25 mai 2018

L'éternel mari - Fédor Dostoïevski

dosto

"Qu'est-ce que c'est, un bouffon, un imbécile, ou bien un éternel mari ? Mais c'est impossible, ça, à la fin ! ..."

Alors qu'il se démène avec son hypocondrie et de graves tourments psychologiques, Veltchaninov s'aperçoit qu'il est suivi par un homme. Une nuit, vers une heure du matin (il fait alors déjà jour, c'est l'été à Saint-Pétersbourg), il l'aperçoit depuis la fenêtre de son domicile. Lorsque l'inconnu essaie de forcer sa porte, Veltchaninov lui ouvre brusquement, et se trouve nez à nez avec Pavel Pavlovitch Troussotski, le mari de la femme avec laquelle il a eu une liaison dix ans auparavant.

Malgré ma lecture laborieuse de Crime et châtiment, j'ai décidé de persévérer dans ma découverte de cet auteur. Bien m'en a pris, parce que ma lecture de L'éternel mari a été un tel enchantement que Dostoïevski pourrait bien intégrer la liste de mes auteurs préférés.
Dans ce livre, l'auteur s'amuse à tourmenter aussi bien Veltchaninov que ses lecteurs. Du début à la fin, on se demande ce que cherche Pavel Pavlovitch et ce qu'il sait. Car l'éternel mari est très habile pour tenir un discours plein de sous-entendus et faire des révélations qui brisent Veltchaninov sans qu'on puisse être certains qu'il est en train de se venger. Face à lui, Veltchaninov, est une victime idéale. Ses tourments sont tels qu'on ne parvient pas à savoir s'il ne s'agit pas simplement de paranoïa. Après tout, Pavel Pavlovitch recherche son amitié, lui présente sa fiancée, semble chérir le souvenir de leur ancienne amitié... A l'inverse, Veltchaninov explose régulièrement, fait des rêves angoissants, semble rongé par la culpabilité et voit des sous-entendus partout.
Dès lors, les deux hommes vont entretenir une relation malsaine tout en ne parvenant pas à se passer l'un de l'autre, à tel point que cela en devient presque drôle.

J'imagine que ce livre est paru en feuilleton, car il est parsemé de coups de théâtre qui amènent le lecteur a en tourner frénétiquement les pages. Le style est également très rapide et facile à lire. André Markowicz, avec sa traduction, rend parfaitement le style oral et plein d'à-coups qui est selon lui celui adopté en russe par Dostoïevski (je suis malheureusement incapable d'en juger moi-même).

Un excellent moment de lecture et un roman qui me semble idéal pour découvrir Dostoïevski.

Babel. 259 pages.
Traduit par André Markowicz.
1870 pour l'édition originale.

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11 novembre 2017

Crime et Châtiment - Fédor Dostoïevski

51U3xDzfaXLRaskolnikov, ancien étudiant contraint de quitter l'université et de vivre dans la misère, décide d'assassiner une vieille usurière. Bien que le meurtre ne se passe pas comme prévu, le jeune assassin pourrait facilement s'en tirer, mais il tombe immédiatement malade et ses délires attirent les soupçons de son entourage.
Au même moment, dans une lettre, la mère de Raskolnikov, Poulkheria Alexandrovna, annonce à son fils que sa soeur Avdotia Romanovna (Dounia pour les intimes) s'apprête à se marier. Les deux femmes ne tardent pas à le rejoindre à Saint Petersbourg. Pressentant que sa soeur se marie afin de l'aider financièrement, Raskolnikov décide de tout faire pour empêcher cette union.

Lorsqu'on ouvre un roman unanimement reconnu comme un chef d’œuvre, il y a toujours un décalage entre les représentations que l'on en avait et ce que l'on découvre réellement. Cela a beau sembler évident, cela a fortement influencé ma découverte de Crime et châtiment de Dostoïevski.
Avant même de lire un roman de cet auteur, une question se pose : quelle traduction choisir ? En effet, la traduction des auteurs russes a fait couler beaucoup d'encre, aussi bien chez les Français que chez nos voisins britanniques. D'après ce que j'ai retenu des articles lus sur le sujet, Dostoïevski a longtemps bénéficié d'une traduction qui rendait son style beaucoup plus travaillé qu'il ne l'est en réalité. De son côté, André Markowicz a entrepris sur une dizaine d'années une nouvelle adaptation de son œuvre en langue française, en s'attachant à rendre le plus possible les mots de l'écrivain russe. C'est dans cette dernière traduction que j'ai choisi de découvrir Crime et Châtiment, faisant par ailleurs confiance aux éditions Thélème qui ne m'ont jamais déçue.

Une fois l'écoute du livre commencée, je n'ai pu que constater que Dostoïevski ne s'encombre pas de trop de mots. La plupart des actions et des dialogues sont simples, les phrases sont courtes. Les envolées lyriques sont réservées aux grands discours, aux délires de Raskolnikov ou aux rêves que font les personnages. Toutefois, ce roman est loin d'être facile à lire ou creux. L'apparente simplicité du style est contrebalancée par le discours tenu et l'importance donnée à la psychologie des personnages.
Ce livre n'est pas une grande fresque de la société russe. Le cadre est au contraire très resserré, se concentrant sur Raskolnikov et les personnages qui gravitent autour de lui. Ce que j'aime dans les classiques des auteurs de cette époque, c'est leur peinture du monde sur lequel ils écrivent. Mais là où les Zola, Balzac ou encore Hugo se plaisent à nous offrir des descriptions sur des pages entières, Dostoïevski distille pour sa part au compte-goutte les informations de cet ordre. Il m'a fallu faire quelques recherches sur l'auteur et son époque pour saisir l'importance de certains discours et leur signification, mais l'auteur évoque bel et bien son monde à travers ses personnages. Nous évoluons dans un monde plutôt éduqué mais sans le sou, à la merci des usuriers ou des hommes à la recherche d'une jolie épouse. La place des femmes en particulier est misérable. Sonia doit se prostituer afin d'aider sa famille, et Dounia se retrouve dans une situation glaçante à la fin du roman. Les rapports sociaux sont insatisfaisants, et on devine dans ce livre les grands conflits à venir, aussi bien en Russie que dans le monde.

"Les gens s'entretuaient dans une espèce de rage absurde. Ils s'assemblaient les uns contre les autres par armées entières, mais ces armées, déjà en marche, se mettaient soudain à s'égorger entre elles, les rangs se débandaient, les guerriers se jetaient les uns contre les autres, ils se tuaient, s'étripaient, se mordaient et s'entre-dévoraient."

Crime et châtiment a également des airs de roman policier (inversé, puisque le lecteur se demande si le meurtrier sera pris). Raskolnikov attire immédiatement la curiosité de son entourage et de la police. En proie à une mystérieuse maladie qui se traduit par des délires durant lesquels il en dit beaucoup trop, il devient évident pour tous que le meurtre d'Aliona Ivanovna. Plusieurs personnes lui posent alors des questions, dont un policier, qui laisse planer le doute sur les soupçons qu'il nourrit vis-à-vis de Raskolnikov. De plus, bien que décidé à ne pas se faire prendre, Raskolnikov ressent une certaine fierté d'avoir tué et a du mal à accepter que d'autres puissent être soupçonnés de son crime.
Pourquoi Raskolnikov a-t-il assassiné la vieille usurière ? Il s'agit d'un jeune homme sain d'esprit mais tourmenté par ses grandes théories, dont l'une, celle qu'il appartient à la race des hommes supérieurs, l'a poussé à commettre son crime. Bien que certain d'avoir agi justement (il ne montre pas le moindre regret), il ne met pas en oeuvre la suite de son projet qui consiste à utiliser ce qu'il a volé chez Aliona Ivanovna. Il commence le roman en se prenant pour Napoléon (et justifie ainsi le fait de commettre une mauvaise action si c'est pour ensuite faire de grandes choses), mais la présence de Sonia le rapproche finalement de Lazare. Cette dimension mystique m'a plutôt ennuyée, la religion n'étant pas ma tasse de thé. N'ayant par ailleurs jamais lu l'auteur et ne connaissant pas ses idées, j'ai dû me contenter d'une lecture simple du roman.

Une lecture qui n'a pas été facile. J'ai fini par emprunter une version papier du livre pour mieux saisir le texte. Je compte bien relire Dostoïevski parce que j'aime les auteurs qui me poussent hors de ma zone de confort et que celui-ci ne s'apprivoise clairement pas avec un seul roman.

Thélème. 24h49.
Lu par Pierre-François Garel. Traduction d'André Markowicz.
1866 pour l'édition originale.