20 janvier 2016

Le complot contre l'Amérique - Philip Roth

51DgC-NjtoLPhilip Roth a sept ans lorsque Charles Lindbergh, héros de l'aviation et antisémite notoire, remporte l'élection présidentielle américaine de 1940, privant ainsi Franklin D. Rossevelt d'un troisième mandat, et les Alliés d'une aide certaine dans leur combat contre l'Allemagne nazie.
Si certains juifs décident de travailler avec l'administration Lindbergh, d'autres, dont la famille Roth, sont effondrés par la nouvelle et redoutent le pire. Car les républicains ont beau jurer qu'ils n'oeuvrent que pour le bien de leur patrie, et qu'ils ne visent aucune communauté en particulier, les comportements antisémites se multiplient sans réaction ferme des autorités. De plus, les relations diplomatiques avec le régime hitlérien ont beau se faire sous couvert de vouloir préserver la paix aux Etats-Unis, elles semblent trop cordiales pour tromper les esprits critiques.

C'est une remarque de Cuné dans un de ses billets qui m'a poussée à enfin ouvrir un roman de Philip Roth, qui me tentait et m'effrayait depuis des années. J'aime l'histoire, les dystopies/uchronies, les romans sur l'enfance, alors celui-ci m'a comblée.
J'ai trouvé l'auteur très habile de mêler ses souvenirs d'enfance à une histoire qui n'a pas existé. Cela donne au récit une authenticité qui trouble le lecteur et lui fait ressentir d'autant plus fortement le drame de l'élection de Lindbergh. J'ignore si les incidents antisémites que vit son petit personnage ont eu lieu, mais j'imagine qu'il s'est servi de sa propre expérience pour relater l'expulsion de la famille Roth d'un hôtel de Washington et surtout les remarques des personnages qu'ils croisent.
Ce qui démarque cette uchronie de beaucoup d'autres (pourtant appréciées dans ces pages) sorties ces dernières années, c'est son actualité et l'engagement clair de son auteur. En lisant ce livre, je n'ai pu que penser à certains événements politiques actuels. L'élection de Lindbergh décomplexe un discours autrefois chuchoté par ses partisans. En France en 2015, grâce à l'intervention de politiques pas forcément d'extrême-droite, il n'est plus surprenant de tenir publiquement et fièrement des propos racistes ou de se vanter de voter pour des idées nauséabondes. Je me suis récemment demandé si la caissière qui me parlait des réfugiés comprendrait que je signale ses propos inadmissibles à sa direction il y a quelques semaines.
Ce que raconte ce livre, c'est aussi la façon dont une famille vit cet événement dramatique. Très peu d'autres personnages interviennent en dehors du cercle familial des Roth, et le théâtre des événements est essentiellement leur petit trois pièces du quartier juif de Newark. Chacun des membres de la famille vit l'élection de Lindbergh et ses conséquences sur sa vie à son échelle. Les parents de Philip sont effondrés, et leur responsabilité d'adulte vis à vis des enfants qu'ils ont à charge est difficile à tenir (faut-il fuir ? résister pour montrer l'exemple, au risque de perdre beaucoup socialement ?), la tante Evelyn y voit un moyen d'élever sa médiocre existence. Pour les plus jeunes, ils ne peuvent que mêler cette crise aux bouleversements qu'ils traversent en raison de leur âge. L'un s'engage dans l'armée canadienne, l'autre collabore en guise de crise d'adolescence. Le petit Philip, lui, ne comprend pas tout, écarquille les yeux, et continue à être un enfant. Quelles que soient les circonstances, un enfant rêve d'aventure, d'ailleurs, et n'ose pas se rendre à la cave sans demander aux morts qui s'y cachent de ne pas l'effrayer.

La maîtrise de Roth s'exprime jusqu'au bout. Ne pas savoir exactement ce qu'il advient de Lindbergh était la meilleure des fins. Après tout, ceci n'était qu'un fantasme, un cauchemar.

Un très beau livre et une belle rencontre avec Philip Roth.

Folio. 557 pages.
Traduit par Josée Kamoun.
2004 pour l'édition originale.

 


20 octobre 2014

Les robots ont-ils une âme ?

esprit-d-hiver,M119310Holly se réveille avec un horrible pressentiment le matin de Noël. Elle a trop dormi, son mari Eric aussi. Alors que ce dernier se précipite à l'aéroport pour y chercher ses parents, elle se retrouve seule avec leur fille, Tatiana. Holly doit donc se préparer à l'arrivée de toute sa belle-famille ainsi que de deux familles d'amis, mais rien ne va.

Esprit d'hiver avait beaucoup fait parler de lui lors de sa sortie l'an dernier. Je savais donc que je devais m'attendre à un rebondissement final frappant, mais il a dépassé toutes mes prévisions et je termine ma lecture nauséeuse (certes, je suis malade aussi).
Il y a beaucoup de choses dans ce livre, un peu trop d'ailleurs, mais les romans de Laura Kasischke ont toujours un côté too much pour moi. D'habitude, c'est la fin qui me dérange le plus, cette fois c'est plus l'accumulation de choses qui sont arrivées à Holly dans sa vie et qui rassemblées semblent avoir une signification qui me gêne. Je ne crois pas au destin, ce qui fait que j'aurais toujours à redire sur les livres de cet auteur. Je sais, je l'aime pourtant assez pour en être à mon troisième livre d'elle, elle me fascine et m'agace à la fois.
Fermons cette parenthèse pour évoquer ce qui est une réussite totale dans ce livre, le huis-clos auquel on assiste, et la tension qui se fait de plus en plus forte au fur et à mesure que l'on se rapproche de l'explication finale. Holly est une mère adoptive et plus généralement une femme angoissée, soucieuse de ce que l'on pense d'elle et désireuse de faire le bonheur de sa fille ramenée de Russie presque quatorze ans plus tôt. En ce jour de Noël, les invités vont se décommander les uns après les autres en raison de la mauvaise météo, laissant Holly en tête à tête avec une adolescente irritée, distante, puis progressivement violente et terrifiante.

Pourquoi Tatiana se change t-elle constamment ? Pourquoi accuse t-elle sa mère de choses complètement absurdes ? Qui est ce M. Inconnu qui harcèle Holly sur son portable ?

Par des allers-retours entre le présent et le passé, on remonte peu à peu le fil de l'histoire. Très habilement, Laura Kasischke nous laisse nous impatienter, capturer les indices qu'elle a semés, devenir presque hystérique à force de nous demander si l'on a trouvé la bonne explication (de la plus logique à la plus irrationnelle) à toute cette tension avant de nous asséner un coup de massue dans les dernières lignes.

Un roman sur la maternité très réussi et glaçant.

Les avis de Titine et d'Emma.

Esprit d'hiver. Laura Kasischke.
Christian Bourgeois.
283 pages. 2013

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11 août 2014

Du côté de chez Swann - Marcel Proust

9782253059097-TDevenu adulte, notre narrateur nous raconte ses vacances d'autrefois chez ses grands-parents, à Combray. Il nous confie ses peurs d'enfant, son amour pour sa mère, le bonheur des promenades, la vie avec ses grandes-tantes, la servante Françoise et le fameux Charles Swann au nom si doux.

Je pensais que le jour où je viendrais enfin vous parler de ma découverte de Marcel Proust, la fierté d'avoir accompli un immense exploit serait la plus forte, mais je suis en fait éblouie.
Lire ce livre nécessite assurément d'être disponible, car chaque phrase se savoure. Mais ce n'est ni lent, ni ennuyeux, ni triste. Au bout d'une cinquantaine de pages, j'ai réalisé que cet auteur allait rejoindre la liste des auteurs qui me touchent le plus. Lire Proust, c'est vraiment regarder dans un miroir. Il capte les émotions et les décrit comme personne, à tel point qu'on a l'impression que c'est de nous en particulier dont il est question.
En lisant ces longues phrases et en percevant cette obsession pour le temps et les émotions, on ne peut que penser à Virginia Woolf, même si cette dernière peint quand Proust exprime (je suis encore super claire...). En d'autres termes de pour le dire de façon grossière, là où Woolf utilise les éléments qui l'entourent pour décrire les tourments intérieurs, Proust est beaucoup moins abstrait. J'étais surtout curieuse de connaître notre Marcel national pour le comparer à la romancière anglaise, et finalement je les sens à la fois proches et très différents l'un de l'autre.

La construction du livre en lui-même est aussi habile que surprenante. La première partie, Combray, restitue les souvenirs d'enfance du narrateur. C'est sublime, drôle, plein d'anecdotes qui nous rappellent notre propre enfance. La seconde partie, Un amour de Swann, contient le récit de la relation entre Swann et Odette de Crécy. On se croirait presque dans un roman de Zola ou de Balzac lorsqu'on assiste aux réceptions chez les horribles Verdurin et que l'on voit Odette mener Swann par le bout du nez. Enfin, Noms de pays : le nom clôture le livre en une quarantaine de pages. Cette fois, notre narrateur redevient le personnage principal. Il semble avoir grandit depuis Combray, et tombe sous le charme de Gilberte Swann.
A première vue, les trois parties ne semblent pas interdépendantes. Je me souviens qu'il y a quelques années les élèves de classes préparatoires scientifiques devaient d'ailleurs lire la deuxième partie uniquement. En effet, l'époque n'est pas la même, les personnages sont différents. Pourtant, Swann est au moins un fantôme dans chacun des textes. Sa position, ses fréquentations que l'on nous présente dans la seconde partie, il en est question dès le début, lorsque la grande-tante du narrateur évoque son horreur des gens qui se lient à des personnes appartenant à une classe sociale distincte de la leur. Et l'on comprend tout à la fin que malgré la savoureuse dernière phrase de la seconde partie, Swann n'est pas parvenu à se tirer d'embarras. En fait, quand on tourne la dernière page, on n'a pas l'impression d'avoir lu trois livres, mais plutôt d'en avoir raté un gros morceau (d'où les six autres livres je pense).

Si je peux maintenant affirmer que Proust a beaucoup d'humour, il y a tout autant de nostalgie dans ce livre. A la fin bien sûr, lorsque le narrateur réalise que l'époque a changé, que les tenues de Mme Swann n'existeront plus jamais. Mais aussi dans la première partie, à chaque fois qu'un élément rappelle au narrateur son enfance, que ce soit par le biais de la fameuse madeleine ou d'autre chose :

" ce parfum d'aubépine qui butine le long de la haie où les églantiers le remplaceront bientôt, un bruit de pas sans écho sur le gravier d'une allée, une bulle formée contre une plante aquatique par l'eau de la rivière et qui crève aussitôt, mon exaltation les a portés et a réussi à leur faire traverser tant d’années successives, tandis qu’alentour les chemins se sont effacés et que sont morts ceux qui les foulèrent et le souvenir de ceux qui les foulèrent. "

Après tout, quand il est question de "temps perdu", c'est assez normal d'être partagé entre le bonheur de ses souvenirs d'enfant et la tristesse d'avoir grandi.

Comme toujours lorsque j'évoque un livre de cette ampleur, je trouve mon billet minable tout en ayant besoin d'en garder une trace sur mon blog.
Alors pour fait un résumé très court, Du côté de chez Swann, c'est très très bien.

Les billets éclairés de Romanza et Titine.

Le livre de poche. 478 pages.
1913.

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30 mars 2014

"Et lorsque tout s'écroula, il ne sut que tirer, car il n'avait rien appris d'autre."

14La guerre est terminée, et les soldats rentrent chez eux. Ernst est l'un d'eux. Il a passé des années dans les tranchées, et retourne dans sa ville, retrouve ses parents et les bancs de l'école pour devenir instituteur. Mais reprendre le cours de sa vie est impossible quand on attend de lui qu'il soit un tout jeune homme, encore presque un enfant, alors qu'il est allé plus loin que tous ces gens restés à l'arrière.

Après est une véritable suite à A l'ouest, rien de nouveau. On y avait laissé nos jeunes soldats trop vite précipités dans l'âge adulte, désemparés devant l'inutilité de cette guerre et prêts à poser des questions.
Lorsque le livre débute, la rumeur court que cette fois, c'est la bonne, la paix va être signée. Les soldats ont du mal à le croire, surtout lorsqu'on les envoie au charbon une dernière fois pour la forme, et qu'on en voit mourir encore plus inutilement que les autres.
Finalement, le signal est donné, ils peuvent prendre la route du retour. Tout est confus, ils ne réalisent pas encore qu'ils circulent sans risque pour la première fois depuis des années. Le choc est tel qu'il n'est pas question d'être euphorique, les soldats restent bien regroupés, un peu comme s'ils craignaient la suite. 

Ce que montre Erich Maria Remarque dans ce livre, c'est l'impossible compréhension entre ceux qui ont fait la guerre et ceux qui n'y sont pas allés. Les anciens combattants semblent presque gêner la société allemande, leur présence empêchant d'oublier qu'une guerre est passée par là. On leur jette quelques vêtements pour les remercier, puis on les laisse se débrouiller ou crever de faim. Ernst et ses camarades sont plutôt débrouillards et leur condition physique n'est pas trop ébranlée, mais la procession des anciens combattants décrite à la fin du livre, qui fait défiler les mutilés de guerre comme d'inombrables morts-vivants, insiste sur le désintérêt dont les anciens soldats ont été victimes. Même parmi ses proches, Ernst se sent étranger. Ses parents ne comprennent pas qu'il quitte son travail d'instituteur. Pour eux aussi la guerre a été synonyme de privations et ils ne comprennent pas qu'elle a pris bien plus à leur fils.

Au début, en dehors des excès de rage des uns et des autres, nos jeunes anciens soldats ne s'en sortent pas trop mal. Ils sont ensemble, magouillent pour trouver de la nourriture, règlent leurs comptes et se soutiennent. Jusqu'au jour où ils réalisent qu'ils ne portent plus l'uniforme et que les simples cordonniers sont redevenus simples cordonniers quand les plus aisés ont retrouvé leur statut social. Ce n'est qu'un détail, mais cela montre à quel point ils sont seuls, et plusieurs d'entre eux ne trouvent qu'une seule façon d'y remédier. 

"Ah ! au front, c'était plus simple. Là-bas, il suffisait d'être vivant pour que tout aille bien !"

On pourrait s'attendre à les voir hurler, comme ils se l'était promis, pourtant ce n'est pas le cas. Il faut attendre que l'un des soldats soit jugé pour meurtre pour qu'enfin l'un de ces soldats mette la société en accusation. Parce qu'ils sont vidés, littéralement, et parce qu'ils savent à quel point le gouffre qui les sépare du monde des vivants est profond, rendant le dialogue impossible.

Ce que l'on ressent tout de suite en ouvrant Après, c'est qu'il s'agit d'un livre écrit avec les tripes, plein d'amertume et de lassitude malgré la franche camaraderie qui règne entre nos survivants. C'est toujours très bien écrit, mais il est difficile de ne pas en sortir écoeuré.

L'avis d'Aaliz.
Merci à Lise pour le livre.

Folio. 397 pages.
Traduit par Raoul Maillard et Christian Sauerwein.
1931 pour l'édition originale.

20 mai 2013

L'étrange vie de Nobody Owens -Neil Gaiman

l-etrange-vie-de-nobody-owens_2625831-LUne nuit, un bébé d'un an et demi s'éclipse de chez lui. Il fait bien, car sa famille est en train de se faire massacrer par le Jack. L'enfant atterrit dans un cimetière où les habitants décident de le garder et de le protéger. Mr et Mrs Owens deviennent officiellement ses parents, et comme il n'a pas de nom, on décide de l'appeler Nobody, Bod pour les intimes.
Bod grandit donc dans ce cimetière peuplé de fantômes de tous les âges mais qui ne vieillissent jamais, ainsi que d'un monstre caché au centre de la colline. Il devient aussi l'ami imaginaire de Scarlett Amber Perkins, une petite fille bien vivante.
Hors des grilles du cimetière cependant, le Jack continue à le rechercher.

J'ai ouvert ce livre sans grande conviction. Neil Gaiman et moi, nous avons une relation compliquée. Je n'ai pas terminé Stardust et je n'aime pas son travail dans Doctor Who (même s'il n'est pas le seul à blâmer pour mon désintérêt concernant cette série).
Cependant, sans être mon coup de coeur de l'année, ce roman m'a énormément plu et touchée. Il s'agit d'une histoire simple, mais qui contient énormément de choses traitées de façon originale.
Tout d'abord, Neil Gaiman crée un monde imaginaire dans lequel on se sent tour à tour bien et apeuré. Silas, le protecteur de Nob, est un personnage aussi mystérieux que séduisant et réconfortant. Nob semble complètement à l'abri du monde extérieur dans ce cimetière où chacun veille sur lui, même ceux qui prennent les airs les plus terrifiants.
D'un autre côté, les goules essaient de détourner le petit garçon de sa vie, et ses premières expériences à l'extérieur du cimetière pourraient bien le laisser amer et craintif.
Car ce livre est surtout l'histoire d'un enfant qui devient adulte. Ses contacts avec le monde lui apportent ses premières épreuves, mais aussi ses premières aventures avec la vie. Neil Gaiman aurait pu finir sur une note complètement positive et pleine d'espoir, j'ai apprécié le fait que Scarlett ne soit pas aussi prévisible dans ses réactions.

Au final, un joli roman d'apprentissage façon fantastique qui me réconcilie avec un auteur que j'enrageais d'être la seule à ne pas apprécier.

D'autres avis chez Lou et Cachou.

Albin Michel. 310 pages.
Traduit par Valérie Le Plouhinec.
2008 pour l'édition originale.

 

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26 août 2012

Shot in the heart

9782757823538"J'ai une histoire à raconter. C'est une histoire de meurtres : des meurtres de la chair et de l'esprit, des meurtres nés de la douleur, de la haine, du châtiment. C'est l'histoire de la genèse de ces meurtres, de la manière dont ils ont pris forme et déteint sur nos actes, dont ils ont transformé nos vie, dont ils ont imprégné le monde et l'histoire autour de nous."

Le 17 janvier 1977, Gary Gilmore est fusillé en Utah. Il est le premier détenu à être exécuté après le rétablissement de la peine de mort aux Etats-Unis, mais sa célébrité vient surtout du fait que c'est lui même qui a insisté pour que la sentence soit appliquée.
Dans cet Etat où les mormons sont très présents, il a commis deux meurtres de sang-froid après avoir passé plus de la moitié de sa vie en prison.

De cet événement, Norman Mailer tira Le Chant du bourreau, écrit à partir d'entretiens avec Gary et sa mère. Un autre membre de la famille préféra conserver sa voix, Mikal Gilmore, le petit frère de Gary, qui donne sa version des faits dans ce livre témoignage. Un long silence se lit comme un roman policier dont on connaît l'issue, puisque l'auteur part du jour où l'on a "déchiré le coeur de son frère" pour retracer l'histoire de sa famille à partir d'interviews, de rapports et de ses propres souvenirs.
Tout commence au XIXème siècle, lorsque les mormons arrivent en Utah. Ils fondent Salt Lake City sous la conduite de leur chef, Brigham Young. Nous en apprenons sur l'histoire de cette communauté et sur ses pratiques, qui expliquent pourquoi des décennies plus tard, Gary choisira le peloton d'exécution comme moyen de mise à mort. En effet, ainsi que nous l'explique l'auteur, les mormons considèrent que verser le sang d'un homme coupable est un moyen d'expiation pour ses actes. Or, par leur mère Bessie, les quatres fils Gilmore, Frank Jr, Gary, Gaylen et Mikal, sont mormons. Bessie est née et a grandit en Utah, entourée de ses parents et de nombreux frères et soeurs.
Un jour, elle fuit sa famille pour épouser un certain Frank Gilmore. Il est plus âgé qu'elle, et ce n'est que plus tard qu'elle apprend qu'il a déjà eu un certain nombre de femmes et d'enfants. Pourtant, cette fois, Frank reviendra toujours vers sa nouvelle famille. Il devient vite clair qu'il vit d'escroqueries, ce qui le force, avec sa femme puis leurs enfants, à fuir continuellement. C'est un homme très dur, alcoolique, cruel et violent. Frank Jr et Gary, les deux aînés, subissent particulièrement les coups de leur père. Mikal, le dernier de la famille et l'auteur de ce livre, ne naît que lorsque la famille est enfin sur le point de se poser. C'est déjà trop tard pour Gary, qui se lance dans l'enfer de la délinquance, et qui n'en sortira plus jusqu'à son exécution. 
Mikal Gilmore nous livre le récit de l'enfance de sa mère, du passé secret de son père, de l'éducation de ses frères. Il est clair qu'il cherche à saisir le moment, les raisons qui ont conduit son frère à être le symbole du rétablissement de la peine de mort aux Etats-Unis. Pour autant, j'ai trouvé l'auteur assez mesuré. Il a beau chercher des excuses à son frère Gary, il met en avant le fait que Frank Jr, qui a pourtant vécu la même enfance, n'est pas devenu un assassin pour autant.

Si je devais donner un titre à ce livre, ce serait celui-là : Expiation. Expiation pour les parents Gilmore d'abord, qui ont fait vivre leurs quatre garçons dans un univers de terreur, de violences, de non-dits.

"Frank Gilmore et Bessie Brown étaient deux être pitoyables et misérables. Je les aime, mais je dois dire ceci : c'est une tragédie qu'ils aient eu des enfants."

Expiation pour les deux frères décédés ensuite, Gaylen l'assassiné, et Gary l'assassin. Et enfin expiation pour les deux frères survivants, Frank Jr et Mikal, qui ont dû vivre en étant les frères de celui qui a rétablit la peine de mort aux Etats-Unis.
Certes, Gary Gilmore est le point central de cette histoire, mais il reste très insaississable, et sert aussi de prétexte à l'auteur pour se défaire de cette culpabilité qui le hante au point parfois de souhaiter ne jamais avoir existé.

"Ça n'ira jamais. Jamais. Ça n'ira jamais."

Un très beau livre.

Un Long silence. Shot in the heart (VO)
Points. 610 pages.
Traduit par Fabrice Pointeau.
1994 pour l'édition originale.

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11 juillet 2012

Un bonbon anglais

9782290035467"A l'heure de sa vieillesse, Flora aurait beau oublier constamment le nom des gens, les évènements qui s'étaient produits une semaine plus tôt, les titres des livres, le côté éphémère de la vie, elle se rappellerait toujours aussi bien le quai de Dinard où, plantée sous la pluie battante, elle regardait les vedettes s'éloigner."

L'été dernier, j'ai passé un moment délicieux avec La Pelouse de camomille de cet auteur anglais qui a commencé à écrire à soixante-dix ans. Alors pour une fois, quand j'ai acheté ce livre, je l'ai immédiatement entamé, et le charme a de nouveau opéré.

Nous sommes en 1926 à Dinard, où de nombreuses familles anglaises viennent passer leurs vacances. Flora Trevelyan a dix ans, et elle promène les chiens des uns et des autres, vaguement surveillée par une gouvernante, jusqu'au jour où elle rencontre Cosmo, Hubert, Félix, Mabs, Tashie et Joyce. Bien que plus âgés, les adolescents sont séduits par les grands yeux de Flora et choqués par le comportement de ses parents. Obsédés l'un par l'autre, ces derniers ne voient en elle qu'une gêne, et s'en occupent le moins possible. Peu importe, Flora passera les meilleures vacances de sa vie, avant d'être envoyée pendant des années dans une pension où elle reste 1er janvier au 31 décembre, ses parents étant repartis en Inde où Denys Trevelyan travaille.
Elle retrouvera finalement ses amis des années plus tard, après avoir souvent rêvé des bras de Cosmo, Hubert et Félix.

Bon, pour être tout à fait honnête, je pense que La Pelouse de camomille est un livre largement supérieur à celui-ci, mais ça n'empêche pas de passer un bon moment.
Au niveau des thématiques abordées, Mary Wesley continue à créer des personnages féminins forts, qui se libérent des chaînes de leur condition en essayant d'exister autrement qu'à travers le mariage et la maternité. Flora est une enfant qui n'a pas été désirée, et que les gens se sont amusés à enfermer pendant des années loin des quelques personnes qui se soucient d'elle, à déguiser comme une poupée, ou à se refiler sans se soucier une seconde de son bien être. Elle saura en tirer le meilleur parti pour sa vie d'adulte.
L'auteur gratte aussi avec une impertinence rare le vernis autour des braves gens, appelant un chat un chat et se moquant des petits secrets des uns et des autres. Les parents de Flora sont probablement les pires parents de la terre, et les mensonges sur lesquels ce mariage d'amour repose finissent par être délicieux tellement on en vient à les détester.
Malgré cette ironie mordante présente tout au long du livre, on ressent une certaine nostalgie à sa lecture, qui s'explique sans doute par l'âge de son auteur. Une nouvelle fois, la jeunesse des personnages passe vite, et le prix de la liberté est fait de désillusions et de sacrifices. Les rêves d'une enfant de dix ans sont souvent décevants lorsqu'ils finissent par s'accomplir.

"Tandis qu'elle défaisait le lit de ses employeurs, elle se prit à regretter d'avoir revu Félix ; il l'avait dépouillée d'un rêve qui, bien que fâné, lui avait été doux."

 Theoma a aussi été conquise.

J'ai Lu. 539 pages.
Traduit par Michèle Albaret.
1990 pour l'édition originale.

 

09 juin 2012

L'affaire Jennifer Jones - Anne Cassidy

affaire_jennifer_jonesAttention, je crois que je me suis un peu trop lâchée sur l'histoire ! Si vous détestez les spoilers, ne lisez pas mon billet !

Alice Tully, jeune anglaise de dix-sept ans, est arrivée il y a six mois dans son nouveau chez elle, qu'elle partage avec Rosie. Elle a un travail de serveuse, un petit-ami, et elle s'apprête à entrer à l'université. Pourtant, depuis quelques jours, elle collectionne les coupures de presse évoquant la remise en liberté de Jennifer Jones, condamnée à l'âge de dix ans à six années de prison pour le meurtre de sa meilleure amie.

Evidemment, on comprend dès les premières pages qu'Alice Tully et Jennifer Jones ne sont qu'une seule et même personne. La tension monte alors jusqu'à la fin du livre, qui se dévore d'une traite.
Avec des allers-retours dans le temps, Anne Cassidy nous fait plonger dans la peau de cette adolescente qui a commis l'irréparable. Ce livre pose ainsi la question de la cruauté de l'enfance, de la responsabilité des enfants alors qu'ils sont à un âge où on refuse de penser qu'ils ont quelque chose à voir avec la mort ou la souffrance.
Anne Cassidy s'interroge aussi sur la façon dont un enfant devient un meurtrier. Le devient-on vraiment d'ailleurs ou naît-on ainsi ? Lorsqu'on découvre Jennifer Jones âgée de six à dix ans, on trouve un contexte familial instable. Après le meurtre, l'attitude de Carole Jones, la mère, est encore plus pitoyable.
Jennifer n'a jamais eu d'amis quand elle rencontre Lucy et Michelle. Avec elles, elle découvre le plaisir d'avoir des gens avec qui passer du temps, se confier, mais aussi les souffrances de l'amitié. Ce qui se passe, bien qu'horrible, semble banal et logique, et c'est sans doute le plus terrifiant. Ces comportements d'enfants, ces vexations, on les a tous connus.

"Le silence s'installa. Hésitante, Jennifer resta sans bouger. Puis, ravalant ses larmes, elle parcourut du regard les arbres, l'eau et les rochers. C'est à ce moment-là qu'elle vit un chat sortir furtivement des buissons. Il resta un instant près de la boîte en fer vide. Un chat sauvage. Ses os saillaient à travers son mince pelage, comme un squelette, sous la lumière du soleil. Il leva une patte et se mit à la lécher avec délectation.
Il était témoin. Il avait tout vu."

Nous n'aurons pas plus de réponses concernant le meurtre et l'on fait complètement l'impasse sur les années qui suivent.
Bien entendu, dans le présent, le lecteur ne peut que prendre le parti d'Alice/Jennifer, et s'allier avec Jill et Rosie pour la protéger. La jeune fille a été cachée de tous, on lui a offert une nouvelle identité, pour qu'il n'y ait pas deux vies complètement gâchées. Pourtant, l'image de Michelle la hante. Tout au long du livre, elle refuse le bonheur, et culpabilise quand il vient. Le pardon est un autre thème du roman. Celui des autres est  évoqué par le biais de la chasse à l'homme entreprise par les journalistes. Cela laisse entendre qu'il ne faut pas compter dessus, l'Angleterre n'étant vraiment pas un modèle dans ce domaine. Quant à celui que Jennifer peut (ou pas) s'accorder à elle-même, il hante sa nouvelle vie.

J'ai apprécié que les choses ne soient pas simplistes, ni trop faciles ni trop dures, que le livre soulève autant de questions sans donner une réponse précise. 

Décidément, cette collection Macadam est d'excellente qualité*. Elle nous offre des textes traitant de sujets difficiles et souvent très abordés en littérature qui sortent du lot. Je n'en ai pas beaucoup parlé dans mon billet, mais ce roman bénéficie d'une construction complexe et d'un style qui font largement de ce roman un très bon livre.

Cette lecture a été un véritable coup de coeur pour moi.

Manu et Ys ont aussi adoré.

*Promis, je n'ai pas d'actions chez eux !

Milan. 312 pages.
Traduit par Nathalie M.-C. Laverroux.
2004.

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22 avril 2012

Nous étions les Mulvaney - Joyce Carol Oates

1168537_gfJ'ai découvert Joyce Carol Oates l'été dernier par le biais de deux textes très courts qui m'ont beaucoup marquée. Dans ma bibliothèque se trouvait aussi un pavé racontant l'histoire d'une famille américaine vivant dans l'Etat de New York, les Mulvaney.

C'est Judd, le cadet de la famille, qui nous raconte rétrospectivement l'histoire de ses parents, Corinne et Michael, de ses deux frères, Michael Jr et Patrick, de sa soeur, Marianne, et de leurs innombrables bestioles. La famille est d'abord heureuse et prospère, à High Point Farm, une "maison de rêves", et la population de Mont Ephraïm respecte les Mulvaneys, au point de les admettre (même si c'est en grinçant des dents) dans des cercles très sélectifs. Tout change le 14 février 1976, lorsque Marianne est violée après le bal de la Saint-Valentin.

Dans ce roman, Joyce Carol Oates dresse un portrait très dur de l'humanité en général, et de la société américaine en particulier. Comme dans Viol, une histoire d'amour, elle fait enrager le lecteur, lorsque Marianne, la victime, est incapable de témoigner. "J'avais bu. C'est si difficile de se rappeler. Je ne peux pas le jurer. Je ne suis pas sûre. Je ne peux pas porter de faux témoignage." Comme chacun le sait, une fille violée est une fille qui regrette, qui l'a cherché... Le coupable peut compter sur l'argent de papa, l'hypocrisie de maman, le sexisme et le puritanisme ambiant pour ne pas être ennuyé. Dans ce contexte, il faut un coupable, et pour les parents Mulvaney, ce sera la victime elle-même qui servira de défouloir à leur impuissance à la protéger, aussi absurde et injuste que cela puisse être.

 "Je croyais que papa et maman n'étaient que des 'victimes'. Pourquoi leur reprocher de traiter Marianne comme de la merde, s'ils ne sont que... quoi, déjà ?... des grenouilles sucées par des araignées d'eau jusqu'à ce que mort s'ensuive ?
- Pour la même raison qui fait que papa en veut à Marianne. Tu sens juste viscéralement que tu n'as pas envie de voir une certaine personne."

Nous assistons alors à l'explosion de cette famille si unie qui connaissait tous les codes du bonheur jusque là. Les Mulvaney trouvent refuge dans la religion, la boisson, le travail, contribuant ainsi à la destruction de tout ce qu'ils avaient bâti. A partir du viol, on ne fait plus que feindre le bonheur. Marianne et Corinne, qui essaient de garder la tête hors de l'eau, se répètent sans cesse que tout va bien, que tout va rentrer dans l'ordre très bientôt, et elles prient tant qu'elles peuvent.

"Il y avait d'excellentes raisons qui poussaient des gens comme sa soeur - et sa mère, et la mère de sa mère - la majeure partie de l'humanité, en fait - à croire ce qu'ils croyaient contre la raison même : ils croyaient parce que, comme des enfants, ils avaient peur du noir. Prenaient à tort la lumière d'une Vérité inhumaine et implacable pour la simple obscurité."

Personne d'autre n'est dupe. Les portes claquent au nez des Mulvaney, le père est furieux contre la terre entière, les frères furieux contre leur père, et pendant ce temps les coupables continuent à vivre.
Ce qui fait aussi la réussite de cette saga familiale est l'originalité de sa construction, qui la différencie d'autres romans du même genre que j'ai pu lire. Joyce Carol Oates décortique en effet chacun des détails qui font que les Mulvaney sont une famille unie, heureuse, puis une famille qui vole en éclat. Elle parle des codes connus seulement des membres de la famille, elle s'attache à suivre chacun des Mulvaney, et montre comment il réagit au viol de Marianne. Et puis, il y a toujours ce style percutant, qui prend le lecteur à la gorge et ne le laisse pas souffler un seul instant.

J'ai lu ce livre en deux jours. J'avais besoin d'y retourner dès que je le posais, de façon un peu malsaine (ce n'est pas vraiment une lecture agréable). Un très bon moment de lecture.

Ce livre a été très lu sur la blogosphère. D'autres avis chez Papillon, Manu, Perrine, Céline, Stéphie, Dominique, Titine, Romanza et sûrement beaucoup d'autres.    

1996 pour la version originale.
Traduit par Claude Seban. 699 pages.

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25 mars 2012

De beaux lendemains - Russell Banks

beauxDans une petite ville isolée de l'Etat de New York, alors qu'il neige, le bus scolaire conduit par Dolorès Driscoll quitte brutalement la route. Quatorze enfants sont tués, d'autres sont gravement blessés. Jusque là, Sam Dent était une bourgade plutôt calme. Elle va devoir faire le deuil de ce qui s'est passé en se regardant pour la première fois dans le miroir.

De beaux lendemains est un roman à quatre voix. Dolorès Driscoll d'abord, la conductrice du bus, livre son témoignage sur l'accident. Elle est physiquement indemne mais brisée, et pourrait faire une coupable idéale. C'est elle qui conduisait, et certains parents tentent de surmonter leur chagrin en déclarant que cet accident était prévisible, qu'ils l'avaient vu venir, et que Dolorès n'aurait pas dû être au volant du bus. Cependant, elle a un mari infirme et aucun argent, aussi la colère des gens cherche à se reporter sur quelqu'un d'autre. Mitchell Stephens, un avocat new-yorkais en colère lui aussi a trouvé d'autres personnes à blâmer. Répétant qu'il n'y a pas d'accidents, il tente de convaincre les familles des victimes de s'en prendre à la ville, à l'Etat, et de les faire payer pour ce qui s'est passé. Son combat est sincère, mais il cherche aussi à se perdre dans cette affaire pour oublier qu'il est lui-même un père blessé.
Billy Ansel est une épave. Veuf depuis quelques années d'une épouse qu'il adorait rencontrée au lycée de Sam Dent, il n'avait plus que ses enfants, des jumeaux, qui ont péri dans l'accident sous le regard de leur père, qui suivait le bus dans son véhicule.
Enfin, Nicole Burnell avait tout pour être la prochaine Miss America, et quitter la misère de Sam Dent. L'accident lui a pris ses jambes, mais elle se servira de ce drame pour obtenir autre chose que ce que l'on attendait d'elle.

Ce livre évoque le deuil évidemment. Celui d'un avant, celui d'un enfant, celui de ce qu'on aurait dû devenir à travers lui. Je m'attendais à des étincelles lorsque j'ai ouvert ce livre, j'y ai trouvé des gens complexes, vrais, et qui ne réagissent donc pas de la même façon au drame qui les touche. En fait, les étincelles sont bien présentes, mais elles sont discrètes, et ne déclenchent pas ce à quoi on s'attend. L'accident n'est pas un début, c'est un événement dans la vie de gens qui existaient déjà avant. Ce qu'il provoque ne découle donc pas seulement de ce bus qui a dévié de sa trajectoire. Ce qui était caché, nié, devient insupportable. Les rapports de force s'inversent. J'ai été très touchée par Nicole en particulier. Cette jeune fille était peut-être une pimbêche avant l'accident (reine de beauté, très populaire, un vrai cliché), mais nous ne le sauront jamais. En revanche, on découvre une enfant blessée mais suffisamment intelligente pour utiliser ce qui lui est arrivé pour prendre sa revanche.

"Moi je le regardais, par contre. Je regardais au-dedans de lui. J'avais changé depuis l'accident, pas seulement dans mon corps, et il le savait. Son secret m'appartenait désormais ; il était à moi. Avant, c'était comme si je l'avais partagé avec lui, mais ça c'était fini."

Ce qu'elle fait est égoïste, et pourtant elle sauve Sam Dent d'une certaine manière. J'ai été choquée de voir ces avocats tourner autour des victimes, j'ai eu envie de hurler aux parents d'écouter Billy Ansel, l'ancien héros du Vietnam devenu l'ivrogne du village. Dans tout ce carnage, ce sont finalement les trois personnes les plus marginalisées, Billy, Abbott et Nicole, qui gardent les pieds sur terre, et refusent d'adhérer au besoin de trouver absolument un coupable.

"Cette ville entière est devenue complètement cinglée."

Un livre dans lequel j'ai eu du mal à me plonger, qui m'a demandé de gros efforts de concentration, mais qui en dit beaucoup sur l'âme humaine. Russell Banks est un auteur que je voulais découvrir depuis des années, je ne regrette pas d'avoir enfin pris le temps de le faire.

Sylvie a été moins conquise que moi. Dédale a en revanche beaucoup aimé sur Biblioblog.

1991.
Actes Sud. Traduit par Christine Le Boeuf.

252 p.


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