08 juin 2016

La Passe-miroir. 2. Les disparus du Clairdelune - Christelle Dabos

couv49338046Après un premier tome enchanteur qui a conquis de nombreux lecteurs (dans l'actualité, Gallimard a proposé son concours du premier roman jeunesse pour la deuxième fois, et le lauréat vient d'être dévoilé), Christelle Dabos nous permet de retrouver ses personnages dans un deuxième opus à nouveau très réussi.

Ophélie doit cesser de dissimuler son identité et faire son entrée officielle en tant que fiancée du sinistre Thorn à la cour de Farouk, le redoutable esprit de famille du Pôle. Bien que celui-ci tombe curieusement sous le charme de la maladroite jeune fille, la position du clan des Dragons, décimé depuis le terrible accident de chasse du tome précédent, reste précaire. Quelqu'un semble de plus décidé à ce que le mariage de l'intendant et de la jeune animiste n'ait jamais lieu, par crainte qu'il ne permette le déchiffrage du Livre de Farouk. Cet enjeu semble si important que des disparitions commencent à se produire au Clairdelune, l'ambassade, le seul lieu sûr du Pôle jusqu'à présent.
Et comme la situation n'était pas assez inquiétante, la famille d'Ophélie annonce son arrivée au Pôle.

J'avais dévoré le premier tome, je n'ai fait qu'une bouchée du second. Retrouver le Pôle et ses illusions, ses complots, la maladresse d'Ophélie, les tentatives de Thorn de se comporter en être humain, a été un véritable délice.
L'intrigue avance beaucoup. Bien entendu, de nombreuses questions restent en suspens (Christelle Dabos ayant décidé de nous gâter avec quatre tomes), mais les personnages se dévoilent, et leurs projets également. Par ailleurs, nous quittons Ophélie à intervalles réguliers dans ce tome pour découvrir les souvenirs intrigants d'un jeune être. Le fameux "Dieu" (dont il est question de façon si succinte dans le tome précédent, qu'on pense à des passages sans importance), commence à apparaître, et il ferait presque peur.
La Déchirure qui a fait naître les arches se met à occuper une place de plus en plus centrale. L'intrigue amoureuse est également développée, et si les ficelles utilisées n'ont rien de très original, je n'ai pas boudé mon plaisir et le couple formé par Ophélie et Thorn a fait battre mon grand coeur.

Je pourrais regretter le fait que les membres de l'entourage d'Ophélie (Bérénilde en tête) semblent avoir été privés des aspects de leur personnalité qui en faisait des êtres avec lesquels on ne savait pas sur quel pied danser, mais ce deuxième tome est autant un coup de coeur que le premier.

A quand la suite ?

Gallimard. 549 pages.
2015.

 

Posté par lillylivres à 11:30 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

20 octobre 2006

Northanger Abbey ; Jane Austen

2264023805

Edition 10/18 ; 286 pages.
6,90 euros.

"Jane Austen jugeait désuet l'engouement de son héroïne Catherine Morland pour les terrifiants châteaux moyenâgeux de Mrs Radcliff et les abbayes en ruine du préromantisme anglais. Parodie du roman gothique, satire pleine de saveur de la société anglaise qui prenait ses eaux à Bath, Northanger Abbey est aussi le roman très austénien du mariage et très moderne du "double jeu ". "

Vous allez dire que je commence à vous agacer avec ma Jane Austen... Mais je vous assure que vous auriez tort de ne pas essayer de lire ses livres. Ses livres sont plein d'humour, ses personnages sont extrêmement attachants, son style est unique et très agréable, c'est émouvant, mais sans aucune mièvrerie. En fait, quand on lit un roman de cette auteure, on ne peut qu'être réconcilié avec la littérature classique, et cela nous ouvre de belles perspectives.

Dans Northanger Abbey, l'héroïne, Catherine Morland, se rend à Bath avec des amis de ses parents pour la chaperonner. Il s'agit d'une jeune fille qui n'a rien d'extraordinaire, mais qui se passionne pour les romans gothiques, très prisés par la gent féminine de la fin du XVIIIe siècle. Lors d'un bal, elle rencontre le charmant Mr Tilney, dont elle tombe amoureuse, comme n'importe quelle jeune fille naïve. Il possède de nombreux attraits, dont celui de vivre dans une demeure au nom délicieusement gothique, Northanger Abbey.
A Bath, elle retrouve également son frère, accompagné de l'un de ses amis, le fier et frivole Mr Thorpe. Ce dernier a une soeur, qui est toujours pleine d'enthousiasme, et qui jure aussi souvent que possible qu'elle est une femme parfaitement indépendante, ainsi qu'une grande connaisseuse de la gent masculine qu'elle se plaît à dédaigner. Cependant, elle ne semble pas indifférente au charme du frère de Catherine, inclination qui est partagée du reste.

Ce livre est écrit de façon assez différente des autres romans de Jane Austen. Celle-ci se moque souvent de la naïveté de son héroïne, même si elle éprouve pour elle un grand attachement. Catherine est en fait une jumelle d'Emily, l'héroïne de Les mystères d'Udolphe d'Ann Radcliffe. Elle rêve de vivre des aventures terrifiantes, et son séjour dans la demeure des Tilney permet à son imagination de déborder.
Le lecteur est souvent interpellé par Jane Austen, qui le fait donc participer à cette histoire. C'est extrêmement plaisant, et pourtant, il fallait une certaine habileté pour y parvenir.
C'est aussi dans ce livre que j'ai trouvé les personnages les plus détestables d'Austen (avec Lady Susan bien entendu). La "bonne" société de Bath contient des personnages faux, et qui dévorent les individus naïfs tels Catherine et son frère.

Ce roman est mon préféré de l'auteur, avec Persuasion. Il est vif, délicieusement ironique, comme tous les textes de Jane Austen, et les clins d'oeil qu'il fait au livre d'Ann Radcliffe, que j'ai adoré, le mettent un peu à part dans l'oeuvre de l'auteur (même s'il est vrai que Raison et Sentiment parle aussi de littérature, en se moquant du romantisme).

16 octobre 2006

Mansfield Park ; Jane Austen

2264024704Mansfield Park est le roman préféré de beaucoup de janéites, à en croire ce que j'ai pu lire. Pour ma part, c'est celui qui m'a le moins plu.

Il raconte l'histoire de Fanny Price, recueillie et élevée dans une belle demeure anglaise, par son oncle et ses tantes. Mais ce n'est pas par amour filial que l'on reçoit cette petite fille sale et inculte, dont la mère a osé déshonorer la famille en faisant un mariage d'amour avec un homme de basse condition. Mrs Norris voit là un moyen de faire un acte de charité, d'une drôle façon d'ailleurs, puisqu'elle confie l'enfant à la charge de son beau-frère, Sir Thomas Bertram.

La petite fille grandit donc à Mansfield Park, entourée de ses quatre cousins, dont seul Edmund lui porte de la sympathie et de l'intérêt. Cette attitude lui vaudra d'abord de la reconnaissance et de l'affection, sentiments innocents et enfantins, puis de l'amour. Pourtant, lui continue à voir Fanny comme sa cousine, qu'il aime certes profondément, mais pas d'amour. Ainsi, lorsqu'un riche et élégant jeune homme viendra faire la cour à Fanny, il en sera ravi pour elle, et ne tardera pas lui même à tomber amoureux d'une belle jeune fille. Mais Jane Austen est un maître en l'art d'étudier les comportements humains, aussi pouvons nous nous douter que ce ne sera pas si simple.

Dans ce livre, Jane Austen nous présente une héroïne qui possède très peu de caractère, et dont le seul repère est son amour pour Edmund. Mais, un amour n'est pas toujours inébranlable, surtout lorsque le devoir et l'honneur se rappellent à la personne qui l'éprouve. Plus que les autres héroïnes pauvres de Jane Austen, Fanny est confronté à un choix difficile lorsqu'un homme qu'elle n'aime pas lui demande de l'épouser.
Mansfield Park est un vrai roman austenien, avec le sujet traditionnel du mariage d'une jeune fille de condition modeste. Les personnages ridicules sont également présents pour nous distraire, à l'image de Mrs Norris, qui martyrise la Cendrillon de Jane Austen.
Ce roman met aussi en scène des personnages vils prêts à se marier par intérêt tout en simulant des sentiments d'amitié et d'amour qu'ils n'éprouvent pas. Mary Crawford pourrait ainsi presque donner des leçons à une Isabella Thorpe.
Ce livre a aussi une particularité, celle d'avoir une fin dont nous ne sommes pas totalement sûrs jusqu'à la fin. Car nous sommes amenés à douter du fait que Jane Austen achève son roman de manière habituelle.

Malgré tout, j'admets que le suspens ne m'a pas vraiment tenue en haleine. Ce livre est trop long à mon goût. Emma excepté, je n'avais jamais vu passer les pages des autres romans d'Austen. Cette fois-ci, ma concentration a été mise à rude épreuve. 

19 septembre 2006

Orgueil et Préjugés ; Jane Austen

226402382110/18 ; 379 pages.
1813.

Je débute mon blog par ce livre, car c'est celui qui m'a révélé combien la littérature anglaise était pleine de merveilles. Je l'ai lu totalement par hasard, sans savoir qu'il avait été adapté quelques mois auparavant seulement par Joe Wright. J'ai un peu peiné avec le début, je ne lisais plus vraiment de romans qui n'étaient pas des romans de plage depuis un an, mais lorsque je l'ai repris, je n'ai pas pu éteindre avant trois heures du matin. Je suis rentrée de vacances déterminée à découvrir les autres romans de Jane Austen, et c'est ce que j'ai fait durant le mois qui a suivi.

L'histoire ? Les parents Bennet ont cinq filles. La loi ne leur permettant pas de léguer les biens paternels aux femmes, c'est un cousin éloigné, Mr Collins, qui héritera des terres de Mr Bennet. Mrs Bennet, qui ne vit que pour voir ses filles mariées aux hommes riches et beaux dont elle rêve, a donc un argument difficilement contestable sur lequel s'appuyer.
Lorsque Mr Bingley, gentleman du nord de l'Angleterre, qui possède "cinq mille livres de rente", arrive dans le voisinage, Mrs Bennet s'imagine immédiatement qu'il va tomber amoureux de l'une de ses filles. Ce sera Jane, l'aînée, qui attirera l'attention du beau jeune homme. Mais ce dernier n'est pas venu seul, et son ami Mr Darcy, voit d'un très mauvais oeil une union entre son ami, sur lequel il possède une grande influence, et une jeune fille, certes, très belle, mais dôtée d'une mère et de deux soeurs (les plus jeunes, Kitty et Lydia) ridicules, et n'ayant pas de revenus satisfaisants.

Lui même ne va pas tarder à trouver Elizabeth, la seconde des enfants Bennet, pleine d'attraits. Mais ce sera après s'être fait haïr d'elle, et les reproches que Mr Darcy fait à Jane Bennet sont également valables pour Elizabeth. Celle-ci, belle, intelligente et pleine de vie, est rebuttée par Mr Darcy au premier regard, et est déterminée à le dédaigner plus que n'importe qui d'autre. La fierté de l'un, les préjugés de l'autre, renforcés par les événements qui se produisent, risquent de gâcher toute idée d'une relation entre nos deux héros.

Mais avec Jane Austen, ce n'est pas seulement une histoire d'amour, c'est aussi une habile description des personnages, de leur quotidien, une satyre de la société de la fin du XVIIIème siècle, de l'humour, des idées modernes, ce qui permet de ne pas tomber dans la mièvrerie, et de ne jamais s'ennuyer. Le milieu dans lequel évoluent les Bennet est extrêmement restreint. Cela explique pourquoi l'arrivée de Mr Bingley constitue un tel événement dans le voisinage de Longbourn.
Orgueil et Préjugés n'est pas mon roman préféré d'Austen. Je l'aime pour ce qu'il symbolise dans mon parcours de lectrice. Il s'agit aussi d'un roman qui analyse la nature humaine de façon admirable, qui est très drôle, et dont la relecture permet de dégager de nouvelles pistes de lecture. Toutefois, Persuasion et Northanger Abbey trouvent davantage grâce à mes yeux. Leurs héroïnes me touchent plus, me semblent plus proches, tandis que je n'ai pas grand chose d'une Elizabeth Bennet (à mon grand désarroi).

Si vous avez aimé ce livre, je ne peux que vous conseiller de voir l'adaptation BBC qui a été faite en 1995, avec Colin Firth et Jennifer Ehle. Cette mini-série de cinq heures retrace fidèlement le livre, et est à mon sens, une pure merveille.