09 mars 2016

Les forêts du Grand Nord...

9782859409043"D'autres voix lui parlaient encore. Des profondeurs de la forêt, il entendait résonner tous les jours plus distinctement un appel mystérieux, insistant, formel ; si pressant que parfois, incapable d'y résister, il avait pris sa course, gagné la lisière du bois."

Buck mène une vie de chien confortable auprès de son riche propriétaire lorsqu'il est enlevé par des trafiquants de chiens et envoyé au Canada pour devenir chien de traîneau. Cette superbe bête au grand coeur va devoir affronter l'hiver du grand Nord, mais aussi la brutalité de certains maîtres et certains de ses semblables pour avoir la chance de conduire tout à l'avant du traîneau.

Ceux qui me connaissent peuvent témoigner que je n'ai pas l'âme d'une aventurière. J'aime voyager, me promener au grand air, voir des paysages à couper le souffle. En revanche, je suis une trouillarde doublée d'une snob qui a besoin d'avoir son petit confort. Autant dire que les voyages de plusieurs semaines par des températures polaires sur un traîneau tiré par des chiens avec nuit sous une tente de fortune, c'est un peu la définition du cauchemar pour moi.

Cela ne m'empêche pas d'apprécier les récits comme ceux de Jack London, qui m'a une nouvelle fois comblée avec ce très court roman. Cet homme brillant prend les traits d'un loup pour nous parler des hommes et de leur faiblesse face à la nature. Il évoque aussi les liens qui peuvent attacher un chien à son maître, même lorsque l'appel de la forêt se fait de plus en plus fort. Le tout avec une écriture sombre et poignante.

Une centaine de pages de pur bonheur littéraire.

1903 pour l'édition originale.

Posté par lillounette à 10:05 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

30 janvier 2016

Les fiancés de l'hiver (La passe miroir, tome 1) - Christelle Dabos

 

61xRkwKL9wLDepuis la Déchirure, le monde est divisé en arches qui n'ont que peu de contacts entre elles. Chacune de ces arches est gérée par un esprit de famille, aïeul de tous les habitants de son territoire. Ophélie vit sur Anima avec ses parents, ses frères et soeurs, ses tantes et oncles, et surtout ses inombrables cousins. Son rôle est de tenir le musée familial qui renferme des objets se rapportant à l'histoire de sa famille. C'est une lectrice remarquable. En effet, en touchant les objets, elle peut lire leur histoire et celle de leurs propriétaires successifs. Par ailleurs, c'est une passeuse de miroirs, ce qui lui permet de se déplacer d'un miroir à l'autre et parfois d'échapper aux pressions exercées sur elle par sa mère et sa soeur. Car cette jeune femme maladroite et peu attentive à son apparence a la mauvaise habitude de décevoir sa famille quand il s'agit de la marier. Elle a déjà refusé deux cousins, mais le troisième mariage qu'on lui propose semble difficile à refuser. Il a été organisé par les Doyennes, sans consultation de sa famille, et surtout, avec un habitant du Pôle !
La rencontre avec son fiancé, le brutal et taciturne Thorn, la laisse perplexe. Pourquoi les Dragons veulent-ils de cette union alors que Thorn semble aussi hostile qu'Ophélie à l'idée de se marier ? Pourquoi les Doyennes d'Anima ont-elles choisi Ophélie ? Et surtout, pourquoi les gens semblent-ils si hostiles les uns envers les autres sur la Citacielle du Pôle, la nouvelle demeure d'Ophélie ?

J'ai ouvert ce livre avec énormément d'attentes. Il est encensé de partout, le second tome vient de sortir et semble provoquer l'hystérie chez certaines (je n'ai pas encore lu d'avis de garçons). Pourtant, ces derniers temps la littérature jeunesse m'agace. J'en ai toujours lu, j'y ai découvert des pépites, mais mes dernières lectures étaient pleines de clichés et de facilités.
Je vais tout de suite mettre un terme à l'insoutenable suspens que j'ai créé avec mon premier paragraphe : j'ai absolument adoré Les fiancés de l'hiver. Cela faisait longtemps, tous genres confondus, que je n'avais pas plongé dans un livre avec un tel plaisir.
Le monde créé par Christelle Dabos s'inspire de nombreux autres que j'apprécie énormément. L'auteur plante son décor essentiellement dans la première partie du roman, mais prend le soin de décrire chaque nouvel objet ou nouveau personnage avec soin, de façon à ce que l'on s'imerge complètement dans cet univers. On pense à Philip Pullman, à Hayao Miyazaki pour la Citacielle, la magie et les illusions, mais aussi pour son personnage féminin.
Ophélie est une jeune femme peu attrayante (et peu soucieuse de son apparence), maladroite, mais surtout doté d'un fort caractère et d'une grande curiosité. Les autres personnages ont tous leur place, aucun n'est là pour le décor (même si certains cachent très bien leur jeu). On pourrait penser que le duo (trio ?) amoureux risque de glisser du côté du cliché (la jeune et effacée jeune fille qui se révèle peu à peu rencontre le taciturne et brutal Thorn et va briser la glace qui lui sert de coeur...), mais Christelle Dabos gère parfaitement cet aspect de l'histoire en le développant juste assez pour lancer l'intrigue sentimentale tout en nous épargnant le moindre passage dégoulinant. Les histoires d'amour ne sont d'ailleurs pas heureuses au Pôle ou sur Anima.
L'intrigue se met doucement en place dans ce premier tome, et nous fait essentiellement nous interroger sur le fonctionnement de la société du Pôle. Loin de l'ambiance familiale d'Anima, le monde de Thorn est divisé en castes, en familles rivales aux pouvoirs redoutables. Les faux-semblants, les meurtres et les complots sont légions. Ophélie tente tant bien que mal de se faire discrète tout en enquêtant sur les raisons de sa présence dans ces lieux et sur les très nombreuses choses que son fiancé lui cache. On a beau être dans un roman jeunesse, Christelle Dabos ne se gêne pas pour décrire des scènes et des personnages à la limite du glauque, Farouk en tête (bon, on n'est pas chez Ian McEwan à ses débuts non plus).

Sans avoir la profondeur d'A la croisée des mondes (la série à laquelle j'ai le plus pensé en lisant ce livre), La Passe-Miroir est un roman remarquable et passionnant de bout en bout. Il me tarde de découvrir la suite.

Gallimard. 528 pages.
2013.

Posté par lillylivres à 12:38 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
23 septembre 2008

Le soleil se lève aussi ; Ernest Hemingway

749746_1_Folio ; 274 pages.
Traduction de Maurice Coindreau. 1926.
Titre original : The Sun also rises.

Je suis terriblement contrariée. La couverture de mon livre n'est pas celle-ci, et ça m'énerve d'autant plus que l'autre me plaisait beaucoup. Mais impossible de retrouver la vraie, donc vous devrez vous contenter de cette image là...
Bon, je vais essayer de me calmer pour vous parler de ma première rencontre avec Ernest Hemingway, l'un des monstres de la littérature américaine. Comme tous les monstres, Hemingway me fait peur. Mais ici encore plus, puisque mon papa, qui a passé toute sa jeunesse à dévorer les bibliothèques des établissements qu'il fréquentait, l'apprécie énormément. Je pensais plutôt lire L'adieu aux armes ou Pour qui sonne le glas, mais il se trouve que le supermarché dans lequel j'ai cherché un livre cet été n'avait que Le soleil se lève aussi.

Faire un résumé de ce livre est assez délicat. Nous sommes dans les années 1920. Nous suivons Jake, un journaliste américain installé à Paris, et sa bande "d'amis", avec lesquels il partage une passion commune, Brett, une femme qui vit sa vie sans se poser de questions, faisant succomber tous les hommes qu'elle croise. Il y a Robert Cohn, écrivain divorcé et difficile à supporter, qui est dévoré d'amour pour Brett au point de faire enrager tous ses compagnons. Il y a aussi Mike, le fiancé de Brett, qui attend qu'elle finalise son divorce et qui semble accepter les frasques de sa promise sans ciller. Après avoir séjourné à Paris, tous ces personnages, ainsi que Bill, un ami de Jake, décide de partir pêcher en Espagne, ou ils vont également assister à une fiesta

Très souvent, je suis capable de dire au bout de quelques pages seulement si un livre va me plaire ou non. Dans ce cas précis, je n'ai pas attendu longtemps avant de me dire que j'allais me régaler. J'en suis même arrivée à me passionner pour la corrida, c'est tout dire. Hemingway rend la chose incroyablement gracieuse et vivante. J'ai essayé de fermer les yeux au moment des mises à mort parce que bon, je reste une âme sensible, mais j'ai enfin compris que cela pouvait attirer les foules dans les arènes.
Bien sûr, il n'est pas seulement question de corrida dans ce roman. On y parle aussi de fêtes, d'alcool, de pêche, d'alcool, d'amour, et encore d'alcool. Car même si les personnages ne vivent rien d'extraordinaire, Hemingway joue énormément sur les non-dits. En fait, ce livre est extrêmement émouvant. Chacun des personnages, à part Bill, qui sert à éviter la catastrophe, est terriblement malheureux. C'est d'ailleurs une réussite incroyable d'être parvenu à faire comprendre au lecteur, sans utiliser de longs monologues intérieurs, ce que vit chacun des personnages.
Jake, le narrateur, est particulièrement attachant. Son amour pour Brett, impossible à concrétiser, sa recherche de plaisirs dans la pêche ou la corrida sont aussi pathétiques et rageant qu'admirables. J'ai dit plus haut que j'avais adoré les passages sur la corrida, ce sont ceux où Jake et Brett semblent enfin vivre, trouver l'espace de quelques instants un sens dans leur existence banale, et combler la blessure de Jake qui les empêche de vivre leur amour.
Et puis, c'est quand même un livre rempli d'humour. Cohn, même s'il est exaspérant la plupart du temps, donne lieu à des situations hilarantes. J'adore le passage où il est tellement ivre qu'il dort sur un tonneau, ou lorsqu'il se dispute avec ses compagnons.
J'ai beaucoup enragé en lisant ce roman, parce que les personnages ne peuvent s'empêcher de réagir de façon humaine, mais c'est tellement bien fait* que ça n'empêche pas Le soleil se lève aussi d'être un roman extraordinaire. Mon papa peut être fier de moi, même s'il ne se souvient plus s'il a lu ce titre...   

"Personne ne vit complètement sa vie, sauf les toreros." (page 23) 

Les avis de Thom, Livrovore et Loupiote.

*L'édition par contre est truffée de coquilles énormes. Moi qui considère Folio comme une maison soigneuse, j'ai du mal à comprendre comment des fautes de frappe pareilles passent inaperçues...

20 septembre 2008

Le treizième conte ; Diane Setterfield

resize_3_Plon ; 389 pages.

Je crois que je suis vraiment la dernière à lire ce roman qui a suscité un très grand enthousiasme depuis sa sortie en janvier 2007. Je l'avais acheté à ce moment là, feuilleté, mais je n'avais pas encore eu l'envie de le lire. Il faut dire qu'il avait été comparé à Possession, livre que j'ai été incapable de terminer, et les romans qui font l'unanimité m'inquiètent toujours beaucoup. Je viens donc, avec beaucoup de retard, ajouter ma voix au concert de louanges qui entoure Le treizième conte.

Margaret Lea est une jeune femme solitaire, qui aime davantage la compagnie des livres que celle des gens. Depuis toujours, elle a fait de la librairie de livres d'occasion de son père son antre. Un jour, elle reçoit une lettre, à l'écriture étrange, qui lui vient de Vida Winter, un auteur de best-sellers. Celle-ci souhaite confier l'histoire de sa vie à Margaret, qui a déjà rédigé quelques biographies succinctes. La jeune femme est très étonnée, elle n'est pas une réelle biographe. De plus, elle est sceptique. Vida Winter est réputée pour avoir fait de sa vie un mystère. Troublée par l'arrivée inattendue de cette lettre, Margaret décide de feuilleter le seul livre de l'écrivain disponible dans la librairie de son père, un recueil de treize conte selon le titre. Finalement absorbée par les douze premiers contes qu'elle lit, elle découvre avec stupeur que le treizième conte n'a jamais été publié. Sa rencontre avec Vida Winter soulève encore davantage de points obscurs, et la mène dans une histoire de fantômes, de jumelles, de famille brisée, qui renvoie à Margaret le reflet de ses propres drames.

Soyons honnêtes, la première chose qui m'a plu dans ce livre, c'est sa couverture. Tant la première que la quatrième, puisque cette dernière nous promettait une histoire à la Rebecca. Bon, sur ce dernier point, c'est raté. L'ambiance n'est pas celle des romans à tendance gothique qui était promise. La grande demeure des Angelfield tombe en ruine, le plancher craque, il y a bel et bien des cadavres dissimulés et des nuits sans lune, mais ce n'est pas cela qui rend Le treizième conte aussi angoissant, aussi bouleversant et aussi captivant. Il y a quand même un très bel hommage rendu à la littérature anglaise du XIXe siècle dans ce livre. On pense à Jane Eyre bien sûr, abondamment cité. Pour ma part, j'ai surtout pensé à Wuthering Heights. D'autres clins d'oeil parsèment également ce livre, à travers le comportement des personnages ou au cours de leurs discussions. Nous passons également du temps dans les vieilles bibliothèques des demeures que nous traversons. Et puis, j'ai adoré le fait que les personnages n'échangent que par lettres, même si le roman se déroule à notre époque.
Il y a certaines ficelles un peu grosses, quelques questions qui surviennent un peu tard, c'est vrai. Mais cela est totalement gommé par la puissance de l'histoire que raconte Vida Winter. La plume de Diane Setterfield est très belle, très énigmatique. Elle nous tient en haleine, certaines phrases ne prennent tout leur sens qu'à la fin, pour nous bluffer complètement. Les personnages ne sont pas beaux, mais leur attitude est entière et cela les rend attachants. De plus, leur histoire est tellement triste qu'elle ne peut qu'émouvoir. 
Quelques questions restent en suspens, mais cela fait aussi partie des charmes de ce roman, dont on a du mal à croire qu'il est le premier-né de Diane Setterfield.

Je me suis plongée dans ce roman avec un bonheur que je n'avais pas ressenti depuis longtemps, et je vous souhaite de refermer ce roman aussi conquis que moi.

Les avis de Allie, Clarabel, Fashion, Praline, Gachucha, Karine, Cuné... J'en oublie plein, mais n'hésitez pas à mettre votre lien.