03 juin 2020

Le Meurtre de Roger Ackroyd - Agatha Christie

ackroyd

King's Abbot est une paisible et ennuyeuse petite ville de la campagne anglaise où la mort de Mrs Ferras, la plus riche veuve du coin, provoque beaucoup d'interrogations.
Le Dr Sheppard, dont la soeur Caroline est la commère en chef de la commune, se rend chez son ami le puissant industriel Roger Ackroyd, fiancé de la défunte, qui lui confie que Mrs Ferrars s'est donné la mort après lui avoir avoué avoir assassiné son premier mari et qu'elle était depuis la victime d'un maître-chanteur.
Une lettre lui dévoilant le nom de ce dernier arrive alors chez Roger Ackroyd, mais le médecin est congédié avant d'avoir pu prendre connaissance du nom de celui qui extorquait l'argent de Mrs Ferrars en échange de son silence. Quelques heures après être rentré chez lui, le Dr Sheppard est appelé en urgence. Roger Ackroyd vient d'être assassiné.
Les indices convergent rapidement vers le beau-fils de Mr Ackroyd, Ralph Paton, d'autant plus que celui-ci a disparu. Sa fiancée, Miss Flora Ackroyd, refusant la piste de la police, décide d'engager le nouveau voisin du Dr Sheppard, un certain Hercule Poirot...

Le Meurtre de Roger Ackroyd est l'un des romans les plus célèbres d'Agatha Christie, tellement célèbre que l'on m'a révélé ce qui en faisait la grande originalité il y a quelques années. J'espérais que le temps me permettrait d'oublier, mais j'ai dû me résoudre au fait que cela n'arriverait jamais. Ne voulant pas passer complètement à côté de ce livre, j'ai profité du Mois anglais pour le découvrir.

C'est un livre très drôle, britannique jusqu'au bout des ongles. Il ravira les amateurs de petites communautés rurales anglaises dans lesquelles les potins sont l'occupation favorite.
Comme toujours chez Agatha Christie, la résolution du meurtre n'est pas le seul mystère élucidé, nombre d'autres petits (ou grands) secrets sont déterrés au cours de l'enquête. Hercule Poirot est en pleine forme, suffisant jusqu'au ridicule et brillant. Les autres personnages sont assez caricaturaux, tout comme leurs existences, mais cela rend le récit particulièrement vivant.
Evidemment, la construction du livre est ce qui en fait la saveur principale, d'où mon regret de ne pas l'avoir lu avec des yeux complètement neufs.

Je n'ai pu m'empêcher de me demander si Agatha Christie avait lu Drame de chasse de Tchekhov et s'en inspirer, j'y trouve des points communs troublants.

Il est évident que ma lecture a été influencée par ce que j'en connaissais, ce que j'ai un peu regretté. Toutefois, ce livre rejoint sans peine mes préférés parmi les livres que j'ai lus de la Reine du crime (une petite quinzaine, j'ai encore du pain sur la planche).

Une lecture audio très réussie. Attention aux amateurs, les éditions Thélème (que j'adore habituellement) en proposent une version annoncée comme étant intégrale, mais deux fois moins longue.

Audiolib. 7h42.
1926 pour l'édition originale.

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02 avril 2020

Captive - Margaret Atwood

atwoodLe 18 juillet 1843, au nord de Toronto, Thomas Kinnear et sa femme de charge, Nancy Montgommery, sont sauvagement assassinés. Les meurtriers sont James McDermott et Grace Marks, deux autres employés de la maison, qui s'enfuient ensuite avec les objets de valeur qu'ils peuvent emporter. Rattrapés aux Etats-Unis, ils sont enfermés puis jugés à Toronto, procès à l'issue duquel ils sont condamnés à mort. La peine de Grace Marks est finalement commuée en prison à vie.
Dès les premiers instants, des voix s'élèvent pour prendre la défense de Grace Marks. Des pétitions demandant la libération de la jeune fille de seize ans voient le jour. Ces défenseurs pensent que Grace n'est pas coupable et qu'elle est la troisième victime de James McDermott.
Des années plus tard, le docteur Simon Jordan décide de rencontrer Grace et de découvrir la vérité.

Quand on s'intéresse au féminisme et à l'histoire des femmes en général, Margaret Atwood est un auteur qui semble incontournable. Captive est en effet un portrait de femme, mais pas seulement.
A travers cette histoire, nous voyons apparaître devant nous le Canada du XIXe siècle. Née en Irlande dans une famille d'autant plus pauvre que le père dépense en alcool les maigres ressources à disposition, Grace s'embarque avec les siens vers le continent américain alors qu'elle est à peine une adolescente. La traversée est éprouvante, mais une partie de la famille arrive finalement en Ontario. Nous l'observons alors faire ses premiers pas en tant qu'employée de maison.
La période est instable, les tensions politiques et religieuses nombreuses. A cette époque, les femmes sont particulièrement vulnérables. Atwood nous décrit avec précision la vie de Grace, à tel point que le drame qui l'a rendue célèbre n'est pas toujours en ligne de mire. Aimant les romans ayant un fond historique, j'ai apprécié cet aspect du livre, même si je pense que quelques coupes auraient été appréciables. Grace Marks et James McDermott étant Irlandais, les enquêteurs sont d'autant plus sévères à leur égard que la réputation de cette population est mauvaise.

J'ai dit plus haut que Margaret Atwood était connue pour ses écrits engagés. Sur ce point, j'ai été un peu déçue. Il est bien question de femmes maltraitées, d'avortements, de grossesses et de relations sexuelles hors mariage. Mais le destin de Grace n'est pas assez utilisé pour faire une illustration de cela. Captive est une histoire basée sur des faits réels. C'est à la fois une force, puisque cela rend le récit plus palpitant et une faiblesse étant donné que le parti pris de Margaret Atwood est de ne pas trop dévier des faits connus. Cela donne une fin à mon sens assez décevante. Pendant tout le récit, on s'interroge sur Grace. On se demande s'il s'agit d'une victime, d'une femme souffrant de troubles mentaux, d'une Shéhérazade ou bien d'une manipulatrice hors pair. Pourtant, au lieu de nous dévoiler une femme dans toute sa complexité, Atwood tourne autour du pot et se contente d'utiliser Grace Marks pour évoquer l'arrivée de la psychologie dans les enquêtes et de poser sans y répondre la question de la responsabilité des criminels en cas de troubles mentaux.
Par ailleurs, la majeure partie du récit se concentre sur les souvenirs de Grace et sa version du drame. L'enquête du docteur sur le terrain commence très tardivement. Le personnage de Simon Jordan lui-même est décevant. Il disparaît au moment où l'on aurait besoin de son éclairage.

J'ai donc apprécié ma lecture tout en déplorant quelques longueurs et un contrat de base qui n'est à mon sens pas complètement respecté à cause d'un refus de l'auteur de prendre parti. Cela ne m'empêchera pas de lire d'autres de ses oeuvres.

Les avis de Lili et de Maggie.
Une lecture qui rentre dans le Challenge Pavévasion de Brize.

Audible. 18h.
Lu par Elodie Huber.
1996 pour l'édition originale.

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26 mars 2020

Drame de chasse - Anton Tchekhov

drameUn rédacteur en chef reçoit la visite d'un certain Ivan Kamychov qui lui remet le manuscrit de ce qu'il appelle un roman. Il laisse cependant entendre que son texte a une dimension autobiographique.

Un juge d'instruction, Serguéï Pétrovitch Zinoviev, jeune et beau garçon reçoit, après deux ans sans le voir, l'invitation du comte Karnéïev. Bien qu'il le méprise, Zinoviev n'a jamais pris la peine de refuser son amitié au noble propriétaire terrien. Ainsi se rend-il sur son domaine où, accompagné du comte, de son intendant Ourbénine et d'un invité hostile, il voit pour la première fois la jeune fille en rouge.
Lors de leur rencontre avec la jeune fille en rouge, Zinoviev, Karnéïev et Ourbénine sont envoûtés par elle. Vivant avec son père sénile, la jeune Olga va accorder sa main au vieil intendant de façon irréfléchie. Ses actions ultérieures et celles de ses deux autres prétendants vont précipiter tous les personnages vers leur perte.

Unique roman d'Anton Tchekhov et publié en feuilleton, Drame de chasse est présenté comme étant un roman policier. La préface précise que c'est surtout une parodie du genre.
Ainsi, si vous cherchez une enquête policière palpitante, je ne suis pas certaine que vous serez contenté avec ce livre dont Tchekhov, sous les traits du rédacteur en chef, avertit dès le début qu'il s'agit d'une oeuvre médiocre.

Union mal assortie de Vassili Poukirev"Ce récit n'est pas d'une qualité exceptionnelle. Il comporte bien des longueurs, bien des aspérités... L'auteur a un faible pour les effets et les phrases clinquantes... On sent bien que c'est la première fois de sa vie qu'il écrit, d'une main novice, inexpérimentée."

En effet, j'ai beau être bon public, il n'est pas difficile de deviner le pot aux roses bien avant la fin et Tchekhov n'est vraiment pas dans la nuance avec Drame de chasse.
La critique du "beau monde" est sévère. Les nobles passent les messes à discuter, organisent des orgies, sont ignorants de tout, hypocrites. Le domaine du comte est dans un état de délabrement indigne, le comte est grossier et son apparence physique ridicule.
Le seul personnage semblant digne de respect est le médecin, ami de Zinoviev, homme honnête et malheureux en amour. Tchekhov exerçant la même profession, il n'est pas étonnant qu'il ait accordé son indulgence à ce personnage en particulier.
J'ai eu de gros espoirs, pensé trouver dans la description de cette société une certaine complexité. Le narrateur et son ancienne conquête, Nadia, semblent être de nouveaux Eugène et Tatiana. Olga pourrait être autre chose qu'une écervelée. Le médecin, dont le nom m'échappe déjà, pourrait ne pas être présent uniquement parce que Tchekhov crée un personnage de cette profession dans chacune de ses oeuvres. Malheureusement, l'auteur semble avoir été déterminé à proposer une intrigue médiocre.

Un roman assez inégal, qui m'a tour à tour intriguée, passionnée puis lassée.

Babel. 316 pages.
Traduit par André Markowicz et Françoise Morvan.
1884-1885.

Un billet qui s'inscrit dans le Mois de l'Europe de l'Est de Patrice, Eva et Goran.

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12 juin 2018

Témoin indésirable - Agatha Christie

Source: Externe

Alors qu'il vient de rentrer d'une expédition dans les pôles, le Dr Arthur Calgary découvre qu'un jeune homme qu'il a pris en stop deux ans auparavant a été condamné pour le meurtre de sa mère. Or, cette rencontre a eu lieu précisément au moment où la victime, Mrs Argyle, était assassinée. Convaincu d'être porteur d'une bonne nouvelle, Calgary se rend à Sunny Point, la demeure des Argyle. Pourtant, l'innocence de Jacko (décédé en prison) ne semble ravir personne, les Argyle accusant même le scientifique d'être venu troubler leur famille. La thèse d'un meurtrier extérieur étant improbable, quel membre de la famille a bien pu tuer Rachel Argyle ?

J'ai décidé de découvrir ce roman après avoir lu deux billets élogieux à son sujet ces dernières semaines, mais je dois reconnaître que je suis beaucoup moins enthousiaste.
C'est un roman qui étudie de près la psychologie des personnages. Sans la prise en compte de cet aspect, la résolution du mystère est impossible, puisque les mobiles ordinaires qui pourraient expliquer le meurtre sont (presque) inexistants. Très vite, le lecteur renonce à l'idée que les Argyle formaient une famille unie. Rachel Argyle était une femme remplie de bonne volonté, qui adorait les enfants qu'elle avait adoptés. Cependant, aucun ne la considérait réellement comme une mère, et tous la trouvaient tyrannique.
Partant de ce constat, de nombreuses explications étaient envisageables et Agatha Christie aurait pu nous faire explorer les tourments de l'âme humaine. Malheureusement, la clé du mystère ressemble davantage à un simple fait divers qu'à un crime complexe.
J'ai également été gênée par la vision des enfants adoptés et des classes populaires que l'on trouve dans ce livre, qui est très caricaturale. Un lien biologique ne permet pas de connaître son enfant par la simple magie de la génétique, et si l'adoption est un processus complexe, elle ne produit pas des familles qui seraient moins (ou plus) réelles que les autres.
Outre ces reproches sur le fond du roman, sa construction même me semble maladroite. Nous rassemblons les pièces du puzzle à l'aide de pas moins de trois détectives, avec par ailleurs les interventions des différents protagonistes de l'affaire. Agatha Christie tente le huis-clos, puis revient à une enquête traditionnelle, se sépare longuement de Calgary avant de lui offrir le meilleur rôle... Clairement pas le meilleur assemblage qu'elle ait produit.
Enfin, bien que ce soit anecdotique, j'ai trouvé la fin ridiculement mièvre. En la rajoutant au reste, je n'ai pu que refermer le livre en souhaitant tomber sur un meilleur cru lors de ma prochaine lecture de l'auteur.

Une petite déception. Je vous conseille plutôt Dix Petits Nègres ou L'Heure zéro.

Le billet de Fanny.

Editions du Masque.  252 pages.
Traduit par Jean Brunoy.
1959 pour l'édition originale.

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31 mars 2018

Agatha Raisin : La Quiche Fatale ; M.C. Beaton

51nw1KTqr3LAgatha Raisin, cinquante-trois ans, décide de vendre son entreprise de relations publiques londonienne et de s'offrir une retraite anticipée dans un cottage des Costwolds.
Arrivée à Carsely, son nouveau village, elle découvre l'ennui et la solitude, les autochtones se limitant à lui parler de la météo. Lorsqu'un concours de quiches est organisé, elle saute sur l'occasion, achète une quiche chez un traiteur et attend les résultats en pensant que sa victoire lui permettra de s'intégrer à Carsely.
Mais, cette entourloupe a des conséquences dramatiques. Le juge du concours, M. Cummings-Browne, est retrouvé mort, empoisonné par la quiche d'Agatha.

Après avoir vu une grande partie de la blogosphère, Lou en tête, conquise par cette série, je l'avais mise dans un coin de ma tête. A l'occasion du British Mystery Month (je suis pile dans les temps) et en quête d'une lecture simple et agréable, j'ai décidé de rencontrer Agatha Raisin.
Si vous cherchez un roman policier élaboré, dans lequel cet aspect est essentiel, passez votre chemin. En revanche, si vous voulez lire un hommage sans prétention à Miss Marple et au mode de vie fantasmé de la campagne anglaise, foncez, ce livre est pour vous.
J'ai adoré me plonger dans les Costwolds avec Agatha. Je ne connais pas cette région de l'Angleterre (même si j'ai une envie folle d'y aller maintenant), mais imaginer cette succession de villages aux noms improbables et aux cottages irrésistibles est délicieux. Agatha a beau être nulle en cuisine, elle adore manger, et ses descriptions, mêmes succintes, de plats anglais, met l'eau à la bouche (je plaide coupable, j'aime la nourriture de pub).
L'autre grande réussite de cette série, ses personnages hauts en couleur. Agatha n'est pas une héroïne très sympathique à première vue. Elle a l'habitude qu'on fasse ses quatre volontés, elle n'a aucun scrupule à tricher et n'hésite pas à se comporter comme la reine des goujates (en témoigne son attitude vis-à-vis du Londonien qui n'apprécie pas qu'elle lui souffle sa fumée de cigarette dans les narines), mais elle rejoint vite le rend de ces personnages qu'on adore voir mal se comporter. Ses tentatives de se faire apprécier sont hilarantes. Après le désastre du concours de quiches, Agatha passe une horrible journée avec un vieux couple insupportable qui ne lui épargne rien, puis vend aux enchères le contenu de sa maison. Ses efforts vont payer. Si les habitants de Carsely sont méfiants au premier abord, Agatha finit par les faire réagir (en bien ou en mal). Et puis, évidemment, un beau colonel à la retraite va faire son apparition dans ce petit monde.  Certes, rien de bien original (j'ai même trouvé le personnage de Roy bien trop caricatural), mais le mélange fonctionne à merveille et je me réjouis de retrouver ces personnages dans les futures aventures d'Agatha.

En ce qui concerne l'enquête et sa résolution, elle n'a d'intérêt que pour présenter les différents personnages de la série. Beaucoup d'heureuses coincidences mènent à la découverte du pot aux roses. Pour l'instant, l'honneur de la police semble vouloir être ménagé. Agatha se lie même d'amitié avec l'un de ses représentants, qui lui offre un chaton, accessoire indispensable à toute enquêtrice anglaise qui se respecte.

Un roman délicieusement british qui lance une série que je compte bien poursuivre lorsque je serai en manque d'une lecture légère.

L'avis de Lou.

Audible Studios. 6h20.
Traduit par Esther Ménévis.
Lu par Françoise Carrière.
1992 pour l'édition originale.

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20 octobre 2017

Le Château des Bois Noirs - Robert Margerit

CVT_Le-chateau-des-Bois-Noirs_4827Robert Margerit est un auteur qui semble plutôt tombé dans l'oubli. L'excellente maison d'édition Phébus continue cependant de publier ses oeuvres, ce qui ne pouvait qu'attirer mon attention. De plus, la Booktubeuse Lemon June, dont je suis les avis avec attention, a publié une vidéo sur ce roman qui ne peut que convaincre de se jeter dessus.

Peu après la Seconde Guerre mondiale, Hélène, jeune femme de la bonne société parisienne, épouse un propriétaire terrien auvergnat, Gustave Dupin de la Vernière. Après un voyage de noces en Italie, le couple rentre chez lui. En voyant pour la première fois son nouveau foyer, Hélène découvre que son mari lui a menti sur sa situation. Le "château" est une bâtisse bien plus modeste que ce qu'elle imaginait, et l'état de délabrement dans lequel se trouvent aussi bien la maison que son parc les rend lugubres. De plus, si la mère de Gustave est une femme chaleureuse, les serviteurs font peur à la jeune femme et son mari passe ses journées seul à contempler les timbres qu'il collectionne.
Très vite, Hélène s'ennuie. Le désir que son époux éprouve pour elle ne compense pas la solitude à laquelle elle est livrée la plupart du temps, il a même tendance à la dégoûter de plus en plus. Lorsque Fabien, le frère cadet de Gustave, rentre à la Vernière, la vie d'Hélène reprend des couleurs. Pour combien de temps ?

Le Château des Bois Noirs est un roman que j'avais très envie d'adorer. J'aime les ambiances gothiques, les maris ambigus (le résumé me faisait penser à Rebecca et à Vera), les huis-clos oppressants. Cependant, si la lecture de ce texte a été très facile, je ne pense pas en garder un souvenir impérissable.

Le début est pourtant prometteur, le domaine de la Vernière se prêtant à merveille à une histoire sombre. On imagine sans mal la maison battue par les vents, les murs et les sols délabrés, l'odeur de renfermé, les allées laissées à l'abandon et les bois profonds du domaine. Ces lieux ont été le théâtre d'horribles scènes au cours de l'histoire, quoi de plus normal qu'il s'en produise de nouveaux ? Quant aux domestiques, le mutique Antoine et sa sorcière de mère, ils semblent sortis tout droit d'un film d'horreur.

J'ai beaucoup aimé la dernière partie, lorsque la noirceur reprend ses droits et que l'on se retrouve à mener l'enquête pour comprendre les événements qui se sont produits.

Mais, si le décor est bien planté et le dénouement réussi, je n'ai pas cru à cette histoire en raison des incohérences entre les différentes parties du roman. La description du couple central est un échec. Le drame qui se joue à la Vernière repose sur la personnalité monstrueuse de Gustave, sa part bestiale et passionnée, mais il y a des chaînons manquants entre le Gustave que rencontre Hélène et l'homme froid des derniers chapitres. D'abord présenté par l'auteur comme timide et maladroit (mais plein de bonnes intentions), on se retrouve avec un homme décrit comme égoïste, calculateur et cruel. J'ai davantage vu dans cette histoire un mariage raté, des époux qui n'ont rien en commun (et qui devraient s'ennuyer ferme l'un avec l'autre), qu'un homme suffisamment intéressé par son épouse pour agir comme il le fait. Les deux principaux personnages féminins du roman ne m'ont pas non plus convaincue. Hélène a davantage le profil d'une jeune femme allergique à la campagne voire snob que celui d'une victime. Je trouve également l'attitude de Mme Dupin incohérente. Une femme aussi généreuse et clairvoyante vis-à-vis de son fils n'aurait jamais laissé Hélène épouser Gustave. Seuls les personnages secondaires, Fabien, les deux serviteurs et les voisins restent fidèles à eux-mêmes du début à la fin.

Je vous assure que cela me fait enrager de devoir dire du mal de ce livre, même si ma déception est loin d'être totale. J'aurais adoré vivre ma lecture comme Lemon June. La plume de Robert Margerit étant très agréable, je pense malgré tout relire un jour l'auteur.

Libretto. 259 pages.
1954 pour l'édition originale.

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19 août 2017

Intérieur nuit - Marisha Pessl

intérieur-nuitMarisha Pessl aura eu besoin de sept ans pour publier un second roman après une entrée remarquable dans le monde littéraire avec La Physique des catastrophes. Cette fois, elle nous embarque dans le monde de l'épouvante.

Scott McGrath, journaliste reconnu, auteur de plusieurs livres reportages salués, voit sa carrière brisée le jour où il sous-entend lors d'une émission que Stanislas Cordova, réalisateur de films d'horreur culte, serait l'auteur d'actes ignobles envers les enfants. Contraint de reconnaître qu'il a inventé son témoin et d'indémniser le réalisateur qui n'a pas été aperçu publiquement depuis plusieurs décennies, McGrath voit également sa femme le quitter pour un autre et emporter leur enfant.
Lorsqu'Ashley Cordova, la fille du cinéaste, est retrouvée morte après s'être jetée dans une cage d'escalier sur un chantier, le journaliste décide de reprendre son enquête pour comprendre ce qui lui est arrivé.

J'avais eu un énorme coup de coeur pour le premier roman de Marisha Pessl. Retrouver un autre de ses pavés à la forme originale et au sujet passionnant a été un vrai bonheur,  même si j'ai moins aimé ce livre que le précédent.
Comme je le disais à Maggie récemment, La Physique des catastrophes était un roman au scénario pour le moins tordu. Je n'en attendais donc pas moins d'Intérieur Nuit. Mais ce dernier propose une histoire un peu trop tirée par les cheveux, que le mystère entourant Cordova ne peut entièrement justifier sans tomber dans la facilité.
J'ai également trouvé quelques longueurs dans ce livre. Marisha Pessl nous livre une enquête journalistique dont certaines parties m'ont paru interminables, notamment au début. Quant au personnage du journaliste divorcé et déchu qui reprend le travail qui l'a fait sombrer, ce n'est pas l'invention la plus originale de Marisha Pessl.

31lRh4fQhqLOutre ces quelques reproches qui font que ce livre n'est pas un coup de coeur, je ne peux que vous recommander ce roman. Si Scott McGrath n'est pas un personnage très fouillé, Marisha Pessl a en revanche entrepris un travail titanesque pour créer l'univers cordoviste. Stanislas Cordova n'est pas un simple réalisateur à grand succès. Ses films sont tellement terrifiants qu'ils ne sont plus distribués sur le circuit habituel. Seuls les initiés parviennent à visionner ses oeuvres en se retrouvant dans des lieux insolites telles les catacombes de Paris après avoir suivi un itinéraire digne d'une chasse au trésor. Les copies pirates des films sont rares et s'arrachent à des prix exorbitants. Cordova lui-même est inaccessible. Personne ne l'a vu depuis des lustres en dehors de ses quelques proches et des acteurs de ses films qui refusent de s'exprimer à son sujet. Certains se demandent même s'il existe réellement. Ce mystère autour de Cordova et son univers horrifique ont créé sa légende noire, celle qui hante chaque page d'Intérieur nuit.
Qu'est-il réellement arrivé à Ashley Cordova ? A mesure qu'avance l'enquête, on pourrait penser que la vérité n'est plus très loin. Cependant, Marisha Pessl a travaillé dur pour que l'on ne puisse rien prendre pour acquis. Tous les personnages ont un lien particulier avec Cordova, certains en sont même des spécialistes. Aucun témoignage n'est objectif et tous pourraient être là pour faire échouer McGrath une seconde fois. Le journaliste lui-même n'est pas toujours clair, ce qui donne un passage où l'on est complètement à bout de souffle, immergé dans les décors des films de Cordova sans plus savoir où se situe la frontière entre fiction et réalité.
De plus, quand on a déjà lu Pessl, on sait qu'il y a deux histoires. Jouer avec la fiction est un art auquel elle excelle, et elle s'en donne à coeur joie avec toutes sortes de fac-similés disséminés tout au long du livre. Ma culture cinématographique a beau être mince, j'ai détecté un certain nombre d'éléments se rapportant à des réalisateurs ou à des acteurs ayant réellement existé, ancrant l'univers cordoviste dans l'histoire du cinéma. Tout se tient, même le plus invraisemblable. Et le pire est sans doute qu'on a envie que le fantasme soit la réalité, qui forcément va se révéler décevante.

Une réussite et une deuxième lecture pour le challenge Pavé de l'été de Brize.

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L'avis de Maggie.

Gallimard. 717 pages.
Traduit par Clément Baude.
2014 pour l'édition originale.

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16 octobre 2016

L'enfant qui criait au loup - Gunnar Staalesen

111111Comme de nombreux auteurs scandinaves, Gunnar Staalesen est connu chez nous pour ses polars et pour le personnage de son enquêteur principal, Varg Veum.

Ce dernier a débuté aux services de la protection de l'enfance. C'est là qu'il rencontre Janegutt, âgé de quelques années à peine, pour la première fois. Sa mère étant soupçonnée de maltraitance, il est adopté par un couple bien sous tous rapports. Pourtant, quelques années plus tard, Varg Veum retrouve le jeune garçon dans des circonstances dramatiques. La dernière fois qu'on fait appel à lui au sujet de cet enfant, c'est parce qu'il s'est retranché avec une otage après avoir assassiné ses parents adoptifs et a indiqué ne vouloir parler qu'à Veum. Ce dernier, devenu détective privé raté, accepte de se rendre sur les lieux du carnage. 

Je n'ai pas lu les autres romans de Gunnar Staalesen mettant en scène son inspecteur, mais j'ai l'impression que L'enfant qui criait au loup est particulier dans la mesure où il couvre une immense partie de la carrière de Varg Veum. On découvre son parcours professionnel, l'échec de son mariage, ses difficultés à se construire une carrière de détective. Pourtant, peut-être parce que je n'ai pas eu l'occasion de m'attacher à ce détective avec ses autres enquêtes, je n'ai pas éprouvé beaucoup d'empathie pour ce personnage qui ne se livre pas vraiment. 
Au niveau de l'enquête policière en elle-même, je trouve ce roman bien loin d'autres policiers scandinaves. L'enquête est intrigante, mais pas palpitante. A aucun moment je n'ai senti mon sang se glacer. J'avais soupçonné le meurtrier en me disant que ce serait caricatural de le choisir et compris depuis longtemps pourquoi l'un des personnages agit comme il le fait tout au long du livre.
Au final, j'ai surtout vu dans ce roman une peinture peu reluisante de la politique de protection de l'enfance en Norvège. J'ai aussi apprécié la peinture de Bergen, loin de l'image parfaite de la Scandinavie que l'on a tendance à véhiculer chez nous (criminalité très faible, résultats scolaires excellents, prise en charge remarquable des personnes âgées...).

Une petite déception.

Merci aux éditions Folio pour ce livre.

Folio. 480 pages.
Traduit par Alexis Fouillet.

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08 juin 2016

La Passe-miroir. 2. Les disparus du Clairdelune - Christelle Dabos

couv49338046Après un premier tome enchanteur qui a conquis de nombreux lecteurs (dans l'actualité, Gallimard a proposé son concours du premier roman jeunesse pour la deuxième fois, et le lauréat vient d'être dévoilé), Christelle Dabos nous permet de retrouver ses personnages dans un deuxième opus à nouveau très réussi.

Ophélie doit cesser de dissimuler son identité et faire son entrée officielle en tant que fiancée du sinistre Thorn à la cour de Farouk, le redoutable esprit de famille du Pôle. Bien que celui-ci tombe curieusement sous le charme de la maladroite jeune fille, la position du clan des Dragons, décimé depuis le terrible accident de chasse du tome précédent, reste précaire. Quelqu'un semble de plus décidé à ce que le mariage de l'intendant et de la jeune animiste n'ait jamais lieu, par crainte qu'il ne permette le déchiffrage du Livre de Farouk. Cet enjeu semble si important que des disparitions commencent à se produire au Clairdelune, l'ambassade, le seul lieu sûr du Pôle jusqu'à présent.
Et comme la situation n'était pas assez inquiétante, la famille d'Ophélie annonce son arrivée au Pôle.

J'avais dévoré le premier tome, je n'ai fait qu'une bouchée du second. Retrouver le Pôle et ses illusions, ses complots, la maladresse d'Ophélie, les tentatives de Thorn de se comporter en être humain, a été un véritable délice.
L'intrigue avance beaucoup. Bien entendu, de nombreuses questions restent en suspens (Christelle Dabos ayant décidé de nous gâter avec quatre tomes), mais les personnages se dévoilent, et leurs projets également. Par ailleurs, nous quittons Ophélie à intervalles réguliers dans ce tome pour découvrir les souvenirs intrigants d'un jeune être. Le fameux "Dieu" (dont il est question de façon si succinte dans le tome précédent, qu'on pense à des passages sans importance), commence à apparaître, et il ferait presque peur.
La Déchirure qui a fait naître les arches se met à occuper une place de plus en plus centrale. L'intrigue amoureuse est également développée, et si les ficelles utilisées n'ont rien de très original, je n'ai pas boudé mon plaisir et le couple formé par Ophélie et Thorn a fait battre mon grand coeur.

Je pourrais regretter le fait que les membres de l'entourage d'Ophélie (Bérénilde en tête) semblent avoir été privés des aspects de leur personnalité qui en faisait des êtres avec lesquels on ne savait pas sur quel pied danser, mais ce deuxième tome est autant un coup de coeur que le premier.

A quand la suite ?

Gallimard. 549 pages.
2015.

 

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28 octobre 2014

Les apparences - Gillian Flynn

78219143_oLe matin de leur cinquième anniversaire de mariage, la femme de Nick Dunne, Amy, disparaît. Restent dans la maison des traces de lutte ainsi que le premier indice de la chasse au trésor que la jeune femme avait organisée pour son époux.
Alors que la police puis le système médiatique s'emparent de l'affaire, il devient évident que les deux époux cachent de lourds secrets qui font de Nick le coupable idéal.

J'ai repéré Gillian Flynn depuis au moins un an, mais le choix de ce titre vient bien entendu du fait que l'adaptation est sortie récemment au cinéma.
Ce n'est pas un hasard, étant donné que ce thriller semble avoir été écrit pour être porté à l'écran. Les chapitres défilent à cent à l'heure, les indices pleuvent, les rebondissements aussi, les deux personnages principaux sont charismatiques, le cocktail parfait pour une adaptation à succès.
L'histoire de départ est plutôt banale, celle d'un couple marié qui s'enfonce dans l'ennui, la routine et les mensonges. Comme tant d'autres, Nick et Amy ont d'abord joué aux amants parfaits, persuadés d'être différents des couples de leur entourage qui s'étripent ou tentent de se dresser l'un l'autre pour correspondre à la personne cool qu'on a tous envie d'être et d'avoir auprès de soi. Une fois la passion retombée, l'arrivée du chômage, les problèmes de santé des parents de Nick, le retour dans le Missouri après la belle vie à New York, ont eu raison de tous ces efforts pour faire semblant d'être heureux.
Mais leur couple a beau suivre un parcours banal jusqu'au jour où Amy disparaît, ce qui apparaît au cours de l'enquête nous fait réaliser à quel point les Dunne ne sont pas un couple ordinaire. Ni certains de leurs proches. C'est à se demander lequel est le plus tordu dans toute l'histoire, et cette dimension psychologique, qui crée une ambiance aussi dérangeante que fascinante, est ce qui empêche de reposer le livre avant de l'avoir terminé. La fin ne met pas un terme à ce malaise, puisqu'elle révèle à quel point on peut se convaincre que tout va pour le mieux alors que c'est le contraire.
Outre la folie des personnages, impossible de ne pas évoquer celle des médias et de la société, dont le jugement est beaucoup plus important que celui rendu dans un tribunal. A l'heure de la téléréalité, il vaut mieux ne pas avoir un air trop désinvolte, être intérieurement dévasté ne suffira pas.

Gone girl.
Sonatine. 573 pages.
Traduit par Héloïse Esquié.
2012 pour l'édition originale.

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