20 mai 2013

L'étrange vie de Nobody Owens -Neil Gaiman

l-etrange-vie-de-nobody-owens_2625831-LUne nuit, un bébé d'un an et demi s'éclipse de chez lui. Il fait bien, car sa famille est en train de se faire massacrer par le Jack. L'enfant atterrit dans un cimetière où les habitants décident de le garder et de le protéger. Mr et Mrs Owens deviennent officiellement ses parents, et comme il n'a pas de nom, on décide de l'appeler Nobody, Bod pour les intimes.
Bod grandit donc dans ce cimetière peuplé de fantômes de tous les âges mais qui ne vieillissent jamais, ainsi que d'un monstre caché au centre de la colline. Il devient aussi l'ami imaginaire de Scarlett Amber Perkins, une petite fille bien vivante.
Hors des grilles du cimetière cependant, le Jack continue à le rechercher.

J'ai ouvert ce livre sans grande conviction. Neil Gaiman et moi, nous avons une relation compliquée. Je n'ai pas terminé Stardust et je n'aime pas son travail dans Doctor Who (même s'il n'est pas le seul à blâmer pour mon désintérêt concernant cette série).
Cependant, sans être mon coup de coeur de l'année, ce roman m'a énormément plu et touchée. Il s'agit d'une histoire simple, mais qui contient énormément de choses traitées de façon originale.
Tout d'abord, Neil Gaiman crée un monde imaginaire dans lequel on se sent tour à tour bien et apeuré. Silas, le protecteur de Nob, est un personnage aussi mystérieux que séduisant et réconfortant. Nob semble complètement à l'abri du monde extérieur dans ce cimetière où chacun veille sur lui, même ceux qui prennent les airs les plus terrifiants.
D'un autre côté, les goules essaient de détourner le petit garçon de sa vie, et ses premières expériences à l'extérieur du cimetière pourraient bien le laisser amer et craintif.
Car ce livre est surtout l'histoire d'un enfant qui devient adulte. Ses contacts avec le monde lui apportent ses premières épreuves, mais aussi ses premières aventures avec la vie. Neil Gaiman aurait pu finir sur une note complètement positive et pleine d'espoir, j'ai apprécié le fait que Scarlett ne soit pas aussi prévisible dans ses réactions.

Au final, un joli roman d'apprentissage façon fantastique qui me réconcilie avec un auteur que j'enrageais d'être la seule à ne pas apprécier.

D'autres avis chez Lou et Cachou.

Albin Michel. 310 pages.
Traduit par Valérie Le Plouhinec.
2008 pour l'édition originale.

 

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10 avril 2013

Les revenants - Laura Kasischke

9782253164524-TUn jour, j’ai lu un livre de Laura Kasischke et je n’ai pas aimé. Depuis, je suis poursuivie par une lectrice de ce blog déterminée à ce que je donne une nouvelle chance à cet auteur. Or, il se trouve que quand j’ai vu passer le dernier roman qu’elle a écrit, il avait tout pour me plaire. C’est donc le moment de réparer mon erreur.

Nicole est une jeune fille de dix-huit ans à la beauté virginale lorsqu’elle trouve la mort dans un accident de voiture un soir de pleine lune. Shelly est la première sur les lieux, mais dans les jours qui suivent, le compte-rendu qu’elle lit dans tous les journaux ne correspond pas à ce dont elle a été témoin. La version la plus macabre des événements, qui montre le petit-ami de Nicole, Craig, comme le grand responsable du drame, est celle qui est retenue. Les deux jeunes gens étudiaient à Honors Grove College, où les confréries d’étudiants cultivent avec ferveur le secret autour de leurs pratiques. Nicole était elle même membre d'une sororité, et ses anciennes "soeurs" semblent déterminées à la venger.
Quelques mois plus tard, des apparitions étranges ont lieu. Craig, mais aussi Perry, qui a connu Nicole toute sa vie, ou encore des membres de l'université, vont être entraînés dans des événements incompréhensibles qui semblent avoir un lien avec le mystère qui entoure la mort de la jeune fille.

Contrairement à la dernière fois, dès les premières pages, aussi belles que terribles, qui décrivent une jeune fille figée dans la mort après un accident de voiture, j’étais conquise.
En lisant le résumé (très moyen d’ailleurs), on s’attend à lire une histoire de fantômes. C’est bel et bien le cas d’un certain point de vue, mais les fantômes sont loin d’avoir l’aspect que l’on imagine. Roman sur la mort, le deuil, le corps, mais aussi critique de la société américaine, thriller aux accents fantastiques et campus novel, ce livre est en plus doté d’une construction efficace. Différents personnages qui ne se connaissent pas toujours initialement prennent tour à tour la parole et apportent leur part dans la résolution de l'histoire. L'une des principales protagonistes de l'histoire est Mira, un professeur d'anthropologie spécialisé dans l'étude de la mort. A travers elle, nous découvrons au fil de pages passionnantes les rituels qui entourent la disparition des êtres humains, faits à la fois de chagrin et de répulsion. Nicole est-elle vraiment revenue sur le campus ou bien ses apparitions sont-elles des manifestations du deuil ?
Outre cela, les personnages doivent se débattre au milieu des pièges qui leur sont tendus pour protéger les secrets qui entourent Honors Grove College. L'image de cette université repose sur beaucoup d'hypocrisie et de menaces, et nos personnages semblent bien isolés et impuissants. Ce sont tous des êtres un peu ratés. Mira est empêtrée dans un mariage sans amour et sa carrière professionnelle ne tient qu'à un fil. Shelly est une homosexuelle manipulable. Quant à Craig et Perry, ils ne sortent aucunement du lot et ne sont rien d'autre que des pions dans une partie dont on ne leur a pas expliqué les règles. Pourtant, dès le début il semble évident que certaines choses ne sont pas claires dans la mort de Nicole. Pourquoi la version officielle est-elle si différente de ce dont Shelly a été témoin ?
Avec tout cela, rien d'étonnant à ce que les pages défilent à toute allure.

Quelques légers bémols quand même qui m’empêchent de parler de révélation. Tout d’abord, le système de rebondissement final qu’adopte Laura Kasischke dans tous ses livres ne passe pas avec moi. J'ai très vite trouvé le pot aux roses, et les éléments qui me manquaient m'ont été fournis bien avant la fin du livre. Alors que j'étais au bord du coup de coeur, ce procédé donne un aspect artificiel au livre qui m'a fait terminer ma lecture avec un sentiment d'inachevé.
J’ai également du mal à me prononcer sur le style de l’auteur, et cela pour une raison simple  : j’ai perçu la traduction à plusieurs reprises. Ainsi, Nicole évoque à un moment le temps qu’il lui faut pour faire "un cent" de roses, ou encore Karess demande à Perry si "le chat [lui] a mangé [la] langue" (dont l’équivalent français est plutôt "tu as perdu ta langue ? " ). Heureusement, le livre n’est pas truffé d’exemples de la sorte, et l’on se plonge dedans sans la moindre difficulté une fois embarqué.

Un grand roman qui dévoile le poison qui coule dans les veines de la société américaine où jouer l’emporte souvent sur le fait de penser aux conséquences.

Plein d'autres avis chez Solenn, Theoma, Brize et Miss Leo.

The Raising.
Le Livre de Poche. 663 pages.
Traduit par Eric Chédaille.
2011.

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11 janvier 2013

L'heritage d'Esther - Sándor Márai

heritage estherEsther, une femme d'âge mûr, prend la parole pour nous raconter le retour, après vingt ans de séparation, de l'homme qu'elle a aimé, Lajos. Celui-ci, après lui avoir tout promis, a épousé sa soeur, puis a rapidement quitté la scène en laissant de nombreuses dettes derrière lui. Le retour de Lajos soulève chez Esther et ses amis des interrogations, des espoirs, et aussi des craintes sur ses véritables intentions.

Il semble courant de comparer Sándor Márai à des auteurs comme Stefan Zweig ou Arthur Schnitzler, et c'est ce qui m'a attirée. Après la lecture de ce livre, je lui trouve effectivement des points communs avec le premier (sans doute parce que je le connais mieux) à la fois dans les sujets qu'il aborde et dans sa manière de le faire. L'écriture de Márai est froide comme l'est l'atmosphère de la modeste maison qu'Esther, la vieille fille fânée, partage avec Nounou. Le temps semble s'être arrêté, et les personnages traversent l'existence comme des fantômes.

"Dans mon esprit, Nounou doit vivre encore très longtemps. Pourquoi pas ? Elle n'a aucune raison de mourire - pas plus qu'elle n'a de raison de vivre !"

Esther refuse de l'admettre, mais elle en est au même point.
Le retour de Lajos provoque un enthousiasme très étrange. Il a laissé de mauvais souvenirs parmi les habitants du village et parmi les connaissances d'Esther. Elle-même a vu sa vie se terminer après leur séparation. Pourtant, on dirait que le simple fait que quelque chose se passe provoque un regain de vie chez les personnages. Est-il venu en ami ou en ennemi ? Compte t-il régler ses dettes ? A t-il l'intention d'emporter le peu qu'il avait laissé la dernière fois ?
On attend la confrontation entre Lajos et Esther avec impatience et inquiétude tant le rapport de force semble inégal. Et pourtant, lorsque la grande explication a lieu, ça devient très intéressant. L'idée que l'on s'était forgée des personnages se révèle fausse.  En lieu et place d'un homme séduisant et maître en matière de manipulation et d'une vieille fille aussi naïve que vingt ans plus tôt, on trouve un homme minable dont les artifices ne font plus effet et une femme qui sait ce qu'elle est prête à accepter. Alors, bien sûr que le comportement de Lajos est à vomir, et que ses accusations contre Esther sont d'une lâcheté remarquable. Il est aussi évident que le choix final d'Esther a de quoi faire hurler. Pourtant, je pense que peu de gens auraient pu imaginer qu'elle agirait comme elle le fait avec autant de clairvoyance. C'est elle qui compte au final, pas Lajos, même s'il gagne sur le papier .

Dire que cette lecture a été un bonheur serait un mensonge. Je l'ai effectuée avec beaucoup d'intérêt cependant, et je serais curieuse de lire d'autres livres de cet auteur hongrois.

L'avis de Titine.

Le livre de poche. 155 pages.
Traduit par Georges Kassai et Zéno Bianu.
1939 pour l'édition originale.

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10 mars 2012

The Woman in Black - Susan Hill

the-woman-in-black-susan-hill_f4ef21c_2Après cette lecture, je ne crois toujours pas aux fantômes, mais aux miracles, c'est une autre histoire. Quand j'ai appris la sortie prochaine du film, je ne pensais pas une seule seconde que j'aurais le temps de lire le roman. Finalement, alors que je me promenais innocemment, mon regard a été attiré par la couverture hideuse de The Woman in Black (sur mon exemplaire, le gros plan est encore plus important, et le Daniel Radcliffe, ça ne lui va pas au teint). Vous pensez bien que quand j'ai vu la taille du livre, je me suis sentie d'humeur téméraire, et voilà !

Mais trève de bavardages, parlons un peu de l'histoire. Un jeune avocat, Arthur Kipps, est chargé par son patron d'assister aux funérailles d'une cliente et de mettre de l'ordre dans ses papiers. Mrs Drablow était une vieille femme qui vivait à Eel Marsh House, une demeure isolée du monde au point qu'elle n'est accessible que lorsque la mer se retire. Lorsqu'il arrive sur place, Arthur Kipps espère qu'il n'en a que pour quelques jours, et qu'il pourra ainsi rapidement retrouver Stella, sa fiancée.
Le jour de l'enterrement, il aperçoit pour la première fois une femme voilée, qui semble ravagée par la maladie. Cette apparition et la répugnance qu'on les gens des alentours à évoquer tout ce qui concerne Eel Marsh House amènent rapidement le jeune homme à comprendre que d'horribles choses se sont produites.

Bien que son titre soit très certainement un hommage à Wilkie Collins, The Woman in Black démarre d'une façon semblable au Tour d'écrou de Henry James, au coin du feu, alors que l'on se raconte des histoires de fantômes. Arthur Kipps est alors un homme mûr et hanté par son passé. A la demande de sa famille, et pour tenter de se guérir de ce qui lui est arrivé, il va livrer le récit de ce qui s'est passé à Eel Marsh House.
Pour être honnête, jusqu'à la moitié du roman, j'étais loin d'être convaincue. Je trouvais que Susan Hill appuyait trop sur l'ambiance "terrifiante" de son livre. De ce côté là, on est servi. On a la vieille maison isolée (il faut être timbré pour habiter là-dedans), la brume, les gens terrifiés, les sables mouvants, les secrets, etc. En plus, le narrateur m'agaçait à répéter qu'il était traumatisé à vie par des événements qui n'arrivaient pas, et je m'attendais à trouver cette lecture correcte au mieux.
Au final, la trouillarde que je suis a complètement marché dans cette histoire. A partir de la moitié du roman, l'ambiance devient vraiment malsaine, et on se demande comment Arthur Kipps va pouvoir se sortir de cette situation. Susan Hill manie plutôt bien le suspens, et plusieurs scènes m'ont fait le même effet que dans les films, lorsque vous vous bouchez les oreilles parce que le héros va ouvrir une porte alors que tout le monde sait qu'il ne devrait pas, et que la musique devient insupportable (je suis très impressionnable).

Je n'irai pas jusqu'à dire qu'il s'agit d'un chef d'oeuvre. L'histoire reste très classique, et le style de Susan Hill est loin d'être exceptionnel. En revanche, The Woman in Black fonctionne très bien si vous voulez vous plonger dans une histoire de fantômes anglais.

D'autres avis chez Lou, Cachou, Stephie, Mango...

The Woman in Black. Susan Hill.
1983. 200 p.

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28 octobre 2011

"Longtemps je me suis demandé si je devais me coucher de bonne heure"

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En début d'année, j'ai découvert Malika Ferdjoukh en fanfare avec l'excellentissime Quatre soeurs. Les échos que j'avais eu de ce nouveau livre de l'auteur étaient assez tièdes, et j'avoue que la couverture rose et le résumé m'inquiétaient un peu. En fait, il ne m'a fallu que quelques pages pour que je comprenne que j'allais de nouveau passer un merveilleux moment.

Willa Ayre a seize ans, et comme toutes les adolescentes, elle se trouve banale, ennuyeuse et pas très jolie. Pourtant, Iago, le frère de Fran, sa meilleure amie, qui fait craquer toutes les filles, est fou d'elle depuis quelques mois. Le soir de l'anniversaire de Fran, dans l'hôtel particulier de la famille, Iago est distant. Willa fait alors la connaissance d'un jeune homme étrange passionné de films d'horreur, Edern Fils-Alberne, qui lui propose de l'engager pour jouer de la musique avec sa petite soeur, Marni, qui aime autant la musique que Willa.
C'est ainsi que la jeune fille découvre la demeure des Fils-Alberne, Fausse Malice, qui abrite les enfants de la famille et leurs deux domestiques depuis la mort des parents dans des circonstances tragiques.
Dans le même temps, Willa voit sa vie chamboullée par des tentatives d'assassinat répétées à son encontre.

Si je vous dis que ce livre est un roman presque policier, à la fois intelligent, drôle et émouvant, je sens que le rose et le mot "amour" de la couverture vont continuer à clignoter devant vos yeux. Vous avez terriblement tort. Bien sûr, il est question d'amour dans ce livre, et l'on a la classique jeune fille discrète qui fait tomber tous les sexy men. Pourtant, dès les premières pages, on savoure surtout l'humour de Malika Ferdjoukh, et les innombrables références littéraires et cinématographiques qui parsèment le livre.
On retrouve aussi pas mal de choses qui faisaient déjà le charme de Quatre soeurs. La vieille maison un peu branlante et hantée (même si les moyens financiers des Fils-Alberne sont très différents de ceux des Verdelaine), les objets curieux, les animaux, les noms à coucher dehors (surtout chez les garçons). On a même une apparition de Valéry Clotilde, le policier qui faisait craquer Charlie.
Les parents de Willa ne sont pas en reste, entre le père aux multiples conquêtes et la mère qui s'occupe des élections de miss à travers tout le pays, métier beaucoup plus dangereux qu'on pourrait le croire...
Au niveau des garçons, même si Iago est plus appétissant au premier abord, j'ai adoré la description d'Edern par Fran :

"Quand on était petits, c'était lui le plus sympa de nous tous. Il relâchait les mouches qu'on attrapait. Il pleurait aux enterrements de lézards et de mites."

Et puis, une fille qui laisse l'amour de sa vie prendre un peu d'avance, parce qu'elle a absolument besoin de s'acheter une crêpe au sucre et à la neige, moi je trouve ça irrésistible.
Alors, oui, l'enquête est un peu cousue de gros fils blancs, mais elle contient des moments que j'ai beaucoup appréciés (les peurs nocturnes de Marni m'ont retournée quand j'ai tout compris). Et la dernière révélation m'a vraiment surprise.

Je ne mettrais pas tout à fait ce livre au niveau de ma précédente lecture de l'auteur, mais j'ai lu ce livre d'une seule traite, et je me suis régalée à chaque page. C'est un coup de coeur.

Stephie, Cathulu et Clarabel ont aussi été conquise par ce livre doudou.

Flammarion. 401 pages.
2011.

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07 juillet 2010

La séance ; John Harwood

9782749114934R2Le Cherche Midi ; 358 pages.
Traduit par D. Mazingarbe. 2009
.

Attention, mon billet contient de gros spoilers !

Londres, fin du XIXe siècle. Constance Langton a cinq ans lorsqu'Alma, sa petite soeur, décède brutalement. Sa mère ne s'en remettra jamais, ce qui laisse la petite survivante dans un état de solitude et d'incompréhension qui déterminera son existence jusqu'à l'âge adulte. Sa nourrice est la seule personne avec laquelle elle parvient à tisser des liens. Alors qu'elles se promènent souvent aux abords de l'orphelinat des enfants trouvés, la jeune Constance commence à s'interroger sur ses origines.
Des années plus tard, M. Langton quitte sa femme et sa fille, lassé par l'apathie de la première et indifférent à la seconde. Constance, désespérée, commence à s'intéresser au spiritisme qui, pense t-elle, pourrait aider sa mère, en la faisant entrer en contact avec Alma.
Plus tard, réfugiée chez son oncle, elle reçoit la visite d'un mystérieux notaire qui lui annonce qu'elle a hérité d'un manoir dans le Suffolk, demeure qui a été le témoin d'événements aussi épouvantables qu'inexpliqués, et qui continue à effrayer les alentours.
Constance se lance dès lors à la recherche de ses origines.

Sauf si vous avez fait la grève de la blogosphère ces dernières semaines, vous ne pouvez pas ignorer l'existence de ce livre. Pour moi, c'est le genre auquel je ne peux absolument pas résister, celui qui rend hommage au roman anglais, comme c'était le cas dans Les Maîtres de Glenmarkie, Le Treizième conte ou De pierre et de cendre.
Tous les ingrédients sont en effet présents pour nous envoûter, la demeure effrayante et le bois qui l'entoure, les secrets non résolus, les journaux intimes, les personnages ambigus et manipulateurs, les amours brisées. Le récit est parsemé de coups de théâtre très bien amenés, ce qui le rend très rythmé, et nous permet de nous éclipser du monde réel l'espace de quelques heures.
Pourtant, j'avoue que cette lecture a globalement été une déception pour moi. Plusieurs blogs ont évoqué avant moi le style, qui n'est pas extraordinaire en effet. Il y a également quelques situations qui paraissent un peu incongrues dans une intrigue censée se dérouler à la fin du XIXe, mais mes réserves sont ailleurs. Ainsi, je trouve que le grand méchant est éliminé bien trop facilement. Il n'a aucune occasion de s'exprimer, de livrer sa version des faits et d'éclairer le récit, alors que jusque là il était parvenu à tromper tout le monde et à échapper à toutes les justices. En bonne trouillarde, j'ai tremblé pendant les quelques pages où l'on découvre de qui il s'agit, mais je suis restée sur ma faim.
De plus, j'ai été perplexe en apprenant que Constance n'est pas Clara. Certes, si cela avait été le cas, la chose n'aurait pas été amenée avec beaucoup de subtilité puisqu'on s'en doute dès le début. Cependant, le choix de l'auteur me paraît très discutable également. Les doutes de Constance depuis son enfance, l'attitude de ses parents (qui pour le coup est incompréhensible), cette quête d'identité, tout cela aura finalement été vain...
A mon sens, la fin manque de cohérence et ne tient pas les promesses faites au fil du récit.
Ce livre semble ne pas aller au-delà de sa dernière page, et pour moi c'est un sérieux défaut.

Je ne suis donc pas complètement convaincue par ce livre, mais il m'a tout de même permis de passer un bon moment, et je ne doute pas qu'il en sera de même pour beaucoup d'autres lecteurs.

Les avis de Titine, Lou, Maggie, Karine, et Caro[line], emballées. Tiphaine et Emjy sont plus mitigées.

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06 octobre 2009

Le Triomphe de la nuit ; Edith Wharton

6907_medium_1_Joelle Losfeld ; 182 pages.
Traduit par Florence Lévy-Paolini.
The Ghost Stories of Edith Wharton
.

Je ne participe pas au Bloody Swap, mais on dirait que Lou a quand même réussit à donner une certaine orientation à mes lectures. C'est ainsi que je me suis retrouvée nez à nez avec ce livre d'Edith Wharton.

Cinq nouvelles composent le recueil.
Dans La cloche de la femme de chambre, sans doute la plus influencée par Le Tour d'écrou, publié seulement quelques années auparavant, une jeune femme frêle se rend dans une belle demeure isolée où une ancienne servante décédée apparaît.
Les Yeux est l'histoire d'un homme qui a été poursuivi toute sa vie par des yeux, symbole de sa culpabilité.
Plus tard raconte comment un couple d'Américains va faire connaissance avec le fantôme qui habite sa demeure anglaise.
Kerfol est l'évocation d'une histoire bretonne tragique suite à un mariage malheureux.
Quant à Le Triomphe de la nuit, il met en scène un jeune homme qui se rend dans un lieu reculé du New Hampshire, qui passe la soirée en compagnie de quatre hommes et d'un fantôme qui semble vouloir lui faire comprendre quelque chose.

Je vais encore passer pour une idiote, mais j'ai compris seulement à la fin du premier "chapitre" qu'il s'agissait d'un recueil de nouvelles... Je n'ai pas réussi à retrouver toutes les dates, mais je crois qu'elles ont été réunies pour la publication seulement plus tard, ce qui explique que les sujets traités soient si variés. Tous ces textes ont une part de mystère, mais le fantôme qu'ils mettent en scène peut prendre la forme d'une métaphore, relever de la légende ou être réellement présent. Les lieux sont également variés, puisque l'on se rend des Etats-Unis à l'Italie en passant par l'Angleterre et la Bretagne.
Dire que ce recueil est un incontournable serait un énorme mensonge. Edith Wharton est loin d'avoir le talent d'Henry James pour les histoires de fantômes. Chacun de ces textes est plaisant à lire, offre une ambiance plutôt réussie, mais je n'ai tremblé à aucun moment quand je ne suis pas simplement restée sur ma faim. Plusieurs des nouvelles ressemblent à des esquisses auxquelles il manque un minimum d'explications (ou simplement de pistes) pour vraiment marquer le lecteur, et les autres glissent un peu sur nous.
Après, comme je l'ai dit, tout n'est pas négatif dans ces nouvelles. Elles ont vraiment du charme, et je les ai lues en une journée, alors que ce genre n'est pas ce qui me plaît le plus d'ordinaire. Je n'en veux donc pas à Edith Wharton, et je pense que je la retrouverai d'ici peu.

L'avis de Lou, très proche du mien en fait.

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16 septembre 2009

Malpertuis, histoire d'une maison fantastique ; Jean Ray

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Espace Nord ; 285 pages.
1943
.

Malpertuis est un nom qui a longtemps été pour moi un simple titre sans attache. C'est chez Sentinelle que j'ai appris qu'il s'agissait d'une histoire fantastique, et le fait qu'elle l'ait fortement préféré à Les Envoûtés de Witold Gombrowicz (que j'ai adoré) m'a naturellement mis l'eau à la bouche.

L'histoire de Malpertuis, cette demeure inquiétante située dans une rue tranquille nous est contée par quatre narrateurs. Le premier est un voleur, qui a dérobé dans un établissement religieux les récits manuscrits de trois témoins des événements qui ont provoqué le drame de toute une famille.
Avant sa mort, le richissime oncle Cassave réunit les siens autour de lui, et leur annonce les conditions de sa succession. Tous devront s'installer à Malpertuis sans autorisation de quitter la demeure, et jouiront d'une somme d'argent importante pour leurs dépenses courantes. Les deux derniers à y demeurer, car l'Oncle Cassave compte bien sur quelques désertions et meurtres, devront s'unir, et recevront la totalité de l'héritage du viel homme.
L'homme meurt : " - Mon coeur dans Malpertuis... pierre dans les pierres...", laissant ses descendants se plier à ses dernières volontés.

J'avais de grandes attentes concernant ce roman lorsque je l'ai ouvert, et je n'ai pas du tout été déçue. Ce récit est tout bonnement incroyable, passionnant, et bien plus profond que ce à quoi je m'attendais.
L'ambiance créée par Ray est cauchemardesque. Malpertuis est une bâtisse effrayante de l'extérieur : "Sa façade est un masque grave, où l'on cherche en vain quelque sérénité, c'est un visage tordu de fièvre, d'angoisse et de colère, qui ne parvient pas à cacher ce qu'il y a d'abominable derrière lui. Les hommes qui s'endorment dans ses immenses chambres s'offrent au cauchemar, ceux qui y passent les jours doivent s'habituer à la compagnie d'ombres atroces de suppliciés, d'écorchés vivants, d'emmurés, que sais-je encore ?" A l'intérieur, c'est pire. Les bougies sont soufflées par des forces inconnues, des voix s'élèvent sans qu'aucune créature vivante ne soit présente dans la pièce, des meurtres effroyables sont commis sans que personne ne les mentionne à posteriori, comme si les victimes n'avaient jamais existé, et les habitants de Malpertuis ont tous des comportements inexplicables. C'est Jean-Jacques, l'un des neveux de l'oncle Cassave qui nous raconte la majeure partie des événements, mais l'incompréhension du lecteur est encore renforcée par le fait que d'autres voix, évoquant des faits parfois bien antérieurs au drame final de Malpertuis, s'élèvent.
Il est difficile de parler de ce roman, de vous faire comprendre à quel point il est bien mené, parce que dévoiler ses mystères serait criminel. Mais Malpertuis est bien plus qu'un roman d'épouvante. Jean Ray utilise les légendes et la mythologie pour sonder l'âme humaine et incarner ses idées dans ses personnages. Il embarque le lecteur bien plus loin que d'autres romans fantastiques, parce qu'il est mené par un auteur qui sait parfaitement où il veut en venir. Il faut juste accepter de cesser de se cramponner à une rampe rassurante, et se laisser guider.

C'est un coup de coeur.

"A plusieurs reprises, j'ai vu une jeune fille de grande beauté, assise immobile auprès de ce tombeau.
J'ai voulu lui adresser la parole, mais chaque fois que je me dirigeai vers elle, je la vis disparaître comme une fumée. J'ai pourtant pu voir qu'elle portait un bandeau noir sur les yeux et que sa chevelure, rouge comme du cuivre brûlant, était bien étrange."

Les avis de Laurence, A girl from Earth, La liseuse et Sophie (qui n'a pas du tout aimé)

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15 août 2009

Les Envoûtés ; Witold Gombrowicz

resize_6_Folio ; 468 pages.
Traduit par Albert Mailles, Hélène Wtodarczyk et Kinga Fiatkowska-Callebat.
1939
.

Nous sommes en Pologne à la fin des années 1930. La noblesse terrienne est en crise, et doit se résoudre à des solutions "dégradantes" pour survivre. Walczak, un jeune homme de vingt ans, est ainsi engagé comme professeur de tennis pour la jeune Maya Okholowska, dont la mère prend des pensionnaires pour conserver Polyka son domaine.
Dans le train qui l'amène chez ses nouveaux employeurs, Walczak rencontre Skolinski, un vieux professeur, qui est pour sa part déterminé à découvrir les trésors que renferme Myslotch, le château proche de Polyka, dont le maître a perdu la raison, et est à la merci de Kholawitski, le fiancé de Maya.
La rencontre entre Maya et Walczak est explosive. Ils sont tous deux bourrés de défauts qui les rendent peu sympathiques a priori. Très vite, leur entourage perçoit entre eux une ressemblance indéniable et inexplicable. Ils se cherchent, se cognent (dans tous les sens du terme), et commettent des actes qu'ils ne s'expliquent pas.
En parallèle, la lutte s'engage très vite à Myslotch entre Skolinski et Kholawitski, pour découvrir les secrets du vieux prince, et notamment celui de la Vieille Cuisine, dans laquelle une serviette remue inexplicablement, et où plusieurs y ont laissé la raison.

J'ai complètement adoré ce livre passionnant de bout en bout. Il mélange tous les genres de façon admirable. C'est son ambiance désuète et quelque peu gothique qui m'a d'abord séduite. Myslotch est une demeure captivante, délabrée, entourée d'une végétation sauvage qui l'isole, et pourvue de passages secrets. Le surnaturel a par ailleurs envahit les lieux suite à des drames dont plus personne ne se souvient.

"La nuit tombait et couvrait déjà les feuillages de son voile. Une lune démesurée émergea au-dessus des prés. Des chiens aboyèrent au loin. Walczak, interrogeant les ténèbres grandissantes, ne pouvait réprimer une étrange inquiétude. Soudain il pensa qu'il rêvait..."

Le mystère ne s'arrête pas là puisque le lecteur est également amené à s'interroger sur le lien qui unit Maya et Walczak, la jeune aristocrate et le prodige du tennis. Il semble bien que la proximité du château y soit pour quelque chose, mais même à Varsovie, où les deux jeunes gens ont fuit après s'être violemment battus pour mieux se retrouver ensuite, ils semblent faits l'un pour l'autre. Kholawitski est blessé, les pensionnaires de Polyka sont choqués mais se régalent d'un tel scandale, et les deux principaux intéressés sont eux aussi perplexes. D'autant plus que des crimes pour lesquels Maya et Walczak se soupçonnent mutuellement sont commis.
Amours, fantômes, envoûtements, meurtres, luttes de pouvoir, étude psychologique, bouleversements sociaux, tout est réuni pour donner lieu à un roman foisonnant servi par une très belle écriture. La fin du livre, retrouvée seulement en 1986, est un peu prévisible, mais mon côté fleur bleue n'a pas résisté.

Un gros coup de coeur, qui me donne très envie de découvrir davantage la littérature polonaise.

Praline a également été conquise. Sentinelle a moins aimé. 

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08 août 2009

Le Tour d'écrou ; Henry James

jpg_le_tour_d_ecrou_1_Librio ; 155 pages.
Traduit par Jean Pavans.
The Turn of the Screw. 1898.

Au moment de Noël, un groupe d'amis se réunit le soir autour du feu et se raconte des histoires terrifiantes. L'un d'eux propose soudain de livrer à ses amis un récit véridique, que lui a fait une femme qu'il a aimée bien des années auparavant. C'est elle qui prend le relais pour dire son histoire au lecteur. Après un entretien avec un jeune homme qui lui a fait une forte impression, notre narratrice, alors âgée d'une vingtaine d'années, est engagée comme gouvernante de deux enfants, à la condition de ne jamais solliciter son maître, leur oncle.
Arrivée à Bly, une magnifique demeure, elle rencontre d'abord l'adorable petite Flora, et se lie d'amitié avec l'intendante, Mrs Grose. La première contrariété que connaît la gouvernante est le renvoi du jeune Miles de sa pension. Cependant, lorsqu'il arrive à son tour à Bly, il est au moins aussi attachant que sa soeur, et il paraît impensable qu'il puisse avoir fait quoi que ce soit qui mérite qu'il se retrouve dans une telle situation.
Les choses deviennent définitivement inquiétantes lorsque les spectres de Miss Jessel, l'ancienne gouvernante, et de Peter Quint, un ancien domestique de Bly, apparaissent, et semblent menacer les enfants.

Lors de la fameuse soirée au coin du feu, Douglas s'interroge : "Si l'implication d'un enfant [dans une histoire d'épouvante] donne un tour d'écrou supplémentaire, que diriez-vous de celle de deux enfants... ? " Pour ma part, ce fait a sans aucun doute contribué à me faire un énorme effet.
Ce livre est un véritable bijou, qui joue sur toutes les ambiguïtés permises par sa construction. Le début du livre m'a fait penser à Jane Eyre, mais ici la menace semble venir de partout, et l'on sombre toujours plus loin dans le macabre. C'est la gouvernante qui nous raconte l'histoire, et alors qu'elle tente tout ce qu'elle peut pour protéger ses élèves, le lecteur voit plus loin derrière les sourires angéliques. Miles et Flora sont les êtres qui mènent la danse quand les adultes font des cauchemars. La situation est malsaine, et il faut attendre les dernières lignes pour comprendre à quel point.
En effet, la fin est magistrale, et l'on se moque bien que le récit de la gouvernante ait balayé tout le reste. J'ai lu ce livre fébrilement, incapable de le reposer avant de l'avoir achevé. Naturellement, j'ai été frustrée et encore plus déconcertée, comme le savent tous ceux qui ont déjà lu ce texte. Généralement, les textes "effrayants" du XIXe siècle ne m'impressionnent pas par leur capacité à avoir conservé cette dernière caractéristique. Mais Henry James jongle tellement bien avec l'esprit humain que cette fois-ci, je n'avais pas l'impression d'avoir davantage de recul qu'un lecteur de la fin du XIXe siècle. Si vous ne connaissez pas ce chef d'oeuvre, jetez-vous dessus !

Les avis de Nibelheim, de Sylvie, de La liseuse, de Tamara, de Dominique, et d'autres sur BOB...
Cécile a lu la BD qui a été tirée de ce texte.

Posté par lillounette à 18:42 - - Commentaires [37] - Permalien [#]
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