19 août 2017

Intérieur nuit - Marisha Pessl

intérieur-nuitMarisha Pessl aura eu besoin de sept ans pour publier un second roman après une entrée remarquable dans le monde littéraire avec La Physique des catastrophes. Cette fois, elle nous embarque dans le monde de l'épouvante.

Scott McGrath, journaliste reconnu, auteur de plusieurs livres reportages salués, voit sa carrière brisée le jour où il sous-entend lors d'une émission que Stanislas Cordova, réalisateur de films d'horreur culte, serait l'auteur d'actes ignobles envers les enfants. Contraint de reconnaître qu'il a inventé son témoin et d'indémniser le réalisateur qui n'a pas été aperçu publiquement depuis plusieurs décennies, McGrath voit également sa femme le quitter pour un autre et emporter leur enfant.
Lorsqu'Ashley Cordova, la fille du cinéaste, est retrouvée morte après s'être jetée dans une cage d'escalier sur un chantier, le journaliste décide de reprendre son enquête pour comprendre ce qui lui est arrivé.

J'avais eu un énorme coup de coeur pour le premier roman de Marisha Pessl. Retrouver un autre de ses pavés à la forme originale et au sujet passionnant a été un vrai bonheur,  même si j'ai moins aimé ce livre que le précédent.
Comme je le disais à Maggie récemment, La Physique des catastrophes était un roman au scénario pour le moins tordu. Je n'en attendais donc pas moins d'Intérieur Nuit. Mais ce dernier propose une histoire un peu trop tirée par les cheveux, que le mystère entourant Cordova ne peut entièrement justifier sans tomber dans la facilité.
J'ai également trouvé quelques longueurs dans ce livre. Marisha Pessl nous livre une enquête journalistique dont certaines parties m'ont paru interminables, notamment au début. Quant au personnage du journaliste divorcé et déchu qui reprend le travail qui l'a fait sombrer, ce n'est pas l'invention la plus originale de Marisha Pessl.

31lRh4fQhqLOutre ces quelques reproches qui font que ce livre n'est pas un coup de coeur, je ne peux que vous recommander ce roman. Si Scott McGrath n'est pas un personnage très fouillé, Marisha Pessl a en revanche entrepris un travail titanesque pour créer l'univers cordoviste. Stanislas Cordova n'est pas un simple réalisateur à grand succès. Ses films sont tellement terrifiants qu'ils ne sont plus distribués sur le circuit habituel. Seuls les initiés parviennent à visionner ses oeuvres en se retrouvant dans des lieux insolites telles les catacombes de Paris après avoir suivi un itinéraire digne d'une chasse au trésor. Les copies pirates des films sont rares et s'arrachent à des prix exorbitants. Cordova lui-même est inaccessible. Personne ne l'a vu depuis des lustres en dehors de ses quelques proches et des acteurs de ses films qui refusent de s'exprimer à son sujet. Certains se demandent même s'il existe réellement. Ce mystère autour de Cordova et son univers horrifique ont créé sa légende noire, celle qui hante chaque page d'Intérieur nuit.
Qu'est-il réellement arrivé à Ashley Cordova ? A mesure qu'avance l'enquête, on pourrait penser que la vérité n'est plus très loin. Cependant, Marisha Pessl a travaillé dur pour que l'on ne puisse rien prendre pour acquis. Tous les personnages ont un lien particulier avec Cordova, certains en sont même des spécialistes. Aucun témoignage n'est objectif et tous pourraient être là pour faire échouer McGrath une seconde fois. Le journaliste lui-même n'est pas toujours clair, ce qui donne un passage où l'on est complètement à bout de souffle, immergé dans les décors des films de Cordova sans plus savoir où se situe la frontière entre fiction et réalité.
De plus, quand on a déjà lu Pessl, on sait qu'il y a deux histoires. Jouer avec la fiction est un art auquel elle excelle, et elle s'en donne à coeur joie avec toutes sortes de fac-similés disséminés tout au long du livre. Ma culture cinématographique a beau être mince, j'ai détecté un certain nombre d'éléments se rapportant à des réalisateurs ou à des acteurs ayant réellement existé, ancrant l'univers cordoviste dans l'histoire du cinéma. Tout se tient, même le plus invraisemblable. Et le pire est sans doute qu'on a envie que le fantasme soit la réalité, qui forcément va se révéler décevante.

Une réussite et une deuxième lecture pour le challenge Pavé de l'été de Brize.

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L'avis de Maggie.

Gallimard. 717 pages.
Traduit par Clément Baude.
2014 pour l'édition originale.

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10 mars 2011

Un bonheur de recontre ; Ian McEwan

un_bonheur_de_rencontre_25215151Folio ; 216 pages.
1981.

Ian McEwan est l'un de mes auteurs préférés. A l'occasion de la sortie prochaine de Solaire, je me suis dit qu'il était temps de me replonger dans l'oeuvre de cet auteur dont je n'ai lu que des grands livres. Mon choix s'est porté sur le deuxième roman de Ian McEwan, adapté au cinéma sous le titre Etrange séduction.

Mary et Colin sont en vacances à Venise, même si le nom de la ville n'est jamais nommé. Ils forment un couple tranquille depuis sept ans, et ils s'ennuient.
Tout bascule lorsqu'ils rencontrent Robert, par hasard, alors qu'ils sont perdus dans les rues tard le soir. Cet homme affable est marié à Caroline, avec laquelle il forme un couple à la fois harmonieux et surprenant.

Encore une fois, j'ai trouvé avec ce livre ce qui me fascine et me dérange chez Ian McEwan.
La majeure partie du livre est très lente. Ian McEwan, à son habitude, décrit avec une grande précision le décor dans lequel évoluent Mary et Colin. C'est un étrange huis-clos. Ils sont seuls même au milieu de la foule, et cette solitude met en valeur leur relation engourdie. Chaque jour, c'est le même rituel. Ils répètent inlassablement qu'ils sont en vacances, mais se forcent à faire ce que des touristes doivent faire selon eux, sans y prendre le moindre plaisir. Entre eux, ils ne se parlent pas ou presque, et leurs gestes de tendresse sont retenus, la plupart du temps par une incapacité à percevoir ce que l'autre attend. Rien d'intéressant ne semble alors pouvoir se produire.
La rencontre avec Robert et Caroline les réveille, mais ils ignorent les raisons de ce regain imprévu de désir, et refusent de toute façon de les rechercher.
Et puis soudain, le livre se transforme en thriller, avec des moments de panique que l'on n'avait pas prévus. Mary et Colin continuent à nous donner le sentiment qu'ils maîtrisent leur histoire, le nombre de pages restant à lire nous fait croire qu'il ne peut rien arriver de bien méchant. C'est sans compter sur le talent de Ian McEwan, qui est maître dans l'art de ballader son lecteur.

"Nous étions les mêmes, après tout, et cette idée, l'idée de la mort, je veux dire, n'allait pas disparaître comme par enchantement, simplement parce que nous avions décrété qu'il le fallait."

On referme ce livre avec une sensation d'horreur, mêlée à une certaine délectation, celle d'avoir lu un grand livre.

D'autres avis chez Cocola et Ys.

Posté par lillounette à 13:47 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
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