des grottes de Marabar, situées un peu à l’écart de Chandrapore. Là-bas, Miss Quested est victime d’une agression, et accuse le docteur d’en être l’auteur. Les Anglais font tous bloc derrière Adela, convaincus qu’ils ont toujours su ce qui allait ce produire. Seul Fielding prend ouvertement parti contre les siens. Quant à Mrs Moore, elle se rembarque pour l’Europe, après avoir signifié clairement à Adela qu’elle ne la croyait pas.

Route des Indes, qui est le dernier roman à avoir été écrit par E.M. Forster, me semble être un pur produit de l’auteur. On y retrouve son écriture très imagée, qui fait comprendre pourquoi ses romans ont tous été adaptés au cinéma (à l’exception de The longest journey). J’avais eu le bonheur de découvrir l’Italie en lisant et relisant A room with a view et Monteriano, cette fois-ci il est impossible de ne pas sentir l’Inde :

« - Oui, Ronny est toujours surchargé de travail, dit-elle en contemplant les collines. Comme elles étaient devenues belles brusquement ! Devant elle tomba comme une jalousie une vision de leur vie commune. Elle viendrait au club avec Ronny chaque soir, une voiture les ramènerait chez eux au moment de s'habiller ; ils verraient les Lesley, les Callendar et les Turton et les Burton qu'ils inviteraient et par qui ils seraient invités, cependant qu'à côté d'eux l'Inde vraie glisserait, inaperçue. La couleur resterait : le déploiement des oiseaux à l'aube, les corps bruns, les blancs turbans, les idoles à chair écarlate ou bleue ; et le mouvement resterait, aussi longtemps qu'il y aurait une foule aux bazars et des baigneurs aux citernes. Perchée sur le siège élevé d'un dog-cart, elle regarderait. Mais la force qui anime couleur et mouvement lui échapperait et même plus sûrement qu'aujourd'hui. Elle verrait l'Inde comme une frise, elle n'en connaîtrait jamais l'âme et c'était l'âme que Mrs Moore avait, pensait-elle, entrevue. »

Cette magnifique citation me semble également être un bon aperçu de la personnalité d’Adela. Elle semble être la jumelle de Lucy Honeychurch, rencontrée dans A room with a view. Tout comme cette dernière, Miss Quested est une jeune fille un peu emprisonnée entre son sens du devoir et sa volonté de découvrir le fond des choses. Leur parcours, quand j’y pense, est sensiblement identique. Seulement, les errements de Miss Quested ont des conséquences bien plus tragiques, pour tout le monde. Elle symbolise le pourquoi de l’impossibilité selon Forster d’une compréhension entre Anglais et Hindous. Car tout ce livre a pour but que de critiquer, avec beaucoup d’humour mêlé au tragique, la politique coloniale anglaise. E.M. Forster avait effectué un voyage en Inde avant d’écrire ce roman, et je trouve qu’il a capté la complexité de la situation de façon admirable. Je suis très portée sur les fins des romans que je lis en ce moment, elles ont tendance à être toutes excellentes. Je ne vous la reproduirais pas cette fois, elle en révèlerait trop, mais en lisant ce dialogue entre le docteur Aziz et Fielding, on comprend qu’à eux deux, ils ont tout saisi.

Route des Indes est aussi un roman sur l’amitié. La plus belle est sans doute celle qui lie Mrs Moore à l’Inde. Le « culte » d’Esmiss Esmoor est plein d’espoir. De même, Fielding est sans doute l’un des meilleurs amis du monde, pour Aziz comme pour Adela. Il faut absolument que vous lisiez ce livre, ne serait-ce que pour en lire les dernières lignes ! Face à eux, les amitiés entre Anglais, ou entre colons et colonisés, semblent bien hypocrites, et surtout très fragiles. 

Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce magnifique roman. Mais il m’a déjà fallu des heures pour parvenir à ce piètre résultat. J’ai conscience de manquer d’impartialité face à Forster, mais je suis quand même convaincue qu’il s’agit d’un très très grand auteur.

Si vous ne me croyez pas, allez voir chez Canthilde.