06 novembre 2013

Son Excellence Eugène Rougon - Emile Zola

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Alors que tout Paris se prépare à célébrer le baptême du prince impérial, Eugène Rougon démissionne de la présidence du Conseil d'Etat. Ses amis se précipitent chez lui pour le réconforter et l'assurer de leur soutien. Parmi eux, la belle Clorinde est déterminée à l'aider à reconquérir le pouvoir.
Le grand homme a beau jurer qu'il ne souhaite plus que devenir propriétaire terrien et s'éloigner de la vie politique, ses proches ne sont pas dupes et refusent encore plus de renoncer aux privilèges qu'il leur avait promis avant sa chute.

Bon, ce livre ne sera pas mon Zola préféré, je reste sous le charme de La Curée, mais il reste un excellent roman.
Le sujet central est la politique sous le Second Empire, et là où il y a du pouvoir, il y a toujours un Rougon. Eugène, fils de la terrible Félicité, est entouré d'une clique que nous ne quitterons pas du livre, qui est en effet une succession de scènes où ces personnages se retrouvent (baptême impérial, soirée entre amis, bal à la préfecture des Deux-Sèvres...). Comme nous sommes chez Zola, les personnages sont bien entendu tous plus vils, intéressés et détestables les uns que les autres. J'ai même eu de la peine pour Rougon, c'est dire. Ses "amis" attendent de lui des pluies de faveur, lui en veulent de ne pas accomplir de miracle, et lorsqu'ils s'aperçoivent que sa chute est inéluctable, ils ne font qu'agir pour la précipiter un peu plus tout en sauvant leur peau.
Clorinde est un personnage particulièrement révélateur à ce sujet. Cette jeune et belle italienne que Rougon ne parvient pas à saisir sait se rendre aussi irrésistible aux yeux des grands hommes que fatale lorsqu'elle décide de détruire un homme qui l'a vexée et qui ne peut plus lui servir. Sa cruauté envers Rougon lors de la vente de charité à l'Orangerie est magistralement décrite par Zola.
Cela dit, cette manie de toujours se raccrocher aux branches et de ne pas hésiter à renier ses précédentes prises de position pour conserver sa place dans la vie politique me semble réaliste et toujours très actuelle.

"En France, dès qu'il y a cinq messieurs dans un salon, il y a cinq gouvernements en présence. Ca n'empêche personne de servir le gouvernement reconnu. Hein, n'est-ce pas ? C'est histoire de causer."

Derrière ces personnages et leurs manigances, Zola décrit la vie politique sous Napoléon III, les bouleversements dans l'attitude de celui qui était pourtant arrivé au pouvoir dans une république avant d'être proclamé empereur, de faire museler la presse et d'encourager les excès de zèle du ministère de l'Intérieur.

"... je vous conseille de frapper haut. Vous avez bien là-bas des avocats, des négociants, des pharmaciens, qui s'occupent de politique. Coffrez-moi tout ce monde là. Ca fait plus d'effet."

Etrangement, les choses ne tournent pas si mal. Heureusement qu'Eugène est un Rougon, et non pas un Mouret ou un Macquart... Il est quand même bien seul avec tout son pouvoir.

Folio. 474 pages.
1876 pour l'édition originale.

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11 décembre 2010

Composition française : retour sur une enfance bretonne

9782070437887FSFolio ; 269 pages.
2009
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Mona Ozouf est une historienne que je connaissais (vaguement) pour ses travaux sur l'histoire de l'éducation en France. Dans Composition française : Retour sur une enfance bretonne, elle adopte une position plutôt originale, puisqu'elle reconsidère "l'austère commandement qui invite les historiens à s'absenter, autant que faire se peut, de l'histoire qu'ils écrivent", et se met en scène pour décrire "la tension entre l'universel et le particulier, si caractéristique de notre vie nationale".

Elle naît en Bretagne, d'un père instituteur combattant pour la cause bretonne, qui disparaît très vite, et d'une mère elle aussi enseignante, qui sera épaulée par la grand-mère de Mona Ozouf après le décès de son époux. La famille de Mona Ozouf est alors déjà tiraillée entre diverses attaches, à l'égard de la Bretagne, de la laïcité et de la France, même si à première vue les trois semblent incompatibles. Ainsi, la jeune fille dévore les livres de la bibliothèque de son père, explorant ainsi le patrimoine breton, sa langue, ses écrivains. Le seul contrôle mis en place par sa mère sont les chiffres tracés au crayon sur la page de garde indiquant l'âge auquel elle autorise sa fille à lire les ouvrages à sa disposition. "J'avais bien sûr fait mon profit de cette découverte en procédant tout à rebours. Je commençais par les gros chiffres, en ignorant tranquillement la consigne implicite."

Elle est inscrite dans une école laïque, et est punie pour cela lorsqu'elle se rend au catéchisme, par une obligation de s'asseoir derrière les "filles des Sœurs", malgré son statut de bonne élève : "entre les deux groupes, jamais un mot ne s'échange, aucune amitié ne se noue. Quand, au retour de l'église, je rapporte à ma mère ce qui est à mes yeux un mode de classement bizarre, habituée à celui de l'école, que le mérite justifie, elle me raconte que dans son enfance léonarde, c'était tout autre chose : l'heure du catéchisme était fixée de telle manière que les filles de la laïque ne pouvaient y arriver qu'en retard"

Plus tard, Mona Ozouf se rend à Paris, où elle étudie, et adhère notamment aux idées communistes. Enfin, adhère... "Devant les non-convaincues il nous fallait sans relâche justifier ce dont nous avions bien du mal à nous convaincre nous-mêmes."

C'est dans la dernière partie (qui est de loin celle que j'ai préférée) qu'elle évoque finalement comment elle conçoit son identité, en reprenant sa casquette d'historienne. Ainsi, elle remonte jusqu'à la Révolution, et à la décision étrange de substituer et non d'associer l'universel au particulier, de faire une Assemblée nationale "une et indivisible" qui triomphe sur "les cahiers de doléances, tout bourdonnants au contraire de revendications locales ; elle n'est pas davantage dans les statuts des députés". Une terreur de la diversité s'impose alors. "On croit y percevoir une contestation sournoise de l'unité et de l'indivisibilité de la patrie : un fédéralisme déguisé". Ce sujet m'intéresse particulièrement, parce que j'ai étudié il y a plusieurs années la question des minorités, et j'avais pu constater à quel point la France est susceptible sur ce point. Elle a ainsi refusé de ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Dans son essai, Mona Ozouf parle de la langue bretonne, qui est réduite au statut de langue parlée uniquement dans un cadre privé. Or, c'est l'un des éléments les plus constitutifs d'une identité, avec la religion. Les régions longtemps opprimées ont souvent tenu à les conserver, afin de se distinguer de ceux qu'ils considéraient comme des occupants, ainsi que l'on peut l'observer dans diverses régions ou pays ne serait-ce qu'en Europe.

Malgré sa répugnance historique à considérer le particulier, la France n'a pu empêcher sa subsistance (et heureusement). Mona Ozouf cite ainsi Benjamin Constant pour montrer l'aspect étrange d'un pays des droits de l'homme courant exclusivement après l'universel. "Je découvrais donc que les résistances à une république jacobine étaient apparues à l'intérieur même du projet républicain. Il y avait eu en France, dès l'origine, des hommes attachés à une république autre, plus accueillante aux dissidences et aux particularismes." Elle est convaincue qu'il existe de multiples possibilités pour accorder les deux positions, que le choix ne se fait pas entre l'universel et le particulier, et qu'il est souhaitable de les exploiter pour permettre aux individus de se réaliser. S'il existe des valeurs universelles à poursuivre, celles-ci doivent également s'inscrire dans une histoire afin d'être assimilées. Dès le début, pour évoquer son père, Mona Ozouf évoque son caractère plein de contradictions, de complexité, comme l'est tout individu. Cette idée de composition est applicable au reste.   

Un livre que j'ai donc apprécié, et dont l'actualité est criante si l'on considère certains débats, malgré quelques passages trop longs dans le récit de la vie de Mona Ozouf. Merci à Lise pour l'envoi.

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08 juin 2009

L'écueil ; Edith Wharton

resize_5_10/18 ; 389 pages.
Traduit par Sabine Porte.
V.O. : The Reef. 1911.

Je crois avoir trouvé en Edith Wharton une nouvelle amie. J'ai bien aimé Eté, mais surtout parce qu'il me semblait très prometteur. L'écueil, que Lou m'a offert, m'a vraiment permis de passer un très bon moment.

George Darrow a retrouvé, après une quinzaine d'années de séparation, son amour de jeunesse, Anna Summers. Ils sont tous les deux établis en Europe. Lui, travaille à Londres, et ne s'est jamais marié. Quant à elle, elle vient de perdre son mari, et vit à Givré, en France, la demeure de sa belle-famille. Alors que Darrow se rend à Paris, pour rendre public ses fiançailles avec Anna, il reçoit un télégramme de cette dernière, qui lui demande de renoncer à son voyage. Il ne le fait pas, convaincu de recevoir des explications.
Par ailleurs, il rencontre Sophy Viner, une jeune fille qu'il a vaguement connu chez une dame dont elle était l'employée, et qui semble être dans une grande détresse. Sans qu'ils l'aient prémédité, Darrow et Sophy vont avoir une liaison de quelques jours, qui s'achèvera complètement avec le retour de George à Londres. Quand il retrouve finalement Anna à Givré, quelques mois plus tard, il a tout oublié. Mais il découvre que l'institutrice de la fille de sa future épouse n'est autre que Sophy Viner.

Il est très difficile de faire un résumé de ce livre. D'ailleurs, ceux que j'avais lus racontent pratiquement toute l'histoire. Parce que L'écueil est un livre que l'on ressent avant tout. Certains aspects ne sont clairement établis que très tard dans le roman, mais ils empoisonnent tout le récit.
Edith Wharton nous offre une opposition entre plusieurs conceptions de la société, et plus précisément de la façon d'aimer et de l'intimité. Les personnages ne sont pas complètement manichéens, mais on peut voir d'un côté Sophy Viner, qui est une jeune fille pure, fraîche et entière, presque animale tellement les "bonnes manières" semblent ne pas l'avoir contaminée, et de l'autre des individus qui ont du mal à se dégager de l'éducation qu'ils ont reçue, même s'ils se sentent en proie à des sentiments et à des envies passionnés. Anna est particulièrement touchante. Elle plaint de tout son coeur la première épouse de son défunt mari, "morte bien avant qu'ils ne l'enterrent", elle a vécu avec un homme aux idées très modernes (mais surtout purement théoriques), mais son potentiel est complètement bridé par ses devoirs. Et par son intuition.
En effet, la société empêche la communication sur les sujets intimes, mais elle brise surtout les coeurs, parce que les êtres humains sont aptes à deviner ce qui n'est pas formulé en paroles. De même que Charity Royall avait compris qu'Harney ne pouvait l'épouser, Anna est affectée par ce qu'elle ignore, à savoir la relation qui a existé entre Darrow et Sophy. 
Malgré ce fond sombre, le cadre dans lequel est installée cette histoire est somptueux. L'écriture d'Edith Wharton est un délice, alternant les pensées d'Anna et de Darrow, les dialogues, et les descriptions souvent très éloquentes. Bref, on ne s'ennuie pas une seule seconde. Je vous recommande chaudement ce livre ! 

   

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22 avril 2009

Mémoires de deux jeunes mariées ; Honoré de Balzac

177267_0_1_Le Livre de Poche ; 380 pages.
1842.

J'ai récemment fait la découverte d'un texte de Balzac intitulé Physiologie du mariage, qui contient des idées étonnantes (pour l'époque) sur les femmes en tant qu'épouses. Je ne l'ai pas lu (à part un bout d'extrait contenu dans mon édition du Père Goriot), mais ce qu'on m'en a dit m'a donné envie de dépoussiérer Mémoires de deux jeunes mariées, où je pensais voir développés des principes du même ordre.

1824. Louise de Chaulieu et Renée de Maucombe viennent de quitter le couvent où elles ont vécu pendant un peu moins de dix ans.
La première appartient au meilleur monde, et retrouve à Paris une famille qui ne désirait pas vraiment la revoir. Elle découvre peu à peu la société des hommes, mais aucun ne provoque en elle un intérêt quelconque. Alors que son père est nommé à Madrid, pour l'accompagner, elle prend des leçons d'espagnol avec un jeune homme exilé. Il est laid, mais il l'intrigue de plus en plus. Elle finit par apprendre qu'il est un grand d'Espagne déchu, qui a renoncé à son titre et à sa fiancée au profit de son frère.
Louise est une amoureuse de l'amour, aussi va t-elle se lancer à coeur perdu dans son histoire avec Felipe, et jouir de la passion qu'il éprouve à son endroit, sans éprouver le bonheur de la maternité (je n'aurais jamais pensé écrire ces mots ici...).
Renée a quant à elle été sortie du couvent pour être mariée à un noble campagnard, Louis de l'Estorade. Il a été brisé par la retraite de Russie, de laquelle il n'est rentrée qu'après des années d'angoisse pour ses parents. Il a trente-sept ans, et s'éprend follement de Renée, qui ne l'aime pas, mais qui se laisse épouser. Pour la jeune fille, le bonheur viendra de la maternité.
Nous suivons les deux amies au gré des lettres qu'elles s'échangent durant plus de dix années, rythmées par les nombreux bouleversements politiques que connaît la France.

Que dire, si ce n'est que j'ai encore passé un excellent moment avec Balzac grâce à ce livre ? Pour être tout à fait honnête, il n'aurait pas fallu que ce soit plus long, mais j'ai lu ce livre pratiquement d'une traite. Je suis impressionnée par les capacités de l'auteur à se mettre dans la peau des deux héroïnes. Si je n'avais pas su qu'il s'agissait d'un roman de Balzac, j'aurais été convaincue que seule une femme pouvait avoir écrit un tel roman. 
Avec ces lettres, on entre directement dans le domaine de l'intime de ces deux héroïnes, entre lesquelles un280px_BalzacMemoirsYoungWives01_1_ parallèle se tisse tout au long du livre. Elles sont jeunes et piquantes au début, dans une certaine mesure, mais surtout pleines de considérations sur le monde, considérations issues de leur éducation au couvent et de quelques lectures (autrement dit, pas grand chose de concret). Elles parlent de bonheur, le vivent différemment. Renée est comblée par la maternité, et se contente d'une vie morne à travers ses enfants. Elle suit le schéma qui a été décidé pour elle.
Louise est différente. Elle méprise sa mère qu'elle a du mal à considérer comme telle, et son choix de vivre passionnément et pleinement ses amours semble la priver de la possibilité d'avoir des enfants. Elle est manipulatrice (j'ai trouvé la scène où Felipe descend de son arbre au plus vite extrêmement drôle, j'ai honte), et devient peu à peu pathétique, mais je préfère mille fois sa vie à celle de Renée. Son insouciance, qui va jusqu'à lui faire croire que l'on peut vivre indéfiniment d'amour et d'eau fraîche est naïve, et lui coûte très cher, mais il s'agit d'un trait de personnalité que je ne peux reprocher. Ce n'est d'ailleurs pas comme si elle ignorait la fragilité de sa position : "Je suis si haut que s'il y avait une chute je serais brisée en mille miettes."
Ces deux jeunes femmes sont en effet étranges, complexes, et mènent leur bonheur en fonction de leurs illusions, tout en ayant une conscience des réalités très poussée.
On voit assez peu la société dans ce roman de Balzac, ou plutôt on la voit avec un angle différent de celui qui était adopté dans Le Père Goriot par exemple. Mais son ombre est bien présente : "tu as sagement accompli les lois de la vie sociale, tandis que je suis en-dehors de tout. "
Et l'on a ce qui me touche le plus chez cet auteur, les décors vivants, dans lesquels se reflètent les hommes.

Je dois encore vous parler de Ferragus, et je devrais ensuite passer à un autre auteur. Peut-être qu'Emma Bovary va finalement me convaincre...

19 avril 2009

Gobseck ; Honoré de Balzac

280px_BalzacGobseck01_1_Omnibus ; 45 pages.

Après avoir achevé Le Père Goriot, j'ai voulu immédiatement savoir comment les choses s'étaient achevées entre Mme de Restaud et son époux. Gobseck m'a permis d'assouvir ma curiosité et plus encore.

Nous sommes vers 1830. Derville, un avoué, se trouve chez la duchesse de Granlieu. Celle-ci voit d'un mauvais oeil l'idée d'une union entre sa fille Camille, et Ernest, le fils aîné de Mme de Restaud (qui était l'une des demoiselles Goriot). Afin de venir en aide aux amoureux, Derville se propose de raconter comment sa vie a été liée à celle des de Restaud, par le biais d'une usurier hollandais, un certain Gobseck.

Ce très court texte est à nouveau un enchantement que nous offre Balzac. Il a été écrit avant Le Père Goriot, mais il met en scène des événements qui se déroulent en parallèle (l'affaire des diamants) et après cette histoire.
En moins de cinquante pages, Balzac nous donne un aperçu très piquant de la "belle société", où chacun tente de rouler l'autre, et s'incline comme la plus misérable créature devant l'argent.
Gobseck est un individu qui n'a que cette valeur, et qui est absolument impitoyable, ce qui le rend presque effrayant. On ne peut qu'apprécier sa clairvoyance à l'égard des stéréotypes que symbolisent Maxime de Trailles et Mme de Restaud :

"Ces sublimes acteurs jouaient pour moi seul, et sans pouvoir me tromper. Mon regard est comme celui de Dieu, je vois dans les coeurs."

L'usirier règne sur ces désespérés, qui semblent si sûrs d'eux par ailleurs. Je vous ai mis une illustration de l'une des scènes les plus marquantes du livre : Mme de Restaud qui met sa perfidie au service de ses enfants, mais qui ne fait finalement que les livrer un peu plus à Gobseck. Elle est complètement désemparée dans ce texte. La description de sa chambre lors de la première visite du vieil avare chez les de Restaud m'a également fait une forte impression. 
Et que dire de l'ironie avec laquelle l'usurier dépeint le pauvre M. de Restaud, qui est de "ces âmes tendres qui, ne connaissant pas de manière de tuer le chagrin, se laissent toujours tuer par lui".
D'autant plus qu'au final, Gobseck ne connaît pas un destin différent, et finit par pourir comme ces gages qu'il préfère laisser à la moisisure plutôt que de céder sur son avarice.

A lire absolument !

*Illustration d'Edouard Toudouze, prise sur Wikipedia.

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15 avril 2009

Le père Goriot ; Honoré de Balzac

resize_4_Pocket Classiques ; 378 pages.
1835.

Je suis loin d'avoir lu toute la Comédie Humaine, mais j'aime énormément Balzac. Pour une raison inexplicable, je pensais que Le Père Goriot était un roman raté de l'auteur. Il est beaucoup étudié dans le secondaire, j'imagine que certains de mes camarades ont dû souffrir dessus. Il a fallu qu'Erzébeth fasse un billet plus qu'élogieux dessus pour que je me décide à l'acquérir, et encore plusieurs mois avant que j'éprouve l'envie de le lire.

1819. Nous sommes dans la pension Vauquer, une misérable institution où se côtoient des individus au train de vie modeste, mais qui ne manquent pas d'ambition. Parmi eux, le père Goriot est l'objet de taquineries perpétuelles. Après avoir eu pendant quelques temps des allures de riche homme, il semble de plus en plus en proie à des difficultés financières. Son malheur vient de deux femmes que les autres occupants de la pension imaginent être des courtisanes, mais qui s'avèrent être les filles du père Goriot. Ce dernier les a très richement mariées, et depuis, elles le dédaignent et ne viennent le voir que lorsqu'elles ont besoin d'un argent qu'elles ne peuvent demander à leurs maris. Goriot, aveugle car très aimant, cède à tous leurs caprices.
Nous faisons la connaissance des deux femmes par le biais d'un autre pensionnaire de Madame Vauquer, Eugène de Rastignac. Ce jeune provincial, issu d'une famille noble désargentée, parvient à entrer dans les meilleurs cercles de la société de Saint-Germain grâce à la vicomtesse de Beauséant, sa cousine éloignée. Il devient l'amant de Madame de Nucingen, la cadette des filles Goriot, ce qui lui attire les affections du vieillard. 

Voilà l'un des meilleurs livres de Balzac que j'ai lus. Le Père Goriot est un texte incroyablement vivant, ironique, foisonnant. Il ne se contente pas de suivre le malheureux vieillard qui se laisse ruiner par ses filles et de nous offrir une réflexion sur la paternité. C'est toute la société de Saint-Germain qui est passée à la loupe, avec d'innombrables clins d'oeil aux autres romans de l'auteur. J'ai une folle envie de me replonger dans La duchesse de Langeais, je vous parle bientôt de Gobseck, et il me faut La femme abandonnée. Sans parler de Rastignac et de Vautrin, qui sont parmi les personnages balzaciens les plus célèbres, et que je meurs d'envie de retrouver.
On ne s'ennuie pas une seconde tellement les destins abordés sont nombreux. Le paraître, les intrigues amoureuses ou autres, le mariage, l'amitié, sont développés dans un portrait très cynique de la société de Saint-Germain (la pension Vauquer n'est pas non plus épargnée). Cette pauvre vicomtesse de Beauséant, qui tient un salon où tout le monde veut paraître, et qui est finalement jetée à tous ces vautours venus contempler son coeur brisé, j'en ai encore mal pour elle... Si j'aime tant les personnages de Balzac, c'est parce qu'il a beau les décrire comme étant la représentation physique de ce qu'ils sont intérieurement, ils n'en sont pas caricaturaux pour autant. On les voit odieux puis misérables, parce qu'ils vivent finalement tous dans un milieu où les gens se mangent entre eux. J'imaginais que les filles de Goriot étaient de véritables mégères. Après lecture de ce roman, je n'approuve évidemment pas leur comportement. Mais elles ont leur part de malheur, et Goriot pense lui même qu'il est en partie responsable de sa situation.
Je me demande vraiment comment Rastignac va tourner dans cette société pourrie, et les suggestions de Bianchon concernant la décoration d'une certaine tombe m'ont fait beaucoup rire. La fin est vraiment plombante, même si Balzac nous offre comme d'habitude une petite pique pour achever son texte.

Si vous voulez lire cet auteur, ce livre me semble être une parfaite introduction à son oeuvre. Il ne comporte aucune longueur, la présentation de la pension Vauquer est juste jouissive, et il est de plus en plus difficile de poser ce roman au fur et à mesure qu'on avance dans l'intrigue. En plus, si j'en crois tous les commentaires lus ici et là sur la blogosphère, Vautrin est un vrai tombeur (même si j'avoue préférer Rastignac pour l'instant).

Les avis d'Erzébeth , d'Isil et de Yue Yin.

13 avril 2009

L'ensorcelée ; Jules Barbey d'Aurevilly

51WD01N0VJLFolio ; 309 pages.
1854.

Madame Bovary ne me séduisant pas vraiment (mais promis, je le lirai), j'ai décidé de me plonger dans ce livre acheté il y a deux ans et dont j'avais déjà lu le début (je lis parfois le début d'un livre avant de le reposer, même s'il me plaît, j'ignore pourquoi). 
Si vous ouvrez ce livre, ne lisez surtout pas la quatrième de couverture. Il raconte toute la fin...

Nous sommes dans l'ouest normand, au milieu du XIXe siècle. Le narrateur revient de Coutances, où il a passé quelques jours pour affaires, et s'apprête à traverser la lande de Lessay, sur laquelle circule toutes sortes de rumeurs de sorcellerie et de brigandage. Alors que la nuit va tomber, notre narrateur fait une halte au cabaret du Taureau rouge, où la patronne lui donne pour compagnon de voyage maître Tainnebouy, un fermier qui se rend dans la même direction que lui. A mi-chemin, alors que la pénombre est de plus en plus forte, la jument de maître Tainnebouy se blesse, contraignant les deux hommes à s'arrêter. Le fermier confie alors au narrateur sa crainte d'être victime d'un sortilège lancé par l'un des pâtres errants qui hantent la lande.
A minuit, le son d'une cloche se fait entendre, annonçant une messe injustifiée dans l'abbaye de Blanchelande. Maître Tainnebouy explique à notre narrateur que l'église est hantée. En effet, celui qui tente de dire la messe est mort depuis bien longtemps.
Commence alors le récit d'une histoire qui a marqué la presqu'île du Contentin pendant la Révolution. Après avoir chouanné, Jéhoël de la Croix-Jugan, un prêtre autrefois aussi beau que Saint-Michel, a tenté de se suicider par balles, anéanti par la défaite. Il ne sera que défiguré et, bien que suspendu provisoirement de l'Église, il doit assister aux offices dominicaux qui se tiennent à Blanchelande. Ainsi, il rencontre Jeanne Le Hardouey, fille d'une ancienne famille noble décimée, et épouse pour sa honte d'un fermier certes riche, mais qui a acquis son bien honteusement. Dès sa première rencontre avec l'abbé de la Croix-Jugan, Jeanne est ensorcelée par cet homme. L'amour qui naît en elle, dans un contexte aussi tendu que la Révolution, la plongera, ainsi que toute la contrée, dans des tourments dramatiques.

Voilà un roman pour le moins troublant ! Il ravira à coup sûr les amateurs de romans à l'ambiance gothique, car la lande est isolée, désolée, hantée, témoin de faits terribles et inexplicables. Je disais dernièrement que Maupassant écrivait merveilleusement bien, Barbey d'Aurevilly n'a pas non plus à rougir de ce côté là. Son style donne davantage une impression de vieilli, mais il est tout aussi poétique, et s'adapte parfaitement à l'histoire racontée ici.   
L'atmosphère tourmentée qui ressort s'explique par la situation de la région de Blanchelande. La défiance hante toujours les esprits, puisque les Chouans et les Bleus s'y sont affrontés durement, et que les vestiges de ces combats, symbolisés par des individus, sont toujours emplis de violence et de haine. L'envoûtement dont est victime Jeanne Le Hardouey constitue un prétexte pour régler les comptes qui ne l'ont pas été durant la Révolution, et permet des scènes absolument abominables. Les superstitions et l'amour des rumeurs des gens de Blanchelande exacerbent aussi les craintes et permettent aux individus de dérouler une cruauté et un côté bestial effrayants. Les romans empruntant au genre gothique que j'ai lus jusque là m'avaient fait sourire. Cette fois, j'ai vraiment frissonné. Tout est vraiment sens dessus dessous dans cette histoire. Les anciens chouans ne sont étrangement pas de grands catholiques. Il faut attendre le drame pour que la Clotte, ancienne courtisane, éprouve le besoin "brûlant et affamé d'une prière".
Je ne pense pas que j'aurais apprécié l'homme chez Jules Barbey d'Aurevilly. Du peu que j'en sais, il ne partageait pas vraiment les mêmes idéaux que moi. L'évolution de la société française est critiquée dans ce livre et je suis une athée convaincue. Mais ici, cela permet de créer une distance extrême entre les groupes d'individus, et donc d'expliquer la tension décrite. Et si le progrès avait atteint les landes, ce livre ne serait pas aussi puissant.
Le pire est qu'au final, L'ensorcelée se révêle être un roman frustrant, qui n'offre aucune réponse au lecteur. Au lieu d'une explication, nous avons droit à des révélations supplémentaires, qui achèvent de nous briser le coeur. 

Un livre que j'ai donc trouvé fascinant et assez difficile. J'ai du mal à le rattacher à des lectures précédentes, ce qui me pertube encore plus, tout en me donnant très envie de persévérer avec cet auteur.   

20 mars 2009

Prodige ; Nancy Huston

resize_8_Babel ; 173 pages.
1999.

Je n'étais pas revenue à Nancy Huston depuis L'empreinte de l'ange, qui m'a laissé un drôle de goût dans la bouche. Toutefois, j'ai n'ai pas pu m'empêcher d'acheter la moitié de la bibliographie de l'auteur, certaine que de belles découvertes m'attendaient encore.

Maya vient de naître, avec trois mois et demi d'avance. Les médecins sont pessimistes, mais Lara refuse de baisser les bras, et décide qu'elle sauvera son enfant. Elle lui raconte ainsi la vie qu'elle aura, la merveilleuse pianiste qu'elle sera, la cuisine qui sent l'ail de sa grand-mère, et Robert, son mari qu'elle aime et qui est fou d'elle, mais qui ne peut rester auprès des deux femmes de sa vie. "Parfois, peut-être... on ne peut pas tout avoir. Parfois on repousse ce qu'on a, simplement pour ne pas tout avoir. Je ne sais pas l'expliquer autrement."   

Je suis vraiment gâtée côté lectures en ce moment. Ce livre est juste sublime. Les narrateurs sont nombreux, mais il n'y a que deux lignes de lecture. L'une suit Lara, celle qui joue la musique pour elle, qui y plonge toutes ses peines et tous ses espoirs. L'autre suit Maya, qui exprime ce que sont les choses. Tout au long du livre, on a le sentiment que ces deux courbes, la mère et la fille, s'affrontent et s'éloignent de plus en plus l'une de l'autre, mais le fait de ne pas savoir laquelle a le dessus évite tout pathos. Tout le roman se déroule dans un état de tension pour le lecteur, qui pressent un drame, mais qui ignore ce qu'il doit vraiment redouter.
On voit un rêve, plein de libellules, de papillons et de vers à soie, ainsi que de musique, la petite Maya prodigieuse. Tout le livre est baigné de délicatesse et d'images métaphoriques très belles, mais on ne peut en profiter pleinement, tellement les pages qui nous sont encore inconnue semblent nous promettre de cruelles déceptions. J'ai sourit parfois, comme lorsque Sofia, la grand-mère russe, raconte un concert de Glenn Gould, où les gens s'étaient tous précipités : "à l'époque on savait qu'un grand pianiste qui joue, c'est une urgence."
Mais j'ai surtout eu mal de voir Lara s'enfoncer comme cela. Elle est la rêveuse, aussi elle ne devrait pas être celle qui plonge, celle qui est blessée, celle qui perd espoir. Ou peut-être que si, rêver rend plus fragile sans doute.
Je n'avais pas vu venir la fin, ce qui prouve que Nancy Huston tenait parfaitement les fils de son histoire, et qu'elle n'est pas un auteur qui surprend son lecteur d'une seule façon.

J'ai refermé Prodige complètement secouée, à la fois émerveillée et pleine de tristesse. Un livre peut-être un peu moins maîtrisé que Lignes de faille, mais un coup de maître quand même.

Les avis de Malice, Sylvie, et Karine.

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12 mars 2009

Tobie des marais ; Sylvie Germain

resize_3_Folio ; 264 pages.
1998.

J'ai acheté ce livre il y a des mois, suite à une recommandation de Lou. Je connaissais seulement l'auteur de nom jusque là, et je n'avais aucune envie de la lire. En fait, j'associais son nom à la couverture hideuse de l'édition Albin Michel de Magnus. Je suis ravie d'avoir mis mes préjugés de côté, parce que j'ai découvert une très jolie plume de la littérature française.

Un soir d'orage, un conducteur et son passager rencontrent un bambin en ciré jaune, avec un tomahawk en plastique vert pomme accroché dans le dos, qui pédale comme un fou sur un tricycle rouge. Son père l'a envoyé au Diable, après que sa mère soit rentrée chez elle décapitée sur le dos de sa jument. Ce petit garçon s'appelle Tobie, et la tête de sa mère reste introuvable. Fou de douleur, son père refuse de sceller la tombe de son épouse tant que le corps restera mutilé, et sombre dans la folie. C'est donc Déborah, l'arrière grand-mère de Tobie, qui vient s'occuper du petit garçon. Toute sa vie, cette femme que le destin a mystérieusement épargné, a vu les siens non pas mourir, mais disparaître.

Pour écrire son livre, Sylvie Germain, s'est appuyée très librement sur Le Livre de Tobie. Déborah est effectivement juive, même si elle a arrangé un peu sa manière de pratiquer sa religion. Il s'agit de la seule chose réconfortante qu'elle a pu conserver depuis sa Pologne natale jusqu'à Ellis Island, puis en Europe. Le reste n'est que malheur et malédiction, et Sylvie Germain nous le raconte avec un style d'une incroyable poésie et très imagé. Tobie des marais n'est pas un roman comme les autres. On se croit dans un conte plus que dans la réalité, mais les émotions qu'il provoque en sont d'autant plus fortes. J'ai particulièrement aimé l'image de la tombe qui pleure toutes les larmes que Déborah n'a pas su verser malgré les chagrins qu'elle a connus.

Les personnages appartenant à un même ensemble, à une même histoire, à une même famille, leurs drames se répondent, et nous permettent de voyager durant près d'un siècle, de traverser plusieurs guerres, et de voir comment un seul petit garçon peut tout apaiser.

Un livre triste et mélancolique, mais qui réconforte finalement. Sylvie Germain et moi n'en avont pas terminé. 

Les avis de Lou, Sylvie, Lisa, Anne et Malice.

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22 janvier 2009

A Tale of Two Cities ; Charles Dickens

doverpublications_2035_411048333_1_Dove Thrift Editions ; 304 pages.
1859.
V.F. : Un conte de deux villes ou Le marquis de Saint Evrémont
.

Lettre D du Challenge ABC :

Je crois que j'avais acheté ce livre plutôt qu'un autre Dickens parce que j'aime beaucoup l'édition (économique, format agréable, couvertures soignées...). Il s'agit d'une oeuvre de l'auteur peu connue en France par rapport à Oliver Twist ou David Coperfield je pense. C'est aussi l'un des seuls romans historiques de Dickens d'après ce que j'ai pu lire (Isil et Fashion, les gardiennes du temple de Dickens, le savent mieux que moi), et un très très grand livre.

L'histoire se déroule entre deux villes, Paris et Londres, pendant la Révolution française. Cela donne lieu à des personnages dont on ne sait plus trop de quelle nationalité ils sont et surtout à des situations très cocasses. J'ai particulièrement apprécié le face à face entre Miss Pross et la terrifiante Madame Defarge dans les toutes dernières pages :

"Each spoke in her own language; neither understood the other's words; both were very watchful, and intend to deduce from look and manner, what the unintelligible words meant."

Tout commence en 1775, lorsque le docteur Manette est sorti de prison après dix-huit ans à la Bastille. On ignore tout de ce qui lui est arrivé, et lui-même semble avoir perdu la raison : il se prend pour un cordonnier lorsque Mr Lorry, qui prétend n'être qu'un businessman, et la fille du docteur, le retrouvent chez un ancien serviteur, Monsieur Defarge. Après qu'il ait recouvré ses esprits, il se rend en Angleterre, et tente de reprendre une vie normale auprès de sa fille qu'il n'avait jamais vue et qui le croyait mort.
Cinq ans plus tard, le docteur Manette et sa fille sont amenés à témoigner dans un procès pour trahison. L'accusé, Charles Darnay, ne doit sa survie qu'à sa ressemblance troublante avec le clerc de son avocat, un jeune homme peu avenant, Sydney Carton.
Les années passent, Charles Darnay épouse Lucie Manette, qui a aussi fait (bien involontairement) la conquête de Sydney. Mais le bonheur du jeune couple est fragile.
Lorsque la Révolution éclate, avec les Defarge mari et femme en première ligne, Charles est contraint de retourner en France pour secourir un ancien serviteur.

Je suis vraiment désolée pour ce résumé absolument minable, mais je ne veux pas en dire trop, et le livre ne me facilite vraiment pas la tâche. Les intrigues sont beaucoup plus nombreuses et complexes qu'elles ne le paraissent. Je ne suis pas une grande amatrice de livres concernant la Révolution (à part Quatre-Vingt Treize lu et adoré il y a bien longtemps), et j'ignorais totalement les talents de Dickens pour le roman historique, mais là je suis bluffée. Il est évident que c'est du Dickens : ses personnages hauts en couleur (Mme Defarge et son tricot, Mr Lorry, Miss Pross...), ses périphrases exquises, sa façon de nous faire rire et pleurer à la fois... Je ne sais pas si c'est juste moi, mais il me semble qu'il y a vraiment un côté enfantin chez Dickens. Dans le ton employé par moments, qui fait que l'on sourit même dans les situations les plus tragiques, même lorsqu'on a le coeur brisé. La dernière phrase du roman est l'une des plus belles que j'ai jamais lues, une des plus émouvantes (je la remets pour ceux qui l'ont lue, les autres ne pourront de toute façon pas la comprendre hors contexte) :

"It is a far, far better thing that I do, than I have ever done; it is a far, far better rest that I go to than I have ever known."

Grâce à son génie, Dickens nous fait littéralement vivre dans le Paris de la fin du XVIIIe, plein de misères et de colère. La description des miséreux se jetant sur le vin renversé m'a particulièrement marquée. L'ironie que l'auteur met dans les descriptions d'exécutions sous la Terreur, ses répétitions, rendent la guillotine encore plus menaçante, et la misère encore plus visible.
Je ne peux pas clôre ce billet sans avoir un peu parlé de Sydney Carton. Il est présenté comme un être raté, peu intéressant, dont il faudrait presque se défier. Mais quand on comprend le rôle qu'il doit jouer... ! Je crois que c'est l'un des personnages de roman les plus sincères que j'ai rencontré. Ses discussions avec Mr Lorry, totalement insouciant, et sa promenade dans Paris, sa rencontre avec la jeune femme, toutes ces scènes sont superbes et terribles à la fois.   

Je voudrais bien avoir du mal à dire de ce livre afin de contrarier Isil et Cryssilda, une fois de plus... Mais je ne peux que vous engager à vous plonger dans ce chef d'oeuvre. J'ai découvert qu'il avait fait l'objet d'une récente réédition l'année dernière, sous le titre de Le marquis de Saint Evrémont.

L'avis de Karine (dans le même état que moi après sa lecture, en plus je vois qu'elle aussi a adoré le chapitre "Echoing Footsteps")