01 juin 2018

Le Monde infernal de Branwell Brontë - Daphné du Maurier

branwellDe nombreuses légendes existent au sujet des membres de la famille Brontë. Comment ces trois soeurs, filles de pasteur et vivant isolées du monde ont-elles pu écrire certains des romans anglais les plus célèbres ? Leur unique frère, Branwell, était-il aussi doué, violent et fou qu'on l'a dit ?

Le monde infernal du titre, bien qu'il semble jouer sur la légende noire de Branwell Brontë, fait en réalité référence aux histoires écrites par les enfants de la fratrie. En effet, dès leur plus jeune âge, Charlotte et Branwell, alors inséparables, écrivent leurs chroniques angrianes. Emily et Anne participeront également à cette entreprise. Selon Daphné du Maurier, ces écrits de jeunesse sont la source de l'esprit créatif des Brontë. J'ai eu l'occasion de lire quelques extraits de ce monde inventé par Branwell et ses soeurs il y a quelques années. Si elles ne sont pas, loin s'en faut, au niveau des romans qui ont rendu la famille célèbre, ces juvenilia ont visiblement eu une influence énorme sur leurs auteurs, Branwell Brontë en tête.
Petit, roux et myope, le seul fils Brontë, très complexé, a selon Daphné du Maurier utilisé son monde infernal pour se créer un alter ego qui est son parfait contraire : grand et fort, aussi séduisant que séducteur.

Bien qu'il n'ait jamais bénéficié d'une instruction en dehors de chez lui (Du Maurier soupçonne que l'attitude protectrice de son père s'explique par le fait que Branwell était probablement épileptique), la famille Brontë est persuadée que le jeune homme est promis à un avenir brillant. Cependant, ses écrits ne trouveront jamais le moindre éditeur, et les extraits de ses poèmes fournis par Daphné du Maurier deviennent de plus en plus éprouvants à lire, aussi répétitifs et indigestes que morbides. 
On connaît aussi quelques portraits réalisés par Branwell Brontë, mais après un refus d'admission à la Royal Academy et une très courte et peu florissante carrière de portraitiste, il semble abandonner ses ambitions.
Ses tentatives d'exercer en tant qu'employé des chemins de fer ou de précepteur seront également des échecs.

Autorportrait de Branwell Brontë

En parallèle, Charlotte et Emily se rendent à Bruxelles. Anne est préceptrice pour les Robinson. Si Daphné du Maurier n'est pas certaine que l'on puisse établir des liens systématiques entre leurs oeuvres et les rencontres qu'elles font ou l'état de leur frère, elle pense que cette ouverture sur le monde et la confrontation de leurs textes avec des professeurs a permis aux soeurs Brontë de dépasser le stade des écrits de leur enfance, chance dont Branwell ne bénéficiera pas. Plus leur frère sombre et plus elles agissent discrètement pour se faire publier. Après un premier recueil de poèmes qui ne trouvera que deux acheteurs et de nombreux refus d'éditeurs, Jane Eyre est publié en un temps record et rencontre un véritable succès.

"Combien l'enfant Branwell se serait réjoui des succès de sa soeur... Mais l'homme, non. A l'homme, il fallait tout dissimuler. Il ne pouvait les partager."

De son côté, plus l'on avance dans le temps, et plus Branwell se réfugie dans son monde imaginaire et semble accumuler les mensonges. Ainsi, s'est-il réellement pris de passion pour Mrs Robinson ou a-t-il inventé cet amour pour se valoriser auprès de sa famille, de ses amis et (surtout) de lui-même ? A-t-il écrit le début des Hauts de Hurlevent ? Il semblerait qu'Alexander Percy, son héros de fiction, ne suffisait plus dans les dernières années de sa vie, alors que plus personne excepté lui n'espérait le voir devenir quelqu'un.
Au presbytère où tous les enfants Brontë sont rentrés, rien ne va plus. Alors que sa biographe insistait sur l'affection et la complicité qui unissait dans sa jeunesse Branwell et sa famille, les lettres de Charlotte à une amie montre l'exaspération qu'il provoque avec ses crises et ses excès d'alcool. On le traite toujours avec affection, mais comme un enfant qui se comporterait mal. Il dort dans la chambre de son père, et personne ne songe qu'il puisse souffrir d'une maladie réelle avant qu'il ne soit trop tard.
On connaît la suite, les quatres membres de la fratrie passés à la postérité meurent très jeunes, même si Charlotte aura le temps de publier quatre romans.

Une biographie adoptant un angle de vue original, très agréable à lire et bien documentée (même si les sources existantes sont peu nombreuses). J'ai envie de me replonger dans les oeuvres des soeurs Brontë.

Un autre avis ici.

Je remercie les Editions de la Table Ronde pour ce livre.

Petit Quai Voltaire. 344 pages.
Traduit par Jane Fillion.
1960 pour l'édition originale.

 

moisanglais

 


24 février 2009

Le Général du Roi ; Daphné du Maurier

25183_0_1_Le Livre de Poche ; 435 pages.
Traduction de Henri Thies.
V.O. : The King's General. 1947.

Il y a deux ans, j'étais bien partie pour dévorer l'oeuvre entière de Daphné du Maurier. Mais je suis tombée sur La crique du Français, qui m'a profondément ennuyée (pour ce que j'en ai lu), et je suis passé à autre chose. C'est Vera qui m'a donné l'envie de renouer avec celle qui m'avait tant touchée dans Rebecca et surtout L'auberge de la Jamaïque. Ceci d'autant plus que  pas mal de titres de Daphné du Maurier figurent dans ma PAL, et que contrairement aux apparences, je projette de lire ces livres un jour...

Cornouailles, XVIIe siècle. Honor Harris est encore une jeune fille vivant sous les Stuarts lorsque, le jour de ses dix-huit ans, elle rencontre Richard Grenville, officier du roi, âgé de dix ans de plus qu'elle et dont le caractère est celui d'un homme impitoyable. Ils tombent amoureux, se fiancent, et tout semble prêt pour faire un roman historique comme il y en avait certainement des centaines à l'époque de du Maurier, et comme il y en a toujours des centaines aujourd'hui. Nous sommes dans une province reculée, leur cause est perdue d'avance, les deux amoureux ont des caractères opposés, il y a comme d'habitude une vilaine au nom douteux (Gartred) qui séduit tous les hommes, et l'héroïne est diminuée aux yeux de tous sauf aux yeux de son amant.  Cependant, Daphné du Maurier, que je n'ai jamais vu raconter des histoires à l'eau de rose, annonce très vite la couleur en indiquant au lecteur qu'il ferait mieux d'aller chercher ailleurs s'il souhaite lire un livre larmoyant.

Honor n'est pas du tout le genre de personnage qui laisse au lecteur le temps de s'apitoyer sur son sort. Les quinze années où elle ne voit pas Richard passent en un instant, et quand ils se retrouvent, c'est rarement pour parler d'amour. On est en plein dans la première révolution anglaise, et la Cornouailles, chère à Daphné du Maurier, est dans le camp des Stuarts.  Je connais bien ces derniers, qui m'ont occupée pendant de nombreux mois (ainsi que mon entourage, mais il est inutile de leur rappeler ces heures douloureuses...). Ils n'apparaissent pas vraiment ici, mais j'ai été heureuse de les retrouver, même de loin. On a droit à un bon aperçu des horreurs de la guerre. Menabilly, la propriété du beau-frère d'Honor, est occupée et pillée, les gens sont jetés sur les routes, punis pour leur résistance au Parlement, les hommes partent et ne reviennent pas toujours... Le camp royaliste n'est pas idéalisé. Sir Richard Grenvile est sans doute l'un des personnages les plus machiavéliques que j'ai jamais rencontrés, et sa popularité est loin d'être fameuse. Il est cruel, orgueilleux, et sa rivalité avec d'autres généraux constitue un véritable handicap pour son camp. On l'aime parce qu'on le regarde à travers les yeux d'Honor, mais il n'est pas véritablement différent de sa soeur (l'infâme Gartred dont je parlais plus haut). Cette dernière sert à autre chose qu'à jouer les vipères dans la vie d'Honor, et n'est pas aussi méprisable qu'elle en a l'air.

Ce livre n'est pas parfait, et il s'agit clairement d'un (très bon) roman de genre. Mais Le Général du Roi est assurément une histoire qui se dévore (en une journée en ce qui me concerne), et dont on ressort secoué.

L'avis de Bladelor (qui avait fêté Daphné du Maurier pendant une semaine l'année dernière).