10 mars 2011

Un bonheur de recontre ; Ian McEwan

un_bonheur_de_rencontre_25215151Folio ; 216 pages.
1981.

Ian McEwan est l'un de mes auteurs préférés. A l'occasion de la sortie prochaine de Solaire, je me suis dit qu'il était temps de me replonger dans l'oeuvre de cet auteur dont je n'ai lu que des grands livres. Mon choix s'est porté sur le deuxième roman de Ian McEwan, adapté au cinéma sous le titre Etrange séduction.

Mary et Colin sont en vacances à Venise, même si le nom de la ville n'est jamais nommé. Ils forment un couple tranquille depuis sept ans, et ils s'ennuient.
Tout bascule lorsqu'ils rencontrent Robert, par hasard, alors qu'ils sont perdus dans les rues tard le soir. Cet homme affable est marié à Caroline, avec laquelle il forme un couple à la fois harmonieux et surprenant.

Encore une fois, j'ai trouvé avec ce livre ce qui me fascine et me dérange chez Ian McEwan.
La majeure partie du livre est très lente. Ian McEwan, à son habitude, décrit avec une grande précision le décor dans lequel évoluent Mary et Colin. C'est un étrange huis-clos. Ils sont seuls même au milieu de la foule, et cette solitude met en valeur leur relation engourdie. Chaque jour, c'est le même rituel. Ils répètent inlassablement qu'ils sont en vacances, mais se forcent à faire ce que des touristes doivent faire selon eux, sans y prendre le moindre plaisir. Entre eux, ils ne se parlent pas ou presque, et leurs gestes de tendresse sont retenus, la plupart du temps par une incapacité à percevoir ce que l'autre attend. Rien d'intéressant ne semble alors pouvoir se produire.
La rencontre avec Robert et Caroline les réveille, mais ils ignorent les raisons de ce regain imprévu de désir, et refusent de toute façon de les rechercher.
Et puis soudain, le livre se transforme en thriller, avec des moments de panique que l'on n'avait pas prévus. Mary et Colin continuent à nous donner le sentiment qu'ils maîtrisent leur histoire, le nombre de pages restant à lire nous fait croire qu'il ne peut rien arriver de bien méchant. C'est sans compter sur le talent de Ian McEwan, qui est maître dans l'art de ballader son lecteur.

"Nous étions les mêmes, après tout, et cette idée, l'idée de la mort, je veux dire, n'allait pas disparaître comme par enchantement, simplement parce que nous avions décrété qu'il le fallait."

On referme ce livre avec une sensation d'horreur, mêlée à une certaine délectation, celle d'avoir lu un grand livre.

D'autres avis chez Cocola et Ys.

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26 avril 2009

Madame Bovary ; Gustave Flaubert

resize_4_Pocket ; 478 pages.
1857.

Flaubert et moi avons une relation très compliquée. Je me suis jetée sur L'éducation sentimentale quand j'étais en terminale, convaincue qu'il allait s'agir du livre de ma vie. J'ai en vain tenté de le terminer durant trois étés, avant de me jurer que je ne relirai jamais Flaubert. Mais j'ai entendu tellement de bien de Madame Bovary, tant sur les blogs que de la part de mes quelques amis livrophiles, que j'ai été convaincue de renouer avec cet auteur. En plus, Une vie de Maupassant est bourré de clins d'oeil à cette oeuvre. J'étais donc à nouveau sûre de faire une merveilleuse rencontre, et je dois avouer que je ne suis pas tout à fait convaincue...

Charles Bovary est un jeune médecin établi en Normandie. Au cours d'un premier mariage, plutôt raté et de courte durée, avec une femme plus âgée, il tombe amoureux de la fille de l'un de ses patients, Emma Rouault. Ils se marient à la mort de la première madame Bovary, mais le bonheur ne vient pas pour Emma. Elle rêve d'avoir la vie des héroïnes des romans qu'elle dévore, et donc de mener une existence luxueuse et d'aimer inconditionnellement un homme admirable.
Parce qu'il pense que sa femme en a besoin pour sa santé, l'ennuyeux et dévoué Charles décide de déménager. Ils vont vivre à Yonville-l'Abbaye, un petit village où les places sont chères. Là-bas, Emma pense parvenir à trouver ce qui lui manque dans des relations extra-conjugales et un train de vie ruineux.

Je suis dans un état un peu particulier après ma lecture de ce livre. Je l'ai trouvé inégal en fait. Des passages m'ont impressionnée quand d'autres ont manqué de me faire mourir d'ennui. J'ai adoré la première et la troisième partie, mais la deuxième m'a souvent pesé. En fait, l'absence totale ou presque de piment dans la vie d'Emma m'a fait beaucoup d'effet.
Pourtant, il s'agit indéniablement d'un livre audacieux. Le personnage d'Emma est universel. On la comprend et la méprise tour à tour. Elle est à la fois la pauvre idiote qui se jette dans les bras de tout ce qui ressemble à l'amour tel qu'elle le conçoit (même l'Eglise, d'une façon très bien tournée de la part de Flaubert), et celle qui agit en refusant de tenir un rôle de potiche. Elle le fait naïvement et de façon irresponsable, mais elle a plusieurs fois l'occasion au cours de sa courte existence de marcher la tête haute (contrairement à bien des hommes du roman). Cela la conduit à de grosses désillusions. Celle qui m'a particulièrement marquée est lorsqu'elle retire définitivement son estime à Charles :

"Emma, en face de lui, le ragardait ; elle ne partageait pas son humiliation, elle en éprouvait une autre : c'était de s'être imaginé qu'un pareil homme puisse valoir quelque chose, comme si vingt fois elle n'avait pas suffisamment aperçu sa médiocrité."

Elle détonne cette madame Bovary, au milieu de tous ces êtres soit ridicules, soit odieux (ce Lheureux !!), soit complètement lâches. Deux autres personnages ont particulièrement attiré mon attention. Homais, tout d'abord. Je croyais au début qu'il était le fameux Rodolphe (j'ai lu Madame Bovary en extrait BD quand j'étais petite)... Son ambition le rend peu sympathique, et il sait se rendre parfaitement ridicule (même si personne n'est à même de s'en apercevoir), mais il est aussi le porte-parole de certaines idées à fort potentiel (qui elles aussi sont vouées à demeurer inconnues).
Léon ensuite, est très intéressant. Il aime la musique allemande, "celle qui porte à rêver", et devient celui qui joue le rôle de la maîtresse dans sa liaison avec Emma. Le roman en lui même est rempli d'une ironie amère, et Léon n'est pas le plus épargné.
J'attendais beaucoup du style de Flaubert en général, et je suis satisfaite, mais pas pour les raisons que j'attendais. Je ne l'ai pas trouvé particulièrement beau (enfin, ça dépend avec qui on compare...), mais j'admets qu'il est très efficace. J'ai ri, j'ai été écoeurée et bouleversée. J'ai adoré la scène des pistolets et l'escapade de Léon et Emma en calèche, je me suis caché les yeux quand Hippolyte se fait opérer, la mort d'Emma est parfaite, et son ennui m'a aussi parfaitement atteinte (désolée, je n'ai pas pu m'en empêcher).

En fait, j'ai vu un texte foisonnant et bourré de qualités se dérouler devant mes yeux, mais je n'ai pour ma part connu que des tentatives de décollage vers l'extase qui n'ont pas réussi à prendre (sauf pour la troisième partie, un peu tard malheureusement pour parler de coup de foudre). C'est horriblement frustrant.

Les avis hystériques de Caro[line], de Fée Bourbonnaise et Nibelheim.
Je suis désolée que tu ne me parles plus Erzébeth...

Posté par lillounette à 20:49 - - Commentaires [31] - Permalien [#]
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